Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

le blog lintegral

actualités, économie et finance, nouvelle technologie, entrepreneuriat, histoire et colonisation...


De la crise de 1929 à celle de 2007-2008

Publié par medisma sur 17 Janvier 2014, 20:10pm

De la crise de 1929 à celle de 2007-2008

 

 
L’économie et la finance n’attirent l’attention que quand les choses vont mal. C’est seulement quand la crise est là que l’on s’intéresse au sujet, quand des milliers de salariés perdent leur emploi, quand les prix grimpent et que le pouvoir d’achat s’amenuise,  quand on fait face à des contraintes et des défis d’ordre matériel qui bouleversent notre quotidien et qui nous font dire que la ‘’prospérité n’est pas au bout de la rue’’.
Si le rôle de l’histoire est de nous dire quelles erreurs nous avons commises dans le passé, c’est aux humains de rechercher comment agir différemment à la prochaine occasion.
Aujourd’hui, le monde doit se résigner à subir l’une des crises les plus ardues de son histoire. Des décennies de dettes, de nouveaux instruments financiers complexes, de nouvelles relations économiques inappropriées...et des chefs d’Etats d’une nullité à couper le souffle, ont accentués les méfaits de cette tragédie.
En vous concentrant sur les vidéos ci-après, vous seriez en mesure de penser plus qu’un économiste : de poser des questions sur les raisons qui font que nous réagissions comme nous le faisons, de rejeter les idées reçues, de comprendre que même les choses les plus simples de la vie sont plus complexes qu’il n’y paraît.
I- Crise de 1929

 

 
« 1929 » film de William Karel

William Karel revient sur l’histoire de la crise de 1929 et de la « Grande Dépression ». Avec ce film en deux parties :

 

La nouvelle investigation historique de William Karel sur le déraillement généralisé de l’économie mondiale en 1929 et les conséquences dramatiques qui suivirent : la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale.
Le jeudi 24 octobre 1929, la bourse de Wall Street s’effondre, marquant le début de la plus grande crise économique du XXe siècle. Fermetures des banques, suicides de traders, misère et chômage enferment l’Amérique dans un cycle dévastateur, qui gagne également l’Europe. Quelles sont les origines, les causes, les effets, les mécanismes économiques d’une crise cernée par deux guerres mondiales, alors que la crise actuelle montre de grandes similitudes avec la situation de 1929 ? William Karel dissèque les mécanismes de la crise de 1929 en faisant appel à des analystes de renom (le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz ou l’historien américain Howard Zinn) tout en s’appuyant sur des images marquantes.
Parmi elles, des films d’archives et des photos, dont les célèbres clichés de Dorothea Lange et de Walker Evans pris pendant la Grande Dépression, qui n’ont pas fini de nous hanter.

 

1) La crise

Entre 1921 et 1929, les Américains croient vivre une époque formidable. Jamais la croissance industrielle n'a été aussi forte. Grâce au crédit, les classes moyennes accèdent à la consommation. En 1929, un Américain sur cinq possède même une voiture ! Partout, on mise sur le nouvel eldorado de la Bourse, autrefois réservée aux milieux d'affaires. "La prospérité est au coin de la rue", proclame Herbert Hoover, le nouveau président. Pour permettre à chacun de spéculer, des téléscripteurs sont installés dans les salons de coiffure, les trains, les bars. Quelques banquiers s'inquiètent de l'explosion du crédit et de la hausse continue des cours. Ils sont complètement ignorés.

 

2) La grande dépression

 

À l'automne 1930, la crise s'est étendue à tous les États-Unis. Avec la chute spectaculaire des prix agricoles, les paysans endettés sont jetés sur les routes. Dans l'industrie, les grèves et les manifestations, soutenues par le parti communiste, sont durement réprimées. À Washington, des milliers d'anciens combattants réclamant leur pension sont chassés par les tanks de l'armée. Une mesure qui achève de discréditer Hoover, largement battu à l'élection de 1932. Franklin Roosevelt prend les rênes d'un pays en proie à la montée des extrêmes : début 1933, le Ku Klux Klan compte 4 millions de membres, tandis qu'à New York, 20 000 pronazis hurlent "Heil Hitler !" au Madison Square Garden ...

