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Flexibilité de la livre égyptienne : L'horreur ! 

Publié par medisma sur 19 Janvier 2018, 22:04pm

 

Flexibilité de la livre égyptienne : L'horreur ! 

Etude de cas

I- Etat de l'économie égyptienne juste avant la libéralisation de sa monnaie en novembre 2016 :

 L’Égypte ébranlée par un typhon économique !

Elle voulait d'abord dévaluer... Mais sans résultat !

Dévaluer, mais quand et de combien ? Cette question hantait les dirigeants égyptiens soumis aux pressions du Fonds monétaire international (FMI). D’autant que les prix, notamment de l’électricité et de l’eau, se sont envolés, que les recettes d’exportation reculent et que le tourisme s’effondre. Finalement, la Banque centrale d’Égypte a sauté le pas : elle met un terme à son soutien hebdomadaire à la livre dont le cours sera désormais laissé à l’appréciation des banques. Ce retrait était attendu, reste à en mesurer les conséquences…

Six mois à peine après la première dévaluation de l’année de la livre égyptienne (LE), en mars 2016, les milieux d’affaires du Caire et d’Alexandrie attendent avec impatience la seconde. La pénurie de dollars est dramatique, les banques sont rationnées, les bureaux de change ciblés par les descentes de police. La liste des nombreux produits « de luxe » interdits de fait à l’importation s’allonge jour après jour et, au marché noir, le billet vert s’achète 45 % au dessus de son cours offficiel de 8,8 LE (0,88 € le 10 octobre 2016). Le 30 septembre, les spéculateurs ont bien cru que c’était pour le week-end quand le maréchal président, Abdel Fattah Al-Sissi a reçu le gouverneur de la Banque centrale égyptienne, Tarek Amer. Le dollar atteignait 13,6 LE au marché noir. Deux jours plus tard, une influente banque d’investissement de la capitale, Beltone Financial, publiait un communiqué triomphal adressé à ses clients : « Final alert : floatation within hours » pour être démenti peu après par un sec communiqué de la CBE : rien ne change.

Le maréchal Sissi hésite-t-il à dévaluer la monnaie nationale deux fois par an, du jamais vu dans l’histoire monétaire du pays ? A-t-il peur, non sans raison, de l’ampleur de la baisse annoncée — 25 à 30 % à l’automne — qui serait ravageuse pour la grande masse des Égyptiens dont 20 % de l’alimentation est achetée à l’étranger ? Ou cherche-t-il à répondre aux exigences du Fonds monétaire international (FMI) à moindre frais ?

LE « DIRTY MANAGEMENT »

En octobre 2015, le gouverneur de la banque centrale Hisham Ramez, accusé d’avoir sacrifié des milliards de dollars pour défendre en vain la parité entre le dollar et la livre égyptienne, puis d’avoir rationné les banques, est remplacé avant le terme de son mandat de quatre ans par Tarek Amer. Ce banquier de métier passé par les banques américaines avant de sauver la National Bank of Egypt est très apprécié dans les milieux financiers et il a une feuille de route : stabiliser la livre. En mars 2016, l’équipe économique du gouvernement est renouvelée, le ministre des finances, celui de l’investissement et quelques autres éminences de moindre éclat sont d’anciens banquiers tout comme Amer. Un plan de crise est adopté qui prévoit un accord avec le FMI, la hausse spectaculaire des prix de l’électricité (+33,8 % à +46,7 % sauf pour la clientèle plus aisée, mieux traitée à +13 %), l’introduction de la TVA, la privatisation partielle des banques publiques et une nouvelle dévaluation de la livre accompagnée, cette fois, d’une réforme du marché des changes.

