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chrétienté, Islam et colonisation

Publié par medisma sur 18 Août 2015, 18:28pm

Histoire

Chrétienté, Islam

et Colonisation

 

 

Jamais la chrétienté n’a pardonné à l’Islam l’occupation de l’Espagne des siècles durant. Jamais, elle n’a fait grâce au conquéreur de l’Andalousie, des Pyrénées et d’une partie de la France, des raids meurtriers sur les régions littorales du Languedoc, de Provence et d’Italie…

   La haine à l’égard des musulmans atteignait son paroxysme du VIIème au XVIIIème siècle :

« Les sarrasins (c’est à dire les arabes), écrit le pape Jean VIII, se sont abattus sur la terre comme des sauterelles… »  et «  ayant attaqué la métropole d’Aix, et l’ayant prise, la dépouille entièrement. C’est ainsi qu’écrivent à la même époque les moines de Vézelay, ajoutant que les arabes écorchèrent vifs hommes et femmes pris prisonniers ».

    En outre, tout indique que la réalité et la spécificité religieuse de l’Islam sont demeurées longtemps méconnues par les auteurs chrétiens : La Chanson de Roland qualifie l’Islam de secte païenne et le considère comme une déviance par rapport au dogme catholique.

   Et cette image négative de l’Islam doit beaucoup à l’Espagne chrétienne, bastion de la résistance contre l’envahisseur musulman, assimilé pour les besoins de la cause à des créatures d’apocalypse.

   Les chrétiens préparent ainsi les esprits à une croisade, à une reconquête totale et à une mobilisation sans précédent décrétée en 1095 par le pape Urbain II contre « un peuple barbare, cruel, méprisable, tyrannique, esclave des démons ». Et Saint Bernard écrira au XIIème siècle, pour justifier l’action des croisés que sont les Templiers : « Le chevalier du Christ est le ministre de Dieu pour le châtiment des méchants…..Quand il tue ‘un musulman’, il n’est pas homicide mais, si je puis dire, malicide ». L’évêque de Paris, Guillaume d’Auvergne, ajoute avec répulsion que ces ‘infidèles’ sont des êtres de débauche et de perversion.  Ils sont en outre « fourbes, sadiques voire serpents, vipères, dragons, démons comme les dépeint encore la Chanson de Roland.

   Cette grossière caricature de l’Islam que l’église s’emploie à diffuser en vue de modeler l’imaginaire de leurs disciples est d’un simplisme mesquin : « Les païens ont le tort, et les chrétiens le droit ».

    Mais les intellectuels tels qu’Abélard au XIIème, Roger Bacon au XIIIème qui ont appris à côtoyer et à apprécier les arabes musulmans préconisent de reconnaître l’existence, voire la qualité de L’Autre.

   Le poète Wolfram Von Eschenbach fait écho dans ses œuvres de critiques à l’égard d’une église intolérante, orgueilleuse et dominatrice.

   Et l’illustration la plus spectaculaire d’un esprit d’ouverture à l’égard de la civilisation musulmane a été donnée par l’empereur Frédéric II en butte à l’hostilité persévérante, acharnée de la papauté.

   Mais ces attitudes d’ouverture sont minoritaires. Seule l’intolérance demeure l’idéologie dominante : Marco Polo décrit les musulmans comme « de mauvaises gens, coupe-bourses, voleurs, meurtriers et traîtres » ajoutant que la « maudite loi que leur a donné leur prophète leur commande tout le mal qu’ils peuvent faire aux autres gens ».

    Cette « maudite loi » qu’est l’Islam est incarnée, aux XIVème et XVème siècle par une force nouvelle, les Turcs : Constantinople succombe, et avec elle le millénaire empire byzantin.

    En effet, l'empire Ottoman est arrivé à un niveau de puissance inégalé doté d'une armée redoutable et possédant un arsenal tel que le monde n'en avait encore jamais vu, notamment des fusées volantes et une artillerie de premier ordre.

    Que pouvait donc Bysance et l'empereur Constantin XI devant de tels moyens, même soutenus par les prières de milliers de prêtres et de moines qui se relayaient sans cesse dans les églises et les couvents de la métropole.

