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“Emmanuel Hollande” ou “François Macron”

Publié par medisma sur 11 Avril 2017, 19:28pm

 

Emmanuel Hollande” ou “François Macron”

Hollande, saison 2

À grand renfort de slogans et de mises en scène, Emmanuel Macron voudrait faire croire qu’ilarompu avec celui qui l’a mis sur orbite et qu’il n’est pas le candidat caché du PS. Histoire d’une mystification.

Lorsque, le 30 mars, Jean Lassalle, taquin comme il sait l’être, apostrophe le candidat d’en Marche! dans le hall de l’aéroport de Guipavas, plantant son immense tarin dans le regard de l’ancien ministre de l’Économie et écrasant de sa main puissante l’épaule d’Emmanuel Macron, ce dernier manque de se décomposer: « Alors, Emmanuel, tu es prêt à voter pour moi au second tour? » Celui-ci répond par un sourire gêné, mais ne s’aventure pas à retourner la question au député des Pyrénées-Atlantiques. S’il n’en dit mot,le candidat d’Enmarche! ne doute pas une seconde qu’il se qualifiera pour le deuxième tour de la présidentielle. Ses équipes ont même, selon nos informations, fait établir des devis afin de réserver le stade Vélodrome, à Marseille, pour un grand meeting pendant l’entre-deux-tours. Mais il se veut prudent.Comme instruit des leçons de l’histoire politique récente. Balladur, Juppé… Combien de favoris, ces dernières années, ont vu leur rêve s’écrouler quand les sondages, pendant des semaines sinon des mois, prédisaient leur victoire aussi sûrement qu’une cartomancienne lit l’avenir dans le marc du café? Au Monde, qui l’interroge dans son édition du 4 avril, Emmanuel Macron confie même qu’il « reste un outsider ». Une manière peut-être de se prémunir de cette malédiction française, de combattre le mauvais œil.

Il est une menace plus puissante encore contre laquelle Emmanuel Macron tente, depuis quelques jours, de se défendre, depuis que François Fillon l’a rebaptisé sur RTL « Emmanuel Hollande » pour mieux souligner la continuité entre l’actuel chef de l’État et l’ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée devenu son ministre de l’Économie. L’angle d’attaque est d’une simplicité extrême. La charge est d’autant plus efficace qu’elle correspond à la réalité. N’est-ce pas François Hollande lui-même qui confiait à Gérard Davet et Fabrice Lhomme dans “Un président ne devrait pas dire ça…” (Stock) : « Emmanuel Macron, c’est moi »?

Les SMS du président

Certes, depuis qu’il a démissionné du ministère de l’Économie, celui-ci se garde bien de solliciter le moindre tête-à-tête avec le chef de l’État qui pourrait donner lieu à des interprétations dont il se défie. Il ne l’a croisé que brièvement au dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France, le 22 février dernier. Reste que les deux hommes échangent régulièrement par SMS. Selon Solenn de Royer et Vanessa Schneider, nos consœurs du Monde, François Hollande « dissèque la stratégie de son ancien protégé et lui conseille notamment de“rester de gauche” ». Mieux, toujours selon les deux plumes du quotidien du soir, dans un papier consacré aux « derniers jours d’un président normal », François Hollande admet volontiers « se sentir en phase avec le programme d’Emmanuel Macron,dont il assure qu’il est un copier-coller du sien ».

Au point qu’Emmanuel Macron se fait parfois comme le ventriloque du chef de l’État et plagie celui qui, cinq ans plus tôt, sillonnait la France en candidat. En meeting à Marseille, samedi dernier, le candidat d’En Marche! emprunte au discours de François Hollande du 14 mars 2012. Même lieu. Même mots. Il chante les louanges d’« une ville française façonnée par deux mille ans d’histoire, d’immigration », s’adressant tour à tour aux Comoriens, aux Algériens, aux Sénégalais, aux Italiens. Du Hollande dans le texte. Les médias, qui peinaient à trouver le moindre défaut au candidat d’En marche!, si moderne, si progressiste, si nouveau, eux-mêmes, se mettent à tousser. TF1, dans son journal télévisé, fait des gorges chaudes de ce plagiat confondant. Le vent tourne. La presse magazine, longtemps élogieuse, qui semblait pouvoir multiplier à l’infini les couvertures flatteuses, se fait soudain plus critique. « Macron, le flou en marche », titre l’Express, dans un dossier consacré à son programme économique. « Est-il si fort? », s’interroge le Point. Le Figaro Magazine prend moins de pincettes pour rappeler la longue complicité qui unit le chef de l’État et Emmanuel Macron. Et voit la main du chef de l’État dans la mise sur orbite de l’étoile Macron.

