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Trump : Une menace existentielle pour le Canada

Publié par medisma sur 30 Janvier 2017, 13:01pm

 

Trump : Une menace existentielle pour le Canada

Le clivage souverainisme/mondialisme s’impose au fur et à mesure que le clivage droite/gauche perd de son sens et de sa pertinence

Les forces économiques, sociales, culturelles, et politiques à l’œuvre dans le monde depuis le début des années 1970 ont atteint leur paroxysme avec la crise financière de 2008.

Depuis lors, nous avons vécu en état d’équilibre précaire jusqu’à ce qu’il soit d’abord rompu en juin 2016 par le Brexit, un événement politique de première importance non pas seulement pour le Royaume-Uni, mais également pour toute la planète. Dans le cadre d’un référendum, la population britannique demandait à reprendre ses droits et exigeait de ses dirigeants qu’ils gouvernent dans son intérêt et non celui de l’establishment mondialiste.

Quelques mois plus tard, en novembre, l’outsider Donald Trump, parvenu à s’imposer comme candidat du Parti républicain contre l’establishment de celui-ci, causait surprise et consternation générales en remportant l’élection présidentielle aux États-Unis.

Quelques semaines plus tard, un autre référendum, en Italie cette-fois-ci, forçait la démission du premier ministre Renzi, proche de l’establishment mondialiste.

L’année qui s’ouvre verra la tenue de quatre scrutins importants aux Pays-Bas en mars (élections législatives), en France en mai (élection présidentielle), en Allemagne en septembre (élections législatives), et à une date encore indéterminée en Italie (élections législatives). Dans ces quatre cas, les indications disponibles pointent toutes vers une progression importante, sinon la victoire, des courants anti-establishment populistes.

Ces développements qui semblent surprendre tant de gens étaient pourtant prévisibles depuis déjà quelques années. En 1995, il y a maintenant plus de 20 ans, dans un ouvrage brillant par sa puissance d’anticipation, The Collapse of Globalism and the Reinvention of the World (L’effondrement du globalisme et la réinvention du monde, paru en français sous le titre très mal traduit La mort du globalisme) le canadien John Ralston Saul, un intellectuel de haut vol, époux de l’ancienne gouverneure-générale Adrienne Clarkson, annonçait ce que nous sommes en train de vivre en ce moment.

Voici une citation de l’auteur tirée de son texte de présentation :

« Il y a trente ans, la globalisation surgissait, balayant tout sur son passage. Ses apôtres, les néolibéraux, proclamaient que ce mouvement était inéluctable et que, pour leur plus grand bonheur, toutes les sociétés seraient désormais organisées autour d’un seul élément : l’économie. Ils nous demandaient de les croire ; nous les avons crus.

En vérité, la globalisation n’était pas une fatalité, mais une idéologie, une théorie expérimentale visant à remodeler simultanément les paysages économique, politique et social. Or, tout montre aujourd’hui que cette idéologie-là est en train de mourir. »

Le mot-clé est évidemment « idéologie ». Et comme toutes les idéologies, le mondialisme est un poison de l’esprit qui en vient à priver ses adeptes de tout sens critique et leur faire commettre les pires insanités en toute bonne conscience. Les nazis se sont illustrés par leur théorie de l’eugénisme et leur antisémitisme, les globalistes cherchent à nous imposer le multiculturalisme, le métissage des peuples, la théorie du genre, et la réingénierie sociale.

Entre la mort du globalisme annoncée par Saul et aujourd’hui, il s’est écoulé un peu plus de vingt ans. Il faut comprendre qu’un tel événement ne peut survenir qu’au terme d’une longue confrontation entre des forces puissantes dotées chacune de son inertie et de sa dynamique propre dans un environnement très complexe où le temps n’est qu’un facteur parmi d’autres.

Au cours des dernières années, certains événements ont pu nous laisser croire que l’heure était venue. Ainsi, la crise financière de 2008 semblait présenter au départ tous les attributs propres à déclencher la grande remise en question qui s’amorce aujourd’hui. Mais les forces du grand capital international parvinrent à reporter cette échéance de toute façon inéluctable à terme en mobilisant à leur service les grandes banques centrales qui, à coup d’injections massives de liquidités dans le système pudiquement qualifiées de mesures d’assouplissement quantitatif, ont réussi à maintenir le mort en vie quelques années.

