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Ukraine et manipulations : Voir plus loin que le bout de notre nez

Publié par medisma sur 24 Mars 2014, 22:27pm

Ukraine et manipulations : Voir plus loin que le bout de notre nez

 

I- Michel Collon : Ukraine et médiamensonges, comment ne pas se faire manipuler

 

 

Voir plus loin que le bout de notre nez ? Les médias n'y tiennent pas,
on se poserait trop de questions, y compris sur les médiamensonges.
Mais si on veut comprendre un conflit comme l'Ukraine, nous devons
absolument le mettre en perspective, le voir sur la longue durée. Les
médias nous disent que l'Europe et les Etats-Unis réagissent à des
manifestations, mais en réalité, l'Ukraine est une cible depuis vingt ans.
Michel Collon éclaire les stratégies dont on ne parle pas...

 

 

 

II- Comment l’Occident fabrique les mouvements d’opposition

 

Égypte, Ukraine, Turquie-Syrie, Cuba et Thaïlande

 

 

Des édifices publics ravagés, saccagés, violence, morts… Les gouvernements paraissent désarmés, trop craintifs pour intervenir. Que se passe-t-il ? Les gouvernements du monde démocratiquement élus sont-ils en train de devenir illégitimes à mesure que l’Occident crée puis soutient des mouvements d’opposition violents et conçus pour déstabiliser tout Etat qui se dresse debout contre sa volonté de contrôler totalement la planète ?

Ils lèvent la voix et intimident ceux qui veulent voter en faveur du gouvernement modéré et progressiste actuellement à la tête de la Thaïlande. Il n’y a pourtant aucun contentieux concernant le processus électoral – le vote est généralement libre, comme en attestent aussi bien les observateurs internationaux que les membres de la Commission électorale.

La liberté, la légitimité et la transparence, voilà les vrais enjeux. J’ai quitté Bangkok, et alors que je suis dans l’avion, une pensée me hante : beaucoup de lieux sur lesquels j’ai écrit dernièrement vivent une situation similaire à la Thaïlande. Ceux qui sont élus démocratiquement, les progressistes les plus fervents, tous ces gouvernements à travers le monde sont sous le feu nourri d’attaques menées par des voyous, des bandits, des éléments antisociaux, voire carrément des terroristes.

Je l’ai vu à la frontière turco-syrienne, j’ai entendu des récits de plusieurs autochtones, dans la ville turque de Hatay, ainsi que dans la campagne près de la frontière. Là, on m’a stoppé, empêché de travailler, interrogé par la police locale, l’armée, les groupes religieux alors que j’essayais de photographier un de ces “camps de réfugiés” construit par l’OTAN spécialement pour les combattants syriens qui y étaient hébergés, entrainés et armés dans cette zone.

Hatay a été envahie par des cadres djihadistes saoudiens et qataris, avec le soutien des Etats-Unis, de l’Union Européenne et de la Turquie qui ont fourni logistique, appui, arme et argent.

La terreur que ces gens répandent dans cette partie du monde, reconnue comme historiquement paisible, multiculturelle et tolérante, est difficilement descriptible. Des enfants vivant dans un village à proximité de la frontière nous ont décrit des raids, des vols, de la violence et même des meurtres commis par les rebelles anti-Assad.

Ici et à Istanbul où j’ai travaillé avec des intellectuels progressistes, issus des médias et du monde académique, on m’a toujours dit que “l’opposition” anti-syrienne était entrainée, financée et encouragée par l’Occident et par la Turquie (membre de l’OTAN), causant la mort et la perte de millions de vies dans la région toute entière.

A l’heure où j’écris ces mots, RT (une radio locale) diffuse un reportage exclusif depuis la ville syrienne d’Adra. La ville a été bombardée et détruite par les pro-Al Qaeda et les forces d’opposition pro-Occidentales, dont l’Armée Syrienne Libre. C’est ici qu’il y a un mois, plusieurs personnes ont été tuées, lapidées, brulées vives et décapitées. Au lieu de mettre un terme à l’appui apporté à une ‘opposition’ syrienne raciste, fanatique et brutale, Washington continue à diaboliser le Régime d’Assad et à le menacer d’intervenir militairement.

Dans ces pays où des gouvernements patriotes et progressistes ont été élus, ce sont les élites locales qui recrutent ces voyous pour le compte de l’Empire Occidental. Et avant eux, les soi-disant ‘’élites’’ sont recrutées, financées, entrainées ou à tout le moins éduquées par l’Occident. Sur un plan intellectuel, les médias privés se livrent une concurrence acharnée pour savoir qui d’entre eux sera le plus soumis au maître étranger. L’armée et les forces féodales les plus rétrogrades, dont les forces fascistes à travers le monde (voyez l’Ukraine par exemple), sont ainsi remises en selle, bénéficiant et profitant pleinement de la situation.