    Après deux mois de siège de Constantinople et un bombardement intense, les troupes osmaniques envahirent la ville, l'empereur Constantin fut tué, la population massacrée, le Sultan Mehémet II renversa les ornements sacrés des églises, proclama la déchéance des images chrétiennes et la victoire de l'Islam : l'empire Ottoman venait de conquérir sa capitale.

    La chute de Bysance en 1453 avec la prise de Constantinople par les Turcs, constitue un des plus grands faits de l'histoire du monde :

    Les royaumes chrétiens et musulmans tombèrent par pans entiers sous la domination des sultans ottomans.

    L'image satanique de l'Islam ressurgit alors. Le célèbre réformateur religieux Luther, au XVIème siècle, avertit les chrétiens : "Vous ne luttez pas contre des êtres de chair et de sang....soyez certains que vous luttez contre une grande armée de diables....Il faudrait contre ces diables une grande croisade".

    Pour les chrétiens, la religion musulmane est désormais l’erreur et le seul salut pour les musulmans est de se rallier à la seule vérité qu’incarne l’Eglise.

   Dés lors, l'incompréhension est à son comble : Le musulman, traité d'infidèle  utilise le même terme pour désigner le non-musulman. Et Bernard Lewis ( Comment l'islam a découvert l'Europe, la Découverte 1984 ) donne un exemple frappant de l'optique reductionniste commune à la tradition chrétienne et à la tradition musulmane : deux oeuvres, l'une de l'histoire arabe d'Ibn Khaldoun (fin XIVème siècle), l'autre de Bossuet (XVIIème siècle), portant le même titre "l'histoire universelle"; ce titre recouvre en fait, pour le premier, la seule histoire du monde musulman, pour le second la seule histoire du monde chrétien. Chacun, convaincu de sa supériorité intrinséque et de détenir la seule Vérité, ignore l'Autre. 

   Et simultanément à la même époque, les encyclopédistes et hommes de lettres articulent leurs attaques virulentes sur Mahomet en personne, le faisant passer pour un faux prophète ». Et de le traiter  avec une férocité inouïe de « sorcier, infâme, débauché, voleur de chameaux, cardinal qui, n’ayant pas réussi à se faire pape, inventa une nouvelle religion pour se venger de ses collègues ».

   Ces préjugés injustes à son égard connaissent leur paroxysme au XVIIème siècle. Sa vie n’inspira pas seulement les auteurs de dictionnaires et d’encyclopédies, mais aussi et non moins violemment, les auteurs de pièces de théâtre et de romans : Voltaire y voit un fanatique, Goethe, un assassin.

   Il est surprenant de constater que tous lui sont résolument hostiles.

   En fait, ces idées injustes reflètent l’image singulièrement déformée que l’Europe chrétienne se donne de Mahomet : Les eclesiastiques ont compris qu'il fallait remplacer la lutte armée par la lutte idéologique. Ausi, le missionnaire prend-il la succession du croisé. Bien entendu, si la stratégie change, l'optique reste la même : la religion de l'Autre est l'erreur et le seul salut pour cet Autre est d'abandonner son identité.

   Ce n’est qu’au terme du XVIIIème siècle, à l’époque des grands voyages de reconnaissance, que nombre d’européens, sans renier leurs croyances, sauront s’ouvrir au monde musulman,  et leurs réflexions vont incliner vers un libéralisme religieux de plus en plus affranchi du dogme chrétien.

    Et Lamartine d’écrire à propos de Mahomet dans son livre intitulé Histoire de la Turquie :

        « Jamais homme ne se proposa….un but plus sublime, puisque ce but était surhumain : saper les superstitions interposées entre la créature et le Créateur, rendre Dieu à l’homme et l’homme à Dieu, restaurer l’idée rationnelle et sainte de la Divinité dans ce chaos de dieux matériels et défigurés de l’idolâtrie.

      « Jamais homme n’entreprit, avec de si faibles moyens, une œuvre si démesurée aux forces humaines puisqu’il n’a eu, dans la conception et dans l’exécution d’un si grand dessein, d’autre instrument que lui-même….

