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LE MAROC DE 1900 OU LES TRIBULATIONS D'UN JEUNE SULTAN

Publié par medisma sur 17 Septembre 2007, 19:56pm

Catégories : #lintegral

Le Maroc de 1900 ou les tribulations d’un jeune Sultan

 

A la mort du Régent Ba Hmad en 1900, le Sultan Moulay Abdelaziz devenait son propre maître. Et le cours naturel des événements allait placer le Maroc dans une situation imprévue. Le pays arrivait subitement au tournant de son histoire.

S-1-.M.Moulay-Abdel-Aziz--Sultan.JPGAutour du Sultan s’agitèrent une foule d’intrigues, tant marocaines qu’européennes. Le principal conseiller d’Abdelaziz fut au début Si Mehdi Menbhi, décrit par le professeur Augustin Bernard comme soldat de fortune, créature de Ba Hmad, inculte, mais intelligent et souple.

Ce conseiller proche du Sultan est en outre un parvenu d’origine obscure, personnage d’un calme effrayant, ambitieux et peu scrupuleux. Il voit dans une politique de réformes le moyen d’affirmer son ascendant sur le jeune souverain inexpérimenté ; et dans l’octroi de concessions ainsi que dans les nombreuses dépenses qu’exigera la modernisation du pays, les perspectives de belles commissions.

A partir de 1901, Menbhi eut pour rival au Makhzen Si Feddoul Gharnit, ancien conseiller du Sultan Moulay Hassan et personnage particulièrement  conservateur.

Enfin Si Abdelkrim Ben Slimane, moins réactionnaire que Si feddoul Gharnit,  moins novateur et moins anglophile que Menbhi, a cherché à s’appuyer sur la France pour consolider le pouvoir de son maître et sa propre influence.

Mais c’est surtout l’anglais Mac-Lean, ancien sous-officier de la garnison de Gibraltar, placé comme instructeur d’infanterie auprès de Moulay Hassan, qui prit rapidement , après la mort de Ba Hmad, une grande influence sur le Sultan.

 Moulay Abdelaziz, sous l’influence de ses conseillers, scandalise dés le début de règne les traditionalistes et les partisans de l’antique immutabilité. Occupé de futilités, le Souverain ne soupçonna guère la gravité des circonstances. Son inconscience précipita les événements qui, de toutes parts, le débordèrent.

abulaz1894-1908-2.gifOn le vit, vêtements retroussés, jouer au tennis, monter à bicyclette, conduire un chien installé dans une niche placée à l’arrière du cocher, monter une voiture, faire de la photographie et prendre des clichés des femmes de son harem et se faire photographier dans des poses les plus comiques. On le vit en outre s’habiller en officier russe ou anglais, jouer au billard, au ballon, aux cartes et faire porter à ses concubines des robes de soie, des perruques et des chapeaux à plumes. Il semble même prendre plaisir à se déplacer de son palais au jardin de Dar Dbibagh à Fés dans un chemin de fer Decauville qu’il fit venir d’europe. Il installa une ménagerie royale à Dar Makhzen abritant lions, tigres, panthères et même un ours blanc. Le lot entier fut ramené d’Allemagne par le fameux Si Mehdi Menbhi. Mais l’amusement le plus singulier auquel se livrait Sa Majesté, consistait à tirer, en plein jour, des feux d’artifice… ! 

Sa vie intime est aussi des plus singulières : Le Sultan ne s’est pas conformé aux traditions ancestrales. Il n’est pas encore marié, dédaigne ses concubines et se contente de mener joyeuse vie avec quatre circassiennes soldées par l’argent de l’emprunt…. 

bluettesanslicence-1.jpgTout ce qui était nouveauté et fantaisie attirait Moulay Abdelaziz. Prodigue, de caractère faible, capricieux et imprudent, il était néanmoins bon et d’esprit curieux. En ouvrant toutes grandes les portes de son palais à des aventuriers étrangers et à des nullités makhzéniennes et en procédant à des dépenses extravagantes pour satisfaire ses caprices et curiosités, il compromit gravement les finances du Maroc tout en parvenant à se rendre impopulaire.

