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le blog lintegral

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Avec ‘Mourad & Macron’, pas de mouron

Publié par medisma sur 24 Février 2017, 22:58pm

 

Avec ‘Mourad & Macron’, pas de mouron

Bernard Mourad

 

 

L'armée de clones d'Emmanuel Macron : Il s'entoure de profils très très proches du sien.  

 - SIPA/montage Marianne

 

Le 6 octobre 2016, Bernard Mourad annonçait à ses amis Facebook qu’il « démissionnait de toutes ses fonctions au sein du groupe Altice pour se consacrer pleinement à un engagement citoyen en tant que conseiller spécial auprès d’Emmanuel Macron » (source Libération).

Diplômé d’HEC, ami de longue date d’Emmanuel Macron, Bernard Mourad est passé par la banque Morgan Stanley où il a été en charge de l’opération d’acquisition de SFR par le milliardaire Patrick Drahi. Il a ensuite été embauché par le groupe Altice Media Group du même Patrick Drahi avant de le quitter « pour des raisons d’éthique personnelle ». Comme il l’a écrit sur sa page Facebook :

J’ai eu l’honneur, comme Président d’Altice Media Group, puis Vice-Président de SFR Presse, Directeur Général Adjoint de SFR Media et responsable du développement d’Altice Media International, de travailler avec des équipes de très grande qualité et de participer à la construction d’un groupe de médias et télécoms de premier plan. À ce titre, je tiens à remercier chaleureusement Patrick Drahi pour sa confiance et son amitié depuis plus de 10 ans. (source Libération)

Participer à la construction d’un groupe de médias et télécoms de premier plan, quelle aventure en effet !

Une aventure qui passe par une opération de LBO (Leverage Buy Out) que le public commence à connaître et qui consiste à s’endetter pour acheter une entreprise et s’arranger pour que l’entreprise rembourse elle-même les échéances des prêts consentis. Par exemple, « pour s’offrir 70% de la société Suddenlink, valorisée au total à 9,1 milliards de dollars, Altice, la holding de Patrick Drahi, [n’a déboursé] qu’1,2 milliard de dollars en cash. Le reste, près de 6 milliards, [a été] financé par de la dette», nous rapporte l’Expansion. Un remboursement qui plombe l’excédent brut d’exploitation de la société et exige la mise en place d’un plan de réduction des coûts, entre autres salariaux. Voilà pourquoi Patrick Drahi a annoncé il y a quelques mois que sa société SFR allait se défaire de 5000 de ses 15000 employés. Etre entrepreneur aujourd’hui, ce n’est pas investir son argent et tenir 40 ans à la tête d’une entreprise pour la faire évoluer, c’est juste faire de l’argent, au plus vite, sur le dos des autres, des « équipes de très grande qualité » dont font partie tous les opérateurs, y compris les moins rémunérés. Sur le dos du client aussi puisque la qualité des services risque de baisser. Comme on le voit, le LBO ne vise que l’appropriation et l’enrichissement à court terme et les entrepreneurs aux dents longues du type Drahi sont des joueurs attirés par l’argent. Faire société, construire un tissu économique et social ne fait pas partie de leurs objectifs. Chez eux, c’est l’individualisme qui a le dernier mot.

Bernard Mourad poursuit :

Au-delà de l’amitié qui nous lie depuis plus de 10 ans, j’ai décidé de m’engager pleinement auprès d’Emmanuel Macron car la situation du pays exige, à mes yeux, une mobilisation de toutes les forces vives de la société civile, trop longtemps éloignées de la vie publique par un système partisan archaïque, enfermé dans des clivages désormais dépassés, des postures tacticiennes et artificielles qui ne visent le plus souvent qu’à l’auto-préservation de positions statutaires plutôt qu’à la construction d’un projet politique ambitieux pour les générations futures. […] D’où une profonde défiance de nos concitoyens vis-à-vis d’une classe politique enfermée dans l’entre-soi, incapable d’auto-critique et de renouvellement. (source Libération)

Pour justifier son engagement auprès d’Emmanuel Macron, Bernard Mourad souligne l’urgence de renverser « un système partisan archaïque », un système politique uniquement préoccupé de tactiques, de maintien des élus dans des positions de privilèges et ce « au nom des générations futures ». Il comprend « la défiance des citoyens » devant cette classe politique « enfermée dans l’entre-soi, incapable d’auto-critique et de renouvellement. » Il se met à la place de tout un chacun.