Selon la classification du FMI, la livre égyptienne est régie par le « managed float regime », un mixte incertain entre le marché et la banque centrale qui, le plus souvent, lui fournit des devises pour défendre la parité officielle. La plupart des pays pauvres pratiquent, comme l’Égypte, ce que les spécialistes ont baptisé le « dirty management », littéralement la « gestion sale », c’est-à-dire que la valeur de la devise résulte plus des choix politiques du gouvernement que du jeu de la loi de l’offre et de la demande sur un marché transparent et concurrentiel. Pour le remplacer, le change flottant adopté par tous les pays développés est recommandé par les experts du FMI qui citent volontiers le précédent de la Russie : à l’automne 2014, Vladimir Poutine s’était laissé convaincre de permettre au marché des changes de décider souverainement de la valeur du rouble. Le choc a été rude pour les consommateurs russes ; cependant, depuis, l’économie s’est stabilisée et une modeste reprise s’annonce pour 2017.

En août 2016, le FMI prête 12 milliards de dollars sur trois ans à l’Égypte avec un bémol de taille : la signature officielle de l’accord aura lieu quand la Banque centrale aura réuni une somme supplémentaire de 6 milliards de dollars et disposera au total d’une vingtaine de milliards, soit l’équivalent des réserves officielles de devises de la CBE (19,59 milliards de dollars à fin septembre 2016). La manœuvre est claire, Le Caire n’aura l’appui du Fonds qu’à condition de sauter le pas du changement de régime des changes et de laisser flotter la livre.

Depuis, seuls la Chine, l’Arabie saoudite et, dit-on, les Émirats Arabes Unis se sont engagés à prêter 4 à 5 milliards de dollars, les autres pays du Golfe et l’Europe se défilant subrepticement, comme l’a montré en septembre une visite de trois jours de Tarek Amer à Berlin dont il est rentré bredouille. Mais le ministre des finances se dit confiant et annonçait le 7 octobre avoir réuni la totalité des milliards exigés…

EN CRISE AIGUË DEPUIS UN AN

La balance des paiements de l’Égypte en 2015-2016, récemment publiée, indique les raisons de la grave crise qui affecte l’économie égyptienne, en contraction ininterrompue depuis douze mois. Il y a d’abord un énorme déficit commercial de 37,6 milliards de dollars causé par la baisse des exportations pétrolières (-40 %), qui représentent le tiers des exportations totales, et la stagnation des exportations non pétrolières que ne compense pas le recul imposé par le gouvernement des importations, pourtant sensible (- 8 %). La chute des prix du brut et la perte de compétitivité des produits égyptiens en sont la cause. Avec une inflation annuelle à 15,5 % et une devise qui ne baisse pas assez vite pour corriger cette dérive, les exportateurs égyptiens ne sont pas à la fête.

Il y a ensuite l’effondrement du tourisme dont les recettes ont été divisées par deux en un an à la suite de l’attentat en octobre 2015 contre un appareil russe dans le ciel du Sinaï. En 2015-2016, les recettes sont tombées à 3,7 milliards de dollars contre 10 à 12 milliards sous Hosni Moubarak, l’ancien dictateur renversé le 11 février 2011.

Enfin, le pays est confronté à la méfiance des investisseurs étrangers qui, depuis deux ans, diminuent leurs placements en papier égyptiens et réduisent à rien ou presque leurs engagements, obligeant l’Égypte à compter chaque jour un peu plus sur les crédits consentis pas ses fournisseurs beaucoup plus onéreux.

À cela s’ajoutent les improvisations malencontreuses du pouvoir qui a élargi le canal de Suez alors que le trafic diminue, projeté de construire une nouvelle capitale dans le désert et lancé un programme mirobolant d’un million de nouveaux logements populaires, actuellement en panne.

LOIN DE CHARM EL-CHEIKH

On est loin du sommet économique de Charm El-Cheikh de mars 2015. Sous le slogan « L’Égypte, l’avenir », le chef de l’État avait annoncé « les premiers jalons de la redynamisation et la consolidation de l’économie du pays » et récolté une soixantaine de milliards de dollars de promesses — notamment d’investisseurs du Golfe attirés par la perspective de plus-values immobilières. Dix-huit mois plus tard, ils brillent par leur absence.

