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le blog lintegral

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Un emprunt fatal

Publié par medisma sur 13 Février 2008, 22:29pm

Catégories : #lintegral

Quand  la Finance et  le Politique se coalisent contre l'ordre établi  !

Le 12 juin 1904, Le Sultan du Maroc Moulay Abdelaziz approuva un contrat d’emprunt avec un consortium français ayant pour  chef de file,  la banque Paribas. Cette opération financière, inspirée par les autorités de la République, fut un contrat de dupes. Ou plutôt, une escroquerie  de maître: 
Les conditions de l'accord  se présentaient comme suit :

Montant nominal de l’emprunt :          62,5 millions de francs.

Taux d’intérêt                        :             5%

Durée d'amortissement         :           35 ans

Remboursement                    :            par mensualités à partir du 15 octobre 1904
Commission et frais d’émission   :           12,5 millions.

Prélèvement à titre de fonds

de réserve                              :           2 millions                          

Montant affecté  au remboursement 
des emprunts contractés auprès 
d'autres nations                            :          22,5 millions                             

Montant affecté au remboursement

des dettes personnelles du Sultan      :         15,5 millions

 

                                          -----------------------------------------                                               

   Total des prélèvements :             52,5 millions                                     

   Solde :                                      10 millions de francs.

 

undefinedEt ces 10 millions furent bloqués à Paris jusqu’au fonctionnement régulier du service de la dette. Quant au réglement de l'emprunt, il devait s'effectuer par mensualités à partir du 15 octobre 1904, alors que les intérêts sur l’ensemble de l’emprunt couraient depuis le 1er juillet de la même année !

Le Makhzen n’obtint fdonc que 10 millions cash tout en s’engageant à rembourser 62,5 millions ainsi que les intérêts qui leur sont afférents.

Et ministres et proches du Sultan perçurent 2 millions de francs de 'pots de vin', réglés discrètement par la Banque de Paris et des Pays-Bas et ce, en récompense de leur concours :

-Mohamed Tazi, ministre des Finances ; Abdelkrim ben Sliman, ministre des affaires étragères ; Mohamed Guebbas, ministre de la guerre ; Omar Tazi, frère de Mohamed et favori du Sultan, obtinrent chacun 500.000 francs.

 Face à un entourage corrompu, à la pénible situation d’anarchie générale dans le pays , aux intrigues des puissances étrangères et aux appétits cauteleux français, Moulay Abdelaziz appréhendait avec tristesse la banqueroute de son régime. Par ailleurs, afin d’assurer le service de l’emprunt, il avait dû abandonner 60% des recettes douanières et ce, pour toute la durée de l’amortissement, soit jusqu’au 1er juillet 1941.

mariannemaroc.jpgCette lourde charge aggrava évidemment ses embarras financiers auxquels l’emprunt n’avait même pas apporté un soulagement momentané. A la fin de l’année, il ne subsistait presque rien des 10 millions. Le Sultan devait envisager un nouvel emprunt. En décembre, El Mokri, haut fonctionnaire makhzénien, se rendit à Paris pour solliciter plusieurs dizaines de millions gagés sur les propriétés de l’Etat dans les régions de Tanger et de Fés : Le cycle infernal de l’endettement reprit de plus belle !

      Le Maroc s’engouffrait dans une crise inextricable et les banques françaises réalisèrent d’énormes bénéfices sans débourser un sou.

En effet, l’emprunt était couvert par une souscription publique de 125.000 obligations au porteur, d’un montant de 500 francs chacune. Le consortium reçut donc des souscripteurs 62 millions et demi, mit à la disposition du Makhzen 10 millions, remboursa la totalité des emprunts et dettes anciennes d’un montant global de 38 millions et ce, afin que la France demeurât l’unique créancière du Maroc et s’octroya 14 millions et demi de francs. Il réalisa en outre un profit plus important grâce à la spéculation boursière.