Alors que de nombreux observateurs estimaient que le grand déclencheur serait économique, la dernière année nous a clairement fait comprendre que la pire menace au système mis en place par les globalistes est politique, à leur plus grand dam. Prenons-en pour preuve la stupéfaction et l’incrédulité des élites globalistes devant le Brexit et l’élection du Trump alors qu’elles étaient ferment convaincues d’être parvenues à neutraliser et soumettre les peuples par leur contrôle sur les institutions politiques, la narration privilégiée et les médias.

Le nouveau clivage souverainiste/globaliste

Ces élites n’étaient-elles pas parvenues à maintenir en vie bien après sa perte de toute pertinence la fiction de l’existence du clivage gauche/droite bien ancrée dans les esprits et les comportements depuis Karl Marx alors que la réalité nous démontrait qu’il s’était produit une inversion des polarités dans ce clivage ? En effet, lorsque les socialistes endossent la doxa néo-libérale, sont-ils encore de gauche, et lorsque les conservateurs prônent l’interventionnisme, sont-ils encore de droite ? Existe-t-il encore une gauche et une droite répondant aux critères des années 1960, les années de gloire du capitalisme, ou même 1990 qui a marqué l’effondrement du communisme ? Bien sûr que non. La gauche et la droite ne sont-elles pas capables d’évolution ? Certainement pas au point d’en perdre leur sens original.

D’où la confusion dans laquelle se trouve la classe politique française à la veille d’une élection présidentielle qui pourrait elle aussi se révéler pleine de surprises. Tant le Brexit que l’élection de Trump nous confirment le remplacement du clivage gauche/droite par un nouveau clivage souverainisme/globalisme comme clé d’analyse des situations politiques.

Si vous avez le moindre doute à ce sujet je vous suggère de prendre connaissance d’un projet de loi déposé au début du mois au Congrès américain intitulé H.R.193 – American Sovereignty Restoration Act of 2017 par le congressman républicain Mike D. Powers à l’instigation de la nouvelle administration. Ce projet de loi ne vise rien de moins, tenez-vous bien, qu’à permettre le retrait des États-Unis de l’ONU, et, à toutes fins pratiques, compte tenu de l’importance de la part américaine dans le financement de l’ONU et de la présence du siège de cette institution en sol américain, la disparition de l’ONU !. C’est Bernard Landry qui va être déçu, lui qui rêvait de voir un jour le drapeau québécois flotter fièrement au vent devant le siège de l’ONU à New York !

Par ailleurs, en annonçant hier le retrait des États-Unis du Partenariat transpacifique et du traité qu’il soutient, Trump a clairement signifié le préjugé favorable de son administration pour les identités nationales sur le globalisme.

Trump va très loin. Il remet en question toute la structure de gouvernance mondiale et toutes les ententes multilatérales auxquelles les États-Unis sont partie. Il souhaite réduire de 40 % les contributions des États-Unis au financement des organismes internationaux.

Certains, et non des moindres, tiennent Trump responsable de la remise en question du globalisme. Ils se trompent. Trump n’a pu émerger qu’à cause de la faillite du système. Trump est la résultante de cet échec, et si ce n’était lui, il y aurait quelqu’un d’autre qui ferait exactement la même chose à la place, comme l’explique en des termes très simples cette jeune française qui vient de faire irruption sur la toile.

Pour en revenir aux présidentielles françaises, Marine Le Pen a parfaitement compris la nouvelle donne. Dans une entrevue récente sur les ondes de Radio classique, elle a déclaré « Il n’y a plus de droite et de gauche, cette fracture est artificielle. Le vrai clivage aujourd’hui, il est entre les patriotes et les mondialistes. »

Reste maintenant à voir si les Français la suivront dans cette analyse, mais l’ensemble des sondages indiquent que le Front National qu’elle dirige n’est plus le repoussoir qu’il était du temps où son père, à la tête du même parti, était parvenu à se qualifier pour le second tour de la présidentielle en 2002, et les Français n’envisagent plus sa victoire comme une éventuelle fin du monde.

