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le blog lintegral

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Enseignement supérieur et Politique

Publié par medisma sur 21 Août 2014, 21:36pm

 

 

Enseignement supérieur

I- La discorde entre les Grandes écoles et les universités prend de l’ampleur

 

 

Et le politique n’arrange pas les choses.

 

Grandes écoles/universités sont un peu les frères ennemis de l’enseignement supérieur à la française, structuré par cette dualité unique au monde. Elle nous a couté si cher quand les Chinois se sont livrés à des benchmarks planétaires que des dispositions ont été prises pour relever ce défi révélé d’une si humiliante façon. Mais les regroupements décidés fin juillet – les Comue – se passent mal. Cela aurait pu être une formidable occasion d’entente entre des acteurs majeurs afin de parvenir à une forte visibilité. 

L’hégémonie et l’entre soi universitaire en a décidé autrement. Il est vrai qu’entre les grandes écoles et les universités, l’antagonisme – singulièrement dopé par le politique – se décline en de solides pommes de discorde, recherche, diplômes de masters et mastères, stages , classes prépas etc. Guerre larvée sur de multiples fronts alors que les contraintes extérieures devraient les obliger à s’entendre, à proposer des cursus communs, et des marques à forte visibilité.

 

La mitraille d’escarmouches variées ne rend pas toujours bien compte de l’ampleur d’un conflit, et quelques batailles éparses distraient souvent l’attention, dissimulant la gravité d’une guerre dont la réalité pourtant s’impose. Dans cet univers feutré, si policé, il s’agit bien sûr d’une “soft war”. Mais depuis des mois, cette guerre entre deux systèmes majeurs de l’enseignement supérieur, celui des universités et celui des grandes écoles, est devenue frontale, massive, violente. Sur tous les fronts : stages, apprentissage, Masters, financements, sélection, classes préparatoires, recherche et surtout, regroupements et associations, les désaccords sont désormais abyssaux.

Halte au feu ! Depuis des mois, les pommes de discorde se sont ajoutées comme autant de dossiers d’un antagonisme croissant. La tension monte entre ceux qui bénéficient de marques prestigieuses, de formations d’excellence, d’une sélection élitiste – sans doute quelque peu malthusienne – et les formations de masse, parfois de grande qualité mais trop souvent sanctionnées par l’échec. Certes, toutes les écoles ne sont pas grandes et cette dualité cache un paradoxe : certaines “grandes” écoles facturent très cher un cursus des plus moyens quand des universités délivrent gratuitement des formations d’excellence.

“Sur tous les fronts : stages, apprentissage, Masters, financements, sélection, classes préparatoires, recherche et surtout, regroupements et associations, les désaccords sont désormais abyssaux. ”

Particularité typiquement française, cette structuration des études supérieures en deux univers si distincts révéla sa formidable faiblesse à l’heure de la mondialisation. Comme le mis si cruellement en évidence, il y a plus d’une dizaine d’années, le fameux classement de Shanghai. Electrochoc humiliant. Faute de taille critique, donc de visibilité, de prix Nobel, de travaux de recherche, de publications, bref d’image au niveau planétaire, il fallait plonger dans les abîmes pour y découvrir nos étoiles : aucune université dans les 60 premières mondiales, trois seulement dans le top 100.

Depuis, la mobilité des étudiants-clients à la recherche des meilleurs diplômes dans le monde entier n’a fait que croître, tandis que dans l’Hexagone la situation ne s’est guère améliorée. La complexité des dispositifs n’a pas stimulé la lisibilité.

Pourtant les alarmes ont sonné à tous les étages. Au ministère de l’Enseignement supérieur, dans la plupart des grandes écoles – d’ingénieurs et de gestion –, dans les plus illustres universités.Cette brutale prise de conscience a donc accouché d’intentions et de projets de bon sens. Il fallait absolument regrouper, fusionner, associer les différents acteurs pour atteindre cette fameuse taille critique, génératrice de visibilité, donc de notoriété. Ce fut le premier acte, en 2007, avec les PRES, ces pôles de recherche et d’enseignement supérieur qui regroupaient universités et grandes écoles sous une structure à gouvernance commune. Accouchement des plus douloureux pour ces entités nées de parents historiquement opposés.