Pourtant, le jeune monarque , comme l’écrivait Harris dans le National Review, est doté d’une vive intelligence : « Il a acquis en peu de temps, un remarquable talent de photographe, et les résultats qu’il obtint feraient honneur à un homme de métier. Il ne se contente pas de développer et de tirer lui-même ses épreuves, il les colle, les monte, les encadre et sait donner à tout ce qui sort de ses mains un cachet artistique. Le Sultan ne porte guère moins d’intérêt aux autres conquêtes de la science moderne. Il ne lui suffit pas de voir fonctionner sous ses yeux un téléphone, une lampe électrique ou tout autre de ces appareils où la plus mystérieuse des forces de la nature asservie à la volonté de l’homme produit chaque jour des miracles, il lui faut des explications. Le Sultan veut élucider jusque dans les plus petits détails une infinité de questions d’ordre scientifique qui, pour être comprises à fond, exigeraient des connaissances spéciales extrêmement étendues. Cet impérial photographe qui prend des instantanés de son règne et qui, dans les audiences solennelles où il reçoit le personnel de la légation britannique, regrette de n’avoir pas sous la main son appareil pour prendre sur le vif le portrait de l’attaché militaire dont le bonnet à poil excite son attention à un bien plus haut degré que les paroles prononcées par le Ministre plénipotentiaire ; ce descendant des  Alaouites qui manifeste un intérêt si prononcé pour les inventions et les découvertes de la science occidentale, a su pourtant conserver intact une des plus anciennes traditions de son empire et de sa dynastie. Le Sultan n’apprécie pas les raffinements de l’art culinaire qui fleurit dans la vieille Europe ; les cuisines impériales du Maroc sont restées une institution d’Etat qui n’a subi aucune modification depuis le dix- septième siècle.

Il ne fait pas de doute que le Sultan est animé des meilleures intentions, mais il est très gêné par les influences de son entourage. Avec des vizirs honnêtes et aux idées larges, il y aurait toutes les raisons d’espérer une période de jours meilleurs pour le Maroc….. ».    

Malheureusement, le jeune souverain est devenu le jouet des influences rivales qui s’affrontent à la cour : intrigues de coteries se disputant le pouvoir ; opposition entre ‘conservateurs’, regroupés derrière le grand vizir Gharnit et les ‘réformistes’, partagés entre le clan du ministre de la guerre Menbhi qui préconise une politique de réformes avec l’appui de l’Angleterre et de l’Allemagne et le clan du ministre des affaires étrangères Ben Slimane qui recommande une collaboration étroite avec la France.

Les penchants du Sultan le portent du côté des réformistes, voire des modernistes portés par Menbhi. IL se débarrasse aussitôt de la tutelle encombrante des anciens familiers de la cour et accorde sa confiance à Menbhi, promu au rang de favori tout-puissant, et annonce son intention de promouvoir une politique de réformes.

Six années après son intronisation, la colère gronde contre le souverain, accusé de dilapider le Trésor par ses enfantillages, de livrer le Maroc aux étrangers et de renier l’Islam. Les éléments religieux et traditionalistes se regroupent pour lancer à travers le pays une campagne de dénigrement contre le Sultan. Leur force vient surtout de l’appui des organisations et confréries religieuses qui accusent Abdelaziz d’impiété : à leurs yeux, celui-ci n’est plus qualifié pour demeurer le chef des croyants.   

 Le discrédit qui frappe la personne de Abdelaziz rejaillit sur l’ensemble du Makhzen. Des soulèvements éclatent. En 1901, le pacha de Sefrou entre en dissidence, les tribus de la région de Meknès se révoltent. Les mécontents envisagent un changement du trône. On parle du frère aîné du Sultan, Moulay Mhamed, dont on vante la piété et l’attachement aux valeurs traditionnelles et qui mène une vie retirée dans un palais de Meknès où Ba Hmad l’avait enfermé à la mort de Moulay Hassan. Le désarroi est tel dans les esprits qu’à l’automne 1902, un intrigant dénommé Jilali  ben Driss Zerhouni el Youssoufi, originaire du village Ouled Youssef dans le Zerhoun, connu sous le nom de Bou Hmara, joue de sa ressemblance avec le frère aîné d’Abdelaziz et se fait proclamer Sultan, sous le nom de Moulay Mhammed par les tribus de Ghiata. Le nombre de ses partisans grossit rapidement. L’armée sultanienne, désorganisée et mal payée, se débande au premier choc. Bou Hmara s’empare de Taza, où il installe son embryon de gouvernement, soulève tout le Maroc oriental et proclame la guerre sainte contre le Sultan traité d’ « impie ».

 Une ère nouvelle, pleine d’incertitudes, débute alors pour le Royaume Chérifien…..

 

                                                                                  Medisma

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