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La blockchain pour les nuls

Publié par medisma sur 3 Février 2019, 19:42pm

 

La blockchain pour les nuls

 © Freepik

"La 5ème vague de l’économie numérique, après les moteurs de recherche et le commerce électronique, les réseaux sociaux, l’économie du partage, et le cloud"

Lettre B, BL, BLO… Pas la peine d’aller plus loin. À ce jour, le mot “blockchain” ne figure toujours pas dans les dictionnaires de la langue française. Bien dommage. Portée par le phénomène des crypto-monnaies et du Bitcoin, la blockchain s’affiche pourtant de bonne grâce dans les médias et aux oreilles du plus grand nombre. Le public entend. Il écoute parfois. Mais pour comprendre problématiques et enjeux de ces fameuses “chaînes de blocs”, c’est une autre histoire. Une nouvelle révolution technologique, dit-on. Soit, mais en quoi? Et d’abord qu’est ce que c’est? La blockchain est une base de données numérique sécurisée et infalsifiable sur laquelle sont stockées toutes les informations transmises par ses utilisateurs. Au sujet des crypto-monnaies, l’analogie du grand livre de compte est souvent employée pour parler de cette fameuse base de données dopée à la cryptographie. Cette dernière a la particularité d’être partagée simultanément avec tous ses utilisateurs. Ils ont tous la capacité d’y inscrire des données selon des règles spécifiques fixées par un protocole informatique. Protocole, le mot est lâché. Il est au cœur des succès futurs de cette technologie. Le protocole définit les règles – fixes et transparentes – de fonctionnement des chaînes de bloc. “Code is law” disent les Anglo-Saxons. La technologie repose ainsi sur la confiance dans le protocole informatique qui garantit par principe l’authenticité des informations inscrites dans la blockchain. Actuellement, aucun protocole blockchain ne s’est encore totalement imposé. Le marché, très encombré, comprend plus de soixante moteurs de blockchains, appelés protocoles. Parmi les plus connus: Bitcoin ou Ethereum.

Une technologie disruptive à quatre avantages et deux bénéfices

Cette base de données partagée en ligne est révolutionnaire pour plusieurs raisons. D’abord, il faut savoir comment sont constituées les bases de données dites classiques sur lesquelles fonctionnent l’immense majorité des applications numériques utilisées quotidiennement par des milliards d’internautes. Par exemple la messagerie de courrier électronique Gmail, propriété de Google. Chaque mail transite par un serveur Google avant d’arriver à son destinataire. Un peu comme le courrier qui est d’abord expédié dans les bureaux de la Poste puis, dans un second temps, distribué au public. Avec une technologie blockchain, le modèle est différent: le message ne passe plus par le centre de traitement de données d’une grande société, mais il est envoyé à un réseau indépendant de personnes, d’ordinateurs en l’occurrence. Ces derniers réalisent une petite partie du travail contre une récompense – un actif virtuel en général. Dans le cas de la blockchain appliquée au courrier, c’est comme si nos lettres étaient distribuées en passant de main en main, mais jamais celles des mêmes individus, au lieu d’être gérées par une seule grande organisation comme la Poste. Ce qui dans le monde réel serait très compliqué, coûteux et surtout peu efficace, est réalisable dans l’univers digital. La première disruption de la blockchain saute aux yeux: c’est donc d’abord un système décentralisé. Contrairement à la plupart des plateformes numériques, chaque participant possède une copie constamment mise à jour de la base. Il n’y a pas de serveur central mais une gestion collaborative qui est en principe une protection contre les falsifications et autres attaques.

“La première disruption de la blockchain saute aux yeux: c’est donc d’abord un système décentralisé”

Avantage numéro 2, le système est a priori infalsifiable et inviolable. Le protocole informatique du Bitcoin mis au point par un groupe de personnes, sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, n’a jamais été mis en défaut. Une fois enregistrées dans les blocs, les informations ne peuvent plus être modifiées ni supprimées. Troisième avantage, le système est entièrement transparent: le registre, et donc son historique de transactions, est consultable en permanence par n’importe quel membre du réseau. Quatrième et dernier point: la blockchain promet l’autonomie suprême, sans recours à un tiers. Les transactions sont effectuées par des programmes informatiques appelés des “smart contracts” dans le jargon.

