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Le coup d'Etat en Turquie a bien réussi mais pour qui ? Et quelles en seraient les conséquences ?

Publié par medisma sur 18 Juillet 2016, 18:01pm

Le coup d'Etat en Turquie a bien réussi mais pour qui ?

Et quelles en seraient les conséquences? 

Le coup d'Etat en Turquie a bien réussi

PAR DJORDJE KUZMANOVIC

 

Comme on l’annonce partout, la Turquie a vécu un coup d’Etat. Comme on l’annonce; le coup d’Etat a avorté et l’ordre constitutionnel est revenu. La réalité est peut-être toute autre et Erdogan avance dans son projet de modification constitutionnelle en sa faveur.

Après observation des événements survenus en Turquie le soir du 15 juillet et les avoir recoupés avec des informations glanées ici et là je vous soumets quelques éléments d’analyse à chaud et une conclusion qui en découle :

  • Le coup d’Etat a été très court – factuellement moins de 6 heures.
  • Durant le coup d’Etat, aucun responsable politique du régime d’Erdogan ni aucun chef de la police n’a été arrêté par les putschistes. Seul a été arrêté le commandant en chef de l’armée.
  • Un seul coup (missile lancé d’un avion) a été tiré sur le lieu supposé où se serait trouvé Erdogan.
  • Les chars n’étaient pas appuyé par une infanterie conséquente et de facto ne représentent presque aucune menace en ville.
  • Les militaires ont peu de pertes (2 morts apparemment de leur côté – 47 du côté des forces spéciales). Ils ont globalement très peu combattu et se sont rendus très vite.
  • La « population » est descendue dans la rue spontanément en pleine nuit pour défendre le régime.
  • Depuis trois jours, les ambassades de France, des Etats-Unis, du Royaume-Uni sont fermées ou au ralenti. Sans que cela ait été justifié.
  • Déjà dans la nuit, la police – fidèle au régime – arrêtait des militaires (près de 3000 pour le moment). 5 généraux d’importance et 29 officiers supérieurs qui comptent ont également été arrêtés.
  • A 15h,  les divers responsables des partis politiques de Turquie passeront les uns à la suite des autres pour dénoncer le coup d’Etat et appuyer Erdogan et la « démocratie ». Toute contestation ou formulation de doute à ce moment sera bien entendu très dangereuse (Erdogan a plusieurs fois été près de lever l’immunité parlementaire des députés, en particulier ceux du HDP).

Bref, pour un coup d’Etat, en particulier de la très sérieuse armée turque, c’est un coup d’Etat mal préparé et frappé d’amateurisme.

La base en ce domaine est de décapiter la tête du régime que l’on veut renverser. En général, avant de sortir les chars et les avions (et de se faire repérer), avec les conjurés les plus fidèles, les putschistes tentent d’arrêter un maximum de ministres, de décideurs, de commandants militaire et de police que l’on sait fidèle au régime.

  • Depuis le matin, les communiqués de soutien pleuvent du monde entier en appui à Erdogan : « la démocratie est sauvée », préservation de l’ordre constitutionnel », « le chaos est évité dans la région », etc.

Mon analyse à chaud est que tout cela profite à Erdogan :

  1. Il élimine la tête d’une armée traditionnellement kémaliste, qui ne lui est pas acquise et qui a laisser paraître cette année des velléités d’autonomie par rapport au régime en particulier depuis l’affaiblissement d’Erdogan sur la scène internationale.
  2. Il met au pas l’opposition interne dans un contexte de vives tensions intérieurs (sociales, économiques, politiques et même de guerre civile avec les Kurdes).
  3. Il redore son blason au niveau international et s’offre à bon compte une image de défenseur de la démocratie (c’est mieux que celle de dictateur en herbe,  d’associé de Daesh ou d’instigateur d’une guerre civile avec les Kurdes).

En conclusion, pour ma part il s’agit d’un faux coup d’Etat orchestré par Erdogan, l’AKP et les durs du régime.

  • Cela lui permettra de relancer son projet de modification constitutionnelle telle qu’il le rêve depuis longtemps mais ne parvient pas à réaliser en raison des résultats électoraux du HDP lors des deux scrutins législatifs.
  • Avoir relancé la guerre civile avec les Kurdes depuis l’attentat de Suruc n’aura pas suffit. Erdogan devrait maintenant pouvoir faire suffisamment pression et trouver le nombre de voix manquantes à son projet tout en continuant sa guerre contre les Kurdes au risque de destabiliser encore un peu plus la région.
  • En fait, un putsch a bien eu lieu hier en Turquie… et il a réussi.

 

PAR DJORDJE KUZMANOVIC

Cengiz Aktar : avec ce coup d'Etat, la Turquie a tourné pour longtemps la page de la démocratie

Alors que la tentative de coup militaire est définitivement matée en Turquie, le politologue et écrivain Cengiz Aktar, dénonce la chasse aux sorcières menée par le régime du président Erdogan et s'inquiète pour l'avenir de son pays destiné, redoute-t-il, à vivre sous un joug de plus en plus fort.

Que s'est-il réellement passé en Turquie ces derniers jours? Beaucoup d'interrogations demeurent...

- Il est clair qu'il y avait des velléités interventionnistes des militaires. Mais dans quelle mesure ont-ils été manipulés par tel ou tel - je ne pense pas du tout à une force étrangère mais bel et bien de l'intérieur - je n'en sais rien. À vrai dire je pense qu'on ne le saura sans doute jamais.

Ce que nous savons par expérience, c'est que l'armée turque a une riche expérience des coups d'Etat et qu'il ne les rate pas comme ça. Sont-ils vraiment des incapables pour échouer de la sorte ? Pourquoi ne se sont-ils pas dirigés vers la tête du pouvoir mais, au lieu de cela, sont allés lire un texte à la radio, ont bloqué les axes routiers etc... Ils n'ont pas touché, non plus, à la presse pro-Erdogan... Tout cela est étrange. Il y a beaucoup de points d'interrogation quant au modus operandi de ces hommes.

Mais la Turquie est aujourd'hui un pays opaque, le mot transparence a été enterré depuis belle lurette, et je ne pense pas que nous en saurons vraiment plus un jour.

