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A quoi joue la Turquie ?

Publié par medisma sur 13 Octobre 2014, 14:23pm

A quoi joue la Turquie ?

 

La connivence de fait entre Ankara et EIIL constitue une vraie interrogation

 

A quoi joue la Turquie ? La politique moyen orientale d’Ankara est aujourd’hui de plus en plus floue. Pilier de l’OTAN en Méditerranée orientale, Ankara avait déjà quelque peu dérouté les chancelleries en raison de son flirt avec Téhéran mais aussi suite à sa rupture brutale en 2010 avec Israël, alors que les deux pays avaient engagé de vrais partenariats stratégiques. Là, la situation ressort bien plus problématique encore. L’Occident se trouve confronté à un véritable défi qui a un nom : Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) encore appelé, de son nom arabe, Daech. Ce dernier, profitant de l’effondrement de toute autorité en Syrie du Nord mais surtout de l’anarchie régnante en Irak, a réussi à prendre le contrôle d’une partie importante de cette terre mésopotamienne qui fut, rappelons-le, l’un de nos principaux berceaux civilisationnels. Avec pour objectif d’y installer un califat où régnerait un islam des plus rigoureux. Les massacres multiples perpétrés contre les chrétiens et les Yazidis, contre les musulmans modérés également, sans parler de ces décapitations d’Occidentaux orchestrées devant caméras, montrent à quel point EIIL est loin de nos canons du respect de

la dignité humaine. L’attraction exercée auprès des jeunes Européens - la plupart d’origine musulmane - par cette organisation symbole, pour reprendre l’expression du philosophe Luc Ferry, de l’émergence d’un véritable “islamo-nazisme”, est porteuse de lourdes inquiétudes quant à la cohésion et la stabilité de nos sociétés occidentales. Face à cela, « une coalition internationale regroupant Etats-Unis, puissances occidentales et nations moyen-orientales a été constituée pour contenir puis, ensuite, réduire cette pieuvre islamique»* (sic). Seul pays à manquer à l’appel, la Turquie a adopté une posture des plus ambiguës. Toute à son obsession anti-Assad, Ankara a laissé sur son territoire se constituer en base arrière des mouvements islamistes : apprentis terroristes et armes à destination des mouvements les plus radicaux et anti-occidentaux y transitent avant de rejoindre les zones de combat, tandis que les commandants islamistes viennent s’y reposer ou s’y faire soigner. Sans parler des cargaisons de pétrole syrien et irakien qui y transitent avant d’être vendues, alimentant les caisses de l’Etat islamique. Alors même que les Kurdes syriens du YPG, sous-équipées mais avec courage, sont seuls à combattre l’Etat islamique à la frontière syro-turque, autour de la ville stratégique de Kobané, Ankara leur refuse tout soutien et, pour ce qui est des civils, accueille les réfugiés au compte-gouttes et en traînant les pieds. La crainte turque de voir le Kurdistan syrien conquérir son autonomie (qu’elle a déjà de fait) de Damas, est plus forte pour Erdogan que de voir s’étendre l’influence d’EIIL à l’ensemble de la région.

La connivence de fait entre Ankara et EIIL constitue une vraie interrogation. La montée en puissance d’un islam conservateur – n’hésitant à l’intérieur pas à combattre brutalement ses adversaires politiques –, et la promotion à l’extérieur d’une doctrine “néo-ottomane” en Turquie, éloignent un peu plus encore ce pays de l’Occident et de ses valeurs. La question est aujourd’hui de savoir jusqu’où ira la Turquie.

PASCAL LOROT /  Le Nouvel Economiste

*En êtes-vous sûr ? 

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