Antagonisme historique

Antagonisme quasi génétique. L’académisme illustre des universités, raffiné depuis le Moyen Age, n’a jamais vraiment accepté ces écoles, toutes créées, depuis trois siècles, sur les déficiences d’une Alma mater n’ayant jamais voulu se commettre à diffuser des enseignements professionnalisants. Conséquence : au milieu du XVIIIe siècle, l’Etat crée les premières grandes écoles afin de fournir cadres techniques et militaires aux grands corps du pays. Puis les entreprises et leurs fédérations professionnelles sont obligées de mettre sur pied des enseignements répondant à leurs besoins pour construire des ponts, creuser des mines, implanter des télécoms, développer l’industrie. Ces fabriques de dirigeants – inédites dans les autres pays – ont donc prospéré avec leurs singularités, à mille lieues des “usines à professeurs” si fières de leurs recherches mais organisées par discipline, en silos étanches.

A contrario, le modèle anglo- saxon d’enseignement supérieur – standard mondial – est lui plutôt calé – à Oxford ou à Harvard, par exemple – sur des organisations par universités ou collèges regroupant les disciplines les plus diverses sous une prestigieuse marque ombrelle. Philosophie, droit, management, finance, gestion s’y déclinent en spécialités proposées sur le même campus. Merci la “cross fertilization”.

Après Mai-68, Edgar Faure a démantelé les vastes et ingouvernables ensembles universitaires pluridisciplinaires afin de les rendre plus maîtrisables. Adieu fertilisation croisée, bonjour les spécialités. De ces héritages, la physionomie actuelle de l’enseignement supérieur français est comptable. Même si depuis 1999, le processus de Bologne est venu leur apporter le fameux séquençage fédérateur et universel des études avec le LMD (Licence en 3 ans, Master en 5, Doctorat en 8). A quelques restrictions près puisque le monopole de la délivrance du grade de Master relève de la responsabilité de l’Etat. Au grand dam de près de 200 écoles, dites grandes, qui se sont lancées, à l’instigation de la Conférence des Grandes Ecoles (CGE), dans la fabrication d’un diplôme maison – le Mastère. Bonjour la confusion.

La confusion des Masters

Lorsque l’on veut “vendre” un produit à l’international, mieux vaut que sa perception soit sans équivoque. Limpide, lisible. Standard universel reconnu sur tous les continents. Or cohabitent sur le “marché” ces deux versions françaises qui désorientent les plus informés des DRH parisiens. Alors vu de Pékin ou de Rio, par des étudiants en quête de diplôme porteur ! D’un côté, 410 MS, “mastères spécialisés” dûment accrédités, labellisés par cette association, la CGE ; de l’autre, une jungle de diplômes universitaires aux qualités disparates. A l’heure des équivalences, pour qui veut poursuivre ses études à l’étranger, seule la peau d’âne officielle reste “the” sésame indiscuté.

De toutes dernières péripéties montrent à quel point ce sujet est d’une actualité brûlante. Début juillet, les avocats de la Conférence des grandes écoles écrivent au ministère de l’Enseignement supérieur pour le mettre en demeure de supprimer des dispositions jugées illégales. Elles prévoient que la délivrance du diplôme national de Master relève uniquement des établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel (EPSCP), (les universités et les écoles d’ingénieurs publiques). Or, plaide la CGE, l’Etat n’est pas fondé, en droit, à limiter la délivrance du diplôme de Master aux seuls EPSCP. Car d’excellentes écoles privées n’ont pas le droit de délivrer ce diplôme national. La CGE défend âprement son processus pédagogique, l’Etat ses prérogatives régaliennes de diplômes à l’heure où les grandes régulations, évaluations, validations des établissements les plus prestigieux, du moins en gestion, sont pourtant devenues l’apanage d’organismes privés. Comme le savent bien les plus prestigieuses écoles de management – HEC, Essec, ESCPEurope – ayant dû se faire accréditer par l’européen Equis ou l’américain AACSB. Bientôt, les tribunaux devraient trancher.