Tout ceci se passe à divers niveaux et à des degrés de brutalité très variables : Thaïlande, Chine, Egypte, Syrie, Ukraine, Venezuela, Bolivie, Brésil, Zimbabwe et de nombreux autres lieux à travers le monde.

Le procédé et la tactique sont quasiment toujours les mêmes : des médias financés par l’Occident, voire des médias Occidentaux eux-mêmes, jettent le discrédit sur les gouvernements élus par les peuples, participent à la création de scandales, tressent des lauriers aux mouvements d’opposition nouvellement créés.

Pour peu que le gouvernement soit “nationaliste”, réellement patriote et au service des intérêts de son propre peuple contre le pilonnage international, (à l’inverse du Gouvernement Abe au Japon apparemment décrit comme nationaliste, mais qui en réalité collabore étroitement avec la politique étrangère américaine dans la région), il se retrouve dans le collimateur et figure dès lors sur une liste noire invisible mais puissante, à la manière de la mafia d’antan. Comme l’a particulièrement bien résumé Michael Parenti : « Tu fais ce qu’on te dit de te faire ou on te brise les jambes, capice ? »

J’ai assisté à la destitution du Président Morsi par l’Armée (j’étais critique par rapport à sa politique au début, comme j’étais critique du gouvernement de Mr Shinawatra, avant que les atrocités frappent l’Egypte comme la Thaïlande), qui dans sa course zélée, a entraîné la mort de plusieurs milliers de personnes, principalement des pauvres.

Je multipliais à ce moment-là les aller-retour en Egypte depuis plusieurs mois, tournant un documentaire pour la Chaine de Télévision Sud-Américaine, Telesur. J’ai vu avec désespoir mes amis révolutionnaires se terrer, disparaître de la surface de la terre. Pendant ce temps, des familles célébraient honteusement et ouvertement les morts causés par l’armée.

La logique et la tactique étaient prévisibles : bien que capitalistes et d’une certaine façon soumis au FMI et à l’Occident, le Président Morsi et les Frères Musulmans n’étaient pas très enthousiastes pour collaborer avec l’Occident. Ils n’ont jamais réellement dit ‘non’, mais cela ne semblait pas suffisant au régime américano-européen qui exige non seulement une obéissance totale, inconditionnelle mais aussi qu’on lui baise la main et d’autres parties du corps. Le régime exige une obéissance à l’ancienne mode protestante, qui s’accompagne d’une auto dévaluation et d’un sentiment constant de culpabilité : il ordonne une servilité sincère et véridique.

Il apparaît clair que presqu’aucun pays, aucun gouvernement ne peut échapper à l’annihilation s’il ne se soumet pas totalement. Le sentiment va tellement loin que si les gouvernements de pays en voie de développement tel les Philippines, l’Indonésie, l’Ouganda ou le Rwanda ne proclament pas clairement à Washington, Londres ou Partis « nous sommes uniquement là pour votre bonheur, vous l’Occident », ils risquent alors une annihilation totale, même s’ils ont été élus démocratiquement, même si (et même surtout si) ils sont supportés par la majorité du peuple.

Tout ceci n’est pas nouveau, bien-sûr. Mais dans le passé, les choses se faisaient avec un peu plus de discrétion. Aujourd’hui, elles se font au grand jour, ainsi personne n’osera se rebeller, ni même rêver.

C’est ainsi que la révolution en Égypte a été sabotée, détruite et cruellement exterminée. Il ne reste absolument rien du prétendu “Printemps arabe”, juste un avertissement clair “qu’on ne vous y reprenne pas, ou alors…”

J’ai vu les élites en Égypte danser et célébrer leur victoire. Les élites aiment l’armée. L’armée leur garantit une place au Zénith, voilà leur pouvoir. Les élites donnent à leurs enfants à brandir des portraits de leaders militaires responsables du Coup d’Etat, responsables d’avoir causé la mort de milliers de vies, responsables d’avoir brisé les espoirs et les rêves du Monde arabe.

Ce que j’ai vu en Égypte était terrifiant et ressemblait au putsch de 1973 au Chili (un pays que je considère comme mon deuxième ou troisième chez-moi), ce putsch, dont je ne me souviens de rien en raison de mon âge, mais dont les séquences vues et revues, n’en ont jamais diminué l’horreur.