      « Enfin, jamais homme n’accomplit en moins de temps une si immense et si durable révolution dans le monde puisque, moins de deux siècles après sa prédication, l’islamisme, prêché et armé, régnait sur les trois Arabies, conquérait la Perse, le Khorasan, la Transoxiane, l’Inde occidentale, la Syrie, l’Egypte, l’Ethiopie, tout le continent connu de l’Afrique septentrionale, plusieurs des îles de la méditerranée, l’Espagne et une partie de la Gaule.

   Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l’immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l’homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l’histoire moderne à Mahomet ? Les plus fameux n’ont remué que des armes, des lois, des empires ; ils n’ont fondé (quand ils ont fondé quelque chose) que des puissances matérielles écroulées souvent avant eux. Celui-là a remué des armées, des législations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d’hommes sur le tiers du globe habité : mais il a remué, de plus, des autels, des dieux, des religions, des idées, des croyances, des âmes ; il a fondé, sur un livre dont chaque lettre est devenue loi, une nationalité spirituelle qui englobe des peuples de toute langue et de toute race, et il a imprimé, pour caractère indélébile de cette nationalité musulmane, la haine des idoles et la passion de Dieu Unique….. »   

   Cette tradition de méconnaissance, voire de mépris qui caractérisera dans son ensemble le rapport du monde chrétien au monde musulman, connaitra  une certaine accalmie à partir de la fin du XIXème et ce, grâce à des hommes de grande tolérance et à forte personalité  telles que les Bonaparte, Lyautey, Lawrence d’Arabie ….et fait exceptionnel, le charismatique pape Jean-paul II.

   Mais le drame est que le monde musulman ne s’avèrera quant à lui dans l’ensemble, pas plus enclin à tenter de combler ce fossé de méconnaissance et d’incompréhension.                 

    Et nous vivons aujourd’hui les conséquences de douze siècles d’incompréhension mutuelle.

    Pourtant la contribution des musulmans à la civilisation humaine est exceptionnelle :

    Ce sont les chercheurs musulmans qui ont sauvé le patrimoine grec de la disparition et de l’oubli en le traduisant et transmettant l’héritage à l’occident.

    C’est Ibn Nafiss qui découvre la circulation du sang.

    Ce sont les arabes qui sont les inventeurs de la méthode inductive et les véritables créateurs de la recherche expérimentale ; ce sont eux qui ont créé l’optique, la physique et la chimie expérimentale, l’algèbre et l’arithmétique, la trigonométrie sphérique, la géologie, et la sociologie….Ils ont légué à l’occident comme présent le plus précieux de tous, leur méthode de recherche scientifique.

     L’empereur allemand Frédéric II de Hohenstaufen, touché par le souffle vivifiant de l’esprit arabe, attira auprès de lui les érudits musulmans et ce, au mépris des interdictions et des attaques de l’Eglise catholique romaine. Mais la position de l’Empereur est demeurée inébranlable affirmant que «  le Germain comme l’Arabe possédaient cette qualité unique : la vision claire et pénétrante de la nature réelle des choses….Eux seuls, sans préjugé aucun, savent observer, examiner et explorer la réalité sensible ».

    D'ailleurs, c'est ce même empereur qui est le véritable fondateur d'une nouvelle vision du monde en Europe : Pour lui, le monde chrétien n'accordait guère d'importance à la nature concrête qu'en fonction de Dieu et de l'âme, ajoutant que l'intelligentsia européenne, formée par la théologie chrétienne, est absorbée uniquement par la contemplation de l'Au-delà.  Quant au monde des faits, elle ne s'y interessait guère.

    Frédéric II s'érigeait contre de telles fantaisies  affirmant entre autres "Que notre intention est de rendre perceptibles les choses qui sont, et telles qu'elles sont réellement".

    Ces paroles marquent le tournant de la vision du monde occidental :

    Il fut en effet le pionnier de la science européenne. Il inaugure toute un lignée de penseurs qui conduit vers la renaissance avec Albert le Grand, Roger Bacon, Léonard de Vinci, Copernic, Galilée et autres qui ont à des degrés divers, subi l'influence arabo-islamique à travers la Physique expérimentale d'Ibn El Heitem, le botaniste Ibn EL Beitar, les astronomes Al-Kindi et Al-Bitouqui, les connaissances arabes relatives au magnétisme, à la boussole, aux matières explosives, à la pharmacologie, à la médecine.....