Les stages menacés

C’est sans doute dans l’ADN des écoles, le génome qui participe le plus à la singularité de leur process pédagogique. Ce lien direct avec l’univers des entreprises se traduisant par une mise en pratique des savoirs livresques transmutés durant quelques mois en savoir-faire. Il familiarise l’étudiant avec le monde du travail, facilite son insertion et transforme l’essai – 33 % des étudiants des grandes écoles trouvent leur premier emploi grâce au stage de fin d’études. Dans sa version la plus développée, il prend la forme d’une “année césure”, bain d’entreprise de longue durée permettant de ne pas être simple spectateur et de s’impliquer dans des projets importants.

“ 33 % des étudiants des grandes écoles trouvent leur premier emploi grâce au stage de fin d’études. ”

Certes il y a sans doute des abus, des exploitations de ces bonnes volontés si bon marché. Aussi le législateur a-t-il tranché en juin dernier, interdisant les stages de plus de six mois. Condamnant du même coup l’un des grands secrets de fabrication de nombre d’écoles. Finalement un délai de deux ans a été trouvé pour en rediscuter les modalités. “Si on nous impose un couperet à six mois, le stage ne va pas pouvoir servir de chausse-pied”, s’inquiète Philippe Jamet, président de la CGE, craignant que cette loi trop rigide oblige les écoles à des “contorsions impossibles”.

L’apprentissage en difficulté

Autre casus belli. L’apprentissage est devenu en quelques années l’une des voies royales de l’ascenseur social pour des structures vraiment démunies. L’étudiant-apprenti voit non seulement ses études financées – l’année est facturée plus de 10 000 euros par la plupart des grandes écoles privées ou consulaires –, mais il perçoit en outre une modeste rémunération. Partout, l’alternance connaît pourtant une forte montée en puissance car c’est devenu l’un des modes les plus efficients de la formation. Pour mettre en place un tel dispositif qui a pris une part croissante dans les promotions, il faut l’aval et une part de financement des conseils régionaux. Or un grand nombre de ceux-ci préfèrent concentrer les ressources – chômage oblige – sur les formations de niveau CAP ou BEP. Au détriment des cursus Bac +5. La réduction de la taxe d’apprentissage collectée auprès des entreprises qui permettait à ces institutions de récolter 200 millions d’euros et pouvait même représenter jusqu’au quart de leur budget – souvent 10 à 15 % – a longtemps alimenté les oppositions avec le politique. Ce mauvais coup porté à la caisse tombait mal. Subventions des chambres de commerce et autres taxes d’apprentissage se réduisent comme peau de chagrin, notamment après les coups de rabot imposés par Bercy, alors que depuis quelques années, bousculant le traditionnel modèle économique des business schools. Le fameux effet de ciseau qui fragilise tant : les ressources baissent quand les budgets flambent. En raison des nouvelles exigences de ces fameuses “agences de notation” que sont les accréditeurs. Notamment un saut qualitatif des enseignements donc une transformation radicale du corps des enseignants, hier vacataires, aujourd’hui tous chercheurs-docteurs.

Flambée de la masse salariale alors que les chambres de commerce se désengageaient et qu’il fallait – taille critique oblige – fusionner nombre d’écoles. Les droits de scolarité ont donc flambé, eux aussi, mais il a fallu trouver des relais de croissance – MBA, Bachelors, formation continue – afin “d’amortir” les dépenses fixes d’un corps professoral autrement plus coûteux que quelques vacataires payés en heures supplémentaires.

La recherche, terrain d’affrontement

Partout dans le monde, l’enseignement par la recherche signe les meilleurs cursus. Les universitaires ont toujours revendiqué l’apanage de cet avantage. Repris en écho par les autorités de tutelle, sur le thème susurré “les grandes écoles ne font pas vraiment de recherche”. Ce qui provoque la fureur de plus d’un directeur d’école brandissant ses contrats de recherche avec les entreprises. Les versions, les préférences diffèrent. Mais ce domaine est aussi un terrain d’affrontement et de mésentente, comme en témoigne de façon assez vulgaire ce dialogue par médias interposés.