Ou alors… c’est la torture ou bien le meurtre de civils à Bahreïn. Ou alors… c’est l’Indonésie en 1965-66. Ou encore la chute de l’Union Soviétique. Ou alors… c’est l’explosion d’un avion de ligne en plein vol ; un avion cubain détruit par des agents de la CIA. Ou encore les ravages causés à l’Irak, la Lybie, l’Afghanistan, au Vietnam, au Cambodge et au Laos, renvoyés à l’âge de pierre. Ou alors… ce sont des pays totalement dévastés comme le Nicaragua, Grenade, Panama ou la République Dominicaine. Ou alors… ce sont 10 millions de personnes massacrées en République démocratique du Congo, tant pour ses ressources naturelles que pour l’anti-impérialisme ouvertement affiché par son grand leader, Patrice Lumumba.

Il est certain que ce que vit le monde actuellement pourrait être décrit comme une nouvelle vague de l’offensive impériale occidentale. Cette offensive se déroule sur tous les fronts et s’accélère de manière très rapide. Sous la houlette du très distingué prix Nobel de la Paix Barack Obama, de ses amis néo-conservateurs, de ses amis socialistes aux accents bruns, de la réélection du Premier ministre fasciste au Japon, le monde devient un lieu particulièrement dangereux. C’est comme si une certaine ville frontalière était envahie par des gangs violents.

La perception biblique de « vous êtes avec moi ou contre moi » gagne du terrain. Soyons conscients face aux récits. Soyons conscients lors des soulèvements, soyons conscients lors des mouvements de protestation contre les gouvernements. Lesquels sont réels et lesquels sont créés de toute pièce par l’impérialisme et le néo-colonialisme ?

Cela apparaît extrêmement déstabilisant pour la majorité des gens qui sont noyés par le flot d’informations des médias privés. Il y a effectivement de quoi être déstabilisé. Et plus les gens le sont, moins ils sont enclins à s’opposer aux réels dangers et à l’oppression.

Mais au final et malgré tout, le peuple thaïlandais a voté le 2 février dernier. Il a surmonté les barricades, il s’est battu contre ceux qui essayaient de fermer les bureaux de vote. Et en Ukraine la majorité continue de supporter son gouvernement. Et ni le Venezuela ni Cuba ne sont tombés. Et les rebelles Djihadistes n’ont pas encore pris le contrôle de la Syrie. Et l’Erythrée et le Zimbabwe sont encore et toujours derrière leurs leaders.

Les gens ne sont pas des brebis. Dans plusieurs endroits du monde, ils ont réalisé qui étaient leurs véritables ennemis. Quand les Etats-Unis ont participé au coup d’Etat contre Chavez, l’armée a refusé de suivre, et quand un homme d’affaires a été désigné pour prêter serment en tant que Président, l’armée a commencé à faire route vers Caracas avec ses chars afin de protéger le leader élu et légitime. La révolution a survécu.

Chavez est décédé, et d’aucuns affirment qu’il a été empoisonné, que le cancer lui a été inoculé, qu’il a été éliminé depuis le Nord. Je ne sais pas si c’est vrai, mais avant de mourir, on l’a photographié, chauve et transpirant, souffrant d’une maladie incurable, mais déterminé et fier. Il criait “ici personne ne se rend !” Et cette image et cette phrase à elles seules ont inspiré des millions de personnes.

Je me souviens, l’an dernier à Caracas, debout face à un énorme poster montrant son visage, épelant ses mots. Je l’aurais remercié, serré contre moi si j’avais pu, s’il était encore en vie. Non pas parce qu’il était parfait- il ne l’était pas. Mais parce que sa vie, ses mots et ses actes ont inspiré des millions de personnes, sorti des nations entières de la dépression, du malheur et de l’esclavagisme. Je lis sur son visage ceci : ’’ils essaient de te descendre par tous les moyens, mais tu résistes…tu tombes et tu te bats encore. Ils essaient de te tuer mais tu te bats…pour la justice, pour ton pays, pour un monde meilleur.’’ Chavez n’a pas dit cela, bien-sûr, mais face à son photographe, tel a été le ressenti.

Depuis, une partie des pays d’Amérique du Sud a été libérée et s’est unie contre l’impérialisme occidental, et ils seront difficiles à battre. Oui, ici, personne ne se rend !

Le reste du monde est encore très vulnérable et enchaîné. L’Occident ne cesse de produire et d’aider des forces d’oppression, qu’elles soient féodales ou religieuses. Plus la population est oppressée, moins elle est disposée à se battre pour la justice et pour ses droits. Plus elle est effrayée, plus elle est facile à contrôler.