    Au contraire du christianisme, l'Islam a encouragé des sciences qui lui étaient nécessaires pour fixer les heures de prière, pour mesurer les mouvements des astres, soigner les malades, prévenir les épidémies dans les grandes cités......

    Et Mahomet avait imposé la recherche du savoir comme un devoir religieux :"Qui aspire au savoir, adore Dieu". Pour lui, les sciences servent la gloire de Dieu : Pour l'amour d'Allah  "reçois le savoir, même de la bouche d'un infidèle".

    Toutefois l'environnement mondial, bouleversé depuis la chute de Bysance, relégua cette quête transcendante du savoir dans les confins de l'oubli, et le monde musulman dans les ténèbres d'un isolement total : L'heure de la décadence avait sonné pour l'Islam.

    En 1482, les rois catholiques, Ferdinand II d'Aragon et Isabelle de Castille, décidèrent  d'éliminer définitivement l'Islam de l'Espagne. Une nouvelle croisade contre les musulmans arabo-bérbères  fut lancée.

    La reddition de Grenade, dans la nuit du 1er au 2 janvier 1492, fut célébrée comme un fait extraordinaire dans toute la chrétienté. On y voyait la revanche du monde chrétien sur le monde musulman après la prise de Constantinople.

    Aussi, les chrétiens espagnols, préconisaient-ils l'occupation des terres de l'Islam situées sur le littoral nord-africain dés le parachèvement  de la reconquête et du refoulement définitif des maures de l'Espagne; idée par ailleurs appuyée par le pape Alexandre VI, qui parla en 1493 du possible partage du monde à coloniser afin que " la foi catholique et la religion soient exaltées et répandues.....et que les nations barbares soient subjuguées et réduites à la foi".

    Une telle idée n'avait jamais effleuré la pensée des conquérants ottomans et arabo-bérbères qui, en enlevant une grande partie de l'Europe,

n'avaient guère cherché à convertir les populations colonisées, mais d'être plutôt les maitres des territoires conquis et d'en tirer les revenus, notamment fiscaux.

    Dés lors,  l'Europe chrétienne allait s'étendre, conquérir, dominer et coloniser :

    En 1415 déjà, Don Joaô 1er, roi du Portugal, s'empara de Ceuta avec une flotte de plus de 200 navires transportant une armée de 50 000 hommes; elle devint ainsi la première conquête des portugais  dans le nord  du Maroc.  Après la mort de Don Sébastien de Portugal à la bataille  de l'Oued el Makhazine à Ksar El Kebir en 1579, Ceuta passa à l'Espagne en 1580.

    Mellila, port marocain de la méditerranée fut enlevée à son tour en 1497 par Pierre Estopinan, officier attaché  à la maison du Duc de Medina-Sidonia qui la céda en 1506 à la couronne d'Espagne.

    Et à l'instar du Portugal et de l'Espagne, les  autres puissances européennes  souhaitèrent se lancer à leur tour dans les guerres de colonisation. Mais suite à la défaite de Sébastien 1er, elles abandonnèrent toute velléité d'occupation forcée du Maghreb et ce, pendant plusieurs siècles.      

    Ce désir de revanche et de conquête ne revient qu'au début du XIXème siècle puisqu'il fallait au préalable affaiblir l'empire ottoman, en éveillant le sentiment nationaliste au sein des peuples soumis et en leur fournissant des encouragements  et des armes qui donnèrent aux mouvements d'indépendance nationale, la force et la cohésion sans lesquelles elles n'auraient jamais pu briser le joug du Sultan :

    Le soulèvement des Grecs en 1822, donna le premier signal du démembrement.

    Roumains, Serbes, Bulgares et Albanais suivirent le mouvement.

    L'émancipation des peuples chrétiens des Balkans était déjà un fait accompli.

         Au lieu de calmer les rebellions nationales au sein de l'empire malade, les puissances européennes les enfiévrèrent et les nourrirent de haine à l'égard de l'autorité sultanienne, profitant simultanément de l'état critique des finances de l'empire dont l'endettement extérieur atteignait des sommets abyssaux : les emprunts étrangers n'étaient accordés qu' en échange de garanties et de gages ( concessions, octrois de monopoles, exploitations des mines, quais, docks, entrepôts, chemins de fer, banques, exploitations pétrolières, droits de douane.....