Si on n’y prêtait pas plus attention, on croirait lire une dénonciation signée Monique et Michel Pinçon-Charlot, mais nous en sommes encore loin, même s’il leur a emprunté (il a dû les lire) l’expression entre-soimise en vogue dans les médias depuis la diffusion des travaux de ces deux sociologues spécialistes des classes dominantes. En effet, lorsque Monique et Michel Pinçon-Charlot évoquent l’entre-soi, ils ne visent pas seulement la classe politique mais surtout les riches, les patrons du CAC40, les héritiers, les profiteurs, les accapareurs, les tripatouilleurs qui trouvent toujours des accommodements avec la légalité pour faire gonfler les profits. Si Bernard Mourad avait bien lu Le président des riches, il aurait écrit (nous modifions quelque peu, en gras, sa prose facebookée afin de la rendre plus conforme aux réalités) :

Au-delà de l’amitié qui nous lie depuis plus de 10 ans, j’ai décidé de m’engager pleinement auprès d’Emmanuel Macron car la situation du pays exige, à mes yeux, une mobilisation de toutes les forces vives de la société civile, trop longtemps éloignées de la vie publique par un système socialarchaïque, enfermé dans des clivages désormais dépassés, des postures tacticiennes et artificielles qui ne visent le plus souvent qu’à l’auto-préservation de positions de maintien ou d’accroissement des profitsplutôt qu’à la construction d’un projet politique ambitieux pour les générations futures. […] D’où une profonde défiance de nos concitoyens vis-à-vis d’une classe politique enfermée dans l’entre-soi et dominée par l’Argent, incapable d’auto-critique et de renouvellement car au service d’une grande bourgeoisie affairiste elle aussi incapable d’auto-critique et de renouvellement.

Cette vérité tronquée, ce demi-mensonge est l’argument qui justifie l’engagement du banquier winner Bernard Mourad auprès de son ami novice en politique Emmanuel Macron. Et comme le précise Bernard, tous deux chercheront à produire « une nouvelle offre politique, authentiquement progressiste, fondée sur l’égalité des chances et des opportunités, récompensant le risque plus que la rente, ouverte sur le monde tout en demeurant fidèle à notre histoire et à nos valeurs, est aujourd’hui nécessaire pour transformer profondément notre pays. Pour le refonder et le réconcilier».

Une « offre politique » comme il y a des offres d’abonnement, « récompensant le risque plus que la rente », mais ne protégeant pas le salaire, n’accordant pas la sécurité de l’emploi ; récompensant le risque pris par l’investisseur Drahi lors de ses rachats de sociétés ayant nécessité des emprunts de plusieurs milliards ; récompensant le risque que l’investisseur fait peser sur ses employés puisque ce seront eux qui paieront la facture par des licenciements, des pressions subies, du harcèlement, des atteintes au droit du travail, plus de précarisation, des conséquences sur leur santé ; récompensant le risque que fait peser cette politique de pillage rebaptisée « modernisation » sur la société en général et qui poussera l’électorat désorienté vers une extrême droite prête à le faire tomber dans les filets de sa rhétorique de comptoir de café du commerce, une dérive que le banquier Mourad constate mais n’analyse pas, préférant mettre dans le même sac l’extrême droite et l’extrême gauche, c’est tellement mieux, afin de pouvoir tout jeter à la poubelle, au nom du bon sens, au nom d’un consensus qui n’existe pas, n’a jamais existé et n’existera jamais, n’en déplaise à ce théoricien empiffré des idéaux mélaminés du managérisme :

D’où, aussi, une montée en puissance sans précédent des extrémismes, sur fond de débats identitaires souvent grossièrement instrumentalisés, qui conduisent à diviser notre pays au moment où nous devrions – plus que jamais – nous rassembler. Et retrouver un horizon commun, un véritable projet de société dans un monde en pleine transformation et en quête de sens. (source Libération)

