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Le Machin

Publié par medisma sur 2 Mars 2019, 20:34pm

 

 

Dans un discours prononcé à Nantes le 10 septembre 1960, Charles de Gaulle, alors Président de la République française, se réfère à l’organisme mondial qui remplace la Société des Nations (SDN) en des mots peu élogieux :

« Le machin qu’on appelle l’ONU…« 

Ce « machin » demandait à la France de participer au financement d’une expédition des Casques Bleus au Congo. De Gaulle, confronté à la guerre d’Algérie et à l’hostilité des pays africains et asiatiques en quête d’indépendance, voulait avoir les mains libres pour développer sa propre politique.

Celle-ci a culminé avec l’indépendance de l’Algérie et, certainement, à travers son célèbre discours de Phnom Penh (1er septembre 1966) dans lequel il condamne clairement la guerre du Vietnam et exprime son soutien à la liberté des nombreux pays qui ont combattu le colonialisme et, une fois libres, créé le Mouvement des Non-Alignés.

Pour de Gaulle, la décolonisation était une exigence morale, politique et économique, ce qui explique pourquoi, se référant à la guerre du Vietnam, il a déclaré à Phnom Penh :

« S’il est invraisemblable que l’appareil guerrier américain puisse jamais être anéanti sur place, d’autre part il n’y a aucune chance pour que les peuples de l’Asie ne se soumettent à la loi d’un étranger venu de l’autre rive du Pacifique, quelle que puisse être leur intention et quelle que soit la puissance de ses armes, bref si longue et dure que doive être encore l’épreuve, il est certain aux yeux de la France qu’elle n’aura pas de solution militaire. Et alors et à moins que le monde ne roule vers la catastrophe, seul un règlement politique pourrait rétablir la paix« .

Aujourd’hui, plus d’un demi-siècle plus tard, nous savons que de Gaulle avait raison.

Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ou droit à l’autodétermination, est un principe issu du droit international (?), selon lequel chaque peuple est libre de décider de son régime politique, indépendamment de toute influence étrangère. Proclamée pendant la Première Guerre Mondiale, l’application de ce principe laisse beaucoup à désirer.

La Conférence de Paix de Paris et le Traité de Versailles (1919) ont constitué un terreau fertile pour les guerres futures, dont la Seconde Guerre Mondiale, ainsi que le déni le plus absolu des droits des peuples, à commencer par ceux qui avaient perdu la Première Guerre Mondiale qui n’ont pas eu le droit de participer aux débats.

Dans les couloirs de Versailles, il y avait un petit homme, mince, mal habillé, insignifiant, à qui personne ne prêtait attention. Il travaillait comme jardinier, cuisinier, plongeur et dans d’autres professions modestes. Il vivait à Paris, 56, rue Monsieur le Prince. De là, il envoya une lettre à Thomas Woodrow Wilson, président des États-Unis, qui était venu à Paris pour la Conférence de Paix.

C’était un plaidoyer dans lequel Monsieur Ba, comme on l’appelait alors, demandait à Wilson à ce que le droit des peuples de décider de leur propre destin soit appliqué au leur. Wilson n’a pas répondu à la lettre qu’il n’a peut-être même pas lue.

Ho Chi Minh a décidé de libérer le Vietnam les armes à la main. Le droit à l’autodétermination ne s’appliquait pas aux colonies. Elle ne s’appliquait pas non plus aux peuples qui n’avaient pas d’État. Pire encore, personne n’a pensé à définir ce qu’était un « peuple ».

Les Palestiniens… sont-ils un peuple ? En admettant qu’ils le sont, ils n’ont pas d’État. Ni les Kurdes. En même temps, des États improbables sont créés par la méthode de bombardements massifs ; le Kosovo, par exemple, un territoire arraché par la force à la Serbie, pour créer un pays aux Albanais qui en avaient déjà un.

Aujourd’hui encore, le Kosovo n’est pas reconnu par la Serbie, la Russie, la Chine ou l’Espagne. La plupart des pays d’Amérique, d’Asie et d’Afrique n’acceptent pas la déclaration unilatérale d’indépendance et ne reconnaissent pas la République du Kosovo en tant qu’État souverain : faut-il rappeler que les États-Unis et l’OTAN ont effectué une « intervention militaire humanitaire » au Kosovo ?