Le Canada et le Québec

Au cours des dernières années j’ai commenté à plusieurs reprises l’effondrement imminent du globalisme dans des textes comme La solidarité nationale, seul rempart contre l’effondrement du système en avril 2011, Démondialiser, et vite ! Ça urge ! en janvier 2013, Le retour en force du nationalisme économique en mars 2014 qui a servi de base à une conférence prononcée à Gatineau à l’invitation d’un organisme local, et quelques autres. Je me permets de tirer de ces textes certains passages qui résument exactement la situation dans laquelle nous nous trouvons et les défis auxquels nous sommes confrontés.

Il faut lire l’excellent essai de John Ralston Saul paru en 2005 sous le titre The Collapse of Globalism and the Reinvention of the World pour comprendre que la fin du dix-neuvième siècle et les tout débuts du vingtième avaient déjà été les témoins d’une importante vague de mondialisation qui avait fini par se briser sur les récifs acérés de la Première Guerre mondiale .

L’entre-deux guerres n’allait pas se révéler très propice à la reprise du courant de mondialisation, et il faudra attendre les années qui suivront la Deuxième Guerre mondiale pour que les efforts de reconstruction nécessaires en Europe et le leadership américain remettent cette idée à l’ordre du jour.

Le mouvement s’accélèrera dans les années 1960 et connaîtra une importante progression dans les années 1980 avec la réalisation par les pays développés que leur appareil industriel était de plus en plus empêtré dans un carcan législatif et réglementaire qui alourdissait leurs coûts et les exposait à la concurrence croissante de pays en voie de développement ou du tiers monde non assujettis à ces mêmes contraintes.

Celles-ci étaient principalement de deux ordres, environnemental et social.

Sur le plan environnemental, les entreprises étaient de plus en plus nombreuses à se retrouver en fin de cycle d’investissement et à devoir moderniser leurs équipements et installations au moment même où elles se trouvaient confrontées à la nécessité de nettoyer leurs sites – dont certains étaient en opération depuis des décennies – avec tout ce que cela suggère comme pollution accumulée à des époques où les préoccupations environnementales n’existaient tout simplement pas ou étaient beaucoup moins intenses.

Simultanément, elles devaient investir dans de nouvelles technologies beaucoup plus coûteuses pour répondre à des normes beaucoup plus rigoureuses et, chacune pour des raisons différentes, n’avaient tout simplement pas la capacité financière de poursuivre leurs activités. La tentation d’y mettre fin ou de les délocaliser vers des cieux plus cléments devenait très forte.

Sur le plan social, les entreprises devaient répondre à des demandes de plus en plus exigeantes sur le plan salarial tout en étant confrontées à une avalanche de nouvelles normes en matière de santé et sécurité au travail qui gonflaient leurs coûts. Encore là, la pression à la cessation des activités ou à la délocalisation devenait irrésistible.

Les entreprises qui choisissaient de délocaliser devaient d’abord s’assurer qu’elles ne perdraient pas l’accès aux marchés dans lesquels elles cessaient de produire. Elles déployaient donc une intense activité de lobbying auprès des États et des instances internationales chargées d’encadrer le commerce international pour que soient abaissées toutes les barrières tarifaires et non tarifaires qui pouvaient encore exister pour limiter leur accès aux marchés ou alourdir leur structure de coûts.

Les pays les plus touchés par ce phénomène d’exode s’étaient laissés convaincre par leurs élites économiques que leur dynamisme allait favoriser l’apparition de nouvelles activités qui remplaceraient éventuellement celles qu’ils perdaient, et le fait est que, pendant quelques années, surtout à partir du milieu des années 1980, l’essor fulgurant de l’industrie des services financiers allait faire illusion, au point que l’on constaterait au début des années 2000 un renversement presque symétrique de la proportion respective de la contribution des services financiers et du secteur manufacturier au PIB de ces pays.

Parallèlement à ce processus de financiarisation des économies, les effets de leur désindustrialisation commençaient à se manifester assez durement, notamment dans l’effondrement des classes moyennes qui avaient pu prendre leur envol à la faveur de l’industrialisation, et qui se retrouvaient maintenant victimes de la désindustrialisation.

Commençaient également à apparaître de plus en plus souvent des bulles spéculatives qui, en éclatant, provoquaient d’importants effets déstructurants. Ce fut tout d’abord le cas de la bulle des titres technologiques au début des années 2000, puis celle, beaucoup plus grave encore, de l’immobilier résidentiel aux États-Unis, exacerbée aussitôt par la crise de la titrisation des crédits hypothécaires à risque (subprimes), qui allait à son tour agir comme déclencheur de la crise financière de 2008.