Reviendront-ils si la réforme intervient ? C’est l’espoir du gouverneur de la Banque centrale et de la nouvelle équipe économique gouvernementale. À la tête d’une quarantaine de milliards de dollars en réserve, il aura les moyens de stabiliser la LE pour autant que la dévaluation soit conséquente et que la monnaie flotte librement. Cela passe aussi par un relèvement substantiel des taux d’intérêts actuellement négatifs (l’inflation est supérieure de 3 à 4 points au loyer de l’argent), alors que la dette publique atteint 90 % du PIB, et une amputation douloureuse du niveau de vie, déjà médiocre, de la majorité de la population du pays : le coût des importations pourrait augmenter de 50 % selon Reuters1, alors que le FMI prévoit une inflation record de 18,1 % fin 2017. En septembre 2016, dans un discours public, le chef de l’État s’est fait fort de pouvoir « submerger l’Égypte de soldats en moins de six heures ». Un avertissement sans frais aux éventuels mécontents de la part d’un régime qui manie plus volontiers le bâton que la carotte.

 

1« Without Saudi oil aid, Egypt rushes out big buy tenders »Reuters,7 octobre 2016.

 

II- L'Egypte laisse flotter sa monnaie, danger...

 

L'Egypte n'a plus d'argent et demande un prêt au FMI pour financer son budget. Condition prélable à ce prêt : mettre fin au régime de change fixe. Le pays a pris cette décision historique hier. Avec des conséquences incertaines sur le climat social du pays.

Laisser flotter la monnaie va augmenter le prix des denrées alimentaires. Ici un étal du marché Tawfiqia au Caire• Crédits :Nariman El-Mofty - Sipa

L'Egypte n'inspire pas confiance aux marchés financiers, et comme beaucoup de pays, elle en a besoin pour financer le déficit de son budget grandissant depuis la révolution. Il atteint 11,5% de son PIB.

En difficulté pour financer son budget, le pays s'est tourné une nouvelle fois, la troisième en cinq ans, vers le FMI pour un prêt de 12 milliards de dollars. Mais le FMI ne voulait pas accorder ce prêt si l'Egypte ne rétablissait pas d'abord un régime de change flottant, où ce sont les forces du marché qui décident du cours de la monnaie.

Comme beaucoup de monnaie, la livre égyptienne est ou plutôt était indexée sur le cours du dollars, mais cette parité officielle, réglementaire en quelque sorte, ne peut pas faire fi des fondamentaux habituels qui définissent le cours d'une monnaie.

La monnaie reflète la santé d'un pays. Or depuis la révolution, les investissements étrangers sont en baisse, et les touristes qui étaient une source très importante de devises ont quasiment déserté le pays. Du coup, le cours officiel de la livre égyptienne n'était plus en accord avec son cours de marché.

Un café en faillite près des pyramide de Gizeh• Crédits : Nariman El-Mofty – Sipa

Sur le marché noir, la livre égyptienne s'échangeait déjà à un taux bien inférieur et pour maintenir la parité coûte que coûte, les autorités monétaires égyptiennes n'ont cessé d'utiliser les réserves en dollars du pays, qui ont fondu de presque 50% entre 2011 et 2016 (passant de 36 milliards de dollars à 19 milliards).

Au lieu de servir à importer les produits de première nécessité dont est dépendant le pays, les dollars en réserve servaient à défendre la parité. D'où des débuts de pénuries en sucre, riz, huile, lait infantile, médicament. Une vidéo montrant un conducteurs de tuk tuk critiquant l'administration pour ces pénuries a d'ailleurs été virale, consulté six millions de fois jusqu'à inquiéter le gouvernement. Désolée, je n'ai pas trouvé de version traduite.

Situation à la Vénézuélienne

La situation devenait intenable, proche de ce que vit le Venezuela actuellement.  L'Egypte a donc décidé d'accéder à la demande du FMI et de laisser flotter sa monnaie, ce qui a eu pour effet immédiat de faire chuter la livre égyptienne de 30%, puis 50% ensuite...