Il est intéressant de noter que lorsque les Khmers rouges ont imposé une dictature insensée au Cambodge (1975-1979), assassinant plus de deux millions de citoyens sans défense – l’un des pires massacres du XXe siècle, qui en a connu quelques-uns – la « communauté internationale », à savoir les États-Unis et leurs alliés, a contribué à maintenir la représentation des Khmers rouges à l’ONU jusqu’en 1991, en leur fournissant « aide humanitaire » et soutien militaire.

L’histoire du droit à l’autodétermination est jalonnée d’interventions militaires ouvertes et effrontées de l’empire qui, en la matière, n’a jamais attendu l’autorisation d’aucun Guaidó. Et elle a connu l’apport inestimable de quelques « progressistes » comme le français Bernard Kouchner.

Kouchner, d’abord communiste, puis socialiste, a été ministre de la Santé dans le gouvernement de Mitterrand (1992-1993), puis ministre des Affaires étrangères dans celui de droite de Sarkozy (2007-2010). Il a théorisé le droit « d’ingérence humanitaire », afin que les grandes puissances puissent envahir tout pays qui, à son avis, a un mauvais gouvernement et fait souffrir sa population.

Plus tard, Kouchner est devenu consultant international des pires dictatures africaines et a pratiqué le trafic d’influence pour que les entreprises auxquelles il appartenait recouvrent les dettes contractées par les gouvernements du Gabon et de la République du Congo. Carla del Ponte l’a accusé d’entrave aux enquêtes sur le trafic d’organes pendant la guerre du Kosovo.

Avec de tels défenseurs, il n’est pas surprenant que Donald Trump menace d’intervenir au Venezuela, mais pas avant d’avoir organisé une très curieuse « aide humanitaire » qui ressemble trop à un cheval de Troie. À bien regarder, il y a des gens affamés en Colombie. Au Yémen. En Afghanistan. Même aux États-Unis.

En Colombie, les États-Unis ont huit bases militaires. L’armée colombienne tient les Colombiens affamés à distance afin qu’ils ne se jettent pas sur « l’aide humanitaire » destinée au Venezuela.

Les États-Unis vendent des chasseurs-bombardiers et des missiles à l’Arabie Saoudite, qui commet le plus grand massacre du XXIe siècle au Yémen. Peu importe que l’ONU prévienne d’une tragédie gigantesque qui ressemble à un génocide, sans que les âmes sensibles de l’Occident ne disent un mot.

En Afghanistan, les États-Unis continuent de participer à la plus longue guerre de leur histoire : 17 ans et ça continue. Cette guerre a coûté, à ce jour, selon les chiffres officiels du Congrès américain, plus de 700 milliards de dollars, soit environ 20 000 dollars par Afghan, dont le PIB par habitant n’atteint pas 500 dollars par an.

 

L’idée d’envoyer de l’aide humanitaire n’a pas traversé l’esprit de Donald Trump. Ce qui est certain, c’est que les marionnettes qui dirigent à Kaboul, appuyées par l’armée yankee, sont les plus grands producteurs d’héroïne de la planète qui exportent aux États-Unis et en Europe avec des profits qui se comptent en dizaines de milliards de dollars.

Aux États-Unis, Trump a réduit les budgets des services de santé publique (Medicare) et – en plus de réduire les impôts sur la richesse – réduit les ressources qui financent les coupons alimentaires qui nourrissent des dizaines de millions de pauvres, dont la plupart sont des enfants. Tout cela n’empêche pas les politologues, les journalistes, les sociologues, les économistes, les politiciens, les chefs d’État et autres personnes bien intentionnées de croire que… le problème est Nicolas Maduro.

Pour moi, la question est ailleurs. Elle porte sur l’OEA, ce cloaque, sur l’ONU, ce machin, sur le FMI, ce nid de criminels. Sur la « communauté internationale » autoproclamée, cette marionnette. Sur notre propre incapacité à discerner la vérité du mensonge, et sur notre inconcevable volonté de communier avec ce système aux pieds d’argile.

 

Par Luis Casado

Il est né au Chili. Il est ingénieur au Centre d'Études Supérieures Industrielles (CESI - Paris). Il a été professeur invité à l'Institut national des télécommunications de France et consultant auprès de la Banque mondiale. Sa vie professionnelle, liée aux nouvelles technologies pour les transports publics, l’a amené à travailler dans plus de 40 pays sur cinq continents.

Source : Le machin

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