La féodalité, l’oppression religieuse et les dictatures d’extrême droite, tout cela sert parfaitement le fondamentalisme de marché de l’Empire, et son obsession de vouloir contrôler la planète. Mais un tel programme est anormal, et donc temporaire. Les êtres humains sont épris de justice, par essence, c’est une espèce décente et altruiste. Albert Camus, à juste titre, en arrive à la conclusion dans son magnifique Roman ‘La Peste’ (analogie pour combattre le fascisme) : « il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser ».

Ce que l’Occident fait actuellement au reste du monde n’a rien de nouveau : fomenter des conflits, soutenir le banditisme et le terrorisme, sacrifier des millions de personnes pour ses seuls intérêts commerciaux. C’est ce qu’on appelle le “fascisme ordinaire”. Et le fascisme est venu et il a été vaincu par le passé. Et il le sera à nouveau. Il sera battu à nouveau car il est néfaste, car il va à l’encontre de l’évolution humaine naturelle et car les peuples à travers le monde sont en train de prendre conscience que les structures féodales que le fascisme occidental essaie de mettre en place à travers le monde, appartiennent au 18ème siècle, pas à celui-ci et ne devraient plus être tolérées.

Andre Vltchek / counterpunch.org

 

 

III- Ukraine: coup d’État à l’américaine

 

Début d’une nouvelle guerre froide

 

 

La première semaine de la session de printemps du Conseil des droits de l’homme à Genève est réservée aux représentants politiques des divers pays. Souvent ce sont les ministres des Affaires étrangères eux-mêmes ou leurs suppléants qui viennent pour exposer pendant dix minutes l’axe essentiel de leur politique des droits de l’homme. C’est ainsi que cela s’est passé la semaine dernière, et les auditeurs ont eu droit à un éventail d’interventions intéressant. Alors que les Etats africains et asiatiques ont parlé majoritairement de la situation des droits de l’homme dans leurs propres pays et comment on pourrait l’améliorer, c’étaient surtout les Etats de l’UE et de l’OTAN qui se sont concentrés sur la situation en Ukraine, en Syrie ou au Venezuela et l’ont commenté de manière extrêmement polémique. Dans certains cas, le ton était véritablement acerbe.

Mardi, c’est l’intervention du ministre estonien des Affaires étrangères Urmas Paet qui était la plus frappante. C’est lui qui a mené le fameux appel téléphonique intercepté avec le Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères Catherine Ashton, dans lequel il a mentionné que les tireurs d’élite à Kiev avaient tiré sur des agents de police et sur des manifestants (cf. «Neue Zürcher Zeitung» du 7 mars). Une procédure similaire que le journaliste et auteur français Thierry Meyssan a décrit concernant les événements en cours au Venezuela. Là aussi, des agents de sécurité ainsi que des manifestants ont été tués par les mêmes armes. Dans son intervention, Urmas Paet a tenté de décrire la crise en Ukraine comme étant un réel danger pour la paix en Europe et a invité la communauté internationale à agir.

Expansion de l’OTAN vers l’est va à l’encontre de la promesse de George Bush sen.

Ce qui a commencé par l’expansion de l’OTAN vers l’est au milieu des années 1990 – à l’encontre de la promesse de George Bush sen. donnée à Michail Gorbatchev, à savoir qu’il n’y aurait pas d’expansion de l’OTAN dans les anciennes républiques soviétiques et dans les anciens Etats du pacte de Varsovie – a continué au XXIe siècle par l’expansion en Géorgie et en Ukraine. L’encerclement conséquent de la Russie et ainsi un fort affaiblissement de ce pays en plein développement, qui s’est, ces dernières années sous la présidence de Vladimir Poutine, opposé de plus en plus aux tendances hégémoniques des Etats-Unis, notamment dans le cas de la Syrie, est de plus en plus évident.

Des conflits internes éclatants soudainement

Il est frappant que divers pays, qui se sont développés jusqu’à présent indépendamment de l’empire américain, doivent soudainement se battre contre des conflits internes, soit en Libye, en Syrie, au Venezuela et bien sûr en Ukraine. En ce qui concerne la Libye, la «Neue Zürcher Zeitung» a rapporté le 7 mars, que le pays menace de se disloquer et de tomber dans le chaos. Est-ce ça le résultat d’une «intervention humanitaire» pour la liberté, la démocratie et les droits de l’homme sanctionnée par l’ONU et mise en exécution par l’OTAN? La Russie et la Chine se sont abstenues au Conseil de sécurité de l’ONU. Ce qui a suivi cette résolution a plus que confirmé leur attitude. C’était un signal indispensable adressé à tous les Etats qu’un petit groupe de nations ne pouvait se permettre d’attaquer un Etat comme bon lui semble pour destituer son gouvernement.