Et pourtant les conséquences sont très importantes...

- La situation est très grave. Une chasse aux sorcières a immédiatement commencé qui donne d'ailleurs à réfléchir: avaient-ils une liste pour mettre en place tant d'arrestations en moins de 24h ? Plus de 3.000 personnes sont concernées, des militaires souvent haut gradés mais aussi des juges. Il y a aujourd'hui une purge générale dans deux grandes institutions de l'Etat, l'armée et la Justice au motif de "rayer une bonne fois pour toute les pro-gülenistes de la bureaucratie". Il n'y a d'ailleurs probablement pas de lien direct avec le coup d'Etat mais cela donne au pouvoir l'occasion de pousser un peu plus fort le bouton pour purger les institutions.

Et cette purge va se transformer à une large chasse aux sorcières contre tous les gens qui se sont frottés de près ou de loin au mouvement güleniste. Nous sommes tous sous la menace d'arrestations, de poursuites judiciaires.

Vous dites "nous", vous vous sentez en danger?

- Je ne sais pas, je préfère ne pas penser à cela. Le choix de la Turquie au lendemain de ce coup d'Etat avorté va se faire entre une dictature militaire et une autocratie, voire une dictature civile. Le choix n'est plus entre la dictature et la démocratie, cette page est tournée malheureusement.

Aucune force politique n'est désormais assez forte pour enrayer ce chemin?

- Ce serait possible. Mais la situation rappelle les débuts du fascisme, l'avènement du troisième Reich. Plus de 50% des gens votent pour Erdogan et sont ravis de ce qui se passe, voire en veulent davantage. Ce régime a un appui populaire évident. Les gens ne sont plus informés de ce qui se passe car il n'y a plus de liberté de la presse mais ce n'est pas la seule raison de leur soutien au pouvoir.

Beaucoup sont tout simplement prêts à fermer les yeux sur le tour anti-démocratique, anti-kurde, anti-européen, anti-intellectuels, antisémite, proche de l'islam radical et nationaliste du régime. Est-ce que tout est en place pour une pérennité de cette situation, je ne pense pas, mais nous verrons...

Quant à l'institution militaire, elle est désormais au pas?

- Tous les grands corps de l'Etat ont été très sérieusement bousculés par le régime depuis longtemps. D'abord ce sont les gülenistes qui les avaient noyautés, maintenant c'est le régime qui en prend le contrôle. L'armée dispose cependant toujours d'une certaine autonomie car la Turquie n'est absolument pas démilitarisée comme l'Espagne après Franco. Les régimes en Turquie essayent de contrôler l'armée, de l'avoir à leur service et non à celui de l'Etat. La voilà un peu plus sous le contrôle du régime.

Où va la Turquie?

- Qui peut le dire? Mais les grandes tendances sont là. Il ne faut pas rêver. La Turquie ne sera pas plus démocratique après ce coup d'Etat avorté, c'est une chimère. Le régime va se renforcer et Erdogan va en profiter pour installer le régime présidentiel à la Poutine qu'il souhaite depuis longtemps. Sans aucun contre pouvoir comme tous les pays non démocratiques du monde l'ont mis en place avant lui.

Propos recueillis par Celine Lussato

Céline Lussato, Journaliste

 

Turquie : après le putsch raté, place à la purge

 

Après l'échec de la tentative de putsch militaire, qui a fait au moins 265 morts à Ankara et Istanbul, vendredi 15 juillet, le gouvernement turc mène une véritable purge dans les rangs de l'armée, mais aussi chez les magistrats. Face à une foule de partisans, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a promis "d'éliminer le virus de toutes les institutions étatiques." "Hélas ce virus, comme un cancer, s'est propagé à tout l'Etat", a-t-il encore lancé.

Quelques heures avant, le général Dündar, chef de l'armée turque par intérim, a promis de "nettoyer l'armée des membres de structures parallèles", faisant une référence évidente aux fidèles de Fethullah Gülen. Ce dernier est accusé par le président d'avoir fomenté le coup d'Etat depuis les Etats-Unis où il est en exil.

Dimanche 17 juillet en milieu de journée, le ministre de la Justice, Bekir Bozdag, a indiqué à l'agence Anadolu, que 6.000 personnes avaient été mises en garde à vue. "Le grand ménage continue", a-t-il dit à propos des coups de filet en cours.

34 généraux et 3.000 militaires arrêtés

Un peu plus tôt dans la journée, on apprenait que 2.839 militaires avaient été arrêtés, selon le chef du gouvernement Binali Yildirim, pour qui "ces lâches se verront infliger la peine qu'ils méritent".

Parmi eux, le commandant de la 3e armée, le général Erdal Ozturk, ancien chef des forces aériennes, pour sa participation présumée à la tentative de coup d'Etat. Plusieurs autres gradés de haut rang ont été arrêtés, dont les généraux de la 2e armée Adem Huduti et Avni Angun, selon les médias turcs.

Un haut gradé de l'armée de l'air, le général Bekir Ercan Van, et une douzaine d'officiers ont été arrêtés sur la base d'Incirlik (sud), utilisée par la coalition internationale pour ses raids contre les jihadistes en Syrie, a annoncé dimanche le quotidien Hürriyet. Un responsable turc a indiqué à l'AFP qu'Ankara suspectait que la base d'Incirlik, qui restait fermée dimanche, avait été utilisée pour le ravitaillement des avions de chasse utilisés par les putschistes vendredi soir.

Au total, 34 généraux de différents grades ont été arrêtés. Interrogé par "Le Monde", le professeur émérite à l'université du Galatasaray souligne que parmi les milliers de soldats arrêtés, "on trouve de tout". "Des jeunes cadets de l’académie militaire de Canakkale, mais surtout des officiers de la gendarmerie, des forces aériennes, dont les responsables des bases d’Ankara et d’Izmir, et quelques commandants de brigades de chars. Il y a aussi des officiers supérieurs qui, sans être accusés d’avoir organisé le putsch, ont laissé faire, comme le commandant de Mersin, le grand port du sud, qui dès l’annonce du 'coup,' a déclaré prendre en main la région et demandé l’arrestation du préfet comme des autres représentants de l’autorité civile.