 

II- La crise de 2007-2008 :

 

 

Money, power and Wall Street

Film en quatre épisodes de Martin Smith et Marcela Gaviria

 

La faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 marque un tournant dans la crise financière apparue pendant l'été 2007 aux États-Unis. Comment expliquer un tel effondrement du système financier mondial ?

Depuis l’été 2007, le système financier international traverse une des plus graves crises depuis 1929. Le premier signal en est lancé le 17 juillet par un établissement financier américain, Bear Stearns, qui annonce alors la forte perte de valeur de ses fonds du fait des subprimes. Toutefois, l’évènement majeur de cette crise qui la fait basculer en crise systémique est la faillite de la banque d’investissement Lehman Brothers, le 14 septembre 2008.

Ce film en quatre épisodes illustre la fragilité d’un système financier internationalisé, où l’effet de contagion est fort.

 

Mais que s’est-il passé exactement ? En quoi cette crise est-elle comparable à d’autres, majeures, comme celle de 1929 ? Quels dysfonctionnements des marchés révèle-t-elle ?

La première phase de la crise est bien connue car très décrite dans la presse. Il s’agit de l’émission de titres liés à la dette immobilière des ménages américains (CDO ou Collaterized Debt Obligations et CDS ou credit default swap). Ceux-ci ont été émis par les institutions financières pour couvrir les risques liés aux emprunts à taux variables, qui représentaient 91,6 % des crédits immobiliers aux États-Unis en 2006.
 Des instruments financiers "innovants" ont été popularisés depuis la fin des années 90, notamment le prêt hypothécaire à taux révisable ARM avec un taux initial (teaser) inférieur au marché les deux premières années. Au bout des deux ans, au moment où s’applique le taux élevé, l’hypothèque pourrait être refinancée grâce à la valeur du bien, permettant au préteur de prélever des frais supplémentaires. De fait, ce type de prêt se retourne contre l’acheteur lorsque les prix s’effondrent de façon systémique comme c’est le cas depuis deux ans. D’autres prêts ont aussi ciblé des populations non solvables comme les Alt-A surnommés "prêts pour menteurs" et parfois nommés Ninja (No Job, No Income, No Assets).
 Pourquoi les banques et toutes les sociétés de courtage en prêts ont-elles engendré cette spéculation ? Tout simplement parce qu’elles avaient la possibilité de se débarrasser des dettes en les titrisant. Elles émettaient des obligations découpées en plusieurs tranches (CDO). Les tranches supérieures avaient une liquidité maximale (notée AAA par les agences de notation) et les tranches inférieures supportaient tous les risques mais avaient un fort rendement. On comprend aujourd’hui le caractère toxique de ce genre de produits lorsque l’on se trouve face à une crise systémique. En fait, il s’agit de transferts de risques dans la profession de la finance : les prêts octroyés par les courtiers étaient confiés temporairement à des banques "hypothécaires" sous-capitalisées puis revendues en bloc à des banques d’investissement (d’où les problèmes de Lehman Brothers) qui les restructuraient et les vendaient à des investisseurs institutionnels (après notation). De fait, à chaque étape les intervenants de cette chaîne de "valeur" étaient motivés par les gains liés aux frais bancaires. Cette titrisation à outrance a conduit au développement de nombreuses autres innovations (dont les fameux CDS). L’émergence de ces contrats dérivés sur défauts de crédit est l’innovation majeure de ces dernières années. Ils représentaient en 2005 (selon George Soros) 42 600 milliards de dollars soit l’équivalent du patrimoine immobilier privé américain (contre 18 500 milliards à la capitalisation boursière et 4 500 milliards aux valeurs du Trésor américain). L’ampleur du problème montre bien que nous sommes face à la plus grande crise du système capitaliste.