     Ainsi, les Puissances  pompaient-elles avidemment les richesses du pays. De sorte qu'une grande partie du revenu national allait directement dans les coffres-forts des banques de Londres, de Paris, de Vienne et de Berlin.

     Le pays se putréfiait à vue d'oeil et les Sultans sentaient monter vers eux la colère de leurs sujets.

     L'Empire, appelé désormais "l'Homme malade", agonisait :

    Tout donnait une impression de misère et de vétusté.

    Au lieu de remédier à cette pénible situation, le Sultan couvrit ses territoires d'un ensemble de réseaux d' 'indics' ayant pour mission exclusive de  surveiller la population. Aussi, n'y avait-il de liberté ni de sécurité pour personne et les prisons regogeaient de détenus.

    Le mécontentement était quasi-général....

   C'est à cette période précisément que l'Angleterre, la France et finalement l'Italie s'emparèrent de toutes les possessions africaines ottomanes, ainsi que des îles les plus importantes de la Méditerranée orientale.

    L'Algérie, la Tunisie, l'Egypte, Malte, la Crète furent perdues à tour de rôle.

    Et la superficie de l'empire ne cessait de se rétrécir au profit des nations chrétiennes.

    Ce n'était évidemment pas par philanthropie que les puissances européennes soutenaient les mouvements d'indépendance nationale. C'était simplement parce que ce levier commode, leur permettait d'affaiblir le dernier des empires de l'Islam et facilitait leur propre mainmise sur les possessions ottomanes. 

    Ces conquêtes s'étaient déroulées sous le signe d'une nouvelle colonisation qui préfigure une "vocation civilisatrice". Aussi, l'aventure colonialiste fut-elle menée de pair avec la participation effective des grands évêques.

     La mission chrétienne et l'Etat colonial s'étaient partagés la besogne selon leurs compétences respectives : Aux coloniaux d'assurer la sécurité et de fournir l'aide matérielle et financière; aux missionnaires d'accomplir la grande oeuvre civilisationnelle, de fonder les écoles et un réseau d'oeuvres médicales et sociales.

     L'Eglise allait en effet s'affirmer grâce à ses actions sur le terrain. Et Arthur Conte d'affirmer : "La colonisation fut une véritable épopée au temps des croisades et se continua à présent au siècle des lumières". C'était pour nous rappeler que "les croisés furent les ancêtres des colons".

    C'était au début du XXème siècle, au moment de la désintégration et de la chute de l'Empire ottoman qu'apparaît Mustapha Kémel.

    Il a immédiatement compris que rien n'écarterait l'usure fatale de l'Empire. Aussi, s'était-il plongé corps et âme dans une oeuvre harassante pour la création d'une jeune nation turque, transformée de fonds en comble et bouillonnante de vitalité. Loin de son esprit cet empire "réac, attardé et has been", composé d'une mosaïque de peuplades majoritairement sous-développées.

    Il trancha subitement et avec force la question en proclamant le caractère républicain et laïc de son régime :

           " L'homme politique qui a besoin des secours de la religion pour gouverner n'est qu'un lâche ! s'écrie-t-il. Or, jamais un lâche ne devrait être investi des fonctions de chef de l'Etat".

           " Nous avons énormément souffert par le seul fait que nous sommes demeurés stationnaires alors que le reste du monde continuait à progresser. C'est maintenant à notre tour d'aller de l'avant. Nous aspirons à la civilisation et à la science; c'est là que doit mener notre voie".....

               La chute de l'Empire ottoman, la colonisation du monde islamique par les puissances chrétiennes européennes et l'émergence, pour la première fois, d'un régime laïcisé au sein de la nation mahométane, avaient sérieusement ébranlé l'Islam sans pour autant entamer la foi  religieuse de ses fidèles....    

              Et la colonisation ne fera qu'exaspérer les autochtones musulmans et cimenter leur union dans un combat souvent harassant et cruel contre les armées d'occupation; ce combat étant par ailleurs fréquemment mené au nom d'un Islam politique, rigoriste et  djihadiste.

