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Le jeu compliqué de la Turquie

Publié par medisma sur 4 Août 2015, 19:10pm

Le jeu compliqué de la Turquie

La duplicité des occidentalistes n’a pas de limites. Les discours contredisent les actes mais le Niagara de la propagande par voie de presse fait le reste. D’ailleurs, l’information entre par une oreille et ressort par l’autre. Ne surnage d’un flot de mots que quelques bribes structurantes du type « La Turquie d’Erdoğan vient enfin d’entrer dans la danse contre l’État islamique ». dans la danse contre l’État islamique ».

Autrement dit, Ankara appuierait désormais la coalition américaine anti-Daech (opérationnelle depuis août 2014) de toute la puissance de son aviation de combat ! Au demeurant, on se demandera en vain pourquoi la Turquie – cette grande amie de l’Occident, pilier oriental de l’OTAN, contrainte en principe par la solidarité atlantique, qui en outre prétend rejoindre l’Union européenne – est resté inactive jusqu’à ce jour ?

En fait, Ankara n’est jamais resté hors du débat, ni passif ni neutre 1. Nul n’ignore que le territoire turc sert depuis 2013 de couloir de transit des candidats djihadistes vers la Syrie et l’Irak. Ni que des blessés de Daech sont soignés sur son territoire, tout comme ceux d’al-Nosra dans les hôpitaux israéliens. Tel Aviv a récemment reconnu avoir accueilli quelque 1.600 « Syriens » dans ses services de soins après qu’une ambulance israélienne eut été caillassée et son occupant tué par des Druzes, le 22 juin dernier sur le plateau du Golan. Bref, la Turquie est une base arrière des terroristes wahhabites de Daech, acheteuse du pétrole extrait du sol du califat, abritant des camps d’entraînement et des ateliers de fabrication d’armes chimiques dont quelques-uns furent démantelés à grand tapage médiatique.

Dans un article 2 du 6 avril 2014, l’Américain Seymour Hersh accusait la Turquie d’avoir « inspiré, poussé et aidé » les rebelles syriens à perpétrer l’attaque chimique du 21 août 2013 dans la ghouta de Damas. Forfait qui fit un nombre indéterminé de victimes, plusieurs centaines au bas mot, et qui eut un énorme retentissement international. Acte qui justifia les préparatifs d’offensive de la part de Washington et de Paris contre le régime baasiste de Damas. Opération qui avorta lamentablement le 31 août suivant, pour la plus grande confusion du président Hollande que son homologue américain avait omis de prévenir.

Alors pourquoi Ankara se décide-t-il enfin à rejoindre les 22 pays censés œuvrer à la destruction de cet État islamique que soutiennent, en sous-main, les pétromonarchies wahhabites, Qatar et Arabie, tout en faisant mine de le combattre ? L’histoire est trop longue pour être contée ici en son entier. Toujours est-il que les succès kurdes en Irak, notamment la prise de Kobané le 25 janvier dernier, ont en partie coupé les lignes de ravitaillement turques à destination de Daech. Un soutien logistique qui commençait à faire scandale depuis que, le 19 janvier 2014, la gendarmerie du gouvernorat d’Adana avait intercepté un transport d’armes des services spéciaux (MIT) à destination des groupes combattants salafo-wahhabites de Syrie. Le convoi bloqué achèvera finalement sa mission quand il fut établi qu’il était placé directement sous les ordres du Premier ministre turc 3.

La question des livraisons d’armes aux wahhabites étant revenue sur le tapis à l’approche des élections législatives du 7 juin, le président Erdoğan menaçait, avec violence, les organes de presse qui avaient eu l’outrecuidance de publier des preuves quant à ces trafics. Las, le Parti démocratique des peuples (HPD), qui regroupe sept partis politiques, obtenait aux élections 13 % des suffrages exprimés, portant ainsi un coup sévère au monopole du pouvoir exercé par l’AKP. Devant l’affaiblissement des islamo-kémalistes d’Erdoğan, les irrédentistes kurdes du PKK reprirent du poil de la bête. La réponse ne s’est pas fait attendre, et après une vague d’arrestations (dont celle du co-président due HDP, le Kurde Selahattin Demirtas), le 24 juillet, Ankara rompt la trêve de 2013 et ouvre les hostilités le 26 en bombardant des positions du PKK en Irak. Cela avec l’aval, au moins implicite, de Washington et sous couvert de frapper Daech. Un vilain prétexte qui ne trompe personne. Une guerre contre la nation kurde tout entière à laquelle les troupes de Barzani, pourtant allié des États-Unis et d’Israël, n’ont pas l’heur d’échapper

Par : Jean-Michel Vernochet

Source : voxnr.com

 

Note :

1 France24.com (31 juillet 2015) précise : « Le mouvement Ahrar al-Sham [composante de “l’Armée de la conquête”] qui regroupe des salafistes proches des Frères musulmans soutenus par la Turquie et le Qatar, ne défend pas un djihad global et limite ses actions au territoire national, contrairement aux djihadistes du Front al-Nosra, qui est la branche syrienne d’Al-Qaïda. »

2 London Review of Books.
3 Le quotidien turc Cumhuriyet publiait le 29 mai 2015 un ensemble de photos et une vidéo, témoignant de cette livraison.

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