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MBS ne veut pas seulement devenir roi de l’Arabie, mais aussi celui du monde musulman dans son ensemble

Publié par medisma sur 29 Novembre 2017, 13:07pm

MBS ne veut pas seulement devenir roi de l’Arabie, mais aussi celui du monde musulman dans son ensemble

Le prince Mohamed Ben Salmane s’est vu attribuer divers qualificatifs dont les plus courants sont : intrépide, téméraire, écervelé, impulsif, ambitieux, etc. Cependant, malgré le coup titanesque qu’il vient de réaliser au sein de la famille royale saoudienne, et malgré ses projets pharaoniques de transformer un désert en paradis, pas une seule fois le mot « mégalomane » n’a été associé à son nom. Pourtant, ce qu’il tente de mettre en place en ce moment dépasse de loin de simples ambitions à l’échelle de l’Arabie.

Il y a quelques jours, MBS avait manifesté sa volonté de « moderniser » l’Islam dans son pays, et avait commencé par un geste symbolique en donnant aux femmes saoudiennes le droit de conduire des voitures. C’était de la pure Com’, bien sûr, mais MBS, surtout attentif au regard extérieur porté sur lui, en particulier celui de l’Occident, voulait par cet acte montrer au monde son ouverture et sa modernité. Emporté par son élan (et les applaudissements occidentaux), il va encore plus loin dans sa Com’ en proclamant vouloir instaurer dans son pays un Islam Modéré. Il fait ainsi écho à la vision caricaturale de sa religion telle qu’elle est perçue en Occident, c’est-à-dire une religion morcelée en plusieurs branches plus ou moins obscurantistes, radicales ou modérées.

Erdogan avait vivement réagi contre les prétentions de MBS à redéfinir l’Islam. A quel titre le faisait-il ? De même qu’il n’y a pas de Christianisme radical ou de Christianisme modéré, il n’y a pas d’Islam radical ou modéré. L’Islam est un, comme le Christianisme ou le Judaïsme est un. Il n’y a que les pratiques qui soient modérées, radicales ou extrémistes, faisant de ceux qui usent de ces pratiques des modérés, des radicaux ou des extrémistes. Les Chrétiens baptisés qui ne fréquentent l’église qu’en des occasions cérémonielles, bien qu’ils pratiquent modérément leur religion, pratiquent le même christianisme que celui des bigots et des grenouilles de bénitier qui, eux, s’obligent à des rites qualifiés d’extrêmes. Il en est de même de l’Islam ou de toute autre religion. Les différences de dogme (les chismes) sont inscrites une fois pour toute dans l’histoire des religions. Les intégristes ne créent pas une autre religion, mais d’autres pratiques.

Quand MBS veut modérer l’Islam, il manifeste sa volonté politique d’adoucir la pratique de l’Islam chez lui, et ce n’est pas plus mal. Mais, ce faisant, il s’inscrit dans le cadre dangereux de l’Islam politique que nous connaissons bien, car c’est le fondement de l’idéologie des Frères Musulmans. Il y a cependant une différence de taille entre les Frères Musulmans et MBS. En tant que futur gardien des lieux saints de l’Islam, ce dernier pose déjà ses jalons pour une vision de son Islam Politique (est-ce vraiment sa vision ? est-ce vraiment sa politique ?) à l’échelle mondiale.

On peut considérer que sa nouvelle démarche pour unir autour de lui tout le monde musulman (à l’exception de la Syrie et de l’Irak, et l’on sait pourquoi) pour une coalition du monde musulman de lutte contre le terrorisme va dans ce sens. L’annonce de son attachement à un Islam modéré n’était donc pas seulement que de la Com’. C’était aussi en préparation de l’étape en cours, qui nécessitait que l’Arabie Saoudite, principal sponsor financier du terrorisme au vu et au su de tout le monde, puisse se présenter sous un angle plus propre après avoir renié ses protégés.

