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le blog lintegral

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Casse à la Générale : Toute la Vérité sur l'affaire Soc Gen / JK (1ère partie)

Publié par medisma sur 2 Juillet 2008, 12:28pm

Catégories : #lintegral

- Que reproche la Société Générale* à  son ex-trader Jérôme Kerviel ?

               Selon la Société Générale, la Banque a été victime d’une fraude gigantesque au sein de la section de courtage pour compte propre. Le trader J.K est sorti du « cadre de son activité normale d’arbitrage » et avait pris des positions largement supérieures aux limites autorisées, essentiellement sur trois indices européens (Dax, Eurostoxx et Footsie). Ces positions sont, d’après Philippe Citerne, no 2 de la Banque, « massives, frauduleuses et directionnelles » de l’ordre de 50 milliards d’Euros ; ajoutant que la ‘fraude’ porte sur des positions ouvertes depuis le début de l’année 2008, notamment sur les 15 premiers jours de janvier et que J.K avait ouvert et fermé plusieurs positions successives avec des couvertures fictives. D’après la Banque, il annulait ses positions bénéficiaires par des positions non réelles, déjouant en permanence les contrôles instaurés et usurpant les codes d’accès informatiques appartenant à des opérateurs.   

  Au dire de son PDG, « le vendredi 18 janvier, les systèmes de contrôle de la banque ont fait apparaître une anomalie et en remontant les fils de ce montage….les positions frauduleuses ont été reconstituées….et dimanche à midi, le staff disposait finalement d’une photographie du risque énorme et totalement anormal auquel la SG était exposée ». L’affaire a ‘viré à la tragédie grecque’ aime à répéter Daniel Bouton.

  Une plainte a été aussitôt déposée contre J.K pour « escroquerie, faux en écriture, usage de faux et intrusions informatiques »

   Et la Banque a choisi, dés lundi 21 janvier et dans les pires conditions de marché (en plein effondrement des bourses), de liquider des positions de 50 milliards d’euros ! Et le débouclage  qui a duré trois jours de suite  (du lundi à mercredi) a enfanté une perte gigantesque de  6,4milliards d’euros (chiffre exact) !...‘Est-ce de la malchance au carré ' comme l’a résumé Daniel Bouton ?

  Probablement oui, puisque à ces énormes pertes dues au débouclage des positions, s’ajoutent celles dues aux Subprimes d’un montant déclaré de 3,1 milliards d’euros. Soit une perte globale subie par la Société Générale d’un montant de 9,5 milliards ! Et pour Daniel Bouton, « ce qui est arrivé à la société Générale n’a rien avoir avec une catastrophe qui aurait été le fait de notre stratégie. Cela n’est pas non plus le fruit d’une appréciation totalement fausse de nos risques. Cela s’apparente à un incendie volontaire, qui aurait détruit une grosse usine d’un groupe industriel » !

    Et de s’exclamer par ailleurs, que cela est arrivé par la faute de ce trader « terroriste et escroc….d’une vive intelligence ».

    Ne cherchez donc point, chers lecteurs, le ou les responsables de la tragédie : « il a agi seul, a été formellement  désigné par Monsieur Bouton , l’intention de nuire de l’accusé est volontaire, dit-il ; c’est un  parfait escroc, un dangereux terroriste…quoique particulièrement ingénieux » !

   Monsieur le PDG, ex-inspecteur de finance et expert en matière de gouvernance des entreprises,  s'est désormais attelé à sauver les meubles en montant prioritairement en urgence une opération de sauvetage par l’augmentation de capital de la Banque afin de compenser la gigantesque ardoise de 8,5 milliards d’Euros!

                Tel est en substance, le résumé succinct de la version  officielle de la Soc Gen....

 *La Soc Gen est une institution financière de 130 000 employés, 9 millions de clients particuliers, 200 milliards d’Euros de dépôt et d’épargne aux guichets. Mais elle est aussi considérée mondialement comme la banque par excellence des produits dérivés.