Voir l'image sur Twitter

 

https://pbs.twimg.com/profile_images/720187675001511936/UBJmhjlf_normal.jpgDavid Ingles

@DavidInglesTV

Looking at this 56% drop in the Egyptian Pound, really gotta feel for those with USD/foreign-denominated debt on their books.

02:49 - 4 nov. 2016

 

Était-ce la solution? Le FMI dit que oui, qu'un marché des changes flottants fera de l'Egypte un pays plus attractif, qu'ainsi les investisseurs se diront : "voilà un pays qui saisit ses problèmes à bras le corps, et qu'ils reviendront...". Mais cela reste incertain, et de toutes façons les investisseurs et touristes étrangers ne reviendront pas demain.

Or la décision d'hier a une conséquence immédiate : le prix de tout ce que l'Egypte achète à l'extérieur a considérablement augmenté. Cela concerne sa dette, qu'elle rembourse en dollars. Mais aussi le pétrole, et surtout la nourriture.

https://pbs.twimg.com/profile_images/2317415370/smbk4v8uk6634fo5tafx_normal.jpegThe Nagoul@NAGOUL1

Today, #Egypt's government effectively floated the Egyptian Pound and lifted gas subsidies. Gas prices are now up by nearly 50%!

23:53 - 3 nov. 2016

Très concrètement le régime de change flottant va rendre la vie encore plus difficile pour les pauvres qui représentent la moitié des 90 millions d’Égyptiens. L'Egypte est le premier pays importateur de blé au monde. Quand les prix augmentent, les troubles aussi, en 1977 et plus récemment en 2008, des émeutes de la faim avaient secouée le pays.

A cette époque Moubarak était au pouvoir, et ces émeutes qui rassemblaient quelques milliers de personnes avaient été rapidement réprimées. Nul ne sait ce que cela peut donner maintenant que la révolution est passée par là. Ci-dessous la vidéo d'une femme égyptienne s'adressant au président égyptien Abdel Fattah al-Sisi.

En même temps, encore une fois, la banque centrale égyptienne en utilisant toutes ses réserves pour défendre la parité de sa livre face au dollar privait les importateurs de devises, et les diverses pénuries faisaient déjà augmenter les prix.

Choix difficile. Un choix que les diverses autorités égyptiennes repoussaient depuis cinq ans, tout comme les diverses mesures d'austérité qu'exige le FMI en échange de son futur prêt.

La décision de laisser flotter la livre égyptienne est une décision historique. Elle ouvre sur un avenir très incertain.

III- L’économie égyptienne dans la tourmente dix mois après le passage à la convertibilité de la livre égyptienne:

SATISFECIT DU FMI, INFLATION GALOPANTE !

Dix mois après le passage à la convertibilité totale de la livre égyptienne, l’inflation reste supérieure à 30 % par an. Le FMI et les autorités s’en accommodent, mais la population, qui subit de plein fouet les fortes hausses de prix et les conséquences de la dévaluation de la monnaie est loin de partager leur optimisme.

 

 

Fin septembre 2017, l’Égypte a passé avec succès, mais avec près de six mois de retard, la première revue de son ambitieux programme de stabilisation lancé avec et grâce au Fonds monétaire international (FMI) le 3 novembre 20161« C’est un bon départ », a commenté son conseil d’administration. Le nouveau patron de son équipe « Égypte », l’Indien Subir Lall, a énuméré depuis Washington les succès : la fin des pénuries de devises grâce à l’établissement d’un nouveau système de change qui laisse la valeur de la livre égyptienne fixée par l’offre et la demande, en l’absence (en principe) de toute intervention des autorités, que ce soit la banque centrale d’Égypte ou le ministère des finances ; l’introduction de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) — un impôt à grand rendement — a renforcé les finances publiques. Les recettes ont augmenté de 31,8 % en 2016-2017, soit 8 % de plus que prévu par la loi de finances. Enfin, les tarifs des carburants et plus généralement de l’énergie ont fortement augmenté en juillet dernier.

