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Le légendaire Moulay Ahmed Er Raïssouli

Publié par medisma sur 10 Octobre 2019, 19:47pm

Raissouli et son amie l'exploratrice anglaise Rosita Forbes

 

Beaucoup de ceux qui revenaient autrefois d’une visite de l’île de Mogador revenaient avec des récits et des descriptions emplis de mystère. De quoi en retournait-il ?

Prison de l'île de Mogador

 

Les visiteurs décrivaient l’île, ses murailles et ses canons, ses nombreux lapins, mais surtout des tessons de cruches et de restes de squelettes de ce qui fut autrefois une prison. Beaucoup de personnalités célèbres y passèrent. Mais rien ne donnait autant de frissons que l’évocation du célèbre Raïssouli.

Le légendaire Raïssouli y avait été enfermé…

À la fin du XIXe siècle, le rebelle Bou Hmara n'était pas la seule cause de souci au pouvoir du sultan : les Berbères rifains du Nord marocain ne connaissaient souvent d’autre loi que celle de leur long fusil. Ces montagnards rebelles faisaient fi de l’autorité du sultan, de ses caïds et des canons des vaisseaux européens. Parmi eux s’était démarqué un chef indomptable, entré dans la légende de son vivant :

Moulay Ahmed Er Raïssouli qui se prétendait être le descendant véridique de l'ancienne dynastie royale des Idrissides, et de ce fait, de la lignée du prophète Mahomet. Sa spécialité : le rapt d'étrangers dans le Nord du Maroc. Il fut à la source d’incidents multiples sur la scène internationale. Prétendant agir pour libérer le Maroc de la tutelle des étrangers, si ce n’est pas de l’abus des troupes du sultan, ce personnage jouissant de l’aura de chérif fut tout à la fois un mélange de révolutionnaire, de brigand des grands chemins, de despote, d'escroc et de hors-la-loi. Pendant quelques années, soit de 1889 à 1894, il fut incarcéré dans la prison de la Kasbah de Mogador et on dit qu’il y resta enchaîné à la muraille sans pouvoir se coucher. Il s’en sauva, fut capturé, rossé, et emprisonné à nouveau, mais dans la prison de l’île de Mogador cette fois-ci, avant d’être gracié par le sultan Abdel'aziz. Il se construisit un palais dans le style maroco-andalou à Arzila.

Il s’assagit alors?

Que non ! Incurable et récidiviste, il reprit ses activités lucratives de rapts, dont Walter Harris, correspondant du Times londonien. Lorsque le beau-frère de Raïssouli décida de prendre une seconde

épouse, il trouva sa seconde épouse et sa mère égorgées la veille de la nuit de noces. Un rival avait capturé un cheikh opposé à Raïssouli. Celui-ci le racheta pour 1500 $ pour le décapiter devant le seuil même

de sa maison.

La troupe eut raison de lui?

Raïssouli fut le plus redouté de tous les brigands du début du XXe siècle. Plusieurs expéditions militaires furent dirigées contre lui. Il réussit presque à chaque fois à s'échapper de façon surprenante.

Quand des émissaires se rendaient pour négocier la libération d'otages, Raïssouli les en faisait captifs. Cela ne faisait qu’augmenter les rançons exigées. 

ULTIMATUM AMERICAIN AU SULTAN DU MAROC :

PERDICARIS VIVANT OU RAÏSSOULI MORT

En 1906, les États-Unis envoyèrent un navire de guerre à Tanger, pour libérer un otage naturalisé américain du nom de Perdicaris. La même année, à la convention républicaine à Chicago, des membres du parti républicain affichaient le slogan : « Perdicaris vivant ou Raïssouli mort.»

Raïssouli consentit à libérer son otage américain Perdicaris aux mains du gouvernement marocain qui lui versa une rançon exorbitante (70 000 dollars) et qui de surcroît lui donna le titre de Caïd de la région de Tanger. Méfiant, Raïssouli dépêcha un suppléant qui agit comme bon lui semblait. Puis Raïssouli encouragea un de ses acolytes du nom d’Ould Barian à prendre par surprise la ville d’Arzila. Ces agissements de Raïssouli firent l’objet de menaces  de débarquement des Français et des Espagnols et Raïssouli ne fut que trop heureux de reprendre la ville à la demande d’Abdelaziz, d’autant plus que son ancien protégé avait développé des goûts d’indépendance. Il prit toutefois la précaution de forcer ses habitants à exprimer officiellement le vœu de le voir être nommé leur pacha ! 