II- Jérôme Kerviel : l’homme, le trader

           Il est né le 11 janvier 1977 à Pont-Labbé, une petite Bourgade bretonne de 8000 habitants, dans un coquet pavillon en granit. D’un père enseignant en chaudronnerie dans un centre d’apprentissage professionnel et d’une mère gérante d’un salon de coiffure ‘Chez Marie Jo’, les Kerviel forment une famille aisée, soudée et catholiques pratiquants.

           Jérôme, comme son frère Olivier, pratiquent dans leur enfance le football et le voile. A la fois charmant, discret et sérieux, il s’impose vite à ses copains et devient capitaine de l’équipe poussins locale. A la même époque, il décroche la ceinture marron de Judo. Son père qu’il aimait tant, décède d’un cancer fin 2005.

           Le souvenir de Jérôme que retiennent les habitants de Pont-Labbé, est celui d’un jeune ‘ bien élevé et bon élève ‘. En effet, bon élève, il l’était au Lycée Laennec de la petite ville. Il passe son bac ES en 1995, s’inscrit à la fac de Quimper en première année de Deug économie gestion, rejoint celle de Nantes l’année suivante, obtient une licence de finance, puis achève ses études de Lyon II où il décroche un DESS de finance de marché avec mention assez bien. Cette université prépare ses étudiants aux métiers du middle et du back-office au sein des salles de marché.

            Recruté par la Société Générale en août 2000, il est affecté au middle office en tant que chargé de contrôle. Deux années plus tard, il est promu assistant trader. Et en 2004, il devient trader au front-office, là où exercent majoritairement des matheux genre polytechniciens.

            Son ascension exceptionnelle dénote de ses qualités professionnelles indéniables et de la confiance que lui portent ses directeurs hiérarchiques. Ce qui rend jaloux ses collègues traders qui le considèrent comme un intrus en raison de son cursus universitaire et du fait qu’il est le seul dans ce cas. En effet, le système français privilégie les diplômes initiaux davantage que la compétence et la méritocratie.

            Qu’à cela ne tienne ! Jérôme Kerviel est au-dessus de la mêlée. Sérieux, assidu, calme, surdoué, confiant et discret, il continue d’évoluer avec succès. Beau comme un ange, le Tom cruiser de la finance, n’est ni dépensier, ni frimeur, ni extravagant. Tout le sépare de ses collègues traders.

             A Neuilly où il réside, ses voisins le décrivent comme ‘ un jeune homme charmant, n’ayant nullement l’air stressé’. Et pour l’anecdote, J.K louait un coquet petit appartement de 50 m2 juste au-dessus d’une petite boutique de produits discount au nom étonnamment ‘prémonitoire’ « la descente aux enfers » et on rapporte que parfois, c’est Olivier Besançonnot, ce postier, leader politique et ex-candidat à la présidentielle, qui distribue son courrier.

 

            Et inopinément, ce jeune et talentueux trader va essuyer un lynchage inouï sans précédent de la part de certains médias pour « être l’unique responsable  » d’une perte financière gigantesque de 48,2 milliards d’euros, subie par son employeur la Société Générale sur les marchés à terme des produits dérivés.

            Sur J.K pleuvent désormais d’horribles qualificatifs : le fraudeur, le perfide, le saigneur, le sous-fifre, le voleur, le tricheur, le trader fou, le rogue trader, l’auteur de la casse à la Générale voire l’Albert Spagari de la Finance.

            Quant à la Générale, elle n’a fait qu’exciter le sentiment de compassion de ces médias qui partagent le chagrin de cette institution financière modèle, ébranlée jusque dans ses fondements par ce « terroriste et escroc qui s’est enfuit pour échapper aux poursuites », selon les déclarations mêmes de son PDG modèle.

           

          Or, notre « terroriste escroc » n’a tué personne, n’a aucunement pris la fuite puisqu’il était sous la protection de sa Banque et s’est présenté de plein gré à la police quand celle-ci cherchait à l’auditionner. Il n’a procédé non plus à aucun détournement, ni volé, ne serait-ce qu’un centime à la Générale.

             Jérôme Kerviel n’est pas riche : Il ne perçoit aucun dividende et ne possède guère de stock options  à l’instar de ses grands patrons. C’est un salarié qui ne vit que de son salaire et éventuellement de ses bonus. Seul son labeur lui procure les moyens d’une existence décente.