 

Dans la future majorité, Hollande jouera un rôle important

Il est vrai, comme nous l’écrivions le 8 décembre 2016 (« Ces hollandistes de

la communauté de l’Emmanuel »), qu’une grande part de la Hollandie amicale s’est mise en marche derrière le protégé du président. De Bernard Poignant, qui avait son bureau un étage au-dessus de celui de François Hollande, à Robert Zarader, le communicant de l’ombre, en passant par Dominique Villemot et jusqu’au ministre de la Défense, JeanYves Le Drian, compagnon de toujours du président et fondateur avec lui des “transcourants” du PS, tous se sont mis dansla roue d’Emmanuel Macron. JeanPierre Mignard, le parrain de deux des enfants de François Hollande, ne pouvait manquer cette nouvelle aventure. Et, dans une confidence imprudente à l’Opinion, le 14 mars dernier, l’avocat dévoilait le pot aux roses: « Dans la future majorité autour de Macron, Hollande jouera évidemment un rôle important. » En d’autres termes, la victoire d’Emmanuel Macron permettrait à François Hollande de jouer les prolongations. De s’offrir une deuxième saison alors même que le public a déserté les salles. “Emmanuel Hollande” donc, plutôt que “François Macron”, qui aurait pu prêter à confusion. Les équipes de François Fillon confessent qu’elles tournaient autour du pot depuis plusieurs semaines, avant de se décider pour cette formule. Depuis, le candidat de la droite et du centre ne se prive pas de la reprendre en boucle, afin qu’elle infuse auprès de ceux qui, dans son électorat, pourraient se laisser séduire par le candidat d’En marche! Et s’égarer jusqu’à penser qu’Emmanuel Macron incarnerait l’alternance. Les lieutenants de François Fillon y vont chacun de leur variante. « Avatar de François Hollande » pour Bruno Retailleau et Valérie Pécresse, « candidat clandestin du PS » pour François Baroin. « Du Hollande ripoliné » pour Henri de Castries. « Macron est à Hollande ce que le Dafalgan est au Doliprane », s’amuse Jean-Pierre Raffarin en meeting. L’ombre du président plane sur la campagne de « big chouchou », comme le qualifie de son côté Marine Le Pen. Il n’est pas jusqu’à certains lieutenants de Benoît Hamon pours’inquiéter des manœuvres de l’Élysée. Emmanuel Macron, qui a compris tardivement combien l’ombre portée du président sur sa campagne pouvait lui être fatale, s’est plu, dans un numéro de haute voltige,à prendre ses distances avec François Hollande. Toujours dans le Monde du 4 avril,il affirme: « Je ne prétends pas être un président normal. Je compte être un président qui préside, un président engagésans jamais être un président de l’anecdote. » Une manière habile de tuer Hollande mais de poursuivre son programme et de prolonger la mystification, tandisque JulienDray, l’amide toujours du président, affirme à Libération voter Hamon pour maintenir l’illusion. Silence… on magouille à l’Élysée, ça tourne. Mais le voile se déchire et rares sont ceux qui sont encore dupes des manœuvres de Hollande et de Macron. Le 30 mars, au septième étage de France Télévisions, dans une réunion à huis clos entre tous les représentants des candidats pour savoirsi le débat du 20 avril devait être maintenu, David Assouline, pour Hamon, s’emporte à propos des conditions que voudrait imposer Benjamin Griveaux, le porte-parole d’Emmanuel Macron, pour faire annuler le débat ou le remplacer par une succession de onze entretiens de vingt minutes qu ipréserveraient le candidat d’En Marche! d’attaques qui pourraient le fragiliser à trois jours du premier tour de scrutin. « Des complotistes diraient que tout cela est arrangé », s’insurge le sénateur PS de Paris. À ses côtés, Myriam Lévy,la conseillère presse de François Fillon, s’en amuse: « Vous êtes complotiste,vous,maintenant? »

 

Par Raphaël Stainville / Valeurs Actuelles

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