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Macron : La grande illusion

Publié par medisma sur 2 Mars 2017, 22:33pm

 

La grande illusion

 

 

Frappé à son tour par les polémiques, sur son absence de programme comme sur ses déclarations sur la colonisation “crime contre l’humanité”, Emmanuel Macron patine.

En attendant la chute? Enquête sur une fausse valeur.

 

Lui qui n’aime rien tant que la lumière s’était, ce jour-là, tapi dans un coin sombre pour ne surtout pas être reconnu. Nous sommes le3septembre2010, dans l’immeuble du 10, avenue George-V, à Paris, abritant, à des étages différents, les bureaux de Pierre Bergé et d’Alain Minc. Alors vice-président de laSociété des rédacteurs du Monde, Adrien de Tricornot, accompagné d’une délégation, a rendez-vous avec le premier, qui s’est porté acquéreur du titre en association avec Xavier Niel et Matthieu Pigasse — et dont la candidature a la faveur des journalistes du quotidien.

Arrivant devant l’immeuble, surprise: Tricornot en voit sortir Minc flanqué d’un long jeune homme qu’il reconnaît aussitôt -Emmanuel Macron-. Celui-là même, alors banquier chez Rothschild, qui depuis quelques mois s’est offert spontanément, et bénévolement, de conseiller la Société des rédacteurs dans ses négociations de rachat. Contrairement aux journalistes, Macron s’était prononcé contre la proposition du trio Bergé-Niel-Pigasse. Et pour cause, comprend soudainement Tricornot : celui-ci travaillait en sous-main pour Alain Minc, lui-même conseil…d’un autre candidat à la reprise!

Apercevant le journaliste, et espérant ne pas avoir été reconnu, Macron fait demi-tour et rentre illico dans l’immeuble. Où le journaliste s’engouffre pour le rattraper et le confondre…

La suite, stupéfiante, c’est lui qui la raconte au site Street Vox: « J’arrive au dernier étage. Je vois que la porte de l’ascenseur est bloquée, et effectivement quand j’avais essayé de prendre l’ascenseur, il n’était pas dispo. Et tout au bout de l’étage, sur le palier, il y avait Emmanuel Macron qui s’était bien “replié” au moment où il m’avait vu! […] Je vois ce type juste devant moi, qui fait comme si je n’étais pas là. Je suis totalement sidéré. […] Je lui tends la main et lui dis:

“Bonjour Emmanuel, tu ne nous dis pas bonjour? Mes autres collègue attendent

En bas.”J’ai senti à ce moment l’angoisse en lui. Il avait du mal à respirer. Son coeur battait à 200 à l’heure. »

Sept ans après, le journaliste préfère s’en amuser: « Je crois, dit-il, être la seule personne à avoir joué à cache -cache avec un candidat à l’élection présidentielle…» Pierre Bergé lui-même a passé l’éponge, au point de figurer désormais —par l’entremise de Minc!— parmi les principaux soutiens de l’ancien ministre de l’Économie de Hollande. Idem pour Niel et Pigasse…Pas de quoi rire, et rien d’anodin, pourtant, dans cette pantalonnade: derrière le ridicule, c’est un fait grave — une trahison—

et une attitude méprisable —la fausseté— que révèle en creux ce récit— passé sous silence par la plupart des médias…

« On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment »: la célèbre formule du cardinal De Retz pourrait avoir été inventée pour Macron. Caché, le fondateur d’En marche! l’est aussi, volontairement sur ses idées —excepté les “enfilages de perles”. Et lorsqu’à trois reprises, au cours de ces dernières semaines— et avant son très faible discours sur la sécurité de Toulon —, celui-ci a commencé à les

dévoiler, ce fut, les trois fois, à son préjudice— d’où son “trou d’air” dans les sondages, où il a été rejoint par François Fillon.

