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L’Otan, le plan Erdogan et les missiles S-300 russes

Publié par medisma sur 3 Octobre 2014, 18:10pm

L’Otan, le plan Erdogan et les missiles S-300 russes

 

I- L’Otan derrière le plan Erdogan

 

 

 

Il s’est formé « underground » dans les deux dernières années, en profitant du « chaos de la guerre civile en Syrie » : voilà comment le président Obama reconstruit dans une interview à 60 Minutes la genèse de l’Isis (Émirat islamique), en disant l’avoir « sous-estimé » et avoir « surestimé » la capacité de l’armée irakienne de le combattre.

Raison pour laquelle les États-Unis « reconnaissent que la solution est en train de devenir militaire ». Obama fait ainsi d’une pierre deux coups : d’un côté il assume la fausse faute d’avoir sous-évalué l’Isis, mais pas celle, réelle, d’en avoir facilité le développement en armant et infiltrant des groupes islamistes en Syrie et en Irak, de l’autre il présente l’image d’une administration aux mains propres obligée aujourd’hui d’avoir recours à la force militaire pour protéger de l’EI les civils syriens, kurdes et irakiens.

Les attaques étasuniennes se concentrent sur les sites pétrolifères syriens, sous le prétexte qu’ils sont exploités par l’EI : le plan est à coup sûr de démolir tout le réseau des industries et infrastructures syriennes restantes pour faire s’écrouler le gouvernement de Damas. Ces sites sont frappés non seulement depuis les airs mais aussi depuis la mer : deux navires de guerre étasuniens, le Uss Arleigh Burke et le Uss Philippine Sea, sont en train de lancer depuis la Mer Rouge et le Golfe Persique des centaines de missiles de croisière sur les sites syriens. En même temps, pendant que sont armés et entraînés des « groupes rebelles syriens modérés », on prépare l’opération de terre sous le paravent du dit « plan Erdogan ».

Le plan, officiellement proposé par le président turc, prévoit la création d’une « zone tampon » en territoire syrien le long de la frontière avec la Turquie, renforcée par une « no-fly zone » établie sur la Syrie nord-orientale formellement pour protéger les civils des attaques des avions gouvernementaux syriens (qui de fait aujourd’hui déjà ne peuvent pas survoler la zone, dominée par la U.S. Air Force). Le plan est en réalité le produit de la stratégie Usa/Otan : comme le confirment le Secrétaire à la défense Hagel et le général Dempsey, la plus haute autorité militaire étasunienne, qui se sont déclarés « disponibles pour considérer la requête du président Erdogan ». La création d’une zone tampon est « devenue une possibilité », a déclaré le général Dempsey, en ajoutant qu’elle requerrait « des attaques aériennes pour mettre hors d’usage le système des défense aérien du gouvernement syrien  » (The New York Times, 27 septembre).

La Turquie est aux avant-postes de l’opération militaire contre la Syrie : ici l’Otan a plus de vingt bases aériennes, navales et d’espionnage électronique, renforcées en 2013 par 6 batteries de missiles Patriot étasuniens, allemandes et hollandaises, pouvant abattre des vélivoles dans l’espace aérien syrien. A ces bases s’est ajouté un des plus importants commandements de l’Alliance : le Landcom, responsable de toutes les forces terrestres des 28 pays membres, activé à Izmir (Smyrne) (voir il manifesto du 16 juillet 2013) [1]. Le déplacement du commandement des forces terrestres alliées de l’Europe à la Turquie –adossées au Moyen-Orient (en particulier Syrie, Irak et Iran) et à la Caspienne- indique que, dans les plans USA/Otan, on prévoit l’emploi aussi de forces terrestres alliées dans cette aire de première importance stratégique. Le Landcom, aux ordres du générale étasunien Hodges, fait partie du Jfc Naples, la Force conjointe alliée dont le quartier-général est à Lago Patria, aux ordres de l’amiral étasunien Ferguson : celui-ci est en même temps commandant de la Force conjointe alliée, des Forces navales étasuniennes en Europe et des Forces navales du Commandement Africa. Un jeu stratégique des trois cartes, qui permet au Pentagone de toujours garder le commandement.

