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Jacques Sapir : Toute la vérité sur le Chômage

Publié par medisma sur 31 Mars 2014, 20:44pm

Jacques Sapir : Toute la vérité sur le Chômage


Les chiffres des demandeurs d’emplois qui ont été révélés mercredi 26 mars pour le mois de février montrent la permanence de la montée du chômage, en dépit des rodomontades et des affirmations du gouvernement sur une « inversion » de tendance. Ce fait, que l’on ne peut que déplorer, doit être constaté. Il doit être constaté dans la durée, si l’on veut en tirer les enseignements qui s’imposent. Tant que le gouvernement restera dans le déni d’un phénomène de fond, et non d’un simple « cycle » de l’économie, aucune solution ne sera possible. La moindre honnêteté serait de reconnaître les choses. Mais, ceci même risque de ne pas être possible tant le gouvernement (et le Président) se sont enfermés dans une vision mystifiée de la situation qu’aggrave un comportement autiste.

 

Les chiffres et la tendance

On rappelle ici que les données de la DARES se présentent en 5 catégories, et n’incluent pas les personnes qui ont été radiées administrativement de Pôle Emploi, largement du fait du découragement vis-à-vis de leur situation. Les données ne représentent donc pas le chiffre total des chômeurs. Ensuite, on opère un regroupement entre les catégories, associant les catégories A+B+D qui sont représentatives des « chômeurs » (et en considérant que la sous catégories B+D constitue un chômage « masqué ») et les catégories C+E qui sont représentatives de personnes ayant un emploi à temps partiel de plus d’un mi-temps non de leur choix (temps partiel contraint) et les personnes occupant un emploi aidé, qui est donc largement tributaire des subventions de l’État. Nous appelons cette catégorie le « quasi-chômage ».

 

Tableau

Mouvement des catégories depuis l’élection présidentielle

 

A+B+D

Accroissement

C+E

Accroissement

Total

Accroissement

mai-12

3 745 900

 

1 223 200

 

4 969 100

 

juin-12

3 776 500

30 600

1 230 500

7 300

5 007 000

37 900

juil-12

3 822 700

46 200

1 229 800

-700

5 052 500

45 500

aoû-12

3 859 700

37 000

1 234 600

4 800

5 094 300

41 800

sep-12

3 902 300

42 600

1 229 300

-5 300

5 131 600

37 300

oct-12

3 956 700

54 400

1 228 100

-1 200

5 184 800

53 200

nov-12

4 000 000

43 300

1 226 700

-1 400

5 226 700

41 900

déc-12

4 009 500

9 500

1 231 900

5 200

5 241 400

14 700

jan-13

4 059 300

49 800

1 235 100

3 200

5 294 400

53 000

fév-13

4 084 600

25 300

1 238 500

3 400

5 323 100

28 700

mars-13

4 114 200

29 600

1 229 800

-8 700

5 344 000

20 900

avr-13

4 147 900

33 700

1 249 400

19 600

5 397 300

53 300

mai-13

4 165 100

17 200

1 250 000

600

5 415 100

17 800

juin-13

4 163 100

-2 000

1 249 900

-100

5 413 000

-2 100

juil-13

4 189 200

26 100

1 271 200

21 300

5 460 400

47 400

aoû-13

4 134 000

-55 200

1 271 700

500

5 405 700

-54 700

sep-13

4 204 600

70 600

1 279 200

7 500

5 483 800

78 100

oct-13

4 213 600

9 000

1 309 200

30 000

5 522 800

39 000

nov-13

4 220 800

7 200

1 317 900

8 700

5 538 700

15 900

déc-13

4 235 400

14 600

1 330 700

12 800

5 566 100

27 400

jan-14

4 245 600

10 200

1 352 100

21 400

5 597 700

31 600

fév-14

4 274 700

29 100

1 337 000

-15 100

5 611 700

14 000

 

La première observation est que, si l’on excepte l’incident informatique d’août 2013 qui faussa les chiffres pour ce mois, nous avons un accroissement régulier de ces chiffres. La catégorie des « chômeurs » (A+B+D), après un ralentissement en octobre et novembre 2013 a même tendance désormais à accélérer. Si l’on considère qu’il y a environ 300 000 personnes qui ont été radiées pour des raisons administratives par Pôle Emploi, nous avons environ 4,6 millions de personnes privées de travail.