Après une habile campagne de presse autour du Maroc et l’appui sans faille du gouvernement français au consortium, le public paraissait mordre à l’appât. Paribas annonça le 20 juillet l’ouverture de l’émission publique. Et l’on se précipita aveuglément aux guichets des banques pour souscrire au taux officiel de 462,50 francs. Mais les banques répondirent qu’elles n’avaient plus de titres. Les candidats souscripteurs étaient alors amenés à se tourner vers la bourse où les obligations venaient d’être inscrites à la côte officielle au cours de 488.50 francs. Et à nouveau, sans plus de succès ! Car à la suite de négociations douteuses et secrètes, toutes les transactions étaient détenues par les banques et leurs intermédiaires. L’afflux de la demande provoqua évidemment une vive hausse des obligations. Le cours dépassa immédiatement le pair (sa valeur nominale) pour atteindre 529 francs courant Août. Les financiers vendirent alors progressivement les titres qu’ils ont accaparés. Or, chaque obligation de 500 francs n’avait coûté réellement que 384 francs aux banques émettrices puisque le montant effectif du prêt consenti au Maroc était de 48 millions seulement { 62,5 – (12,5 + 2 ) }. Ce qui représentait un gain minimum par titre de 140 francs. Comme le nombre des obligations s’élevait à 125.000, la transaction rapporta globalement plus de 17 millions et demi de francs que les membres du consortium se partagèrent en proportion de leur participation à l’emprunt : Société Marseillaise ( 14,10%), Société de Paris et des Pays-Bas (12,8%), Comptoir d’Escompte (12,8%), Société Générale ( 12,8% ), Banque Française pour le Commerce et l’Industrie ( 9,6% ), Banque Allard  (9,6% ), Crédit Algérien(6,4%), Banque de l’Indochine

(6,4%), Comptoir Industriel et Commercial (6,4%), Banque Ottomane (5,10%), Banque de l’Union Parisienne ( 4%). Ce fut une frauduleuse opération financière, exécutée en toute «  légalité » et cautionnée en sus par le gouvernement français !

undefinedDe cette exploitation du Maroc et du souscripteur français alléché par la caution de son gouvernement, toute la haute finance française s’était faite complice, tandis que les milieux officiels de l’Hexagone encourageaient le consortium pour des intérêts politiques évidents : la main mise progressive de la France sur le Royaume Chérifien.

Les autorités françaises exultaient: Droit de préférence reconnu par le Maroc au consortium pour les emprunts futurs, privilège pour l’achat et la vente d’or et d’argent octroyé à ce même groupement de banques et enfin,  l’engagement chérifien de lui confier la fondation d’une banque d’Etat du Maroc.

Ces avantages inouïs, conjugués à la mise en place d’un service de la dette, étaient le prélude d’un contrôle financier de l’hexagone sur les finances du pays que confirma la présence dans chaque port de fonctionnaires français chargés d’assurer le prélèvement journalier de 60% des recettes  affectés au service de l’emprunt.

Escroquerie donc, déloyauté de vizirs, atteinte à la souveraineté chérifienne, extravagance des clauses financières et contrôle des douanes du Royaume constituèrent les ingrédients de base de l’emprunt de 1904 qui plaça le Maroc sous tutelle française, à la fois financière et en partie politique : le Politique et la finance étant évidemment intimement liés. 

La France jugea alors la « proie marocaine » mûre et décida d’asseoir désormais sa domination. A cet effet, une ambassade destinée à imposer au Sultan un vaste programme de réformes fut envoyée à Fés en janvier 1905 sous la conduite de M. Saint-René Taillandier. Cette mission apparaissait comme la suite logique des décisions du contrat d’emprunt. Le ministre de France devrait en effet négocier la fondation par le consortium d’une banque d’Etat qui aurait le monopole de la frappe monétaire, de l’émission de billets et prendrait en charge le service de trésorerie du gouvernement marocain. Saint-René Taillandier amorcerait ensuite la conclusion d’un nouvel emprunt.

En effet, les clauses du contrat de 1904 avaient été soigneusement calculées pour aggraver la situation financière du Makhzen, le contraindre à solliciter un nouveau prêt et lui dicter des conditions encore plus dures : emprunt de consolidation de 150 à 200 millions de francs gagés sur l’ensemble des revenus du Trésor et accompagné de concessions de travaux publics, de la réorganisation de l’armée et de la nomination d’un conseiller français qui assurerait la gestion financière pays.

Exploitant sans tarder son succès de 1904, le Quai d’Orsay s’apprêtait donc à instituer un véritable protectorat….

                   Ce qui fit par ailleurs écrire à Guy de Maupassant dans ‘ Bel Ami ’ :

 

 « Ils vont s’emparer du Maroc !… C’était une grosse affaire préparée dans l’ombre….

Oh ! c’est très fort ce qu’ils ont fait. Très fort….Vraiment, c’est de premier ordre. Ils ont racheté tout l’emprunt du Maroc…. Ils l’ont racheté très habilement par le moyen d’agents suspects, véreux qui n’éveillaient aucune méfiance…On va faire l’expédition…L’Etat français garantira la dette….Nos amis auront gagné Cinquante ou soixante millions. Tu comprends l’affaire ? »

                                                                                  Medisma

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