Dans Le Monde, le président de la Conférence des présidents d’université (CPU), Jean-Loup Salzmann, président de l’université Paris 13 (Villetaneuse), déclarait il y a quelques mois : “Tout le monde le sait, et les étudiants s’en aperçoivent quand ils intègrent une école, dans les grandes écoles, les cours ne sont pas de très bonne qualité.” Réplique du directeur des Arts et Métiers, Laurent Carraro, par ailleurs universitaire, docteur et agrégé de maths, dans ce quotidien : “Outre la légèreté d’un propos pour le moins approximatif et calomnieux, la méthode est choquante et doit interroger tous les citoyens sur l’état actuel de leur enseignement supérieur. Nous avons l’impérieuse obligation de nous ressaisir, et de cesser de prendre en otage des générations entières d’étudiants dans des querelle stériles de lutte de pouvoir.” Accusant le ministère d’avoir promu une réforme “dans l’entre-soi, entre universitaires”, il ajoute : “Nous perdons notre temps à réformer l’enseignement supérieur en France avec une peur de l’extérieur. Nous restons entre nous à régler nos comptes. Pendant que nous parlons de gouvernance, de regroupements, le reste du monde avance. Les universités suisses sont devant celles de la France. Dans quel état serait la France si elle n’avait pu compter sur ses ingénieurs quand les universités refusaient encore il y a peu de parler de professionnalisation ?”

Dialogue qui ne rend pas vraiment optimiste sur les chances de cette entente pourtant essentielle. Plus grave, des relents de considérations quasi idéologiques au niveau politique n’arrangent pas les choses dans ce qui est devenu un véritable rapport de force entre les grandes écoles et les universités en ne laissant qu’une maigre place aux premières.

Fioraso met de l’huile sur le feu

Atmosphère délétère. Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, devait présider l’Assemblée générale de la CGE pour fêter ses 40 ans. Elle se décommande au dernier moment. Quand cette association organise à Grenoble, ville dont elle est l’élue, un colloque sur l’innovation, elle fait encore défaut. Plus piquant, lorsque les dirigeants de la CGE vont la rencontrer, rue Descartes, en son ministère, on les fait attendre dans l’antre du gardien près de la grille d’entrée, d’où ils voient passer le président de l’Unef qui va la retrouver. Ils ne seront reçus, plus tard, que par un membre du cabinet. Ambiance. Elle avait déjà bien été réfrigérée à l’annonce de l’intention de placer les fameuses classes préparatoires dans le giron des universités, leur faisant quitter les meilleurs lycées. Ce qui n’était pas une idée absurde. Mais le manque de concertation fut révélateur de préjugés, de partis pris quasi idéologiques et autres ressentiments. Ils seront largement amplifiés lors du dernier acte de cet ample conflit il y a quelques semaines.

Après les PRES, les COMUE…

Incontournables : ne pas en être vous condamne à devenir invisible. En être – mais sur un strapontin – n’est pas vraiment satisfaisant. Comue est donc le nom (pour Communauté d’universités et établissements) de ces futures structures fédératrices ayant succédé aux PRES. D’emblée, la position hégémonique des universités, soutenue par leur tutelle, a provoqué quelques ratés au dispositif. Manque de concertation, défaut de transparence, complexité excessive… Plus de la moitié des Grandes écoles estiment ne pas avoir été consultées alors que le président de l’organisme qui les réunit s’insurge contre “un projet de règlement stipulant que seuls des établissements publics peuvent être membres de la Comue, excluant ainsi les établissements associatifs, consulaires ou privés”. Disposition jugée contraire “au droit européen”.

“Certaines Comue semblent ‘confisquées’ au seul profit des universités, les écoles n’étant conviées qu’après la définition des statuts et le partage des ‘pouvoirs’, pour se voir notifier un possible strapontin.Dans certains cas, les écoles ne sont pas conviées du tout… ”

Dans une lettre à Geneviève Fioraso, Philippe Jamet dénonçe le processus d’élaboration des statuts des Comue, que la CGE ne juge “ni fédérateur, ni transparent”. Il y souligne qu’une large majorité de Grandes écoles (plus des trois quarts) sont désireuses de participer à ces regroupements, mais que “plus de la moitié d’entre elles estiment ne pas avoir été consultées”. Cela va aboutir à “échafauder des organisations complexes”, au détriment de “l’efficacité et de la visibilité”. Ce qui est véritablement en cause dans l’économie de ces regroupements vitaux pour l’enseignement supérieur à la française : une certaine hiérarchie faisant la part belle aux universitaires, au détriment des écoles.