Six ans plus tard, cette crise n’est toujours pas jugulée. La solution retenue pour en venir à bout, l’assouplissement monétaire quantitatif, un euphémisme qui décrit tout simplement le recours débridé à la planche à billets, ne fonctionne pas. L’injection massive de liquidités dans l’économie mondiale par les banques centrales ne parvient tout simplement pas à repartir le moteur de la croissance, et les États s’endettent de plus en plus.

Intimidées par le monstre qu’elles ont créé, les banques centrales tentent de se sortir sur la pointe des pieds du pétrin dans lequel elles se sont fourrées, jusqu’ici sans succès, pendant qu’apparaissent, à tous les niveaux et dans tous les domaines, des signes graves de dysfonctionnement que la peau de chagrin qui fait office de croissance ne parvient plus à masquer.

Le monde est entré dans une phase de désordres (politiques, économiques, sociaux et culturels) particulièrement aiguë qui constitue généralement le prélude à de grands bouleversements. Et comme si cela ne suffisait pas, pour la première fois de l’histoire de l’humanité, se pose aussi la question du sort de la planète.

Les années qui viennent s’annoncent les plus turbulentes depuis plusieurs générations.

Une chose est cependant certaine, le projet de gouvernance mondiale élaboré par des élites non élues en différents endroits du monde n’y survivra pas car sa mise en place, à ce jour inachevée, est à l’origine de plusieurs des désordres auxquels la terre toute entière est désormais confrontée.

Et la précipitation qu’elles mettent actuellement, à coup d’ententes de libre-échange toujours plus ambitieuses et réductrices des pouvoirs nationaux, pour tenter de fixer leurs acquis pour le monde d’après, a quelque chose de franchement pathétique devant la puissance des forces qui s’apprêtent à se déchaîner.

Lorsque la poussière sera retombée, il faudra reconstruire, et les États Nations seront la seule base sur laquelle il sera possible de le faire, comme l’ont démontré les expériences précédentes évoquées dans l’ouvrage de John Ralston Saul cité au début de cet article.

Au fond, il s’agira pour ceux-ci de se réapproprier leur présent dans l’état qu’ils le retrouveront, et, sur des bases nécessairement démocratiques parce que ce seront les seules capables de favoriser la mobilisation de leurs populations et le développement des solidarités essentielles à la relance de leurs économies, de définir leur avenir à partir d’une vision largement partagée.

Et de mon texte sur la solidarité nationale, je tire ce court extrait :

Cela dit, l’instinct de survie nous dicte que dans une situation de l’ampleur de celle que nous allons vivre, le chacun pour soi n’est pas la solution à privilégier, et qu’au contraire, nous ne parviendrons à nous en sortir que par la solidarité. Or cette solidarité n’est pas mondiale. Les intérêts sont trop divergents. Elle n’est pas non plus continentale pour les mêmes raisons.

En fait, cette solidarité n’est possible qu’en se repliant sur la plus petite entité collective suffisamment homogène et disposant d’un territoire, de ressources et d’une identité commune par la langue et la culture, qui soit capable de rendre des arbitrages susceptibles d’avoir une certaine chance d’être acceptés. En effet, en temps de crise, on n’est pas solidaire avec n’importe qui. Les événements présentement en cours dans le monde en sont la meilleure illustration. Et plus les exigences de solidarité seront grandes, plus la cohésion devra être grande.

Cette solidarité ne peut donc être que nationale, n’en déplaise aux thuriféraires du fédéralisme, du multiculturalisme, du nouvel ordre mondial, de la « nouvelle » droite « lucide », ou de toute autre fadaise destinée à mystifier les honnêtes gens pour mieux les exploiter.

Le Canada

Dans un tel contexte, le Canada, ce pays qui a beaucoup trop de géographie et de gouvernements pour ce qu’il a de population, est également tiraillé entre un nombre relativement petit de très gros intérêts privés qui cherchent à exploiter ses ressources à leur profit, et l’obligation d’assurer des services à une population disparate que la diversité des besoins, les différences d’origine et de culture, les rancunes historiques, les méfiances réciproques, et l’éparpillement sur son vaste territoire rendent particulièrement difficile à identifier de manière consensuelle, et à satisfaire autrement qu’en en reportant le coût sur les générations futures.

