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le blog lintegral

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Qu'est-ce qu'une bulle ?

Publié par medisma sur 14 Avril 2019, 18:06pm

 

La semaine dernière, alors que Lyft était introduit en Bourse, j’entendais partout : “Attention à la bulle”,“c’est un monde de bulles”, etc. Et j’en ai marre, marre que des gens qui n’y connaissent rien utilisent ce terme à tort et à travers. A croire que le marché actions est un bain moussant permanent ! Alors Lyft ? Bulle ou pas bulle ?

Qu’est-ce qu’une bulle boursière ?

Une bulle c’est quoi ? C’est une inflation d’une catégorie d’actifs suivie d’une violente contraction. Les trois points sont importants.

Il faut que ce soit une catégorie d’actifs, un secteur, sinon cela n’a pas de sens. Il existe aussi des actifs rares et très recherchés par ceux qui veulent de la croissance. On les appelle les Da Vinci. Il semble que la croissance de leur valorisation ne doive jamais s’arrêter. On pourrait les dire en bulle permanente. Peut-être qu’un jour, leur croissance s’écrasera mais, pour le moment, elle reste continue.

Parler d’une bulle pour une seule action n’a pas beaucoup de sens. Une action comme celle d’Amazon pourrait exploser en plein vol si du jour au lendemain la direction perdait sa vision et la qualité de son exécution. C’est peu probable, mais cela arrive. Ce fut par exemple le cas pour BlackBerry quand elle se fit doubler par Apple. Beaucoup d’espoirs avaient été mis dans l’entreprise et ils s’effondrèrent du jour au lendemain.

Ensuite, il faut qu’il y ait une inflation puissante suivie d’une contraction tout aussi conséquente. L’inflation est avant tout le fait d’acteurs qui ont une compréhension faible, voire nulle, des actifs dans lesquels ils investissent. En ce qui concerne la contraction, elle peut aller de 70 % à 95 % en agrégé ! On considère qu’un krach boursier a lieu quand un marché perd 20 % en quelques jours.

On m’opposera que les bulles n’ont pas toute vocation à éclater et que certaines peuvent simplement se contenter de dégonfler, mais en général dans ces cas-là, on en parle pas beaucoup.

Les différentes phases d’une bulle spéculative.

Le cas de l’immobilier et de la crise des subprime

Il est important de comprendre que la majorité des bulles sont invisibles avant qu’elles n’éclatent et que la transparence est importante dans le secteur de l’investissement.

Le marché immobilier fait souvent des bulles car il est fractionné entre de multiples acteurs (acheteurs, banquiers, obligations, banques centrales…) et est idéal pour la création de produits structurés ou non qui sont aussi incompréhensibles que décorrélés de la valorisation réelle des biens et de l’évolution de la vie des emprunteurs-débiteurs.

Dans le cas des subprime, grâce à un système pyramidal d’effets de levier, les pertes sont passées de 292 Mds$ à 887 Mds$ en un mois ! Voilà qui vous donne une idée de la taille des pertes et de la vitesse nécessaire pour qu’on puisse parler de bulle.

Zoom sur les IPO tech

La bulle Internet des années 2000 étant l’archétype des bulles boursières, intéressons-nous à l’évolution des IPO.

Copyright Mattermark © 2015
Sources : Mattermark Research, Crunchbase, AngelList
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Que voit-on ? D’abord, il y a une fièvre d’introductions en Bourse au début d’Internet qui culmine en 1999 avec 300 IPO ! On introduit bien moins de dossiers aujourd’hui. C’est en partie dû au fait que le private equity (capital-investissement) s’est largement développé. En 2000, les investisseurs étaient dans le flou. De nouveaux outils, des nouvelles technos avec très peu d’utilisateurs arrivaient avec des promesses de croissance phénoménale.

Quand on est face à une révolution complètement nouvelle comme celle de l’Internet, on tend forcément à investir partout et donc à créer une bulle. Mais la naissance de cette bulle est surtout liée au fait que la majorité des acteurs du financement était absolument incapable de comprendre leurs propres investissements !

Aujourd’hui, les analystes et les plateformes d’analyses sont nombreux. Nous disposons d’une meilleure compréhension de l’économie numérique et les risques de bulles sont donc moins grands.

Les valorisations des techs sont-elles surévaluées ?

Plutôt que de parler de bulles, il faut se demander si les valorisations ne sont pas trop élevées, si la croissance des entreprises est pérenne et donc si ses fondamentaux sont solides. Ça se discute. Y a-t-il des risques de pertes dans le secteur des techs ? Oui, évidemment. Comme dans tous les secteurs.

Le secteur peut-il perdre demain entre 60 % et 80 % ? Non, je ne le pense pas. Certaine actions perdront, voire seront rayées de la cote pour cause de faillite, mais ça, ce n’est pas une bulle, c’est le cycle de vie d’une entreprise.

Donc non, l’action Lyft ne forme pas de bulle. Même si pour les Français, il est difficile de le percevoir car l’entreprise est absente de notre pays, Lyft est en duopole avec Uber et dispose d’une très bonne image. Son problème est le même que celui de toutes les startups : elle doit encore grandir pour atteindre sa taille critique (seuil de rentabilité) et dégager des bénéfices, comme l’ont fait Netflix, Amazon et consorts. Y réussira-t-elle ? Pour l’instant personne ne peut le savoir !

En revanche, en achetant des actions Lyft, vous savez que Lyft doit tripler son nombre de courses pour atteindre son point mort. Si vous achetiez une obligation qui structure X prêts de personnes ayant acheté à Paris, vous ne sauriez rien !

Les chances de voir une bulle se former dans un secteur dont on comprend la valeur sont moindres.

Le cas du Bitcoin

Bitcoin : bulle ou pas bulle ? Malgré le désamour actuel des investisseurs pour l’univers des cryptos, le Bitcoin n’est pas une bulle, c’est une technologie nouvelle ultra-spéculative. Pour que ce soit une bulle digne de ce nom, il aurait fallu voir la taille de cet actif grandir encore plus. Si on compare à la bulle Internet, on peut dire que la taille de la bulle du Bitcoin fut assez faible pour une technologie aussi nouvelle ! Peut-on même dire que ce fut une bulle ?

Rien ne prouve que la technologie des tokens s’imposera dans le futur, mais on peut parier sur ce point. C’est de la spéculation.

Finalement, nous avons tendance à considérer comme des bulles tout secteur spéculatif où la volatilité est forte. Mais la forte volatilité concerne tous les secteurs où il est difficile d’évaluer la valeur d’un actif car elle n’existe pas encore et se base sur les promesses du futur !

Dans ces secteurs, une chose est sûre : le risque est grand mais la récompense aussi.

 

Arthur Toce a fait Epitech et investit en Bourse depuis qu’il a 15 ans. Après avoir travaillé chez Orange et SoftBank, il se consacre désormais en solo à sa passion : le capital-risque et l’investissement dans les technologies. Il conseille plusieurs startups dans le domaine de la blockchain et du esports et organise d’ailleurs un des plus gros tournois de Smash Bross européen.

 

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