COMME LA RUSSIE ET L’ARGENTINE

La mesure la plus importante est évidemment la convertibilité de la livre. Jusqu’ici, la convertibilité était courante, c’est-à-dire réservée, en principe, aux opérations de commerce extérieur. Les pénuries récurrentes de devises, et d’abord de dollars, ont au fil des ans transformé de fait la banque centrale en grand distributeur de monnaies fortes. Jamais, depuis la révolution de 1952, Le Caire n’avait osé franchir le pas, la balance des paiements étant par trop déséquilibrée. Le président Abdel Fatah Al-Sissi a longtemps hésité avant d’imiter le président russe Vladimir Poutine et son homologue argentin Mauricio Macri qui sont les deux seuls à avoir abandonné le contrôle des changes ces dernières années parmi les pays émergents.

Ce satisfecit a permis à l’Égypte de recevoir un second versement de 1,25 milliard de dollars (1,06 milliard d’euros) après celui de 2,75 milliards (2,33 milliards d’euros) perçus en novembre 2016 sur une enveloppe attendue de 12 milliards de dollars (10,20 milliards d’euros) sur trois ans, dont 4 milliards en 2017. Une deuxième revue aura lieu en décembre 2017 avec à la clé, si elle est positive, un nouveau versement équivalent.

Pourtant, deux critères de performances importants (performance criteria, PC) n’ont pas été atteints par les autorités égyptiennes : le déficit budgétaire « primaire », c’est-à-dire non compris le paiement des intérêts sur la dette publique, n’a pas été ramené à 1 % du PIB mais en réalité à près du double (1,8 %). Cependant, à 63 milliards de livres égyptiennes (3 milliards d’euros), c’est le plus modeste depuis plusieurs années. Les subventions publiques à l’énergie n’ont pas baissé comme prévu, au contraire. Fin septembre, le ministre des finances a repoussé toute nouvelle baisse à juillet 2018. Comme à l’habitude, le FMI a « suspendu » ces deux critères pour cette première révision, afin de permettre le versement de l’aide, renvoyant implicitement leur respect à la prochaine revue de décembre. Le conseil d’administration a donné le motif technique de cette mansuétude : l’échec à respecter ces deux PC est dû « aux coûts plus élevés des importations alimentaires et de carburants entraînés par la forte dépréciation de la livre. »

Derrière cet euphémisme, il y a eu une sous-estimation de l’excès de liquidités dont souffrait l’économie égyptienne qui a abouti à mettre face à face trop de livres pour le montant de devises disponibles. Pour corriger l’erreur, la banque centrale a remonté le 26 septembre les réserves obligatoires que les banques doivent impérativement lui confier de 10 à 14 % de leurs dépôts. Une façon discrète de réduire la demande de devises et de faire remonter quelque peu la devise égyptienne.

DÉGRINGOLADE DE LA LIVRE ET ENVOLÉE DES PRIX

Les citoyens ont moins de raisons d’être optimiste. Ce qu’il ont ressenti depuis l’automne 2016, c’est d’abord une hausse des prix proprement insupportable : + 30 % en rythme annuel jusqu’en juillet, dernier chiffre connu. Tous les produits et services ont été touchés et, contrairement aux prévisions du FMI qui espérait un sérieux ralentissement des prix au second trimestre (mai-juillet), l’amélioration se fait attendre.

À l’origine de cette forte inflation, il y a, bien sûr, d’abord la dépréciation de moitié de la livre égyptienne passée de 8-9 livres pour un dollar à plus de 18 livres (20,77 euros) après la « libération » du marché des changes qui a renchéri tous les produits importés dans des proportions inégalées. Lors de précédentes opérations de stabilisation, la dégringolade de la livre et l’envolée des prix n’avaient jamais atteint de tels niveaux. Le précédent programme d’ajustement structurel (1987-1997) n’avait pas dépassé 20 % d’inflation et entre 2000 et 2005, la livre n’avait baissé que de 26 %, soit deux fois moins en cinq ans qu’à l’automne 2016.