Dans une conjoncture économique mondiale favorable, le Canada « pète le feu ». Lorsque ce n’est pas le cas, le Canada traîne la patte comme un canard blessé. Depuis quelques années, la croissance économique stagne, non seulement parce que le Canada a fait des mauvais choix, notamment en délaissant le secteur manufacturier pour miser plutôt sur l’exploitation pétrolière et le développement de son secteur financier.

Non seulement le coût du pétrole canadien est-il l’un des plus élevés de l’industrie, mais ce pétrole est-il en plus enclavé en Alberta et en Saskatchewan, et l’infrastructure de transport existante est incapable d’acheminer aux marchés toute sa production. D’où les projets de pipelines vers la côte ouest, le golfe du Mexique, et la côte atlantique à travers le Manitoba, l’Ontario et les Maritimes.

Face aux énormes dégâts environnementaux causés par son exploitation et aux risques environnementaux associés à son transport, l’industrie éprouve énormément de difficultés à obtenir l’acceptation sociale nécessaire à la réalisation de ses projets.

Si la décision de l’administration Trump de lever les objections du gouvernement des États-Unis à la construction du pipeline Keystone XL depuis l’Alberta jusqu’au Golfe du Mexique peut à priori sembler une bonne nouvelle, le Canada doit se garder de se réjouir trop tôt car il pourrait y avoir très loin de la coupe aux lèvres.

En effet l’annonce de cette décision a immédiatement déclenché un tollé de protestations aux États-Unis de la part des agriculteurs riverains susceptibles d’être affectés par cette construction, des peuples autochtones dont les territoires seront traversés, et des milieux environnementaux. Par ailleurs, on s’interrogera sûrement sur la pertinence et la rentabilité du projet Énergie-Est advenant la construction du pipeline Keystone XL.

Au cours des deux dernières années, l’industrie pétrolière a également été frappée par une très forte baisse des prix (près des deux tiers). Si la situation s’est légèrement améliorée ces derniers mois, nous sommes encore très loin des prix nécessaires à assurer la rentabilité de l’exploitation du pétrole bitumineux de l’Alberta ou du pétrole lourd de la Saskatchewan.

L’industrie pétrolière étant très gourmande en capitaux, ses problèmes se sont rapidement répercutés sur le sectaire bancaire canadien aux prises avec des prêts non performants. Les banques sont donc en train d’alléger leur structure de coûts pour leur permettre d’absorber leurs pertes en les étalant le plus possible dans le temps pour que leurs résultats trimestriels et leur cours boursier s’en ressentent le moins possible.

 

Le Canada est également dépendant des États-Unis pour son commerce extérieur. La décision de Trump de remettre en question l’ALENA aura des conséquences dont on peut déjà être certain qu’elles écorcheront le Canada dans une mesure plus ou moins grande. Les positions de Trump sur le rapatriement aux États-Unis des activités manufacturières liées au secteur de l’automobile ne sont pas une bonne nouvelle.

 

Il faut aussi se demander si, dans le nouveau contexte international et les difficultés politiques actuelles de l’Union Européenne, l’Accord économique global Canada/Europe pourra obtenir les ratifications requises pour survivre à sa mise en oeuvre partielle et provisoire prochaine.

À ces problèmes de conjoncture s’en rajoute un autre, structurel celui-là, le vieillissement de la population, qui se traduit dans l’économie par un fort accroissement du coût des services qui leur sont offerts, essentiellement la sécurité du revenu et les soins de santé. Le souque à la corde qui en résulte entre le gouvernement fédéral et les provinces risque d’autant plus de déboucher sur un affrontement majeur, et même une crise constitutionnelle, si la croissance demeure anémique alors que les coûts grimpent à une vitesse accélérée.

Enfin, sur le plan politique, il ne peut y avoir pour le Canada de plus grande menace qu’un président des États-Unis qui se déclare ouvertement souverainiste. Jamais la classe politique canadienne n’a pensé un seul instant qu’une telle situation puisse se présenter et il sera très intéressant de voir comment elle se positionnera, coincée qu’elle se retrouve entre le souci de ne pas s’aliéner son principal partenaire commercial et le besoin de justifier et réaffirmer sa vision politique pour le pays. Comme cadeau du 150e de la part de son seul voisin et plus grand partenaire d’affaires, c’est réussi !