On imagine sans mal le double bénéfice d’une base de données “blockchain” par rapport à une base de données classique. En premier lieu, il est économique. La désintermédiation doit être considérée comme un facteur de gains de productivité. En effet, les blockchains, en confiant l’organisation d’échanges à un protocole informatique, réduisent mécaniquement les coûts de transaction des systèmes traditionnels. Sont concernés par exemple les frais financiers, le contrôle ou la certification, bref tout recours à des intermédiaires qui se rémunèrent pour leur service… Le deuxième bénéfice de la blockchain est qu’il bâtit de la confiance entre les utilisateurs. On entend souvent dire que “la blockchain est à la confiance ce qu’internet est à la communication”. Voilà qui est très vrai car validation et contrôle sont mutuels. Il est ainsi possible d’assurer la traçabilité intégrale d’un actif ou d’un produit ayant fait l’objet d’une transaction. Internet a libéré la communication et tous les usages qui vont avec: information, échanges, courrier, commerce…

“La blockchain bâtit de la confiance entre les utilisateurs. On entend souvent dire que “la blockchain est à la confiance ce qu’internet est à la communication””

La promesse des chaînes de blocs? Une couche de confiance et de traçabilité à cet univers numérique. C’est d’ailleurs ce qui attire en premier les entreprises, si l’on en croit une étude publiée en avril dernier par Deloitte, lesquelles mettent en avant l’efficacité opérationnelle, la meilleure gestion des processus par rapport aux systèmes informatiques existants, ou encore la diminution des risques avec moins de taux d’erreurs ou de contentieux, et donc plus de sécurité professionnelle. Selon Deloitte, 41 % des entreprises interrogées – dont certaines en France – envisagent d’ailleurs d’adopter des systèmes blockchain cette année.

Vers la cinquième vague numérique?

De la à faire franchir à l’économie numérique un nouveau palier? La question mérite d’être posée, mais il est sans doute un peu trop tôt pour y répondre. La technologie n’en étant qu’à ses débuts, nous ne savons pas par exemple lequel des nombreux protocoles actuels finira par s’imposer. L’enjeu? trouver celui qui sera le TCP/IP – la clé du succès du réseau Internet – de la blockchain. Voilà une perspective qui répondrait à la volonté de standardisation des protocoles exprimés par de nombreux utilisateurs. Selon un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), “la compétition des protocoles blockchain devrait progressivement céder le pas à une logique plus monopolitisque”. Avec cette éventuelle normalisation, la technologique blockchain s’élèverait au rang de cinquième grande vague de l’économie numérique après celles des moteurs de recherche, messageries et commerce électronique, incarnée par Google ou Amazon, celle des réseaux sociaux et de l’internet “2.0” symbolisée par Facebook ou Twitter, celle de l’économie du partage, dont les fers de lance sont Airbnb ou Uber et enfin, celle du cloud, autrement dit de l’informatique par internet, avec par exemple Dropbox. Et ainsi faire émerger un ou plusieurs champions mondiaux de la blockchain. Ce qui fait défaut aujourd’hui.

Le revers de la médaille

Le système n’est pas sans handicaps. En particulier aux yeux des entreprises qui pointent trois principales barrières encore à surmonter. Selon le cabinet Deloitte, elles hésitent encore en raison du manque de réglementations, des problématiques posées par la gestion du changement, et enfin en raison des menaces potentielles pour la sécurité. En effet, les attaques informatiques et la réputation sulfureuse des crypto-monnaies ont jeté le soupçon et, à tort, mis à mal la réputation de la blockchain. Ensuite, les systèmes décentralisés sont difficiles à créer, coûteux à entretenir, difficiles à faire évoluer et grandir. La moindre erreur se paye comptant, et contrairement aux bases de données centralisées, une blockchain ne peut pas être réparée en quelques clics de souris. Autre argument: les opérations de vérification, de validation et de cryptographie liées à la blockchain sont très consommatrices en électricité. Pour certains, une large diffusion de cette technologie pourrait entraîner une externalité environnementale fortement négative.