La deuxième phase de cette crise débute en septembre 2008 avec la faillite de Lehman Brothers, puis les sauvetages massifs d’institutions puissantes (AIG) et les rachats de Merryl Lynch par Bank of America... Cette deuxième phase est caractéristique d’une phase de credit-crunch car les banques (qui détiennent des mauvaises dettes) ont brutalement réduit les crédits. Cette phase a très bien été décrite par les travaux de Joseph Stiglitz. Ne connaissant pas l’état des demandeurs de crédits (ce que les économistes nomment une asymétrie d’information), les banques cherchent à améliorer leur bilan en nettoyant leur portefeuille client. C’est une crise de liquidité qui implique que les acteurs endettés ne peuvent plus avoir recours au crédit pour payer et rééchelonner leurs dettes.
 Ceci a pour conséquence visible, dans un premier temps, de faire chuter les marchés immobiliers puis la demande solvable des ménages. Dans un deuxième temps, ce sont les institutions les plus proches des ménages qui font faillite (promoteurs, agents immobiliers, courtiers) puis, dans un troisième temps, le risque de faillite touche les institutions financières. De fait, c’est toute la société qui ne croit plus à la valeur des dettes. Si la croissance était portée par une illusion de la liquidité grâce à l’endettement, la crise actuelle montre bien que, dans toute crise systémique, la liquidité n’existe plus lorsque le doute s’installe. Ceci explique les injections massives de liquidités à court terme par les banques centrales.
 La question difficile à résoudre dans une crise systémique est liée à l’étendue des dettes. Une dette devient douteuse si son détenteur (ou celui qui cherche à l’acquérir) n’a plus confiance dans la valeur de cette dette. La solution est donc, dans ce cas, d’éliminer les dettes douteuses afin qu’elles ne "contaminent" pas les autres dettes. Mais cette solution peut être coûteuse car l’on ne connaît jamais à l’avance ni le coût de ces dettes (qui est variable) ni l’étendue de celles-ci. Je vous rappelle le chiffre faramineux de 42 600 milliards de dollars, du marché des dérivés de crédits. Cette incertitude est symbolisée par le chiffrage approximatif de la dette, qui varie selon les experts entre 1 000 et 2 000 milliards de dollars. Cet écart montre bien l’opacité du système et l’incapacité des experts à évaluer l’amplitude d’une crise systémique. L’expert devient donc un oracle.

La troisième phase de la crise a débuté avec l’adoption du Plan Paulson par le Congrès américain le 3 octobre 2008. Il s’agit de débarrasser le marché le plus vite possible des dettes "déchets". Jusqu’à ce plan, les autorités américaines avaient tenté d’endiguer la crise au coup par coup, en croyant qu’en coupant quelques branches (Lehman Brothers) ou en en nationalisant d’autres (AIG), l’arbre pouvait être sauvé. Le Plan Paulson est la plus grande tentative de rachat de dettes "pourries" de l’histoire. Évalué à 700 milliards de dollars, son coût pourrait exploser si la dégradation d’autres dettes devenait effective car la tritrisation de la dette concerne de nombreux autres secteurs. C’est toute la société qui peut être touchée, y compris les institutions publiques, qui peuvent ne plus être capables de faire face à leurs engagements.
 Qu’adviendrait-il si les 700 milliards devenaient insuffisants à la suite de difficultés de paiement de très grandes banques, de grandes entreprises, voire d’États ? La phase 4 reste à écrire… Soit ces plans arrêtent l’hémorragie malgré leur coût élevé, qui aura un impact important sur la croissance mondiale… Soit le château de cartes de la finance mondiale s’effondre (scénario catastrophe non improbable), ce qui ferait ressembler cette crise de plus en plus à celle de 1929. On passerait de la récession à la dépression. Ce scénario est loin d’être exclu fin novembre 2008 puisque la crise touche aujourd’hui des États très endettés comme l’Islande ou l’Ukraine, nécessitant une recapitalisation du FMI, et de grandes entreprises sont aussi en quasi-faillite (comme General Motors).

 
Précisément, en quoi cette crise est-elle comparable à d’autres, majeures, comme celle de 1929 ?

