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Voilà pourquoi l’inflation a disparu

Publié par medisma sur 30 Octobre 2017, 19:30pm

Voilà pourquoi l’inflation a disparu

Au moment où la reprise économique semble se généraliser dans les pays industrialisés, les prix restent atones. Ils évoluent autour de 1,5 % (1 % en France en décembre, prévoit l’Insee). Un mystère ? Pas vraiment : la précarisation des marchés du travail et la difficulté des salariés à obtenir leur part de la richesse produite expliquent une bonne partie de l’absence de hausse des prix. Avec tous les risques que cela comporte.

Lorsque l’économie repart et crée des emplois, le chômage diminue, ce qui renforce le pouvoir de négociations des salariés. Cela se traduit généralement par des hausses des rémunérations, qui exercent une pression sur les prix. Or, rien de tout cela ne se produit aujourd’hui. Pourquoi ?

Un marché du travail dégradé

Si le chômage diminue (il se situe entre 4 % et 5 % en Allemagne, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni), cela ne signifie pas que le marché du travail se porte bien. Les banques centrales américaine et européenne mesurent désormais un état des lieux des marchés du travail qui dépasse la simple analyse du taux de chô mage. Elles surveillent la part de la population active qui n’est pas dans la situation d’emploi qu’elle souhaite (emploi stable mais temps partiel subi, contrats de quelques heures, etc.).

La part de cette « armée de réserve » en recherche d’emplois est ainsi proche de 8 % de la population active aux Etats-Unis en septembre 2017, contre un taux de chômage officiel de 4,2 %. Les écarts sont également importants pour les pays européens (un peu moins de 20 % pour la France, contre un taux de chômage un peu au-dessus de 9 %).

Avec la flexibilisation des marchés du travail, en cas de problèmes, les entreprises ajustent plus facilement leur situation par l’emploi et les salaires. Et lorsqu’il y a des créations d’emplois, elles s’effectuent moins dans les secteurs industriels et plus dans les services, aux personnels moins qualifiés, moins syndiqués, aux gains de productivité plus faibles, en un mot moins susceptibles d’obtenir des hausses de salaires.

Conclusion : comme l’explique le Fonds monétaire international (FMI), la dégradation des conditions d’emploi défavorise les salariés en empêchant les hausses de salaires. Et quand le marché du travail s’améliore enfin véritablement, la faible croissance, devenue structurelle, des gains de productivité ne laisse aucune marge de manœuvre pour les augmentations salariales.

Un cercle vicieux

Bref, nous paraissons durablement pris dans un cercle vicieux où un marché du travail dégradé associé à une stagnation séculaire prive les salariés d’une hausse de leur rémunération, enfermant les économies dans une « trappe à bas prix ».

Tout cela a pour conséquences de ne pas faciliter la résorption des dettes anciennes, de bloquer les recettes budgétaires (TVA…) et de rendre plus difficile la baisse des déficits publics. Cela bloque ou retarde aussi les hausses de certaines prestations sociales (retraite de base, prestations familiales, etc.) dont la progression est fondée sur les variations de prix à venir ou passées. Et, enfin, cette situation laisse planer la menace d’une déflation possible, une baisse généralisée et auto-entretenue des prix et des salaires.

Personne ne souhaite voir revenir les taux d’inflation à 10-15 % du début des années 1980. Mais la disparition de l’inflation est le signe que le capitalisme de précariat actuel renforce le pouvoir des actionnaires et des créditeurs au détriment de celui des salariés.

 

Magazine ALTERNATIVES ECONOMIQUES N.373 - Novembre 2017

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