 

Demande d'extradition de Fethullah Gülen

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan a par ailleurs réclamé à Washington l'extradition de Fethullah Gülen résident aux Etats-Unis depuis 1999 qu'il accuse d'avoir orchestré la tentative de putsch. Ce dernier a nié toute implication dans les événements de vendredi soir, allant jusqu'à suggérer que le chef de l'Etat turc pourrait avoir orchestré la tentative de putsch lui-même.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a assuré que Washington aiderait Ankara à enquêter sur le putsch déjoué et invité le gouvernement turc à fournir des preuves contre Fethullah Gülen avant d'envisager une éventuelle extradition.

Juges visés

Les putschistes de l'armée turque ne sont pas les seuls visés. Alparslan Altan, l'un des 17 juges de la Cour constitutionnelle, la juridiction suprême en Turquie, a été placé en détention pour des raisons qui n'ont pas été précisées. Selon la RTBF, un autre juge de la Cour constitutionnelle, ainsi que dix collaborateurs du Conseil d'Etat et cinq membres du Haut conseil des juges et procureurs ont été arrêtés.

 

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  Guillaume Perrier‏@Aufildubosphore

Les juges de la cour constitutionnelle arrêtés sont ceux qui avaient été nommés par Abdullah Gül lorsqu'il était pdt.

#Turquie

 

Par ailleurs, les autorités judiciaires avaient annoncé que 2.745 juges (un tiers des effectifs) dans tout le pays allaient être démis de leurs fonctions. Des mandats d'arrêts ont été lancés à l'encontre de 140 juges et procureurs, selon plusieurs médias. Plus de 500 ont déjà été arrêtés, a affirmé la télévision NTV. Le nombre total des arrestations était difficile à estimer, mais l'agence Dogan a indiqué que 44 juges et procureurs avaient été arrêtés dans la nuit dans la ville de Konya (centre) et 92 dans celle de Gaziantep (sud-est).

Le dirigeant du syndicat des juges Yargiclar, Mustafa Karadag, souligne, d'après la RTBF, que cette mesure ne concerne pas seulement des partisans présumés des putschistes mais également ceux qui se montrent trop critiques envers le président Erdogan.

Demande d'extradition d'officiers

La Turquie a en outre demandé à la Grèce l'extradition de huit officiers et sous-officiers ayant fui à bord d'un hélicoptère militaire à Alexandroupoli.

Depuis l'arrivée au pouvoir d'Erdogan, la hiérarchie militaire a été purgée à plusieurs reprises. L'armée de ce pays-clé de l'Otan, qui compte 80 millions d'habitants, a déjà été l'auteur de trois coups d'Etat (1960, 1971, 1980) et forcé un gouvernement d'inspiration islamiste à quitter le pouvoir en 1997.

Si le président turc a reçu des soutiens de la plupart de ses homologues, certains ont invité le gouvernement turc au discernement concernant ces arrestation. Le ministre canadien des Affaires étrangères Stéphane Dion a enjoint samedi Ankara de régler "l'après coup d'État" selon les "principes fondamentaux de la démocratie". Faisant part à la chaîne de télévision Radio-Canada de la teneur de son entretien téléphonique avec son homologue turc Mevlut Cavusoglu, le chef de la diplomatie canadienne a estimé qu'il était "important d'éviter tout châtiment collectif" envers les auteurs de la tentative de coup d'État en Turquie.

"Il faut faire preuve de discernement, s'assurer que les personnes traduites en justice puissent avoir la chance de prouver qu'elles sont innocentes ou faire valoir leur point de vue selon les règles de justice fondamentales que nous nous efforçons de respecter", a-t-il poursuivi.

François Hollande de son côté pense qu'il y aura "sans doute des répressions". "Maintenant on va voir quelle est la situation en Turquie, si le président (Recep Tayyip Erdogan) a rétabli entièrement la situation - je crois que c'est le cas -, on va avoir une période à la fois de grande accalmie, mais enfin, il y aura sans doute des répressions qui vont avoir lieu, j'imagine qu'il va y avoir un certain nombre de militaires qui vont devoir répondre de ce qu'ils ont fait ou de ce qu'ils n'ont pas fait", a déclaré le chef de l'État devant une poignée de journalistes et des membres de la CIAV.

S.D.

Source :  referentiel.nouvelobs.com/

 

Turquie : près de 6 000 arrestations après le coup d'Etat manqué (Vidéo)

 

Turc, j’ai cru que j’allais me réveiller dans un pays en ruine. Ce qui m’attend est pire

LE PLUS. Comme tous les soirs, ce 15 juillet, Yusuf était dans un restaurant de son quartier, à Istanbul, avec ses amis, lorsqu’il a appris qu’il y avait une tentative de coup d’État. Il raconte ce qu’il a vu dans la rue, la peur, et le réveil difficile alors que la vie de la ville suit son cours, “comme si rien ne s’était passé”. Témoignage.

Des partisans du régime protestent contre la tentative de coup d’État, le 16 juillet. (Emrah Gurel/AP/SIPA)

Je suis né et j’ai grandi dans la banlieue d’Istanbul, et j’habite maintenant à Tavla, un quartier du centre-ville. La population y est principalement non-musulmane, composée de migrants, d’étudiants, de jeunes adultes célibataires, d’homosexuels et de trans.

Hier soir, j’étais avec des potes dans un restaurant du quartier où nous avons l’habitude de nous retrouver tous les jours après le travail. On a commencé à recevoir des messages de nos proches : les forces armées bloquaient le pont de Bosphore. On s’est dit qu’il devait s’agir d’une mesure de sécurité en prévention d’une nouvelle attaque terroriste.

On a aussi pensé à un putsch – la Turquie en a connu quatre dans son histoire récente – sans l’envisager sérieusement.

Les minarets des mosquées ont appelé les gens à descendre dans la rue

Puis l’intervention du premier ministre Binali Yildirim sur la chaîne NTV – réputée pro-gouvernementale – vient confirmer nos doutes : on vient bien d’assister à une tentative de coup d’État. Avec Recep Tayyip Erdogan et d’autres membres de l’AKP, ils appellent le peuple à tout faire pour enrayer cette tentative, en répétant à plusieurs reprises que les responsables seront lourdement punis.

En parallèle, une partie de l’armée affirme qu’elle a pris le contrôle de la République et retient en otage le chef de l’État-major. Les forces militaires s’emparent du Parlement, de la chaîne nationale CNN Türk, de l’aéroport Ataturk d’Istanbul et du siège de l’État major.

Les partisans de l’AKP commencent à sortir de chez eux et les minarets des mosquées appellent les gens à descendre dans la rue au nom de la “démocratie”. Depuis les maisons, on entend le Tekbir, le crédo musulman, suivi par l’Allahuekber de la foule.

Les partisans du régime tirent dans la rue

Tout s’enchaîne rapidement. Devant les supermarchés et les épiceries, des files d’attente se forment. Les gens achètent de l’eau, du pain. Tout le monde s’attend à ce qu’un couvre-feu officiel soit annoncé. Cela n’arrivera pas.

Des voitures de police bloquent l’une des artères principales qui mène au siège de l’État-major, à Harbiye. Un grand nombre de policiers sont armés de mitrailleuses lourdes et barrent la route.

À la télévision, on assiste en direct aux frappes des soldats sur le Parlement turc. On peut voir les journalistes sur place aller se mettre à l’abri.

Puis les coups de feu commencent. Viennent-ils de Harbiye ? Non, en fait, ils viennent de partout. Les partisans du régime tirent dans la rue.

Toute la nuit, jusqu’à six heures du matin, nos maisons tremblent sous le bruit des explosions, des tirs, des avions de chasse qui rasent la ville. Leur bruit est indescriptible, incessant, toujours plus fort. Je frissonne et perds l’équilibre. À plusieurs reprises, je me jette à terre en pensant qu’une bombe vient de toucher ma maison.

Ceux qui nous terrorisent sont des “héros”

Après trois heures de sommeil, je suis terrifié à l’idée de me réveiller dans un pays en ruine. Pourtant, la vie suit son cours, comme si rien ne s’était passé. Comme après chaque attentat suicide qui fait une dizaine de morts, comme quand les forces de police et l’armée massacrent les Kurdes ou les Alevis.
Que s’est-il passé hier soir ? Beaucoup de journalistes et de commentateurs envisagent la possibilité d’un faux coup d’État, orchestré par Erdogan pour obtenir les pleins pouvoirs. D’autres disent que la menace d’un putsch n’était pas si sérieuse.

Moi, je me fous des hypothèses. Tout ce que je vois, c’est que plus de 200 personnes sont mortes. C’est que ceux que l’AKP a appelé à envahir les rues ont décapité de jeunes soldats, jeté leur tête du pont Bosporus et sauté sur leur corps inerte. Ceux qui, chaque jour, tuent, violent, harcèlent, agressent, terrorisent, ont aujourd’hui le statut de “héros”.

Nous sommes les prochains

Les autorités turques ont annoncé avoir renvoyé 2.745 juges après la tentative de coup d’État. Une dizaine de membres du Conseil d’État sont détenus, 38 autres sont recherchés et 2.800 membres des forces armées turques ont été arrêtés.Le département de Police d’Istanbul a donné l’ordre de “tirer à vue” sur tout soldat en uniforme qui ne se trouverait pas sur son lieu de travail.
Erdogan avance vers le pouvoir absolu. Ses partisans armés ont pris la rue.

Nous sommes les prochains. La prochaine fois que vous entendrez parler de la Turquie, ce sera pour des décapitation de gauchistes, de Kurdes, d’Alévis, d’homosexuels, de femmes ou étudiants… Chacun d’entre nous est menacé.

Propos recueillis par Julia Mourri

Source : Le Nouvel Obs, Yusuf Bahar, 16-07-2016

 

 

La dislocation gagne la Turquie

Les ravages des politiques suivies depuis la crise de 2008 continuent de se propager. Aujourd’hui, c’est la Turquie. La Turquie est un maillon faible politiquement, géopolitiquement , et surtout financièrement.  La situation financière du pays est une catastrophe en attente d’arriver.

Erdogan s’est inséré dans  un jeu/rêve géopolitique qui le dépasse, mégalomane. Il veut participer au grand remodelage des néocons. Il n’en a pas les moyens , mais il en l’ambition.

Il a été obligé d’évoluer dans  une voie de plus en plus tyrannique,  de moins en moins soucieuse de démocratie et de plus en plus aventureuse. Il a divisé et archi-divisé son pays, laissé se developper la corruption, le non-droit,  à l’abri pense t- il du parapluie de l ‘OTAN et de ses amis allemands.

La tentative de coup d ‘état n’est que la partie visible  de l’iceberg de contradictions qui secoue la Turquie. La Turquie c’est de la dynamite au mileu d’ une région minée.

Tout se tient, le monde était un puzzle complexe et fragile et la voie suivie depuis la crise a tout mélangé, tout rebattu, elle a libéré les forces de dislocation, de balkanisation, d’éclatement dont le renouveau de la guerre froide, le Brexit, les attentats en France,  ou le coup d ‘état  Turc ne sont que des illustrations. Nous vous rappelons que la Turquie est à la fois candidate à l’entrée dans l’Union et une pièce maitresse de l’OTAN, ce qui signifie que l’interconnection est étroite.

La violence, le risque politique sont la conséquence des politiques susivies, elles sont des aboutissements logiques, organiques, pas des produits du hasard. La succession des crises a un sens même si ce sens est occulté par les » dominants » afin d’exonérer leur responsabilité et d’empêcher les prises de conscience des peuples.

Le sens  c’est , la destruction de l’ordre ancien, c’est la re-fragmentation du monde et la folle tentative de certains comme les atlantistes de le réaménager à leur profit. En attendant le « Grand Goulfre », celui de la confrontation avec la Chine.

Nous sortons de plus en plus du monde global de concertation des G8, G20 et autres G30 , ou tout le monde est gagnant pour aller vers le monde de l’imperieum ou seuls les plus forts s’en sortent. .. sur le dos des plus faibles ou des plus divisés. C’est d’ailleurs la même chose, au plan réduit de l’Europe, « the winner takes all ». Le gagnant rafle tout.

Notre clef de lecture est inscrite en exergue de notre site: » il n’est »de vérité que du tout ».

Cela signifie que seule une vision d’ensemble permet d’approcher le sens profond des évènements, leurs liens de cause à effets, leur logique interne de développement. Eux, les « dominants » saucissonnent, ils coupent en tranches pour vous cacher le sens  général, ils vous aveuglent avec les arbres pour que jamais vous ne voyiez la forêt. Ils vous font vivre dans  un monde d’illusions, ils détounent votre attention, ils pointent leurs médias sur vos yeux afin de vous empêcher d’élargir votre persepctive. Les médias sont des obturateurs.

Face au drame, face à ce qui devrait vous faire réflêchir comme l’attentat de Nice; ils vous incitent à des rites, à chanter, à agiter des petits drapeaux et bien sur à l’esentiel à L’UNITE, l’unité derrière eux, cette unité qui a pour fonction de vous souder en tant que troupeau, de faire taire les voix discordantes et de les rejeter dans le marginal et le politiquement non correct. Ce qui frappe c’est l’usage des superlatifs par ces domiants, comme ils ne peuvent rien dire qui touche au vrai, alors ils enflent , ils emphatisent.

Combien  de fois avons nous entendu le fameux « absolument » ces dernières heures? On estabsolument bouleversé, on condamne absolument, on est absolument terrifié,on fera absolument  tout! Tout? vraiment ? Chiche !

Ce sont des menteurs par saucissonnage. Qui hier a évoqué le lien  entre les attentats en France et les bombardements là bas en Syrie, en Irak? Qui a tracé le  fil conducteur avec les attentats qui ont encore fait plus de 400 morts en Irak? Qui ose montrer la filiation entre le chaos illégitime que nous provoquons, le désespoir et la régression et les morts de Nice? Personne !  Ils veulent faire croire que tout vient du ciel, vient de la religion, de la barbarie, de la méchanceté des hommes;  mais non tout vient de la politique irresponsable, inique, illégitime qui est suivie. La religion est un moyen de créer un front , une masse docile et fanatique, ce n’est pas une cause, il suffit de relire les discours premiers de Bin Laden, la religion est une idéologie , une abstraction qui est utilisée à des fins unifiantes  qui sont politiques,  gépolitiques, militaires. On n’a jamais dit mieux que ceci: « la religion est l’opium des peuples » et ici c’est l’opium qui les fait marcher à la violence et à la destruction.

Il n’y a pas de différence entre l’utilisation de l’idéologie fasciste dans  les années 30 pour sortir des contradictions du capitalisme et l’utilisation de l’idéologie Islamiste dans  les trente dernières années. Objectivement , nous sommes dans  la répétition, dans l’isomorphisme. Seule change la subjectivité , c’est à dire l’idée que les gens   s’en font.  Bien sur que les combattants, les kamikazes, les terroristes eux y croient, mais ce ne sont pas eux  qui fixent les tactiques, les stratégies et encore moins les buts. Lesquel sont par  exemple et entre autres de conduire la région au chaos afin  de sécuriser le sanctuaire saoudien et les tyrannies locales et empêchant l’émergence de forces démocratiques/nationales  plus porteuses de progrès.

Qui ose analyser l’incroyable fumisterie des occidentaux qui sont en guerre pour changer des régimes dits autoritaires  mais qui cirent les babouches -et plus si affinité- des tyrans pétroliers et surtout manitenant des  détenteurs du capital et des fonds propres du  monde entier. Les tyrans du Moyen-Orient ce ne sont plus les producteurs pétroliers en tant que tels, , mais les détenteurs du capital du système;  les Anglais en savent quelque chose, eux dont les banques  ne tiennent que par la recyclage de ce capital. Plus c’est gros et plus cela marche! Qui ose dire que le stupide et  prétentieux et arrogant Erdogan s’est pris les doigts dans  un jeu qui le dépasse , qu’il ne comprend pas et qu’il n’est qu’un pion qui sera sacrifié quand ce sera le moment. Est-ce  le moment?

Notre hypothèse de départ est qu’en 2008 le système a buté sur ses limites.

-Il a buté sur ses limites internes symbolisées par le surendettement et

-il a buté sur ses limites externes, une globalisation mal conçue, inégalitaire, déséquilibrée, conflictuelle avec trop de laissés pour compte. La globalisation a buté sur ce que l’on appelle le developpement inégal.

Nous avons jour après jour montré la pourriture des produits financiers, le dysfonctionnement des marchés, la fragilité de l’appareil financier et bancaire, puis nous avons analysé la montée des tensions , l’évolution vers de moins en moins de liberté, de démocratie,  de respect des contrats, puis la montée des antagonismes géopolitiques, le délire des néo-conservateurs américains soucieux de préserver l’ordre impérial ancien, fut-ce au prix de la guerre; nous avons mis à jour la fausseté des théories, la disparition de la vérite comme catégorie et comme référence, et l’irrésistible ascension de la propagande  et du mensonge. Les peuples ont laissé les dominants se fabriquer des ennemis

Nous avons marqué d’une pierre blanche cette marche tragique en pronostiquant : « un jour ou l’autre il faudra qu’il y ait la guerre, on le sait bien… »

La marche est inéluctable, elle est dans  l’ordre des choses car les peuples, trompés , formatés,  eux même marchent vers la guerre et la haine. Les peuples s’habituent à toutes les vilénies servies par les dominants, il n’y a pas réaction de défense, de rejet, non il y a accoutumance et c’est qui nous renforce dans  nos convictions .

On suit la pente, comme dans  les années 30.

Les tentatives de dire « non », sont maladroites, primaires.  Elles s’incarnent dans les courants populistes qui n’ont aucune chance d’accéder au pouvoir dans  le respect des lois et des constitutions, car les dès sont pipés par la collusion historique entre les socio- démocrates dits de gauche et ceux dits de droite. Les antidotes, les anticorps  sont par avance rejettés par les sociétés civiles, abruties, manipulées, névrosées.

Cette semaine est une triste semaine, marquée par le fait que le marché boursier mondial, le phare, le S&P 500 a inscrit un nouveau plus haut historique, ce qui est tout un symbole: le symbole d’un monde géré par et pour une élite financiarisée.

La situation est tellement grave que l’on paie pour accumuler les actifs financiers considérés comme sans risque, que l’on parle de distribuer l’argent par hélicopère, que le Japon se lance dans  sa nième tentative suicidaire de stimulation depuis 25 ans , … Cete semaine est une étape clef dans la phase terminale  des excès qui nous emportent.

Mais vous n’avez encore rien vu. On n’est qu’à mi-chemin. 

Source : Bruno Bertez, 16/07/2016

 

  Le coup d’État en Turquie : Et pourquoi les infects excès de Recep Tayyip Erdogan l'ont rendu inévitable.

La règle n°2 pour qui veut réussir son coup d'État militaire, c'est de s'assurer que toutes les forces mobiles extérieures au complot –par exemple, les escadrilles de l'aviation d'attaque– soient immobilisées ou trop éloignées pour intervenir. (Ce qui explique pourquoi les unités de l'armée saoudienne sont postées à distance de la capitale). Sauf que les putschistes turcs n'ont pas réussi à garantir l'inertie des tanks, hélicoptères et autres avions de chasse loyalistes, ce qui fait qu'au lieu de gagner en force au cours de la soirée, les conjurés se sont retrouvés à devoir combattre une résistance de plus en plus massive. Ce qui n'a eu, peut-être, que peu d'importance en fin de compte, vu qu'ils avaient d'ores et déjà enfreint la règle n°1: commencer par capturer le chef du gouvernement ou, à défaut, le tuer.

De fait, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, laissé libre de ses mouvements, a eu toute latitude pour exhorter ses partisans à s'insurger contre le coup d’État, d'abord par un appel de son iPhone, puis par quelque chose qui aura fortement ressemblé à une conférence de presse à l'aéroport d'Istanbul.

 

La République islamique de Recep Tayyip Erdogan

Quelle grande ironie ce fut de le voir s'exprimer sous le portrait de Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la Turquie moderne et laïque, lui qui n'aura eu comme autre objectif depuis son arrivée au pouvoir que de la faire disparaître sous une République islamique, à coup de mesures ciblant toutes les zones de l'existence. Des fermetures d'écoles laïques pour pousser les enfants dans des établissements musulmans, des restrictions sur la vente et la consommation d'alcool, un frénétique programme de construction de mosquées absolument partout –y compris dans des anciennes églises devenues musées et des campus universitaires où, voici encore peu, le port du foulard était interdit.

A la télévision, les images des foules descendues dans les rues pour s'opposer à la manœuvre des militaires ont été des plus révélatrices: il n'y avait que des hommes à moustache (les Turcs laïques l'évitent rigoureusement) et pas la moindre femme en vue. En outre, leurs slogans n'étaient pas patriotiques, mais islamiques –ils ne cessaient de crier «Allahu ekber» (prononciation locale de «akbar») et de scander la Chahada, la profession de foi musulmane.

Double ironie

Une autre belle ironie aura été le soutien rapide et total apporté à Erdogan au nom de la «démocratie» par le président américain Barack Obama, la chancelière allemande Angela Merkel et la malheureuse ministre européenne des Affaires étrangères, Federica Mogherini. Erdogan aura fait tout son possible pour démolir la fragile démocratie turque: de l'arrestation de journalistes trop critiques –une logique qui ira jusqu'à la saisie et la fermeture sans autre forme de procès de Zaman, le premier quotidien national–, à l'exercice-même du pouvoir, vu que la Turquie n'est pas une République présidentielle, comme les États-Unis ou la France, mais bien plutôt une République parlementaire comme l'Allemagne ou l'Italie, avec un président pour l'essentiel symbolique et un Premier ministre réel homme fort du pays. Incapable de modifier la Constitution parce que son Parti de la justice et du développement (AKP) n'a pas suffisamment de sièges au Parlement, Erdogan aura contourné le problème en installant le servile et discipliné (et moustachu) Binali Yildirim au poste de Premier ministre –son prédécesseur, Ahmet Davutoglu, lui avait été très loyal, mais pas suffisamment soumis.

Et Erdogan de subvertir encore davantage l'ordre constitutionnel en faisant se tenir les réunions du cabinet, présidées par lui, dans son palais présidentiel à 1000 chambres –une monstruosité d'un million de mètres carré (la Maison Blanche en fait à peu près 17.000), ayant coûté plusieurs milliards d'euros et construit au beau milieu d'une réserve naturelle sans financement ni permis légaux. Soit le cours des choses somme toute normal pour Erdogan, enfant miséreux des bidonvilles devenu selon toute vraisemblance milliardaire. Quand le ministère public allait trouver des millions de dollars en liquide pendant son enquête sur ses fils et associés, Bilal et Burak, accusés de corruption, fraude, blanchiment d'argent et trafic d'or, 350 officiers de police et tous les procureurs du dossier furent tout simplement limogés. N'ayant comme seul intérêt que son implacable islamisation de la Turquie, la base partisane d'Erdogan n'accorde évidemment aucune valeur aux principes de la démocratie ou du droit et, de son point de vue, il est tout naturel que le président et ses fils s'en mettent plein leurs grosses poches.

Faire porter le chapeau à quelqu'un d'autre

Quand quelque chose va mal dans le pays et qu'Erdogan veut faire porter le chapeau à quelqu'un d'autre –y compris quand le problème vient de sa propre décision de relancer la guerre avec les Kurdes turcs– et qu'il accuse les étrangers, les États-Unis ou vous-savez-qui (les «gens du samedi»), ses disciples le croient avant même qu'il ait ouvert la bouche. Ce qui s'applique aussi à ses accusations folles de terrorisme portées contre le prédicateurFethullah Gülen, son ennemi juré exilé aux États-Unis, jadis son fervent allié. Après avoir incriminé Gülen dans l'enquête avortée de corruption, qu'il avait qualifiée de «coup d’État judiciaire», Erdogan accuse désormais Gülen et ses partisans d'avoir fomenté le coup d’État militaire raté.

Ce qui pourrait être relativement vrai, mais les militaires turcs n'avaient vraiment pas besoin de Gülen pour se donner du cœur à l'ouvrage: ils reprochent à Erdogan et aux partisans de l'AKP d'avoir disloqué la république laïque d'Atatürk; d'avoir fait grossir les sanglants extrémistes sunnites de Syrie, qui débordent aujourd'hui en Turquie avec leurs attentats-suicide; et d'avoir délibérément relancé en 2015 la guerre contre les Kurdes nationaux pour de basses raisons politiciennes –une guerre qui, tous les jours, coûte la vie de soldats et menace la survie de la Turquie au sein de ses frontières actuelles. (Les Kurdes sont très nettement majoritaires dans les provinces orientales).

La construction d'un pouvoir autoritaire

Les organisateurs d'un coup d’État n'ont pas besoin d'enrôler beaucoup de soldats ou de pilotes pour l'emporter, tant que les chefs hostiles à la rébellion sont mis hors état de nuire. Ensuite, il leur faut connaître des premiers succès pour en persuader d'autres de rejoindre leurs rangs séditieux. Sauf que les généraux turcs n'ont pas planifié ce coup d’État, ni ne l'ont rejoint en cours de route et seuls quelques-uns (dont le Général suprême Hulusi Akar) allaient être détenus. De fait, les principaux commandants de l'armée turque n'ont pas participé au coup d’État et les conjurés (moins de 2000 hommes au total, semble-t-il), comptant quelques pilotes de chasse, ont été inéluctablement surpassés lorsque que des dizaines de milliers de partisans d'Erdogan sont descendus dans les rues d'Istanbul.

Les partis d'opposition ont tous, très loyalement, vilipendé le coup d’État, mais qu'ils ne comptent pas sur la gratitude d'Erdogan. Sa construction d'un pouvoir autoritaire va probablement se poursuivre, si ce n'est s'accélérer. Et comme dans tous les autres régimes islamiques, si les élections y sont parfaitement comprises et grandement valorisées, de la démocratie, on ne fait pas grand cas.

Cet article a d'abord été publié sur Foreign Policy

Source : slate.fr

 

 

Sultan va la cruche à l’eau…

 

… qu’à la fin elle ne se brise pas.

Le fidèle lecteur du blog ne sera pas surpris par la tentative de coup d’Etat en Turquie, nous en avions prévu l’éventualité fin mars, avant tout le monde. Ainsi, hier soir, une partie de l’armée s’est soulevée, mais une partie seulement. 265 morts plus tard, le putsch a fait pschitt et le pouvoir d’Erdogan en sort renforcé.

Le coup, teinté d’amateurisme, était désorganisé en diable, peu soutenu, à la fois par la population mais aussi par l’armée elle-même, patiemment noyautée par le sultan durant des années : seules la gendarmerie et une partie de la force aérienne ont pris part au soulèvement. La coordination des différents groupes putschistes laissait franchement à désirer – certains bataillons se rendaient déjà tandis que d’autres, au même moment, bombardaient le palais présidentiel.

C’était perdu d’avance… Ce qui explique peut-être la prise de distance assez rapide, à la fois des partis politiques turcs qui ont tous condamné la tentative (y compris le HDP kurde, némésis d’Erdogan) et des leaders des grandes puissances (même si Kerry a paru un instant hésiter). A ce propos, notons que tous, parfois avec réticence, parfois avec vigueur, ont blâmé le putsch – Israël comme Hamas, Russie comme USA, Arabie Saoudite comme Iran… C’est assez rare pour être souligné. Il n’y a guère qu’à Damas que des tirs de joie ont été entendus.

Des scènes assez insoutenables ont eu lieu par la suite : certains soldats ont été lynchés et, encore plus dérangeant, des partisans islamistes d’Erdogan ont décapité des prisonniers au cri d’Allahu Akbar, fait documenté par Les Crises. Ne vous attendez bien sûr pas à en lire un mot dans la presse grand public. Ah ce délicieux “retour aux institutions démocratiques” chanté à Bruxelles…

Et maintenant, qui est derrière ?

Il semble à peu près exclu que Washington ou Moscou aient quelque chose à voir là-dedans. Aux premières heures, quand on ne connaissait pas encore l’étendue de la conspiration, l’on pouvait peut-être se dire que l’un des deux grands pouvait être derrière – voire les deux ensemble ! (Kerry était à ce moment à Moscou avec Poutine et Lavrov) C’était quand même un peu tiré par les cheveux car le timing posait problème : il y a quelques mois, d’accord, mais maintenant… Après le Brexit, Washington n’a sans doute pas envie de voir une autre composante de l’empire, l’OTAN, battre de l’aile. Quant à Moscou, Erdogan venait de s’excuser platement et semblait même avoir diminué son soutien aux djihadistes “modérés”, ce que paraît confirmer l’actuelle offensive syrienne près de la frontière turque grâce aux intenses bombardements russes. L’amateurisme de la tentative de putsch finit par nous convaincre que ni Russes ni Américains n’y sont pour quelque chose.

La piste interne alors. Sans doute… Erdogan a mené son pays à l’abîme ces dernières années, l’isolant de presque tous ses voisins, important la guerre civile syrienne sur son propre territoire, fermant médias, emprisonnant pour crime de lèse-majesté. Que le coup ait échoué ne change rien : adulé par les uns, il est franchement détesté par l’autre moitié de la population parmi laquelle se trouve ce qui reste d’officiers kémalistes. L’armée, fidèle ou non, est excédée des divers retournements sultanesques, de son aventurisme djihado-syrien, de ses déroutes stratégiques. Quant à la fameuse piste Gulen, du nom de ce religieux soufi devenu la bête noire du sultan, elle reste à prouver.

Mais il y a encore une dernière possibilité : Erdogan lui-même. Car qui, au final, profite du chaos d’hier ? Lui ! La manip est un jeu d’enfants : un général fidèle au sultan assure les rebelles du soutien de l’armée, les laisse débuter l’opération puis retourne sa veste : les putschistes se retrouvent le bec dans l’eau, sans l’appui escompté. Il semble d’ailleurs que les simples soldats n’aient pas très bien compris dans quoi ils s’engageaient.