La crise actuelle n’est pas comparable aux crises mineures que l’on a connues depuis 1945. En effet, dans certains de ces aspects, elle peut ressembler à la crise de 1929 puisque le risque d’un effondrement généralisé du système bancaire n’est pas encore circonscrit malgré les efforts des autorités financières (Plan Paulson). Comme en 1929, la crise est une crise profonde du système financier et traduit une remise en cause importante du modèle financier de croissance américain tel qu’il s’était développé depuis les années 1980. Quelques chiffres illustrent bien cette crise : de 2000 à 2007, les ménages américains ont connu une véritable érosion salariale avec des revenus moyens qui ont augmenté de 2,5 % par an avec des charges fixes qui ont explosé (+ 68 % pour les dépenses de santé et + 46 % pour les dépenses d’éducation). Deux solutions conjointes s’offraient aux ménages désireux de maintenir leur pouvoir d’achat : l’endettement et l’achat de logement dans une perspective spéculative. La crise n’est donc pas que financière et ne pourra pas être résolue que par des mesures financières.
 La croissance américaine des dernières années est fondée sur la croyance en un effet de richesse positif lié à l’accroissement de valeur du patrimoine immobilier. Nous sommes donc, comme en 1929, face à une crise qui touche conjointement la finance et les modes de répartition de la richesse. Les ménages sont touchés aujourd’hui par un effet de richesse négatif qui aura un impact sur la demande solvable dans tous les pays qui ont développé un capitalisme de marché financier. Comme le relève Jacques Sapir dans un très intéressant article paru dans la Revue de la régulation (n° 3, 2e semestre 2008), les pays les plus endettés ne sont pas ceux que l’on croit. La crise devrait être très difficile pour les pays qui ont mis en pratique le modèle anglo-saxon (Royaume-Uni, Espagne, Australie...) et, peut-être, faire le bonheur de pays qui ont limité la financiarisation de leur économie (comme le Japon). En ce sens, nous assistons peut-être au basculement géo-économique du monde vers l’Asie.

 
 Cette crise ne met-elle pas en évidence l’insuffisance des garde-fous mis en place ?

J’aime bien le terme "garde-fous", qui s’applique bien dans le cas présent. La croyance en la liquidité s’est accompagnée d’une folie collective : la croyance en l’auto-régulation ("le marché doit s’occuper du marché"). Cette croyance a conduit à l’émergence d’un "petit monde" sûr de sa puissance qui a imposé ses propres règles de fonctionnement au reste de la planète. Dans son très bel ouvrage, "Le nouveau mur de l’argent" (2006), François Morin dénonçait, bien avant la crise actuelle, cette autonomisation de la sphère financière et proposait quelques pistes de régulation internationale. Les réformes qui se sont succédé depuis 1999 n’ont été que parcellaires (nouvelle architecture financière, réforme du contrôle prudentiel, réforme de Bâle II, réforme comptable, loi Sarbanes-Oxley).
 Les difficultés actuelles des gouvernements à endiguer la crise illustrent aussi le caractère illusoire des tentatives nationales à endiguer une crise qui touche les bases d’un mode d’accumulation globalisé. En effet, tous les acteurs de la finance mondiale sont touchés du fait de leur imbrication, chaque État essaie d’endiguer la chute de ses acteurs nationaux (. Il s’agit d’un véritable défi politique, qui vise à recomposer la finance internationale sur des bases plus régulées au niveau international comme le monde a su le faire en 1944 avec les accords de Bretton-Woods.

Le modèle existant disparaîtra à coup sûr pour laisser place à un autre modèle en gestation...

Interview du Professeur Claude Dupuy

 

 

Parties 1et 2 /4  :

 

Ce premier et second épisode de la série ambitieuse Money, Power & Wall Street nous dévoile l’origine de la crise financière américaine. En 1994, de jeunes analystes financiers de la banque JPMorgan ont l’idée de créer un nouveau produit financier, le CDS ou couverture de défaillance.  A l’époque, ils pensaient améliorer la gestion du risque et stabiliser le système financier mondial. Or quelques années plus tard, ces produits dérivés engendreront une crise financière sans précédent…

 

Partie 3/4 :

 

Ce troisième épisode nous montre dans quelle mesure le premier mandat de Barack Obama a été fortement marqué par la crise financière.

 

Partie 4/4 :

 

Malgré des règles nouvelles instaurées sur les marchés financiers depuis plus de trois ans, nous ne sommes pas à l’abri de la prochaine crise financière, des petites villes américaines aux grandes capitales européennes.

De la crise de 1929 à celle de 2007-2008
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents