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Quand Washington menace le monde

Publié par medisma sur 25 Octobre 2013, 21:54pm

Une Amérique souverainement irresponsable

 

 

Washington menace le monde entier avec ses politiques budgétaire et monétaire. Trois solutions pour en sortir : le repli sur soi, la création d'un euro planétaire ou l'émergence d'un monde multipolaire. On en est loin.

 

 

 

Les Américains n'ont pas fini de se faire engueuler. Il y a deux ans, dirigeants russes et chinois avaient dénoncé à Davos leur politique monétaire trop laxiste. Cette année, Brésiliens et Indiens se sont insurgés contre l'annonce d'une politique monétaire… moins laxiste, à commencer par le nouveau patron de la banque centrale indienne, Raghuram Rajan, qui fut économiste en chef du FMI. Cette simple annonce a suffi à envoyer dans le décor plusieurs places financières émergentes. Et, au début du mois, tout ce que le monde compte d'organisations économiques internationales a dénoncé l'impéritie budgétaire de Washington, alors que des élus brandissaient la menace d'un défaut du Trésor. Jamais les deux piliers de la politique économique menée par la première puissance de la planète, budget et monnaie, n'avaient été contestés en même temps. Et ce n'est pas fini. Le cirque budgétaire va recommencer au Congrès en décembre, puis en février. La bourrasque monétaire pourrait se lever en décembre, plus vraisemblablement en mars. A chaque fois, le monde entier va retenir son souffle.

Bien sûr, cette puissance périlleuse n'est pas vraiment nouvelle. Cela fait près d'un siècle que New York est devenue le coeur battant de la finance mondiale. Mais la vague de mondialisation qui a déferlé à partir des années 1990, avec la chute du mur de Berlin et l'émergence accélérée de la Chine, l'a encore renforcée. Avec le gonflement du déficit extérieur des Etats-Unis, les billets verts ont inondé la planète. L'ouverture en grand du robinet monétaire à partir de 2008, pour contrer les effets récessifs induits par l'explosion de la plus grosse bulle spéculative de l'Histoire, a prolongé le mouvement. Les obligations du Trésor américain, autrefois achetées par des Japonais et des Européens, ont commencé à envahir par centaines de milliards de dollars les banques centrales chinoise, brésilienne, coréenne. Ces deux dernières décennies, la prééminence financière des Etats-Unis s'est encore renforcée alors que leur domination économique s'est érodée.

Cette tension n'est plus supportable. Le monde ne peut plus dépendre des seuls Etats-Unis pour son approvisionnement en liquidités et en actifs sûrs. D'abord parce que l'Amérique fait n'importe quoi, du refus de la régulation des années 2000 jusqu'à la menace de défaut de ces dernières semaines. Ensuite, parce que ses gouvernants agissent de plus en plus en fonction des seules questions nationales. Comme s'ils avaient élargi la fameuse réplique du secrétaire au Trésor John Connally en 1971 : le dollar est «  notre monnaie, mais votre problème ». Désormais, «  c'est notre budget, notre banque centrale, mais votre problème ». Ce ne fut pas toujours le cas, comme l'a récemment montré l'économiste Barry Eichengreen dans un travail où il montre que la Fed prenait l'international en compte dans ses décisions des années 1920 ou 1960. Enfin, la réduction du déficit extérieur des Etats-Unis, qui devrait se poursuivre dans les prochaines années, va de toute façon changer la donne.

Face à une Amérique souverainement irresponsable, trois voies sont possibles. La première est la stratégie du parapluie. Elle consiste à fermer les barrières financières d'un pays, en limitant par exemple les entrées ou les sorties de capitaux. Il y a une décennie, une telle idée hérissait un FMI viscéralement attaché à la liberté de circulation des capitaux. Aujourd'hui, elle est débattue, voire admise. Mais si elle est ponctuellement précieuse, ce n'est qu'une réponse partielle, à la fois dans le temps et l'espace.

La deuxième voie est… la tentation de l'euro. Les arguments employés par Rajan, le patron de la Bank of India, contre une Fed décidant en fonction des seuls intérêts américains, alors que son action a des effets planétaires, font étrangement écho aux plaintes françaises des années 1980 contre l'égoïsme de la banque centrale allemande. François Mitterrand avait enterré ce débat au début des années 1990 en convainquant son complice allemand Helmut Kohl de créer ensemble une monnaie commune. Certes, au vu des piètres performances de la zone euro, personne ne propose une monnaie mondiale unique. Mais l'embryon d'une autre solution existe depuis plus de quarante ans : une monnaie supplémentaire, le droit de tirage spécial (ou DTS). Le FMI a commencé à en émettre à la fin des années 1960, justement à un moment où une pénurie de dollars menaçait de gripper l'économie mondiale. Si son rôle est aujourd'hui marginal (il sert surtout d'unité de compte au FMI), les schémas existent pour en faire demain une grande monnaie mondiale. Sauf que les Américains feront tout pour éviter d'affaiblir leur « exorbitant privilège », pour reprendre une expression forgée par Valéry Giscard d'Estaing en 1965 et reprise par Eichengreen pour titrer son dernier livre.

Reste alors la troisième piste : l'émergence de concurrents au dollar et surtout aux obligations du Trésor américain pour aller vers un monde multipolaire . Cela requiert à la fois une place financière crédible et un immense gisement d'obligations publiques homogènes, pour que les investisseurs puissent acheter et vendre en masse. Ces exigences qualifient Tokyo et le Japon, qui a toujours refusé ce rôle. Elles pourraient qualifier Londres et la zone euro, sauf que… la capitale britannique est en dehors de l'union monétaire et les eurobonds ne semblent pas près d'exister. Elles éliminent Hong Kong et la Chine, qui n'est pour l'instant ni assez ouverte ni assez endettée. L'Amérique irresponsable a de beaux jours devant elle.

Chronique  de Jean-Marc Vittori  / Lesechos.fr

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