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L’école ne remplit plus son rôle

Publié par medisma sur 26 Juillet 2017, 12:01pm

L’école ne remplit plus son rôle

Cette crise est surtout celle des enseignants

 

Le niveau scolaire des jeunes Français ne cesse de baisser. C’est le calamiteux constat que pointe, année après année, l’étude comparative Pisa (Program for International Student Assessment) menée auprès des pays de l’OCDE. Véritable diagnostic accusatoire pour la mission des enseignants. Que ce soit en mathématiques, en lecture ou dans d’autres matières, les élèves français maîtrisent moins bien les fondamentaux que leurs homologues des pays voisins.

Tout se joue en primaire

Ces faibles notes accusent pêle-mêle les variations pédagogiques, la pertinence des programmes tout autant que la qualité, ou plutôt l’importance, de l’encadrement. Plus particulièrement dans les petites classes, cette aurore essentielle des acquisitions où tout se joue, surtout les échecs à venir, la destinée des décrocheurs et les potentialités de trajectoires de réussite.

“40 % des élèves de milieux défavorisés sont en difficulté en France”

40 % des élèves de milieux défavorisés sont en difficulté en France. L’un des nœuds gordiens des inégalités que compte bien trancher Emmanuel Macron en limitant les effectifs des classes primaires à 12 élèves dans les classes défavorisées. Leur professeur, hier instituteur, peut avoir une incidence sur leur vie entière.

L’instituteur, influenceur d’une vie

“Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé” écrivait Albert Camus à Louis Germain peu de temps après avoir reçu son prix Nobel. La qualité de ces formateurs est donc décisive. D’autant plus décisive que depuis la jeunesse de cet écrivain, le rôle de la famille a quelque peu explosé, la société s’est disloquée, l’éducation morale et civique s’est estompée. Tandis qu’une lente dégradation de l’autorité rendait la tâche des maîtres encore plus difficile. La traditionnelle autorité des profs a été laminée comme une concession faite aux enfants qui, en fin de compte, en sont les principales victimes.

“La traditionnelle autorité des profs a été laminée comme une concession faite aux enfants qui, en fin de compte, en sont les principales victimes”

Intimidations, violences et incivilités envahissent et perturbent les classes des écoles, rendant la mission des enseignants beaucoup plus difficile. D’autant plus délicate que leur pouvoir de sanction a été singulièrement raboté et que le nombre des surveillants a été réduit.

La ruée vers le privé

Avec comme conséquences – non politiquement correcte, donc peu évoquées – ces flux croissants d’élèves les plus aisés désertant l’enseignement public pour le privé, en fort développement avec 500 écoles indépendantes (confessionnelles ou non, Montessori, etc.).

“Les instituteurs sont de plus en plus nombreux à démissionner de l’Éducation nationale pour créer leurs propres écoles”

Simultanément, les instituteurs sont de plus en plus nombreux à démissionner de l’Éducation nationale pour créer leurs propres écoles. Les 638 cessations de fonction de 2009 sont devenues 1 180 en 2016. Dans le premier degré – les professeurs des écoles – cette proportion est passée de 1,3 % en 2012 à 3,2 % des effectifs actifs en 2016.

L’école du soir

Ce sont le plus souvent, quand ils le peuvent, les parents des élèves qui sont obligés de prendre le relais le soir pour assurer l’assimilation des connaissances. Avec finalement deux écoles. Celle de la socialisation dans la journée, puis de la transmission des savoirs en soirée. Quand cela est possible. Et donc ce constat cruel : l’école n’est vraiment plus en mesure de contrarier les inégalités dont elle hérite.

“Finalement deux écoles. Celle de la socialisation dans la journée, puis de la transmission des savoirs en soirée”

Tandis que de nombreux marqueurs étayent ce constat : dégradation régulière dans les classements Pisa, nombre croissant de “décrocheurs” dans chaque classe d’âge, un jeune de moins de 25 ans sur quatre au chômage…

Salaires en berne

Ce qui donne des allures de mission impossible à un métier aujourd’hui quelque peu dévalorisé. Ne serait-ce que du point de vue monétaire : 1 800 euros en moyenne pour les enseignants de moins de trente ans dans le primaire, (bac +4 ou +5), 2 000 euros en moyenne après trente ans et 2 500 tous âges confondus dans le second degré – mais avec 3 500 euros en moyenne pour les agrégés. Ainsi, l’économiste Robert Gary-Bobo, auteur d’une très vaste étude sur le niveau de rémunération des enseignants, estime qu’il faudrait revaloriser les salaires des enseignants d’au moins 40 %. “Mon étude montre que le pouvoir d’achat du salaire net des professeurs a baissé de 20 % entre 1981 et 2004, soit une diminution de 0,8 % par an en moyenne. Et ce grignotage se poursuit.”