Rien de tel en tout cas pour isoler les derniers bastions de l’opposition et purger l’armée de ses poches kémalistes. D’ailleurs, Erdogollum ne l’a-t-il pas déclaré lui-même ? “Ce coup d’Etat est un cadeau de Dieu car il va nous permettre de nettoyer l’armée”, CQFD. La chasse aux sorcières a déjà commencé : 2 745 (!) juges ont été démis de leurs fonctions. Le rapport avec le putsch militaire ? Aucun. Pas grave, les Occidentaux resteront silencieux…

Le sultan surfe sur la vague afin de conforter son pouvoir autocratique et toutes les barrières s’abattent devant lui. Hier encore, il était dans une impasse, avait perdu la face vis-à-vis des Russes, ne savait plus quoi dire ni quoi faire en Syrie. Il est aujourd’hui plébiscité par la rue (la minorité agissante en tout cas) et conforté par les messages de soutien (nominal) de toutes les chancelleries. De quoi faire passer, auprès de l’opinion turque, la pilule amère de la réconciliation avec Israël et de l’abandon plus ou moins prévisible de la rébellion syrienne.

Oui, ce putsch était décidément un cadeau de Dieu…

Source : www.chroniquesdugrandjeu.com

 

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Erdogan : “Ce coup d’état est un cadeau que Dieu nous fait, car nous allons pouvoir purger l’armée”

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Les pro-Erdogan usent des techniques daeshiennes

 

 

 

Source : les-crises.fr/

 

L’ennemi juré d’Erdogan l’accuse d’avoir orchestré le putsch

Le prédicateur musulman Fethullah Gülen, accusé par Ankara d'avoir organisé le putsch avorté en Turquie, a nié toute implication. Il a en outre suggéré que le président turc Recep Tayyip Erdogan pourrait en être lui-même l'auteur.

Dans une interview donnée samedi à un groupe de journalistes, l'intellectuel exilé Fethullah Gülen a nié toute implication dans l'organisation du complot, qu'il a vivement condamné. "Cela pourrait avoir été organisé par l'opposition ou des nationalistes ", a-t-il indiqué. Il a en outre jugé possible que le coup d'Etat ait été orchestré par M. Erdogan en personne.

M. Gülen (75 ans), ennemi juré du président turc, vit en exil aux Etats-Unis depuis 1999. Il dirige un mouvement puissant en Turquie, Hizmet ("service" en turc) qui compte des écoles, des ONG et des entreprises.

Erdogan a demandé aux Etats-Unis de l'extrader, l'accusant d'avoir fomenté le coup d'Etat militaire avorté de vendredi soir, au cours duquel au moins 161 personnes sont mortes (sans compter les putschistes).

Les internautes doutent également de la version officielle concernant le putsch, postant des versions sous le mot-clé #TheaterNotCoup ("Du théâtre, pas un coup d'Etat").

 

En Turquie, les listes de suspects à arrêter étaient prêtes avant le putsch

 

La vague d’arrestation dans l’armée, la police et la magistrature était préméditée, selon le commissaire européen Johannes Hahn. La répression bat son plein en Turquie après la tentative ratée de coup d’État.

La vague de représailles qui a couvert l’armée, les forces de l’ordre et les administrations régionales en Turquie devient de plus en plus large. Huit mille policiers ont été mis à pied dans l’ensemble de la Turquie, dont Istanbul et la capitale Ankara, du fait de leurs liens présumés avec le putsch manqué de vendredi soir, a déclaré lundi à Reuters un haut responsable turc. 30 gouverneurs et 50 hauts fonctionnaires ont également été limogés. 

Près de 3.000 militaires et autant de juges et de procureurs ont d’ores et déjà été placés en détention provisoire dans la foulée du putsch avorté. De plus, 103 généraux et amiraux sont en garde à vue, selon les dernières informations de l’AFP, citant une agence progouvernementale. 

Près de 9.000 fonctionnaires du ministère de l'Intérieur turc ont été limogés après la tentative de coup d'Etat manquée, a rapporté lundi l'agence de presse progouvernementale Anadolu.

Pour la commission européenne, dans la conduite de ces représailles, les autorités turques violent les normes du droit international. Selon Johannes Hahn, commissaire de l’Union européenne pour la Politique régionale et de l’intégration européenne, ce point de vue est partagé par Federica Mogherini, qui dirige la diplomatie européenne. 

"On a au moins l’impression que quelque chose avait été préparé. Les listes sont disponibles, ce qui laisse penser que cela était préparé pour servir à un moment ou un autre", a déclaré Johannes Hahn.

En réponse à la déclaration de M. Erdogan, qui a indiqué dimanche entendre rétablir au plus vite la peine de mort en Turquie pour punir les participants au coup d’État avorté du 15 juillet dernier, le parti pro-kurde HDP (Parti démocratique des peuples) a fait savoir qu’il ne soutiendra pas un éventuel projet de loi à ce sujet. 

"Non, nous ne le soutiendrons pas", a déclaré lundi à Reuters un porte-parole de cette formation, Ayhan Bilgen.

Recep Tayyip Erdogan avait indiqué dimanche qu’il n’allait pas négliger la demande de certains de ses partisans, qui ont réclamé l’exécution des auteurs de la tentative de putsch. Selon M. Erdogan, il en discuterait avec les partis de l’opposition.

Selon Ankara, la rébellion avortée a fait 290 morts, dont 190 civils et 100 putschistes, ainsi qu’au moins 1.400 blessés. Les autorités soupçonnent Fethullah Gülen, prêcheur islamique et opposant résidant à Saylorsburg (Pennsylvanie, États-Unis), d’avoir organisé la tentative de coup d’État, mais ce dernier dément son implication. À l’heure actuelle, dans l’ensemble, les forces de l’ordre ont réussi à maîtriser la rébellion, même si la tension persiste dans certains secteurs d’Istanbul et d’Ankara. 

 

 

Commentaire :

Renaud 2

Le 18 juillet 2016 à 00h25

Pour n’importe quel crime, toujours se demander à qui il profite. Quel est le mobile ? Étant donnée la rapidité de réaction d’Erdogan (purge de l’armée, mandats d’arrêt pour 2700 juges – qu’ont-ils à voir avec le coup ?), difficile de ne pas le mettre en numéro un de la liste des suspects…

Le coup d'Etat en Turquie a bien réussi mais pour qui ? Et quelles en seraient les conséquences ?
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