Le rapport dominant/dominés

Pas vraiment le schéma “win/win”. “Le risque ? que ces nouvelles entités viennent rajouter une couche supplémentaire de bureaucratie, prévient Jacques Igalens, patron de Toulouse Business School. L’avenir nous dira si le poids de la structure l’emporte sur les avantages. Mais l’expérience vaut d’être tentée. Nous devons aussi rester conscients du rapport de forces : la plus petite des universités toulousaines compte 20 000 étudiants, quand nous en avons à peine 4 000. Nous n’avons ni la même taille, ni les mêmes modes de fonctionnement.” L’un de ses collègues est plus pessimiste encore ! “Certaines Comue semblent ‘confisquées’ au seul profit des universités, les écoles n’étant conviées qu’après la définition des statuts et le partage des ‘pouvoirs’, pour se voir notifier un possible strapontin.Dans certains cas, les écoles ne sont pas conviées du tout…” A mille lieues de la “culture de travail commune” des Pôles de recherche et d’enseignement supérieur. Ce qui fait dire à Philippe Jamet que “la dynamique actuelle s’apparente à une régression”.

L’occasion manquée

Cela aurait pu être une formidable occasion de rapprochement entre ces deux modèles, stimulée par l’incontournable ukase du développement à l’international sur des marchés consommateurs de formations d’excellence à forte visibilité. Mise en commun des moyens, par exemple pour recruter des candidats à l’international, synergies fécondes et autres chantiers communs pour bâtir des cursus pluridisciplinaires ayant du sens. Business schools et écoles d’ingénieurs largement rompues à l’exercice du grand large venant apporter techniques et expériences à celles qui sont si peu sorties de l’Hexagone. Puissance des marques oblige, sur des structures à dominante largement universitaire. Ce qui manque actuellement, c’est une dizaine d’universités de recherche de très haut niveau – à l’image de l’ensemble Paris Saclay – cohabitant avec les universités se consacrant à la formation.

“Le gouvernement impose de manière autoritaire et dans la précipitation des regroupements dangereux et non concertés, nous nous associons à la demande d’un moratoire d’une année.”

Dans les 25 regroupements prévus, arrêtés le 24 juillet dernier – dont une vingtaine de Comue et 5 associations – à Paris, deux utilisent la marque “Sorbonne” (Sorbonne Paris Cité, Sorbonne-Nouvelle, Paris-Diderot, Paris-XIII, Sciences Po…), mais aussi Sorbonne-Universités (Paris-Sorbonne, Université Pierre-et-Marie-Curie…). Pour apparaître dans les radars de Shanghai, il faut aligner en abondance des moyens intellectuels d’excellence – recherches, publications académiques – sur le même site, en jouant sur les deux paramètres, quantité et qualité. Il ne s’agit donc vraiment pas d’ajouter une couche supplémentaire au millefeuille admistratif. Crainte de plus d’un acteur.

Débats très vifs, opposition solide, même en interne, dans nombre d’universités. Ainsi à Strasbourg, le personnel de l’université vote fin juin une pétition : “Le gouvernement impose de manière autoritaire et dans la précipitation des regroupements dangereux et non concertés, nous nous associons à la demande d’un moratoire d’une année.” Vent debout, les syndicats s’opposent à ces regroupements.

Par crainte d’être submergées par des universités de taille bien supérieure, les écoles ont négocié en ordre dispersé leur entrée dans ces nouvelles structures. Ainsi, quelques Comue, notamment en Bretagne ou en Normandie, ne comportent aucune business school. Pourtant la politique de site s’impose désormais aux stratégies des différents acteurs. L’entre-soi universitaire n’est pas la bonne réponse.