Depuis l’élection présidentielle de mai 2012, l’ensemble A+B+D s’est accru de 529 000 personnes, et la catégorie des « quasi-chômeurs » s’est quant à elle accrue de 114 000 personnes. On constate ainsi que le quasi-chômage n’a pas joué son « rôle » en absorbant les dégradations de l’emploi. La hausse conjointe des deux catégories montre que l’ampleur du phénomène sature irrémédiablement les dispositifs mis en place pour absorber le chômage. Ceci se traduit par une montée des pourcentages exprimés par rapport à la population active.

 

Graphique  

 

L’ensemble de la catégorie « Chômage », soit l’agrégat A+B+D représente désormais 14,8% de la population active et, avec le « quasi-chômage », on atteint 19,5% de la population active, soit pratiquement 1 travailleur sur 5. Si l’on compare la situation actuelle à celle d’avant la crise financière (août 2008) on constate (graphique 1) qu’après un choc qui a duré jusqu’en mai 2009, le chômage s’est stabilisé puis a repris sa marche en avant. Le « quasi-chômage » a quant à lui augmenté de manière constante. Cela prouve l’intensité du déploiement de dispositifs administratifs (publics et privés) visant à absorber une partie du chômage. C’est ce qui explique l’apparente stabilisation du chômage de mai 2009 à juin 2011. À partir de cette date, les mécanismes tant privés que publics sont largement saturés.

 

Les leçons de cette évolution

La crise de 2007-2008 a ainsi révélé, mais n’a pas créé le phénomène de croissance du chômage. Ce phénomène, qui recoupe une dégradation dans la qualité des emplois offerts, traduit en réalité le phénomène de désindustrialisation auquel la France est confrontée depuis 2000. Une deuxième leçon est que la dégradation de la qualité des emplois, la montée du temps partiel subi, des emplois aidés, mais aussi la montée des emplois dans les services à faible valeur ajoutée au détriment des emplois industriels à haute valeur ajoutée, est fortement accélérée par la crise depuis 2008. Une troisième leçon réside dans le constat d’épuisement des méthodes de « traitement » du chômage par la combinaison d’emplois aidés et du développement du temps partiel imposé. Ces méthodes peuvent être efficaces quant on est confronté à une poussée momentanée du chômage, mais certainement pas quand le chômage devient structurel. Quatrième leçon, l’effort, par ailleurs méritoire, pour améliorer la formation professionnelle, ne peut jouer qu’à la marge. Si l’on estime que 2/3 des offres d’emplois non satisfaites, à partir des données patronales (qui sont moins fiables que les données de la DARES) on peut estimer entre 300 000 et 350 000 le nombre d’emplois qu’une formation professionnelle réellement efficace permettrait de trouver, soit 8% du total des « chômeurs ». On voit ici que l’amélioration, sans être complètement négligeable, serait inférieure à l’accroissement total depuis l’élection Présidentielle de mai 2012. Prétendre donc, comme le fait le Ministre Michel Sapin, de l’effort d’amélioration de la formation professionnelle le point central d’une politique de lutte contre le chômage serait risible si l’on n’avait à faire à un problème tragique. Ces quatre leçons conduisent inéluctablement à une conclusion : seule une forte croissance permettra de réduire le chômage. Ceci devrait être tatoué sur les dos des deux mains de tous nos gouvernants. En fait, les méthodes de traitement « social » du chômage, quand elles tendent à se pérenniser, contribuent à dégrader fortement la qualité des emplois offerts, et par la suite affaiblissent le tissu économique du pays, le rendant encore plus vulnérable à des chocs exogènes. Il faut donc trouver dans l’environnement de l’économie française un levier permettant d’obtenir, et cela sur plusieurs années, un taux de croissance nettement au-dessus de 3% afin de résorber une partie importante du chômage.

La seule variable sur laquelle il est possible de jouer à court terme est bien une dépréciation massive de la monnaie. Cela implique donc de mettre fin à l’Euro et de laisser le Franc, redevenu la monnaie légale de la France, se déprécier de 20% à 25%. Une telle politique devra être accompagnée de mesures visant à maintenir la consommation interne et à améliorer la compétitivité des entreprises, en particulier par un effort important d’investissement. Tout le reste n’est que (mauvaise) littérature.

 

 

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