Comme en informent aussi des enquêtes du New York Times et du Guardian, dans les provinces turques d’Adana et du Hatay, frontalières avec la Syrie, la Cia a ouvert des centres de formation militaire de combattants à infiltrer en Syrie, dans lesquels ont été entraînés des groupes islamistes (d’abord qualifiés par Washington de terroristes) provenant d’Afghanistan, Bosnie, Tchétchénie, Libye et autres pays. Les armes arrivent surtout via l’Arabie saoudite et le Qatar. A bord de navires Otan dans le port d’Alexandrette se trouve le commandement des opérations. Celui qu’est en train de préparer le « plan Erdogan ».

 

Manlio Dinucci Géographe et journaliste

Source : Il Manifesto du 30 septembre 2014 / Traduction : Marie-Ange Patrizio

 

Notes

[1] « L’Otan en stand-by prête à l’attaque », http://www.mondialisation.ca/lotan-en-stand-by-prete-a-lattaque/5342941.

 

 

II- Les missiles S-300 russes et la neutralisation de la suprématie militaire américaine

 

 

Pourquoi les États-Unis, Israël et l’UE ont-ils réagi si violemment au sujet de la livraison par la Russie des missiles S-300 à la Syrie? En fait, une ou plusieurs batteries de missiles anti-aériens ne peuvent rien changer quant au déroulement de la guerre civile en Syrie. Surtout avec la décision de l’UE, la Grande-Bretagne, la France et d’autres pays occidentaux membres de l’OTAN de fournir aux rebelles armés syriens des systèmes d’armes similaires. Alors, pourquoi Les Russes ne veulent-ils, en aucun cas, renoncer à armer l’Armée Syrienne avec des S-300 ?

Pour comprendre ce que cette livraison d’armes signifie pour les Occidentaux, il faut préciser que le secret du succès des campagnes militaires des  États-Unis et d’Israël au cours des 20 dernières années, a été fondée sur la possession et l’utilisation d’un antidote universel appelé ESM / ELINT (Electronic Support Measures). Ce type d’équipement permet l’enregistrement et l’analyse des émissions des radars de détection et de contrôle des systèmes d’armes de l’ennemi et de les neutraliser par brouillage. Cela permet ainsi à leur propre aviation un maximum de liberté d’action et la possibilité d’effectuer, sans pertes, toutes les missions de frappes sur des cibles air, mer et terre.

L’élément nouveau dans le scénario classique des Occidentaux, c’est que la Russie a fourni à l’armée syrienne les lanceurs de missile S-300 dotés d’un système très complexe intégrant le C4I pouvant détecter les cibles, avec une gestion automatisée de feu. Avant de servir au lancement et au guidage de missiles S-300, le système assure une surveillance efficace de l’espace aérien syrien et au-delà ses frontières par un réseau de radars fixes de basse fréquence de dernière génération, résistant au brouillage et aux attaques de missiles antiradar.

(http://www.ausairpower.net/APA-Rus-Low-Band-Radars.html#mozTocId555292).

A cela s’ajoute un réseau supplémentaire de radars mobiles, du type 1L119-Nebo, fonctionnant  dans la bande de fréquence VHF.

(http://www.ausairpower.net/APA-Nebo-SVU-Analysis.html)

En plus de ces deux réseaux automatisés de surveillance de l’espace aérien, s’ajoute un autre élément destiné à la détection, la poursuite et l’attaque de toute source de brouillage ESM / ELINT des Occidentaux (électronic Support Measures) monté sur des avions ou sur des navires de guerre.

(http://www.ausairpower.net/APA-Warpac-Rus-PLA-ESM.html).

En pratique, avec l’exportation croissante ces nouveaux systèmes d’armes dans le monde par la Russie, les Etats-Unis, ses alliés de l’OTAN et Israël ne pourront plus imposer de soi-disant « zone d’exclusion aérienne » comme ils l’ont fait en Yougoslavie, en Irak et en Libye. Ils ne pourront pas plus prendre le risque d’une invasion terrestre avec utilisation de la flotte militaire et de l’infanterie de marines.