 

 

Politique

II- Les maux-clés de la rentrée

Rentrée sociale, rentrée politique, rentrée littéraire, rentrée des classes…

 

 

Le concept de rentrée est une invention française née de la mauvaise conscience de prendre chaque année de si longues vacances. La seule rentrée qui n’existe pas est la rentrée économique, puisque seule l’économie ne s’arrête jamais. De A comme Administration, à V comme Vivre ensemble, voici quelques maux clés de la rentrée…

Rentrée

Rentrée sociale, rentrée politique, rentrée littéraire, rentrée des classes. Le concept de rentrée est une invention française née de la mauvaise conscience de prendre chaque année de si longues vacances.

La seule rentrée qui n’existe pas est la rentrée économique, puisque seule l’économie ne s’arrête jamais. Money never sleep.

3 %

C’est le chiffre maudit, celui qui est dicté par Bruxelles, mais la France est incapable de réduire son déficit public en dessous des 3 % du PIB, car elle est prisonnière de son propre État et qu’il est lui-même incapable de se réformer. Quand on lui parle réforme, il répond amputation.

voir État
voir 3,9 %

3,9 %

Cette année, ce sera donc 3,8 %, au mieux, et 3,4 % en 2015, selon le FMI.

voir 3 %

Administration

La France est le seul pays qui met aux guichets ceux qu’elle veut punir tandis qu’ailleurs, on y met au contraire ceux qui sont les plus adaptés à ce poste qui consiste à mettre l’État face à d’autres que lui-même.

Allemagne

Pays en croissance économique et en baisse démographique.

Amis

“La bonne finance est notre amie” a dit le ministre des Finances qui est par ailleurs meilleur ami du Président, pensant détendre l’ambiance et provoquant ainsi l’effet inverse de celui escompté. Se méfier de ses amis.

voir Finance

Bruxelles

La capitale administrative de l’Europe est également un paradis fiscal à une heure de Thalys de Paris, mais la France, pourtant cofondatrice de la CE, est incapable d’y placer des gens aux postes clés. Le fait que le nouveau secrétaire d’État aux Affaires européennes s’appelle Désir ne semble qu’accentuer le mal et signifier au pire un désintérêt, au mieux une incompétence.

voir Dépression

BTP

Les logements neufs, les logements sociaux et les chantiers publics sont à l’arrêt, ou presque. Quand même le BTP ne va pas, rien ne va plus, dit-on. Heureusement, il reste les autoroutes…

Chômage

Activité en croissance que rien n’arrêtera.

Économistes

Qui a écrit : “Disons-le tout net : la discipline économique n’est toujours pas sortie de sa passion infantile pour les mathématiques et les spéculations purement théoriques, et souvent très idéologiques, au détriment de la recherche historique et du rapprochement avec les autres sciences sociales. Trop souvent, les économistes sont avant tout préoccupés par de petits problèmes mathématiques qui n’intéressent qu’eux-mêmes, ce qui leur permet de se donner à peu de frais des apparences de scientificité et d’éviter d’avoir à répondre aux questions autrement plus compliquées posées par le monde qui les entoure.” (p. 63).

C’est celui qui a également écrit : “En vérité, l’économie n’aurait jamais dû chercher à se séparer des autres disciplines des sciences sociales, et ne peut se développer qu’en leur sein. On sait trop peu de choses en sciences sociales pour se diviser bêtement de la sorte. Pour espérer faire des progrès sur des questions telles que la dynamique historique de la répartition des richesses et la structure des classes sociales, il est bien évident qu’il faut procéder avec pragmatisme, et mobiliser des méthodes et des approches qui sont celles des historiens, des sociologues et des politistes autant que celles des économistes. Il faut partir des questions de fond et tenter d’y répondre : les querelles de clocher et de territoire sont secondaires.” (p. 64-65).

C’est Thomas Piketty, dans “Le Capital au XXIe siècle” que vous venez d’ouvrir au bord de votre piscine parce que tout le monde disait l’avoir lu hier soir à table et que vous avez trouvé ce matin en pile près de la caisse à la Maison de la presse de Saint-Tropez à côté de Vanity Fair.