La situation du Canada n’est donc pas bonne, et, en cette année où ce pays fête le 150e anniversaire de son régime fédéral, il est ironique de voir à quel point il repose sur des bases fragiles.

 

Le Québec

Reste le cas du Québec. Je reviens d’abord avec un extrait d’un texte cité plus haut qui date de 2014 :

 

Un simple survol de sa situation nous permet déjà de voir à quel point [le Québec] est avantagé en partant.

En effet, il s’agit d’un pays à l’histoire encore relativement récente et à la population assez homogène malgré les efforts de certains pour la métisser, qui possède un territoire immense encore largement sous-développé. Traversé d’ouest en est par le Saint-Laurent qui constitue le déversoir des Grands Lacs du Midwest états-unien, il occupe de ce fait une position stratégique de première importance sur le continent nord-américain.

Il est particulièrement avantagé sur le plan des ressources, à commencer par la plus essentielle, l’eau. L’eau, l’or bleu, fait tellement partie du quotidien des Québécois qu’ils ont tendance à oublier que le Québec renferme à lui seul plus de 3 % des réserves mondiales d’eau douce alors que sa population ne représente qu’environ 0,15 % de la population du globe. C’est sa plus grande richesse, et celle-ci va exciter des convoitises de plus en plus grandes au fur et à mesure que ses voisins vont épuiser leurs propres réserves, un processus déjà largement amorcé.

L’eau, c’est évidemment l’hydro-électricité dans la production de laquelle le Québec est un leader mondial, mais c’est aussi la source la plus commune d’hydrogène, utilisé à l’heure actuelle comme carburant pour propulser les fusées, et appelé à remplacer dans l’avenir les carburants de source fossile, avec l’électricité.

De plus, la liste des ressources du sol et du sous-sol québécois est l’une des plus impressionnantes qui soit sous nos latitudes, et le fait qu’elles soient renouvelables ou encore largement inexploitées confère au Québec d’importants avantages stratégiques dans l’orchestration de son développement, pour peu qu’il en soit le maître.

Alors que bien des pays sont confrontés à des défis qui mettent en cause leur capacité de survivre sur le plan économique, celui du Québec est de se développer. Il n’est donc guère surprenant que ses ressources excitent tant de convoitises et que de gros intérêts cherchent par tous les moyens, et notamment des moyens occultes, à l’en déposséder, comme je l’ai démontré dans mes trois derniers ouvrages.

Dans le contexte mondial actuel, le Québec est également favorisé par certaines de ses expériences encore récentes en termes historiques. En effet, peu de pays ont eu la chance de se développer comme le Québec l’a fait en utilisant au maximum le potentiel d’instruments collectifs comme le coopératisme à travers le Mouvement Desjardins pour s’en tenir au plus important.

Il faut aussi regarder comment le Québec, en nationalisant l’hydro-électricité à la faveur de la Révolution tranquille et en en confiant la gestion à Hydro-Québec, est parvenu à se doter d’un instrument puissant de développement que l’ancien premier ministre René Lévesque, l’un des principaux artisans de cette révolution, n’hésitait pas à qualifier de navire amiral de l’économie québécoise.

En créant un géant financier entièrement sous contrôle québécois, la collectivisation, à la même époque, de la gestion des fonds de retraite du secteur public sous le parapluie de la Caisse de dépôt et de placement a également permis de canaliser une partie de cette épargne dans le développement et le rayonnement de l’économie québécoise.

Si certaines des initiatives lancées dans la foulée de la Révolution tranquille n’ont pas toutes connues le même succès ou ont même connu certains déboires comme SIDBEC, ou carrément l’échec comme la Société nationale de l’amiante, d’autres comme la SGF, SOQUEM, SOQUIA, SOQUIP, la SAQ, REXFOR ou la SAAQ, sont associées à nos plus belles réussites sur le plan économique, et à l’émergence d’une classe d’entrepreneurs et de gestionnaires authentiquement québécois et francophones de calibre mondial.

Il y a donc eu quelque chose de consternant et d’incompréhensible dans l’acharnement du gouvernement Charest au cours de son mandat à démanteler ou affaiblir un appareil qui a si bien servi les intérêts du Québec et des Québécois au fil des cinquante dernières années, à moins de conclure qu’il agissait au bénéfice d’intérêts autres que ceux qu’il avait mandat de servir.