            

              Cet acharnement  médiatique n’aura qu’un effet contraire :

       

    Les autorités de l’Etat, à qui la Banque a caché la vérité plusieurs jours durant, ne se sont à aucun moment prises à Jérôme.

     Et les jeunes et moins jeunes du monde entier, dans un élan spontané, se sont majoritairement solidarisés avec J.K. Des millions de messages de soutien fusent de partout : De la France à l’Argentine, du Canada à la Russie, de la Chine au Japon, de la Pologne à l’Afrique du Sud.

        Star du Net, héros de la Toile, J.K est devenu une icône !

 

   

 

 

 

   Il a exercé en tant que trader au sixième étage d’une tour de la Défence au desk Delta One, la plus prestigieuse des six salles de marché de la SocGen, celle des dérivés actions où la banque est le leader mondial. Et à l’instar de tout trader, il est appelé à « jouer » de l’argent pour un  montant maximal non défini contractuellement. Et la finalité du « jeu », est de dégager des gains substantiels pour l’institution financière pour laquelle il travaille et ce, en jouant sur la différence des cours.

    J.K n’est donc qu’un spéculateur (trader en anglais) au service d’une entité financière,  et dont l’activité, quoique lucrative s’avère plus ou moins risquée.

    

          Mais à quelle catégorie de traders appartenait-il et quelle activité exerçait-il au sein du front-office ?

 

-         Etait-il un scalper ou tick-trader qui prend et dénoue un grand nombre de positions dans la même séance et ferme ses positions en fin de journée ?

-         Etait-il un day-trader qui adopte une seule position pendant une séance qu’il termine en position fermée ?

-         Etait-il un long terme trader qui prend des positions sur plusieurs séances ?

-         Etait-il un arbitragiste qui, profitant de divergences de prix économiquement inexpliquées sur les différentes places financières, fait des arbitrages, c'est-à-dire des achats et reventes immédiates d’actifs ou instruments équivalents pour tirer profit de la différence des cours et dégager des gains assurés sans débourser un euro ?

  

  Selon les déclarations des responsables de la SocGen et le flot des « révélations » des médias, J.K. est présenté comme un arbitragiste sur les contrats à terme(futurs) des indices boursiers européens et principalement le britannique ‘Footsie’, l’allemand ‘Dax’ et l’européen ‘Euro stoxx’.

 

                     Quant à la réalité, elle est toute autre :

 Jérôme spéculait à la hausse comme à la baisse et ce, à l’instar d’un long terme trader.

    Et le risque presque nul portant sur l’écart entre les indices (dans le cas de l’arbitrage) s’est mué ipso facto en une exposition au risque très élevée, du fait de la prise de positions spéculatives directionnelles (acheteuses ou vendeuses) du trader. Et là, c’est un autre jeu, où les gains et les pertes peuvent être colossaux !

   Enfin ! Nous disposons d’une réponse à notre  interrogation au sujet de l’activité de J.K au sein de la direction ‘Actions et Dérivés Actions’de la SocGen.

L’audit effectué par  l’Inspection Générale de la Banque pour le compte de son conseil d’administration et dont le rapport vient d’être publié, définit dés ses premières lignes, la nature de l’activité de Jérôme.

Ce rapport confirme finalement et d’une certaine manière, qu’il s’agit bien d’un trader « mutant »  effectuant les activités de ‘trading’ suivantes :

   - intervention sur les marchés à terme en vue de réaliser des transactions dans l’intérêt de l’institution, 
 - arbitrage pour compte propre.

Et que, selon l’Inspection Générale, ces activités « n’ont pas vocation à la prise de positions, à la hausse ou à la baisse, si ce n’est d’une manière résiduelle, pour une courte durée, et dans les limites strictement définies ».

             Il est à constater de prime abord que le rapport d’audit n’énonce nullement, et d’une manière explicite, c'est-à-dire claire, complète et formelle :

1-      Le détail de l’activité impartie à J.K  sur les marchés à terme, 

2-      et ne donne aucune explication, ni aucun détail de ce qui est énoncé comme « manière résiduelle ». Pourtant, cette ‘notion’ est directement liée aux transactions effectuées par Jérôme sur les marchés à terme.