“Les systèmes décentralisés sont difficiles à créer, coûteux à entretenir, difficiles à faire évoluer et grandir. La moindre erreur se paye comptant”

À ces quelques difficultés technologiques s’ajoutent d’autres limites. Par exemple de marché: depuis maintenant une dizaine d’années, l’économie numérique a placé les plateformes au centre du système avec des “tiers de confiance” tellement puissants qu’ils battent en brèche la notion de statut des États. L’économiste Nouriel Roubini est allé jusqu’à remettre en cause le potentiel “décentralisateur” de la blockchain. “Comme cela devrait apparaître évident, la prétention d’une ‘décentralisation’ est un mythe colporté par des pseudo-milliardaires au contrôle d’une pseudo-industrie”, écrit-il en octobre dernier dans une tribune intitulée “Le grand mensonge de la blockchain”, visant principalement le krach financier des crypto-monnaies.

L’avenir radieux de la blockchain dans les niches

À long terme, l’horizon d’innovation de la technologie blockchain offrira des services sans restriction d’accès et ouverts à tous, à l’instar de Bitcoin ou d’Ether. À plus court terme, l’avenir de cette technologie est ailleurs: dans des blockchains privées, c’est-à-dire soumise à l’acceptation d’un ou de plusieurs tiers. Cette innovation incrémentale se développe plus rapidement aujourd’hui. Ces blockchains privées, dite aussi de consortium, mettent à profit les caractéristiques les plus immédiatement utiles de cette technologie, et écartent celles qui posent aujourd’hui des problèmes non résolus. Elles résultent du regroupement de plusieurs entreprises utilisant la blockchain pour simplifier et automatiser des échanges et des certifications, sans avoir à faire intervenir un tiers de confiance. Un consortium composé du constructeur automobile Ford et du groupe minier chinois Huayou Colbalt a créé avec IBM un réseau blockchain à l’échelle de l’industrie, pour tracer et valider les minéraux et autres matériaux destinés à l’industrie automobile et à l’électronique grand public. Une blockchain privée peut aussi être lancée à l’initiative d’un seul acteur dans l’intérêt de sa filière. On parle alors de blockchain “autorisés” (permissioned). En France, le groupe Carrefour a embrassé la technologie pour garantir aux consommateurs une traçabilité complète des produits. En mars dernier, le distributeur a lancé sa blockchain du poulet d’Auvergne. Appliquée au secteur alimentaire, elle permet à chaque acteur de la chaîne d’approvisionnement – producteurs, transformateurs et distributeurs – de renseigner les informations de traçabilité qui les concernent.

“À plus court terme, l’avenir de cette technologie est ailleurs: dans des blockchains privées, c’est-à-dire soumise à l’acceptation d’un ou de plusieurs tiers”

À la fin, et très concrètement, grâce au QRCode présent sur l’étiquette du million d’unités écoulées chaque année, le consommateur accède via son smartphone à des informations sur son produit et son parcours depuis le lieu et le mode de l’élevage, le nom de l’éleveur, l’alimentation reçue (céréales, soja, français, OGM…), les traitements potentiels (antibiotiques), le lieu d’abattage… Face au succès de ce service, Carrefour a annoncé le déploiement dans 8 autres filières animales (œufs, fromage, lait, orange, tomate, saumon et steak haché) de cette technologie blockchain. Cette innovation garantit aux consommateurs une transparence sur la traçabilité. Ce qui constitue un argument commercial. Autre exemple dans l’Hexagone, la Banque de France développe une blockchain expérimentale baptisée Madre, pour faciliter les virements SEPA entre acteurs bancaires. Elle permet d’assurer la confidentialité des échanges et d’instaurer un cadre de gouvernance partagé entre six acteurs bancaires. L’avantage est de gagner un temps précieux – quelques minutes versus quelques jours – pour les virements. Le potentiel des bases de données sous technologie blockchain n’est pas à démontrer. Les déploiements à grande échelle sont rares. En revanche, la blockchain a de fortes chances de devenir une technologie incontournable dans des niches ou des filières. Tout du moins dans celles qui en ont besoin: toutes les industries n’auront pas à convertir leur base de données à la mode blockchain. Pour beaucoup, un service centralisé coûtera moins cher et sera bien plus efficace que sa déclinaison décentralisée.

 

par Edouard Laugier

Source : Le nouvel économiste

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