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Pétrole : que fait l’Arabie Saoudite ?

Publié par medisma sur 7 Novembre 2014, 22:00pm

Pétrole : que fait l’Arabie Saoudite ?

 

 

Le pétrole connaît aujourd’hui sa plus forte correction depuis 2008, avec une baisse de plus de 25% depuis son pic du mois de juin. Les raisons de cette correction sont multiples.

Tout d’abord, la modification de la politique monétaire américaine et l’anticipation d’une remontée des taux outre Atlantique ont fait remonter le dollar. L’or noir, dont les transactions sont libellées dans la monnaie de l’Oncle Sam, a pâti de la hausse de valeur du billet vert. Les achats reculent et, avec eux, les prix.

Ensuite, les positions ouvertes des spéculateurs pariant sur une hausse des prix des produits pétroliers étaient, il y a encore quelques semaines, sur des niveaux historiquement élevés. La baisse des prix a entraîné la liquidation de ces positions. L’annonce, par ailleurs, de la décision de Calpers  (le plus important fonds de pension américain) et du fonds de retraites des fonctionnaires du Texas de sortir du marché des hedge funds, a également par ricochet poussé à des liquidations de positions.

A cela est venue s’ajouter un recul de la consommation mondiale de pétrole. La reprise économique étant moins soutenue que prévue, la consommation pétrolière mondiale a été, à plusieurs reprises ces derniers mois, revue à la baisse. On table désormais sur une hausse de la consommation limitée à 650 000 barils par jour en 2014, alors que l’Agence Internationale à l’Energie fixait la croissance à 1,3 millions de barils en début d’année !

Facteurs financiers, baisse de la demande, et enfin hausse de la production. L’accélération du développement de l’industrie du pétrole de schiste aux Etats-Unis a notamment permis à ce pays d’augmenter sa production de 1 million de barils  par jour cette année pour la troisième année consécutive, se plaçant ainsi au tout premier rang de la production pétrolière mondiale. Dans le même temps, la relative accalmie dans les affrontements en Libye ont permis au pays de revenir à 800 000 barils de production par jour, tandis qu’en Irak la production repartait de l’avant.

Face à ce faisceau d’éléments baissiers pour les prix du pétrole, les forces de rappel sont assez peu nombreuses. Mais il en est une sur laquelle l’ensemble du marché comptait pour rétablir l’équilibre et enrayer la chute des prix : c’est l’intervention de l’OPEP. Et plus précisément, au sein de l’OPEP, une décision de l’Arabie Saoudite de réduire sa production. Ce rôle de sauvegarde du prix de l’or noir en dernier ressort, le Royaume saoudien l’a toujours joué dans les dernières années, afin de préserver les revenus des pays membres du cartel qui ont besoin des recettes pétrolières pour équilibrer leurs budgets et ainsi préserver la stabilité sociale chez eux.

 

Prix du pétrole nécessaire à l’équilibre budgétaire, par pays producteur

La publication des chiffres de production de l’OPEP a ainsi surpris tout le monde : l’OPEP n’a pas réduit sa production, et l’Arabie Saoudite non plus, ou à la marge. Est-il possible que le cartel ne réagisse pas ? Il le semble, d’autant que depuis, les déclarations des ministres du pétrole des principaux pays producteurs, à l’exception du Venezuela, ont fait savoir qu’il n’était pour l’heure pas envisagé de tenir une réunion d’urgence du cartel, ou de réduire la production.

Les raisons de cette attitude peuvent être nombreuses. Certains ont évoqué un pacte secret entre Washington et Ryad ayant pour but de faire plier les Russes et les Iraniens et de les obliger à négocier avec les forces occidentales. D’autres y ont vu plutôt une alliance entre les Saoudiens, les Russes et les Iraniens pour faire plier les producteurs de pétrole de schiste américain et reprendre le contrôle de la production pétrolière mondiale.

La réalité est sans doute beaucoup plus simple. A l’heure où les importations pétrolières américaines sont au plus bas depuis plus de 30 ans, où la croissance ralentit en Europe et où la santé économique des émergents est en question, le recul de la demande pétrolière entraîne une hausse des hydrocarbures disponibles à travers le monde. En conséquence, il n’est pas du tout certain que si l’Arabie Saoudite abaissait sa production, les prix remonteraient.

Tant que Ryad était la seule nation à avoir des capacités disponibles, il était plus facile pour le pays d’ajuster ces revenus en faisant varier les volumes. Aujourd’hui, le risque de cette politique est que d’autres acteurs profitent de ce retrait pour vendre leur pétrole, et que l’Arabie Saoudite perde des parts de marché.

L’Arabie Saoudite n’a dès lors d’autre choix que de laisser les prix baisser, jusqu’au moment où l’ensemble des pays producteurs, du moins dans l’OPEP, seront prêts à prendre leur part dans la réduction de production. Et en attendant, le royaume des Saoud aura peut-être une meilleure idée du seuil de rentabilité des pétroles de schiste américain, ce qui est toujours intéressant pour garder son influence sur la fixation des prix de l’or noir…

Par Les Econoclastes : Benjamin Louvet / Directeur Général Délégué Prim’ Finance

 

 

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