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La France ultra-libérale ? Un fantasme

Publié par medisma sur 29 Novembre 2014, 20:46pm

Epouvantail

 

La France ultra-libérale? Un fantasme

 

Pas une semaine sans qu’un politique, à gauche ou à droite, n’attaque le libéralisme, coupable de saper notre modèle. Lubie : jamais la France n’a été autant socialisée. C’est bien le problème

 

Les faits - Après Martine Aubry, Noël Mamère ou Aurélie Filippetti, Marine Le Pen, le week-end dernier : politiques, mais aussi syndicalistes ou médias, ils sont nombreux à voir des libéraux partout aux commandes en France. Ou, pire encore, des néolibéraux et des ultralibéraux. Pourtant, les indices de l’omniprésence de l’Etat dans l’économie sont toujours aussi nombreux, avec une dépense publique qui atteint 57% du produit intérieur brut et une production de normes et de règlementations diverses qui n’a jamais été aussi élevée. Enquête.

Paranoïaques de tous les partis, unissez-vous ! La France a cédé à l’ultralibéralisme et c’est la cause de tous ses maux : voilà la conviction martelée de radios en sites web, d’interviews en colloques, par des représentants de tous les bords politiques. Et s’il fallait une preuve définitive à cette affirmation, elle a été fournie cet été par la nomination du « banquier » Emmanuel Macron à la tête du ministère de l’Economie, au sein du gouvernement dirigé par le « social-libéral » Manuel Valls – on croirait presque entendre le « social-traître ».

Le refrain est entonné avec ferveur par la gauche de la gauche. Le budget 2015, se désole l’Humanité mi-octobre en reprenant les propos du député PCF Nicolas Sansu, c’est « une fable de Sapin : la grenouille sociale-libérale veut se faire aussi grosse que le bœuf ultralibéral ». D’ailleurs, son collègue André Chassaigne avait prévenu : « Il existe une alternative de gauche à la politique d’accélération des réformes libérales. » Politique qui amène par exemple François Rebsamen, le ministre du Travail, à envisager, du bout des lèvres, de contrôler les demandeurs d’emplois indemnisés. « On présente une nouvelle fois le chômeur comme profiteur d’un système, supposé fraudeur, et non pas comme une victime de la politique ultralibérale qui privilégie les profits au détriment de l’emploi »,cingle la Coordination des intermittents et précaires.

Extrêmes et frondeurs. Dans cette coalition vouée à maquiller la France sous les traits libéraux, on trouve aussi la patronne du Front national Marine Le Pen, pour qui Manuel Valls est un « ultralibéral décomplexé ». Interrogée par RTL sur un assouplissement du marché du travail, la présidente du Front national trouve que la France est déjà allée bien trop loin : « Pour être néolibéral aujourd’hui […], il faut n’avoir rien compris et rien appris de ce qui s’est passé en Grèce, en Espagne, de ce qui se passe en France. » Mais encore : « Ce sont les mêmes techniques qui sont utilisées partout : la dérégulation de tout, l’écrasement du droit du travail… C’est l’ultralibéralisme, point, voilà. » Dans la même veine, le vice-président du FN, Florian Philippot, décrypte la future loi Macron comme « un putsch ultralibéral contre le modèle français voulu par l’Union européenne et organisé par l’UMPS ». Logique, après tout, puisque le texte en préparation « s’inspire ouvertement du contenu ultralibéral du rapport Attali commandé par Nicolas Sarkozy en 2007, dont l’actuel ministre de l’Economie était le rédacteur », rappelle… l’Humanité. D’ailleurs, lorsqu’on rétorque à Marine Le Pen qu’une partie de la gauche s’oppose aussi à l’ultralibéralisme (le Journal du Dimanche de ce week-end), elle s’empresse de marquer son territoire : « Vous vous trompez, l’extrême gauche est incohérente dans ces domaines. »

Les extrêmes ne sont pas les seuls à se livrer à cette analyse express et néanmoins définitive. « Le gouvernement actuel n’applique que des potions libérales », juge le député écolo Noël Mamère, dans Rue 89. Les frondeurs du PS, eux aussi, en sont convaincus. La « doxa idéologique libérale exerce une pression extrêmement forte sur tous les gouvernants », théorise Aurélie Filippetti dans Mediapart après son départ du ministère de la Culture. Son collègue socialiste de l’Assemblée nationale, Pascal Cherki, s’emporte au sujet d’une hypothétique réforme de l’assurance-chômage, évoquée par Emmanuel Macron : « Si le plus important pour certains ministres, c’est l’exhibitionnisme libéral, qu’ils aillent chez les nudistes de l’UMP », balance-t-il sur Europe 1. Martine Aubry, mère de tous les frondeurs, conclut dans le JDD : « Il faut en finir avec les vieilles recettes libérales. »

Réglementer, rigidifier, encadrer. A l’UMP, on trouve aussi des hommes politiques qui n’hésitent pas à afficher leur antilibéralisme. Cet été, pour justifier son refus de la privatisation de l’aéroport de Nice, le député maire de la ville, Christian Estrosi, assénait : « Je ne veux pas d’un investisseur privé arrogant et méprisant. » Même le magazine économique l’Expansion se laisse emporter. Se demandant « Pourquoi les politiques du PS et de l’UMP se ressemblent », il répond : c’est sous « l’influence d’une élite de technos nourris au biberon libéral ».