Quoi qu’il en soit, les défis qui confrontent aujourd’hui le Québec dans le contexte de la crise financière mondiale – qui perdure et qui menace de prendre de l’ampleur – vont l’obliger à se doter d’un nouveau coffre à outils comme celui de la Révolution tranquille, dans le même esprit.

À cet égard, il était intéressant d’entendre, au moment de la publication des résultats de la Caisse de dépôt pour l’exercice 2013, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain suggérer que la Caisse revienne à un mode un peu plus interventionniste. Les gens d’affaires – les bâtisseurs, pas les prédateurs – ont senti le vent tourner et ils savent bien qu’ils ne parviendront pas à survivre sans l’appui de l’État québécois. Et quand on a besoin de l’aide de l’État, il faut qu’il soit en mesure d’agir avec toute l’envergure dont il est capable.

Pour sa part, sans avoir pleinement intégré la nouvelle réalité politico-économique, la population québécoise sent bien que les choses ne sont plus tout à fait les mêmes et que les prétendues « solutions » des dernières années ont fait long feu.

Mais depuis l’avènement du gouvernement Couillard, le Québec vit à l’heure du néolibéralisme, le pilier économique sur lequel repose l’idéologie globaliste. La déconstruction qui en résulte dans tous les secteurs est affligeante. Mais la pire sans doute est celle de la conscience nationale qui seule est capable de garantir notre survie comme peuple francophone d’Amérique maître de son destin et dynamique.

Philippe Couillard n’est pas un Québécois, c’est un Canadien-français. Il ne se voit pas en chef d’État, il est très heureux de son statut de premier ministre provincial. Pour lui, le Québec est une province comme les autres, et s’il n’en tenait qu’à lui, il signerait la Constitution de 1982 demain matin.

Son réveil va être brutal car tous les principes auxquels il croit vont être remis en question dans les années qui viennent. Le premier à l’interpeller durement est le nouveau président des États-Unis, Donald Trump. Personne ne peut être plus aux antipodes de Philippe Couillard que Donald Trump. Couillard est un homme de réseau, Trump est un loup solitaire. Couillard est globaliste à l’extrême, Trump est nationaliste avec la même intensité. Couillard croit aux vertus du laissez-faire, Trump est farouchement et même férocement interventionniste, et ainsi de suite.

L’irruption de Trump sur la scène politique mondiale à la tête d’un pays aussi important pour le Canada que les États-Unis avec son agenda et ses positions nationalistes brouille complètement le jeu de Couillard comme de tous les larbins du globalisme à la remorque des États-Unis. Le roc sur lequel ils croyaient reposer vient de s’évanouir sous leurs pieds. La légitimité qu’ils en tiraient aussi.

Psycho-rigide, Couillard va avoir énormément de difficulté à retrouver ses marques et va tout miser sur un départ rapide de Trump, ce qui lui évitera de remettre en question ses propres positions. Déjà sur la défensive pour sa gestion, il va maintenant se retrouver sur la défensive pour ses principes, à condition bien sûr qu’on lui en souligne les failles, ce qui n’est pas assuré compte tenu des positions exprimées par Jean-François Lisée, le nouveau chef du Parti Québécois, sur les bienfaits de la mondialisation et les mérites d’Hillary Clinton dans la course présidentielle que Trump a remportée.

Il ne reste plus qu’à attendre le résultat des présidentielles en France pour découvrir comment la classe politique québécoise s’orientera. Il est cependant très clair qu’une victoire de Marine Le Pen, désormais possible, la forcerait à de profonds ajustements, et que le discours souverainiste retrouverait une actualité et une résonance qu’il a perdu au cours des vingt dernières années.

J’ai déjà écrit que le Québec ne pourrait devenir indépendant que si la conjoncture était favorable, interne comme externe. La conjoncture externe est désormais favorable, ce qui n’était le cas ni en 1980, ni en 1995, alors que la conjoncture interne était seule à être favorable. Aujourd’hui, c’est sur la conjoncture interne qu’il faut s’interroger.

 

Richard Le Hir

source: http://vigile.quebec/Trump-Une-menace-existentielle

Trump : Une menace existentielle pour le Canada

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