Roosevelt - Raissouli à cheval - Perdicaris -

 

Il ne craignait personne?

Non, et il n’en faisait qu’à sa tête. Il apparut à la fête donnée par le  caïd de Bakhrein (non loin de Tanger) en l’honneur du mariage de son fils et lui trancha la tête pour le punir d’avoir été rendre hommage au nouveau pacha de Tanger. Le journaliste anglais John  Stick du Light, servait parfois d’intermédiaire à Raïssouli. Il négocia la libération du journaliste anglais Perry du Daily Dispatch, contre mille livres. Il fut lui-même enlevé et libéré contre sept mille livres sterling. Or, ce joueur invétéré qui avait perdu des sommes énormes au jeu, sembla baigner subitement dans la prospérité une fois libéré de sa condition d’otage. Les Tangérois commencèrent à se méfier de lui et de l’authenticité de son enlèvement. John Stick fut de nouveau à sec et de nouveau pris en otage. La rançon exigée de dix mille livres sterling ne vint jamais. Raïssouli relâcha John Smith après lui avoir coupé les oreilles. 

En 1906, le corps diplomatique entreprit une démarche collective pour protester contre la tyrannie de Raïssouli. Le sultan Abdelaziz destitua Raïssouli de ses fonctions de pacha d’Arzila et envoya ses troupes brûler son village Zanut situé à une vingtaine de kilomètres de la ville Tanger. Raïssouli s’en prit à un autre otage et ami intime du souverain Abdel'aziz, MacLean, anglais celui-là, qui fut libéré en échange de 20 000 Livres anglaises en 1908. Raïssouli avait également exigé et obtenu de devenir protégé anglais pour échapper à la juridiction du Makhzen. Il se présenta à la capitale Fès, rendit les 20 000 livres au nouveau souverain Moulay Hafid et devint le pacha d’Arzila.

Les choses changèrent-elles quand le Nord du Maroc fit partie du

Protectorat espagnol?

Loin de là. Durant le protectorat espagnol, Raïssouli fut décoré. Mais il se retourna contre les Espagnols lorsque ces derniers offrirent la fonction de pacha d’Arzila à une autre personne. Près de 40 000 hommes de troupe furent réunis pour le capturer, mais en vain.

Raïssouli entra en contact avec les Allemands en 1914. Selon Walter Harris, auteur de Morroco that was, Raïssouli se serait proclamé sultan durant la Première Guerre mondiale. Une autre attaque frontale des

Espagnols échoua lamentablement en 1919 et il fut déclaré hors-la-loi par les Espagnols en 1922. Cette résistance encouragea certainement les Rifains qui, sous la direction d’Abd El-Krim, se soulevèrent

massivement contre les Espagnols. Mais Raïssouli ne reconnut jamais l’autorité d’Abd El-Krim qu’il considérait comme un rival. Il mourut en 1925, peu de temps après son arrestation ordonnée par Abd ElKrim. 

Ce « sultan des montagnes » n’en aura fait qu’à sa tête. On lui  attribue la citation suivante : « Les Berbères sont mes serviteurs, les  Espagnols sont mes esclaves. Les Français sont mes ennemis, et les

Allemands sont mes alliés.» Ce personnage a marqué son époque au point où, dans son ouvrage Le Maroc inconnu, Auguste Mouliera écrivit : « A-t-on jamais vu un Rifain mourir de mort naturelle? Tous

périssent par le fer ou les balles. » Le Marquis de Segonzac, auteur de l’ouvrage Voyages au Maroc disait de Raïssouli : « C’est le plus redoutable rafleur de troupeaux et massacreur de bergers. Il acquiert ainsi, de bonne heure, un renom d'audace, de cruauté et de richesse, qui est l'auréole des grands aventuriers.» 

Le film Le lion et le vent datant de 1975 retrace les grands moments de Raïssouli dont le rôle est joué par l’acteur Britannique Sean Connery.

David Bensoussan 

 

Extrait du film “The Wind and the Lion”

 

Une scène du film "The Wind and the Lion" où le Sultan Moulay Abdelaziz joue au Bike Polo

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