Voir Intersectionnalité

Chiffres

“Je ne crois jamais une statistique, à moins de l’avoir moi-même falsifiée” aurait dit Winston Churchill.

Consommation

La consommation des ménages progressera seulement de 0,3 % en 2014 selon les dernières prévisions de l’Insee. Une société dont la consommation ne progresse plus reste-t-elle une société de consommation ? Vous avez quatre heures

Corse

L’abandon de la lutte armée par le FNLC est tombé pour les connaisseurs comme une mauvaise nouvelle, elle signifie que désormais, les affaires reprennent leurs droits.

Croissance

C’est donc pire que prévu. “Il n’est pas impossible que la croissance puisse encore s’affaiblir” a lâché François Hollande lors d’un dîner avec la presse présidentielle la semaine dernière.

Voir Reprise
Voir Décroissance

Croissance zéro

C’est le mot de la rentrée, mais interdiction de le prononcer. La confirmation de la croissance n’ayant pas eu lieu, on envisage en secret une stabilisation de la décroissance tout en priant pour une stabilité à croissance zéro.

Voir Reprise

Cumul

Se dit des mandats et aussi des échecs. Le cumul des mandats est aux élus de la Nation ce que la cassette était à Harpagon. Lorsque François Hollande leur a demandé de la rendre, ils ont dit non mais ont été contraints à la transparence, dont l’effet a été d’accroître l’impopularité des élus aux yeux des Français, et de François Hollande aux yeux des élus.

CV anonyme

Anonyme ou pas ? Proposer de nier son identité sur son CV était une mauvaise réponse à un vrai sujet. Le CV anonyme n’a pas d’avenir et on ne lutte pas contre les discriminations en les camouflant.

Par contre, si le CV anonyme a du plomb dans l’aile, on parle de plus en plus du CV par compétence, qui ne discrimine personne et met au contraire chacun à égalité, noir ou blanc, avec ou sans diplôme.

voir Discriminations

Décentralisation

La décentralisation était une belle idée qui aura été tuée par ceux qui en ont si bien vécu.

Voir Régions

Décomplexé

Se dit d’un individu qui ne craint pas d’afficher sa personnalité. Appliquée à la politique, la prochaine décomplexation sera à droite de s’attabler avec le FN, et à gauche de faire campagne en critiquant le gouvernement.

Voir Gauche/droite

Démantèlement

de Google avant qu’il ne soit trop tard, pour commencer.

Dépression

La France est entrée en dépression mentale avant d’entrer en dépression économique, mais ne le dites à personne.

voir Croissance
voir Économistes

Différent

Think different, be different, act different… C’était un défaut, ça devient un atout.

Discriminations

Lutter contre les discriminations est un truc de gauche, et c’est bien tout le problème.

Jihad

Désormais, certains croient que faire son Jihad, c’est comme faire sa Bar mitzvah ou sa communion.

Écologie

Les écologistes d’EELV ayant été déclarés hautement toxiques et Daniel Cohn Bendit ayant pris une retraite regrettée mais méritée, Ségolène Royal est devenue l’écologiste en chef. Mais elle n’endossera pas l’habit car elle sait que le gouvernement a tellement intégré l’écologie dans son action qu’elle est la quatrième à ce poste en deux ans.

Voir Verts

Énarchie

Anarchie d’État.

voir État

Entreprendre

Activité vitale et excitante malheureusement déconseillée en France.

État

Un soir, en mai 81, deux énarques inquiets discutaient en faisant leurs cartons dans la pénombre du ministère des Finances qui se trouvait alors rue de Rivoli. Le premier dit à l’autre : “C’est horrible, la gauche va noyauter l’État”. Et l’autre lui répondit : “Mais non, tu vas voir, c’est l’État qui va noyauter la gauche”.

Extrême droite

L’extrême droite ? Quelle extrême droite ? Récemment, à la faveur d’une polémique père/fille, l’opinion a conclu qu’il y avait un bon et un mauvais Front national, le père jouant l’extrême et la fille jouant la droite.