3-       ni la fréquence autorisée pour ces interventions,

4-      et ne précise aucunement la durée réelle de ce qui est appelé « courte durée ».

                 Quant au ‘trading’ d’arbitragiste, le rapport le définit et l’explique d’une manière appropriée et lui réserve neuf lignes, contre seulement une ligne et demi à la définition et à la présentation de l’activité du trader sur les marchés des produits dérivés ; activité qui nous intéresse pourtant en premier lieu, puisqu’elle porte  sur les transactions dites « frauduleuses ».

 

 

              Nous pensons avoir suffisamment ‘débroussaillé’ l’affaire et que l’enchevêtrement qui l’entourait  était dû pour l’essentiel à la politique de communication du staff qui s’est recroquevillé dans ses tours, laissant certains médias plonger dans l’exhibitionnisme du sensationnel et la diabolisation de Jérôme Kerviel !

 

IV- Qu’a fait  réellement Jérôme Kerviel ?

JK avait un objectif précis : Faire gagner beaucoup d’argent à sa banque, lui en faire la surprise tout en faisant montre de capacités et potentialités indéniables dont il est pourvu.

 Pour ce faire, il a élaboré une stratégie bien au point :

   Il prend des positions sur les marchés à terme qu’ils couvrent par des transactions fictives en exploitant essentiellement deux procédés à savoir :

-         les transactions à départ différé, c'est-à-dire avec une date de valeur largement postérieure à la date des opérations et qui ne sont confirmées que quelques jours avant leur débouclage, ce qui lui laisse le temps de les annuler pour les remplacer par de nouvelles transactions.

-         la  saisie de transactions en sens inverses dite ‘Achat/Vente’.

Cette technique lui permettait d’éviter les appels de marge, de masquer ses gains ainsi que les montants des nominaux engagés.

    Cette activité, débutée en 2005, s’est prolongée jusqu’au jour fatidique du vendredi 18 janvier 2008. Et à plusieurs reprises les nominaux engagés étaient énormes. Citons les principaux :

    - à partir du 02/2006 :       135 millions d’Euros      sur actions

    - au 30/06/2007         :         28 milliards d’Euros     position courte de futures sur indices

    - au 31/10/ 2007        :         30 milliards d’Euros             - idem-

    - novembre 2007       :       370  millions d’Euros     position directionnelle sur actions

  

  fin nov. 2007 : débouclage des positions et réalisation d’un gain de 1,5 milliard d’Euros

   

    - au 18 janvier 2008 :      50 milliards d’Euros    positions longues de futures    sur indices (Eurostoxx et Dax)

 

V- Comment le pot aux roses a été découvert ?

   Le 31 décembre 2007, pour dissimuler son résultat annuel de 1,5 milliards d’Euros, il invente des opérations perdantes en optant pour 8 forwards avec une contrepartie interne Clikoption qu’il modifie immédiatement en la remplaçant par la banque Baader, et ce suite aux interrogations du service RISQ qui découvre que la position de JK est élevée, voire hors norme.

   Le calcul du ratio cooke par les Affaires Financières et Comptables de la banque fait ressortir le 15 janvier un dépassement de plus de 3 milliards d’Euros par rapport aux seuils dits « réglementaires ». Normal, car le choix de Baader est particulièrement inhabile surtout que c’est une contrepartie inhabituelle de Soc Gen et il n’existe guère de contrat cadre entre le deux établissements. De ce fait, les risques sont très élevés. Une réunion  est alors organisée le 17 janvier en présence de JK qui leur affirme que c’est la Deutche Bank sa vraie contrepartie. Après recalcule du ratio cooke, tout devient conforme. Néanmoins, on réclame à Kerviel la confirmation de l’ordre passé par la Deutche Bank…. Le lendemain, un des chefs de service contacte directement la Deutche Bank et découvre que les opérations des 8 forwards relèvent de la pure fiction !    

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