Comment les Russes ont-ils réussi à concevoir et à fabriquer ce type de technologie, dans les conditions de l’effondrement de l’URSS et de déclin économique, alors que l’avantage technologique détenue par les États-Unis  face à la Russie, a permis à l’Armée américaine de mener avec succès des guerres en  Yougoslavie, en Irak, et en Afghanistan contre des armées équipés de matériel de guerre soviétique? Quel pouvait être l’élément qui conférait à l’armement américain une telle suprématie ? La réponse est : le  C4I (Command, Control, Communications, Computers, and Intelligence).

C4I est un concept moderne, le seul moyen actuel pour multiplier jusqu’à 10 fois la mobilité, la  vitesse de réaction, l’efficacité et la précision technique dans les guerres conventionnelles, basé sur l’utilisation extensive de la dernière génération de microprocesseur et de matériel de communication, intégrant des capteurs de détection et de guidage des armes. Pour rattraper les Américains, la Russie a mis en place une agence de recherche pour la défense similaire à Defense Advanced Research Projects du Pentagone (DARPA, créé en 1958 suite au lancement du satellite Spoutnik par l’Union soviétique), qui s’occupe de la recherche sur les risques scientifiques, et la recherche et développements sur les dernières découvertes pour l’industrie militaire Russie.

Si on examine attentivement comment, le 27 Mars 1999, a été abattu un avion « furtif » américain F-117 à Budjanovci en Yougoslavie par le système S-125 (Neva / Petchora), on constate que l’Agence russe de recherche  pour la Défense a trouvé et mis en œuvre une solution technique de détection et de destruction de ce type d’appareils et des  missiles de croisière. Mais pour atteindre les performances technologiques des Etats-Unis, il faudra attendre 2008, lors de la guerre avec la Géorgie. Avant le conflit, l’armée géorgienne avait reçu, de la société américaine L-3 GCS (Leader du marché des équipements électroniques miniaturisés) et des Israéliens, les systèmes C4I les plus modernes. Au lendemain de la guerre de 2008, l’armée russe a mis la main sur une grande partie des équipements C4I détenus par l’armée géorgienne, puis les a analysés, copiés et multipliés. Les composants high-tech qui en ont résulté furent largement intégrés dans la production des nouveaux systèmes d’armes ou dans la modernisation de celles déjà existantes.

Le système modulaire C4I permet la création de réseaux tactiques de communication par l’intégration dans une plateforme telle qu’un véhicule militaire en mouvement. Il permet l’affichage et la mise à jour automatiquement de la situation tactique sur consoles avec des cartes numériques, la gestion des contrôles, les rapports de combats et la situation de la logistique (les besoins en munitions, carburant, etc), ou de surveiller l’état de préparation et de fonctionnement des systèmes d’armement. Le système C4I permet, également, d’assurer la collecte, la transmission par satellite et l’analyse des Informations au format standard de l’OTAN en temps réel grâce à des capteurs placés aux avant-postes en  première ligne, et grâce aux systèmes AGS (Alliance Ground Surveillance), destinés à  l’observation / suivi électronique du terrain par des moyens satellitaires et  de drones performant. Toutes les informations sont dirigées vers le poste de commandement mobile au niveau de la compagnie, du bataillon ou de la brigade. Ainsi, il est possible de connaître la situation sur le plan tactique, la gestion du champ de bataille, de faciliter la prise de décision par le commandement.

C4I permet aussi la transmission et la réception audio et vidéo avec un équipement sans fil, dans des conditions sécurisées, une grande quantité de données à haut débit telles que la voix et des données numériques, en présence de brouillage. Ses éléments disposent  d’installations de mémoire, accèdent à leurs propres serveurs gérés par de puissants processeurs de dernière génération, et couvrent le spectre entier des fréquences, et sont sécurisés par un cryptage numérique.

Valentin Vasilescu

Traduction du roumain : Avic, reseauinternational.net

Valentin Vasilescu, pilote d’aviation, ancien commandant adjoint des forces militaires à l’Aéroport Otopeni, diplômé en sciences militaires à l’Académie des études militaires à Bucarest 1992.

Source : reseauinternational.net

 

 

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