“Le pouvoir d’achat du salaire net des professeurs a baissé de 20 % entre 1981 et 2004, soit une diminution de 0,8 % par an en moyenne. Et ce grignotage se poursuit”

Pour rémunérer des horaires interminables aux résultats improbables. D’où ces phénomènes d’usure provoqués par la routine. Du fait d’un grand absent, la gestion des ressources humaines. Si ce n’est les directives d’une machinerie particulièrement centralisée. 14 % des enseignants se disent en burn-out. Tandis que certains jeunes profs dénoncent l’absurdité du système qu’on leur a inculqué dans les IUFM, des programmes déstructurés, idéologiques.

Un métier dévalorisé

Près de neuf enseignants débutants sur dix (88 %) ont le sentiment d’exercer un métier “plutôt dévalorisé”, et 16 % entendent “changer de métier” dans 15 ans, selon un sondage CSA réalisé pour le syndicat des enseignants du primaire SNUipp-FSU. Cette étude révèle également que 75 % des professeurs des écoles pensent que ce qui explique le mieux l’échec scolaire à l’école sont “les effectifs trop importants par classe”, avant “la situation sociale des familles” (58 %).

Parmi les difficultés le plus souvent pointées, le fait que jusqu’à une période récente, les jeunes profs débutants étaient affectés dans les zones les plus difficiles nécessitant évidemment des enseignants expérimentés. Conséquence, près de la moitié des enseignants en zone difficile sont de jeunes professeurs. Or, 16 % du temps de cours est nécessaire pour faire régner l’ordre.

“75 % des professeurs des écoles pensent que ce qui explique le mieux l’échec scolaire à l’école sont “les effectifs trop importants par classe”, avant “la situation sociale des familles” (58 %)”

Selon un sondage Maif-Opinionway, un quart des profs regrette aujourd’hui le manque de perspectives d’évolution. Point d’horizon dans l’évolution personnelle de leur métier. Il faut donc faire sauter les verrous de la mobilité de carrière. Sur les 4 500 professeurs ayant demandé, à bénéficier du dispositif “seconde carrière” pour ne plus enseigner, à peine 100 ont accédé à un poste d’attaché d’administration. Les bilans de compétences ne sont plus financés. Certaines académies refusent les démissions tant le déficit d’enseignants est grand ! L’OCDE a passé au crible les enseignants dans 30 pays. C’est en France que les professeurs jugent le plus (à 95 %) leur métier dévalorisé par la société. Seuls 5 % des enseignants français pensent que leur métier est valorisé par la société, ce qui est bien moins que la moyenne des pays de l’OCDE (31 %) ou que dans des pays comme la Finlande, les Pays-Bas, la Canada ou Singapour (de 40 % à 68 %). Ce qui entraîne la désertion des élites, qui fuient le métier d’enseignant.

En effet, du côté des vocations, c’est plutôt une alarmante pénurie. Signal fort du malaise, sur les 9 000 postes récemment proposés au Capes, 1 600 sont restés vacants. Faute de candidats à la hauteur. Plus précisément, il manquait 799 candidats sur 1 592 postes au Capes de mathématiques. Mais la pénurie de profs concerne bien d’autres disciplines : anglais, arts plastiques, lettres. Et l’Éducation nationale peine également à recruter dans le premier degré.

“Seuls 5 % des enseignants français pensent que leur métier est valorisé par la société, ce qui est bien moins que la moyenne des pays de l’OCDE (31 %)”

Conséquence : elle s’est trouvée obligée de recourir à un grand nombre de profs contractuels, recrutés sans avoir le concours, souvent même après l’avoir raté ! Soit 7,5 % du corps enseignant. La qualité de l’encadrement et de l’enseignement s’en ressent.

 

 

Par Patrick Arnouxlenouveleconomiste.fr

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