Premier impair: cet incroyable aveu dans le JDD: « C’est une erreur de penser que le programme est au cœur d’une campagne. » Comme l’a ironisé le candidat LR, « il a inventé la campagne présidentielle sans programme présidentiel ». Si son “contrat pour la nation” devrait cependant être révélé le 2 mars, après avoir été constamment repoussé, cette absence d’engagements précis n’est pas, pour Macron, qu’une question de stratégie; il s’agit d’une conviction profonde. En

témoignent, notamment, ces quelques lignes oubliées d’une tribune qu’alors

inconnu il publia en 2011 dans la revue Esprit: « Le discours comme l’action

politique ne peuvent plus s’inscrire dans un programme qu’on proposerait au vote et qu’on appliquerait durant les cinq années de mandat. »

Ah bon? Les Français l’ignoraient, les voilà prévenus : même s’il publie un programme, ce sera pour ne pas l’appliquer…

Deuxième dévoilement, cette effarante déclaration lors de son discours de Lyon: « Il n’y a pas de culture française.» Donc pas de socle commun, pas d’identité française. « En perpétuel mouvement », comme il la définira peu après dans l’Obs, cette identité n’est autre, selon lui, qu’une simple juxtaposition de « communautés diverses ». Ouverte le plus possible aux migrants, ainsi qu’il le prônait en janvier à Berlin, estimant du « devoir» de la France d’imiter la politique d’accueil de Merkel — et son million de réfugiés.

 

“Le crime, c’est M. Macron qui le commet contre son propre pays”

Troisième sortie de route, la plus retentissante : son jugement apocalyptique prononcé à Alger sur la colonisation « crime contre l’humanité ». L’équivalent, donc, de ce que l’on reprocha aux chefs nazis au tribunal de Nuremberg, en application de l’article 6 de la Charte de Londres de 1945, qui en donne la définition: « L’assassinat, l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation et tout autre acte inhumain inspirés par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux, et organisés en exécution d’un plan concerté à l’encontre d’un groupe de Population civile. » Faut-il que Macron, homme de chiffres et de lettres, soit ignorant de la réalité historique de “l’aventure coloniale” (initiée par la gauche !), mais aussi des massacres perpétrés à l’encontre des Français d’Algérie et des harkis (120000 assassinés après la signature des accords d’Évian), pour se dire choqué de l’émoi créé par

Ses déclarations —une «manipulation», a-t-il osé — et des manifestations de pieds-noirs à l’entrée de ses meetings!

«En utilisant cette argumentation, probablement pour des Raisons bassement électoralistes, le crime, c’est M.Macron qui le commet contre son propre pays», a réagi Marine Le Pen, comme la quasi-totalité de la droite.

Président du Cercle algérianiste, plus importante association de rapatriés de France, qui vient de déposer plainte, Thierry Rolando confie avoir

reçu un coup de téléphone « très embarrassé» d’un conseiller du candidat, se disant prêt à lui écrire une lettre et affirmant que ses propos avaient été « mal interprétés ». Pour preuve, ajoutait-il, cette déclaration plus nuancée qu’il avait tenue l’année dernière au Point: en Algérie, expliquait-il, « il y a

eu la torture, mais aussi l’émergence d’un État, de richesse, de classes moyennes […].C’est la réalité de la colonisation. Il y a eud es éléments de civilisation et des éléments de barbarie. »

Tout et son contraire, ou presque, donc. Une ligne de défense en réalité aussi inepte que son attaque en piqué tant elle témoigne, elle aussi, du flou et des contradictions, lorsqu’elles sont connues, des positions du candidat.

Chez Macron, les incohérences sont partout. Sur le fond, comme sur la forme.