Faut-il être surpris ? Fallait-il attendre autre chose de ce personnage dont l’optimisme caricatural s’alimente du succès qu’il a connu dans les affaires et qui a même pris la peine de publier deux romans, histoire de se donner un alibi intellectuel. Il avance la bouche pleine du jargon managérial inventée aux Etats-Uni, de ce jargon qui a envahi l’espace social comme le montre Alain Deneault dans La gouvernance. Il tombe même dans le travers de se prendre pour un homme providentiel apparu ex-nihilo pour sauver la nation, pour la libérer des griffes d’une mauvaise gouvernance politique qui a laissé surgir « des clivages désormais dépassés ». En parlant de ces clivages, il pense certainement à la lutte des classes, décrite par Karl Marx et menée en sourdine par son ami Patrick Drahi…

Si nous le prenions au pied de la lettre, nous pourrions dire qu’il est dommage que cet homme providentiel n’ait pas songé à prendre du service plus tôt, à devenir l’abbé Pierre ou mère Teresa ou plus modestement balayeur, jardinier, instituteur ou infirmier ! Là il aurait rendu service, là il aurait aidé les gens ! Quelle sotte idée qu’avoir perdu tant de temps à faire fortune ! Tant d’années, tant de mois, tant de jours perdus à courir après l’argent, alors que la France l’attendait, les attendait, pardon, lui et son compagnon animé par une grâce infuse ! « Le temps perdu, les anges le pleurent », dit le dicton ! Mais, heureusement, le fils prodigue est de retour ! Réjouissons-nous! Convoquons des musiciens! Organisons un banquet! Saint Mourad a rejoint Saint Macron, un saint Macron qui se croit chrysostomos mais que beaucoup soupçonnent d’être, au fond, copronymos.

En marche donc, cénobites encostardés ! En marche, frères d’achats à effet de levier ! Ne craignez rien car une garde prétorienne, bénie par la République, vous protège des hérétiques en tee-shirts, possédés par les démons d’un marxisme anachronique, qui vous interpellent à la sortie du prêche !

Saint Mourad prend la parole : « Partout en Europe et dans le monde, le changement est à l’œuvre, tant d’un point de vue générationnel qu’idéologique — la France fait exception » (source Libération).

Il est vrai, Saint Mourad, que partout en Europe et dans le monde, le changement est à l’œuvre, que la mondialisation est à l’œuvre, que le pillage est à l’œuvre, que la pauvreté s’étend pendant que les millionnaires comme toi se multiplient, à coup de LBO, à force d’épuisement des sols, à force de pollutions, à force de précarisation des travailleurs, et aussi grâce à la confiscation du politique, confiscation à laquelle tu participes et que tu aggraves, et qui profite à quelques-uns, à Drahi, à tes amis qui se paient des lois, les font voter et envoient la police pour empêcher les affamés de manifester.

D’aucuns te trouveraient cynique, Bernard, mais l’es-tu? Est-ce bien nécessaire de l’être pour dire ce que tu as à dire quand on est qui tu es? Tu es juste très satisfait, content de toi, de tes amis et du milieu artificiel dans lequel tu vis et qui se nourrit du sang des pauvres. Et pour bien vivre dans ton monde artificiel, nul n’est besoin de comprendre, d’approfondir, d’avoir du recul, d’être chercheur ou philosophe, d’analyser. Il suffit juste d’être le petit mécanicien que tu es, de jouer au Meccano des LBO qui confisquent les bénéfices, détruisent les emplois et transforment des entreprises en sources de profit « forfait illimité ».

Tu vis là-haut, sur un plancher de verre, et nous te voyons, nous, ceux d’en bas et attendons avec impatience de le voir craquer, ce plancher, et de vous voir tomber, toi et tes amis factices, des altitudes factices dans lesquelles se déroulent vos vies factices, entourées d’objets factices et peuplées d’opinions qui ne sont pas les vôtres mais celles de votre argent, de votre pognon, de ce pognon que vous avez volé aux pauvres et qu’il faudra bien qu’ils vous reprennent un jour.

Bruno Adrie

 

La source originale de cet article est Le blog de Bruno Adrie
Copyright © Bruno Adrie, Le blog de Bruno Adrie, 2017

 

 

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