Touchante unanimité. Sauf que cette propension à voir du libéralisme partout en France ne résiste pas à l’examen des faits, bien au contraire. « La France pense être dans une économie de marché respectant les droits de propriété des uns et des autres sur ce qu’ils produisent, mais les chiffres montrent que le poids de la sphère publique est maintenant supérieur à celui de la sphère privée », rappelle l’économiste Cécile Philippe, qui dirige l’Institut Molinari, dans son livre Trop tard pour la France? Osons remettre l’Etat à sa place (Manitoba-Les Belles lettres).

Au-delà des chiffres, le gouvernement Valls et sa majorité, comme tous ceux qui les ont précédés, fourrent leur nez partout. Dans la vie des entreprises, d’abord. Après avoir joué les chaperons d’Alstom lorsqu’il flirtait avec General Electric au point de transformer leur projet de mariage en ménage à trois, après avoir bridé l’essor des VTC sous la pression de taxis incapables d’élever leur niveau de service, après avoir plafonné le nombre de stagiaires par entreprise, après avoir obligé à chercher un repreneur en cas de vente d’un site supposé rentable, ils imposent un mécanisme kafkaïen de réparation de la pénibilité plutôt que d’encourager les efforts de prévention et forcent le propriétaire d’une entreprise à informer deux mois à l’avance les salariés de tout projet de vente. Ils convoquent aussi industriels et distributeurs pour les sommer de ne point trop réduire les prix de l’agroalimentaire.

La gauche fait souvent alliance avec la droite pour réglementer, rigidifier ou encadrer, qu’il s’agisse d’obliger à négocier sur l’emploi des seniors ou sur l’égalité hommes-femmes, à coups de pénalités financières (jamais appliquées) ou d’interdire à Amazon d’offrir les frais de livraison sur les livres commandés en ligne. Ou délègue à une autorité administrative (le CSA), plutôt qu’aux téléspectateurs ou aux annonceurs, le soin de décider quelles chaînes d’info ont le droit de survivre en refusant le passage en clair de LCI.

Peser sur nos comportements. Quand syndicats et patronat parviennent laborieusement à s’entendre, là encore les pouvoirs publics ne peuvent pas s’empêcher de faire preuve d’interventionnisme. Au début de l’année, de Michel Sapin à François Hollande, tous les étages de l’exécutif ont sommé les partenaires sociaux de ne pas toucher aux allocations-chômage. Pour mieux leur reprocher, l’automne venu, de ne pas avoir mis sur pied un système incitatif à la recherche d’emploi. Le gouvernement Valls a aussi effacé la réforme du système des intermittents sur laquelle ils s’étaient entendus, et qui devait dégager 100 millions d’euros par an, avant de réclamer 1,5 milliard d’euros d’économies supplémentaires à l’Unedic. Un an plus tôt, la majorité de gauche réécrivait dans le dos des organisations patronales et syndicales leur accord sur la « sécurisation de l’emploi », par exemple en décidant que le temps partiel de 24 heures minimal s’appliquerait aussi aux contrats en cours – l’un des points les plus problématiques aujourd’hui.

Moins grave économiquement, mais plus affligeant encore sur le plan symbolique, l’Etat prétend aussi peser sur nos comportements individuels. La future loi Touraine interdira aux automobilistes d’enfumer leurs enfants de moins de 12 ans avec leurs cigarettes. Il s’agit, certes, de protéger leur santé, mais en s’appuyant sur la norme plutôt que de faire le pari de la responsabilité individuelle et de l’éducation. Même logique quand une brochette de sénateurs verts réclament l’interdiction de la publicité télévisée avant, pendant et après les émissions jeunesse, au motif que cela pousse les enfants à demander jouets et boissons sucrées : ne leur vient-il pas à l’idée que les parents peuvent éteindre la télé si cela les dérange, ou refuser à leurs enfants ces achats ? Le plus ahurissant est sans doute atteint quand le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll vient, sur RTL, enjoindre les parents de dire à leurs enfants : « Finis ton assiette », un matin de « Journée nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire ».

A rire. Ou à pleurer. Car c’est aussi à force de vouloir se mêler de tout que l’Etat n’est plus efficace en rien.

 

Par Olivier Auguste, Journaliste

Source : lopinion.fr/

 

 

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