On peut voir dans la constitution par l’Arabie Saoudite d’une coalition antiterroriste de 40 pays musulmans d’Asie et d’Afrique un triple objectif :

  • Blanchir l’Arabie Saoudite de tous les actes terroriste liés au « djihadisme » depuis la fin du siècle dernier, y compris ceux perpétrés en Syrie/Irak ces dernières années. L’Histoire immédiate (médiatique) oublie vite, seuls les actes présents sont pris en compte.
  • Avec une coalition de 40 pays, le royaume saoudien se constitue une force géopolitique avec laquelle elle essaiera de se positionner en tant qu’acteur majeur dans le jeu international. Si MBS parvient à faire en sorte que les accords entre ces 40 pays se renforcent au-delà des nécessités de la lutte contre le terrorisme, l’Arabie Saoudite pourrait devenir une puissance majeure à l’échelle mondiale. Pour transformer les accords basiques de lutte antiterroriste en accords politiques plus consistants, aucun milliard de dollars saoudien ne sera superflu, même s’il faut pour cela aller fouiller les poches des centaines de princes de la maison royale arrêtés récemment.
  • En réunissant pratiquement tous les pays musulmans du monde, à l’exception de la Syrie, l’Irak et bien sûr l’Iran, MBS veut se positionner en leader du monde musulman. Ses prédécesseurs n’ayant pas réussi à unifier le monde musulman autour du Wahhabisme, MBS va tenter cette unification autour de ce qu’il appelle un « Islam modéré », mais cette fois avec les applaudissements des élites occidentales, même laïques.

Le projet de MBS pourrait aboutir, et ce serait à la fois un bienfait et une catastrophe. C’est un bienfait dans la mesure où ce sera la fin du djihadisme islamiste tel que nous le connaissons aujourd’hui. Ensuite, les musulmans du monde entier pourraient y trouver leur compte, avec l’espoir de s’émanciper de l’instrumentalisation dont ils font l’objet depuis tant d’années, grâce à une voie forte qui défend leurs intérêts. Ce serait dans l’air du temps, où nous voyons se former des blocs interactifs non hégémonistes fonctionnant selon un mode gagnant-gagnant.

Malheureusement, tout cela n’est qu’une façade, car la réussite des projets de MBS serait une véritable catastrophe puisqu’elle correspondrait à la réussite des projets de ceux qui guident le prince héritier saoudien. Si l’on garde à l’esprit que MBS n’agit pas seul, et qu’il est poussé dans ses ambitions personnelles par ceux qui, hier encore, incitaient ses prédécesseurs à soutenir financièrement les mouvements djihadistes, on est forcé de voir ce projet comme une simple réorientation des projets initiaux, et que, tôt ou tard, les mêmes acteurs du terrorisme international réapparaitront sous d’autres étiquettes pour continuer le boulot. Pour le dire simplement, aucun projet d’envergure ne peut voir le jour au Moyen-Orient s’il n’est pas parrainé par le sionisme mondial et son exécutant local, Israël.

Mais nous n’en sommes pas encore à évaluer les chances de réussite de MBS dans ses projets, loin s’en faut. En attendant, il continue de poursuivre ses rêves gigantesques et, jusqu’ici, tout semble aller pour le mieux pour lui. Maintenant qu’il a été mis sur les rails, il sera poussé dans la voie de son ambition jusqu’à ce qu’il réussisse ou périsse. Au train où vont les choses, aucun retour en arrière n’est plus possible, ni même un arrêt, car ceux qui le guident lui font brûler les ponts derrière lui à chaque étape. On peut ainsi craindre que MBS devienne une marionnette docile pour l’exécution des projets sionistes, ce qui revient à dire que ce sont les 40 pays de la coalition antiterroriste qui fourniront les soldats nécessaires pour mener à bien ces projets. Pour s’en convaincre, rappelons-nous la tentative précédente de créer une sorte d’OTAN arabe, sous la direction officielle de l’Arabie Saoudite, mais personne n’était dupe sur ce point. Cette coalition avait fini par faire long feu mais, avec la nouvelle initiative portée par MBS, elle semble renaitre de ses cendres.

 

Avic – Réseau International

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