« Il est dans la séduction, pas dans l’action, décrypte un ancien ministre. Il ne

Dit jamais non aux gens, il dit seulement ce qu’ils ont envie d’entendre.» Pas de plus authentique produit du “système”, en vérité, que cet « antisystème», ami de Minc, Attali—son vrai mentor, chantre d’un «État démocratique mondial» —, Bernard-Henri Lévy, Kouchner, DSK, de la fine fleur du journalisme d’influence et des grands patrons, passé successivement par Henri-IV, Sciences Po, l’Ena, l’Inspection des finances, la banque Rothschild, la commission sur la libération de la croissance créée par Sarkozy, le cabinet de Hollande, qu’il suit depuis 2008, et le ministère de l’Économie…

Comme l’explique Natacha Polony, «Emmanuel Macron est l’incarnation absolue du système et des intérêts financiers, mais des intérêts financiers qui se sont dit que, finalement, la classe politique et les partis politiques étaient cramés, qu’il n’y avait plus aucun intérêt à les soutenir et qu’il valait mieux faire le boulot soi-même, c’est-à-dire reprendre la main et décider directement de la politique qui devait être menée. »

Nul plus cynique, encore, que cet apôtre du « langage de vérité », auteur prémonitoire d’un mémoire sur « Le fait politique et la représentation de l’histoire chez Machiavel ».

Né en 1977 à Amiens la populaire (mais dans les Beaux quartiers) —«l’un de mes points fixes», a-t-il affirmé au Courrier picard— c’est loin d’ici, dans sa maison du très chic Touquet, que Macron passe ses week-ends et a espéré, un temps, se présenter aux élections. Excepté lorsqu’il y a

symboliquement lancé son mouvement, le6avril 2016, puis organisé une journée de dédicace de son livre dans une librairie du centre, « je ne l’ai jamais rencontré à Amiens », témoigne Brigitte Fouré, la maire UDI de la ville, qui en revanche « connaît bien sa famille »—avec laquelle il est brouillé.

 

Macron en 2012 : “Il faut taxer tout de suite très fort !”

Symbole de cette permanente duplicité, cette anecdote rapportée par l’un de ses (anciens) proches. Nous sommes durant l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2012, à la table d’un restaurant du VIIIe arrondissement de Paris, non loin de la banque Rothschild. Macron, qui participe chaque lundi matin aux “petits déjeuners programmatiques” de Hollande, est pressenti pour le suivre à l’Élysée en cas de victoire.

« Vous allez avoir un problème cinq ans plus tard, justifiera son départ par son « libéralisme » et les trop fortes hausses d’impôts du quinquennat! Le même encore qui, la semaine dernière, Après ses clins d’œil à Jeanne d’Arc et Philippe de Villiers, prend la défense de la “manif pour tous” —« humiliée », dit-il ,par les socialistes— tout en choyant l’un de ses plus fidèles soutiens et donateurs, Pierre Bergé, auteur, entre autres, en 2013, de ce retweet incendiaire à la veille d’une grande marche anti-loi Taubira : « Si une bombe explose le 24 mars sur les Champs Élysées à cause de la “manif pour tous”, ce n’est pas moi qui vais pleurer »

 

“Il a cru qu’il était le nouveau Kennedy…”

« Gare cependant, à force de vouloir séduire tout le monde, de prendre le risque de ne convaincre personne», prévient le sondeur Jérôme Sainte-Marie, président de l’institut Polling Vox, pointant la faiblesse de ses “sûretés devote” (40 % en moyenne, contre 60 % pour Fillon et 80%pour Le Pen).

Seul domaine où le candidat fait l’unanimité, mais…contre lui: son calamiteux Bilan à Bercy. « Et ce ne sont pas ses autocars qui vont le sauver », ironise l’économiste (de gauche) Thomas Piketty. Pas davantage que son équipe de campagne de trentenaires déconnectés, techno et high-tech, dont la plupart de ses anciens responsables de cabinet. Pas davantage, surtout, que sa com, omniprésente, dont le vide et les ratés, ces dernières semaines, commencent à montrer les limites.

« Un jour, raconte le hollandiste Julien Dray, il a commencé à croire ce que tout le monde lui disait, en l’occurrence un parterre de patrons et de sondeurs, qu’il allait être le nouveau Kennedy. Et là, il est parti…» Sauf que celui qui revendique la « dimension christique » de sa candidature oublie

que la politique n’est pas que « mystique». Elle est aussi, et d’abord, affaire de réalités. Qui, toujours, vous rattrapent.

 

Arnaud Folch / Valeurs actuelles

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