L’Ukraine, victime actuelle de cette politique de destruction américaine

Si l’on écoute ça et là dans les couloirs de l’ONU à Genève, ce sont notamment les Etats d’Amérique latine qui sont bien placés savoir analyser les interventions américaines en faveur de la démocratie et des droits de l’homme, et ils ont une position claire concernant ce qui se passe en Syrie, au Venezuela et en Ukraine. Leurs représentants n’ont guère de doutes que l’Ukraine est la victime actuelle de cette politique de destruction américaine.

Deux poids, deux mesures

Particulièrement cynique était l’intervention de la représentante des Etats-Unis devant le Conseil des droits de l’homme. Elle a évoqué les nobles efforts de son pays pour s’engager en faveur de la liberté, de la démocratie et des droits de l’homme, et a critiqué l’intervention de la Russie dans les affaires intérieures de l’Ukraine. «Nous devons insister sur le fait que tous les Etats doivent respecter l’intégrité territoriale de l’Ukraine», tout en soulignant que le peuple ukrainien a le droit «de déterminer son propre chemin politique». Ne connaissons-nous pas ces paroles? Le président Johnson n’avait-il pas justifier en 1965 l’intervention militaire des Etats-Unis au Viêt Nam, qui aboutit dans un désastre complet par de semblables paroles: «Le Viêt Nam doit avoir l’occasion de suivre son propre chemin.» Quel était ce «propre» chemin? Un pays complètement détruit et pollué par de l’Agent Orange et plus de 2 millions de morts. Voilà la réalité – quel sera l’avenir de l’Ukraine, on le verra.

Les USA ont collaboré dès le début au coup d’Etat dans ce pays

Ces dernières semaines, et au plus tard depuis le fameux appel téléphonique intercepté – au cours duquel la mandataire pour l’Europe de l’Est du ministère américain des Affaires étrangères Victoria Nuland, en conversation avec l’ambassadeur américain en Ukraine Geoffrey Pyatt, a exprimé sa mauvaise humeur face à la détermination insuffisante de l’UE lors de la chute du président ukrainien Ianoukovytch et a entre autre prononcé la phrase souvent citée «Fuck the EU» – il est évident que ce sont les Etats-Unis qui s’immiscent officiellement dans les affaires intérieures d’un autre Etat. Pendant que les médias se sont surtout indignés de l’impair verbal, il n’y a eu aucun tollé concernant le contenu de cet appel téléphonique, dans lequel il était évident pour toute l’opinion mondiale que les Etats-Unis avaient collaboré dès le début au coup d’Etat dans ce pays.

En Syrie, la stratégie américaine n’a pas eu de succès

Ce que George W. Bush atteignait à l’aide d’interventions militaires brutales, à savoir un «Regime change» de l’extérieur, est exercé sous Obama par de la «Smart Power» tout en poursuivant le même but: la chute de gouvernements, sans considérer s’ils avaient été élu démocratiquement, tel Ianoukovytch, ou pas. Pour la politique américaine, cela n’a aucune importance aussi longtemps qu’il s’agit de leurs propres intérêts politiques et économiques. Si le changement ne peut être obtenu par une guerre civile, alors par une intervention militaire, dans le meilleur des cas naturellement suite à un mandat de l’ONU arrogé comme dans le cas de la Libye.

La Russie et la Chine y ont définitivement appris leur leçon. En Syrie, cette stratégie américaine n’a déjà plus fonctionné avec succès, à part la destruction du pays et la mort et la misère d’un grand nombre d’innocents. La Chine et la Russie y avaient opposé leur veto au Conseil de sécurité. On verra quel destin les Etats-Unis prévoient pour l’Ukraine. Ce qui est certain, c’est qu’ils vont continuer de pousser la Russie dans ses retranchements. Lorsqu’on lit et écoute nos médias occidentaux, il semblerait que tout le monde est d’accord que la Russie est le «méchant», mais quand on écoute et lit les voix d’autres pays, qui sont tues chez nous, on obtient une toute autre image. La vue américano-européenne des choses est naïve et simpliste. Il est temps que nous élargissions réellement notre horizon.

Par Thomas Kaiser / Horizons et Débats

 

Ukraine et manipulations : Voir plus loin que le bout de notre nez
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