             Seul le Maroc berbéro-arabe, ayant échappé à la tutelle ottomane et demeuré indépendant, faisait l’objet de convoitises de la part des puissances européennes qui rêvaient chacune en son fonds intérieur, de s’en emparer. La France en particulier, depuis la prise d’Alger, manifestait ardemment auprès de ces mêmes puissances son profond désir de s’approprier l’Empire chérifien. Elle, qui a usé par le passé de subterfuges pour faire main basse sur le Maroc.

              Et dés 1808 déjà, Napoléon 1er au zénith de sa gloire, envoya au Royaume un espion, un certain Antoine Burel, polytechnicien et officier du génie, déguisé en émissaire porteur d’une lettre au Sultan. Mais sa véritable mission est de rendre compte de l’état des fortifications et de la force des armées afin de permettre l’élaboration d’un plan pour la conquête du pays. L’Empereur Moulay Slimane reçut en grande pompe M. Burel accompagné du consul de France à Tanger et désigna son frère Moulay Abdeslam pour le représenter dans les pourparlers avec les émissaires français. Ces derniers firent remarquer au prince marocain que le Maroc collabore étroitement avec l’Angleterre et qu’il a permis aux troupes britanniques d’occuper l’îlot de Perjil à côté de Ceuta, et que c’était là «une agression manifeste et que la neutralité s’y trouvait blessée ».

         Moulay Abdeslam lui répondit que le Maroc observait une neutralité absolue et ne ferait la guerre qu’à ceux qui le voudraient.

         Le soir même, les français furent congédiés et un secrétaire du Sultan les accompagna jusqu’à Tanger.

         Mais les difficultés de la France en Espagne avec la capitulation du général Dupert le 22 juillet 1808 et l’évacuation française de Madrid suite à la révolte des espagnols, décida Napoléon de surseoir à toute conquête du Maroc.

          Moulay Slaoui, proche du souverain chérifien, considéra l’empereur français comme « le grand coupable qui est sans cesse occupé à injurier tous les serviteurs d’Allah ».

          La politique napoléonienne au Maroc se soldait alors par un grand échec.

          Depuis, le Maroc s’isolait à peu prés totalement du monde extérieur : La plupart des ports furent fermés aux étrangers et un droit de 50% fut imposé sur les importations, tandis que les exportations des produits marocains (blé, huile, laine et autres) furent prohibés. La colonie européenne se réduisit à une centaine de personnes à Tanger où les consuls vivaient relégués, sans contact avec les réalités du pays. Moulay Slimane voyait dans le contact et le commerce avec l’étranger un appauvrissement économique et un risque pour l’Islam.

             Et c’est l’occupation française de l’Algérie en 1830 qui allait basculer cet isolement.

             La prise d’Alger prélude dés lors à la création d’un véritable empire d’où « la civilisation chrétienne rayonnera sur les contrées à conquérir où tant de mœurs cruelles existent encore ». Cette «mission civilisatrice» allait se faire évidemment avec l’appui de la papauté.

             Prospère Mérimée qui séjournait à Madrid lors de la guerre hispano-marocaine (1859-1860) décrivit l’état d’esprit de la population ibérique : « Toutes les parties se sont remises pour la guerre sainte : Femmes, enfants, vieillards, carlistes et libéraux ont le même cri : El Moro ! On se croirait aux croisades ».

              Et c’est sous l’étendard de cette vocation que la France fera main basse sur le Maroc, après l’établissement de son protectorat sur la Tunisie.

              Mais le Maroc posait problème : Il intéressait simultanément nombre de puissances :

-          les espagnols présents depuis des siècles dans leurs présides, n’ont pas perdu l’idée de prolonger la Reconquista sur le sol marocain.

-          Les allemands de Guillaume II ne dissimulent guère leurs visées économiques sur le pays.

-          Les britanniques et les italiens sont attirés par la position stratégique du Maroc en méditerranée.

-          Pour la France, le Maroc représente le prolongement naturel de son ‘Algérie’.

 

Pour cet ensemble de raisons, le Royaume chérifien allait devenir un vaste troc négocié par l’Hexagone avec les autres puissances.

 

Par Medisma - 18 Février 2010

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