Extrême gauche

On apprend un changement au mégaphone des prochaines manifs, Olivier Besancenot revenant sur le terrain tandis que Jean-Luc Mélenchon sort sur un brancard.

Voir Facteur

Finance

voir Amis

Gauche/droite

Depuis combien de temps n’avez-vous pas fait le test de dépistage “Êtes-vous de gauche ou êtes-vous de droite” ?

Gauche (du PS)

Le PS est mort mais il bat encore de l’aile gauche. On y fait preuve à la fois de combativité, d’organisation, de cynisme, de naïveté, de démagogie, de populisme, de calcul, mais rarement de lucidité économique. Le mélenchonisme aura fait beaucoup de ravages sur son passage.

Intermittents

D’intermittent à autoentrepreneur il n’y a qu’un pas, vous dira bientôt l’État au bord de la falaise.

Intersectionnalité

Dans cet océan de mauvaises nouvelles, c’est le concept qui monte en sciences sociales. Il consiste à cesser d’envisager ce qu’on étudie sous le seul prisme de sa spécialité afin de mieux en découvrir les fondements.

L’intersectionnalité s’applique aux discriminations depuis sa théorisation il y a vingt ans, mais c’est le temps qu’il aura fallu pour admettre qu’il était peut-être temps de cesser de penser en silo et d’envisager un peu de transversalité dans un monde de spécialistes de leur spécialité.

Islam

L’islam semble malheureusement durablement réduit à l’islamisme comme Angélique à l’esclavage.

La Rochelle

Port de pêche et de plaisance où se retrouvent chaque été, fin août, les socialistes unis dans une hypocrisie commune et venus mesurer leur popularité auprès d’eux-mêmes.

Leadership

On en manque.

Centre (du monde)

Un jour, quelqu’un a dit à Louis XIV que la France était le centre du monde et depuis, la cour continue à le croire alors qu’elle n’est plus qu’une destination touristique.

voir Tourisme

Paradis fiscaux

Contrairement à la légende, seuls les méchants vont toujours aux paradis.

Partis politiques

Résumé du premier semestre : le Parti socialiste est mort, l’UMP est en prison, les Verts sont pollués, le FN est dans le fruit.

Politique

Activité néanmoins lucrative à très lucrative.

Voir Partis

PS

On apprend à l’instant que le prochain congrès vient d’être repoussé à 2016.

Régions

Baronnies modernes avec palais princiers.

Reprise

“La reprise est là”, disait-il le 14 juillet 2013. “Même François Hollande ne croit plus à la reprise” titrait Le Monde en juillet 2014.

voir Croissance

Retour

Voir Sarkozy

Retraite

Partir plus tard et toucher moins.

Si vous vous estimez lésé, vous pouvez aller voir le nouveau défenseur des droits, Jacques Toubon, 73 ans, nommé le mois dernier par François Hollande.

Robots

La robotisation est un acte économique qui peut également être vu comme consistant à réduire en se frottant les mains les coûts de production via une destruction progressive du consommateur.

Sarkozy

Voir Retour

Sénatoriales

Fin septembre, le Sénat sera repassé à droite. On y comptera des sénateurs frontistes et même deux guérinistes.

VIe République

Plus elle s’impose, moins on en parle.

SNCF

Tiens, ses bénéfices sont en hausse au premier semestre, vient-on d’apprendre.

Tourisme

C’est en train de devenir le vrai métier de la France, 17 % de croissance en 6 ans, 150 milliards, 7 % du PIB. Tout ça sans sourire aux touristes.

Transparence

Grâce à elle, on sait désormais qu’en 2014, l’Assemblée nationale a rémunéré 52 épouses, 28 fils et 32 filles de députés, mais on ne sait pas combien d’emplois fictifs ni de maîtresses réelles.

Verts

Les écologistes français ne sont pas verts, ils sont transparents. La seule planète qui semble intéresser ses dirigeants est la leur.

Voir Écologie

Vivre ensemble

Avant, on vivait ensemble ou pas. Maintenant, le gouvernement s’inquiète pour “le vivre ensemble”, signe de la lente dégradation de la relation de la France avec elle-même. Une commission s’impose.

 

  Enseignement supérieur et Politique
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