Dans ces deux cas, la devise égyptienne avait été dévaluée, mais le régime des changes était resté dans la main de l’État avec quelques assouplissements, vite remis en cause, et une indexation de fait sur le dollar américain. Cette fois, il en a été différemment : le lien avec le billet vert est abandonné et les pouvoirs publics s’interdisent par principe de participer à la détermination du taux de change de la livre et l’abandonnent complètement aux forces du marché, c’est-à-dire en l’occurrence aux importateurs, aux exportateurs et aux investisseurs étrangers. Avantage, le marché noir de la livre a disparu presque complètement et la banque centrale d’Égypte a renoncé à financer directement en devises à des taux préférentiels ses habituels abonnés… dont les banques publiques.

Depuis le 3 novembre 2016, les envois des Égyptiens établis à l’étranger augmentent de 40 % et les achats étrangers de papier égyptien (bons du trésor, obligations, dépôts bancaires...) battent des records (+ 18 milliards de dollars). Cela suffira-t-il pour ramener l’inflation à 10 % par an en juin 2018, comme l’espèrent les experts du FMI ? Les marchés ont aussi leur mot à dire et il est plutôt négatif : cartels, ententes et monopoles pullulent dans l’économie égyptienne et permettent toutes les audaces, par exemple dans les téléphones mobiles dont les prix n’ont pas bougé, mais dont la durée des cartes a été réduite de 36 % par le trio d’opérateurs — dont Orange — qui dominent le marché. Même chose pour le rond à béton, un intrant indispensable dans le bâtiment, qui a augmenté récemment de 12 %. Son principal fournisseur Ezz Steel (60 % du marché) est pourtant égyptien, mais du temps de l’ex-président Hosni Moubarak dont son propriétaire était proche, il a eu la chance d’être l’heureux élu de la privatisation de la principale aciérie du pays. Et depuis, en dépit de quelques ennuis judiciaires après la révolution de 2011, il a profité de sa position et augmente désormais ses prix toutes les semaines.

 
UN CERCLE VICIEUX

Salariés, veuves, orphelins, retraités, bénéficiaires de subventions alimentaires ont eu moins de chance : Karama et Takaful, les deux programmes mis en place en 2015 avec beaucoup de pompe et de propagande, ne touchent que 1,7 million de familles, tandis qu’existent 69 millions de cartes de rationnement (2,8 dollars, soit 2,38 euros) pour 104,2 millions d’habitants selon un récent recensement. On espère réduire le coût dans le budget des subventions de près de 1 % du PIB. Quant aux fonctionnaires et employés du secteur public, leurs traitements n’ont pas suivi l’inflation, avec des hausses comprises entre 7 et 10 %, et c’est sur le sacrifice de leur pouvoir d’achat que l’on compte pour économiser 1 % du PIB dans l’actuel budget.

Certains économistes égyptiens s’interrogent sur le bien-fondé de la médecine choisie par le Fonds monétaire international et le gouvernement Sissi : la demande globale serait moins à incriminer que la hausse des coûts de production dans la responsabilité de l’inflation record dont souffre l’Égypte. À preuve, la convertibilité totale de la livre, l’introduction d’une TVA à 14 %, le relèvement des prix de l’énergie (carburants, électricité) font monter les prix fortement et menacent le cadre macroéconomique d’ensemble. Entre août et septembre, l’indice des prix à la consommation a augmenté, en rythme annuel, respectivement de 30,9 % et de 30,6 %, soit un gain dérisoire de 0,3 % plus de 10 mois après l’opération du 3 novembre 2016. Les autorités cherchent à rassurer l’opinion en promettant qu’il n’y aura pas de « second cycle » de hausse des prix, cependant le risque existe qu’un véritable cercle vicieux se mette en place entre les prix et les subventions, la hausse des uns entraînant celle des autres et repoussant toujours plus loin le retour à un déficit budgétaire tolérable et à une économie moins inhumaine.

JEAN-PIERRE SERENI

1Arab Republic of Egypt : First Review Under the Extended Arrangement Under the Extended Fund Facility and Requests for Waivers for Nonobservance and Applicability of Performance CriteriaFMI, 26 septembre 2017.

 

 

 

Source : https://orientxxi.info

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