Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

le blog lintegral

actualités, économie et finance, nouvelle technologie, entrepreneuriat, histoire et colonisation...


Ces dangereux banquiers...

Publié par medisma sur 26 Septembre 2008, 23:49pm

Catégories : #lintegral

Le patron de Lehman Brothers a fait couler sa banque pour un salaire de 17 000 dollars de l’heure

 Seriez-vous capable de prendre en main une entreprise parfaitement saine, créée voilà cent cinquante-huit ans, et de la réduire en poussière ? Si c’est le cas, votre rémunération n’est sans doute pas à la hauteur de votre potentiel”, ironise Nicholas Kristof dans The New York Times. L’homme qui a réussi un tel tour de force, Richard Fuld, le patron de Lehman Brothers, “a ramassé près d’un demi-milliard de dollars entre 1993 et 2007”. Le 15 septembre, la vénérable banque d’affaires qu’il dirige s’est placée sous la protection de la loi sur les faillites : elle avait financé trop d’actifs à risque, avec trop peu de capital. L’an dernier, reprend l’éditorialiste, Richard Fuld a gagné à peu près 45 millions de dollars, ce qui revient à “17 000 dollars de l’heure pour couler une firme”. Et de conclure : “Si vous êtes prêt à abattre une entreprise pour moins que ça, posez votre candidature auprès de Lehman Brothers

 
Et Nick Leeson de s’interroger sur l’impunité des ces dangereux banquiers…

  Moi, j’ai fait de la prison, s’insurge Nick Leeson, le trader britannique condamné pour la chute de la banque Barings en 1995…


Les marchés financiers de la planète restent dans l’oeil d’un cyclone économique d’une force exceptionnelle. Les artisans de cette fantastique liquidation financière ? Les banques elles-mêmes. Les marchés, totalement désordonnés, se révèlent incapables de résoudre la situation par eux-mêmes, et sont à la recherche d’un sauvetage par l’Etat. L’expression “gestion du risque”, à la mode sur les places financières depuis la faillite de la banque Barings en 1995, est de toute évidence un oxymore. Des institutions financières américaines comme Bear Stearns, Fannie Mae et Freddie Mac, Merrill Lynch, Lehman Brothers et, aujourd’hui, AIG et Morgan Stanley, connaissent de graves difficultés financières. Deux d’entre elles ont déjà coulé, et les autres doivent chercher de quoi se renflouer.

 

En Grande-Bretagne, les problèmes de Northern Rock [cette banque a été nationalisée] sont bien connus, et la spéculation et l’incertitude croissantes ont conduit au rachat de la banque HBOS par la banque Lloyds. Le système bancaire britannique est techniquement insolvable : l’encours des prêts et hypothèques s’élève en effet à 256 milliards de livres [322 milliards d’euros], pour des dépôts de seulement 160 milliards de livres [201 milliards d’euros]. Une réévaluation des distribuées par les banques centrales. Le 18 septembre

dernier, pas moins de 180 milliards de dollars de liquidités ont été injectés sur les marchés monétaires mondiaux.

Les auteurs de ce roman d’épouvante – les banques elles-mêmes – ne sont pas seulement techniquement insolvables. Elles sont également moralement en faillite. L’origine de ces problèmes remonte à plus de dix ans, et la crise des subprimes il y a 18 mois est venue les exacerber. A l’échelle tant microéconomique que macroéconomique, le crédit est devenu bien trop facile d’accès, entreprises et particuliers augmentant leur exposition au risque à un rythme record, jusqu’à des niveaux records. Qui sont les responsables ? Ces banquiers même qui vous ont convaincus que vous pouviez sans problème prendre un énième crédit. Ces banquiers mêmes qui ont convaincu tous les promoteurs immobiliers en herbe de s’endetter pour dynamiser leurs portefeuilles et accroître leur volume d’affaires. Tout aussi coupables, les banques d’affaires, qui ont emballé les crédits hypothécaires à haut risque en paquets exotiques et ont fait du porte-à-porte dans les entreprises pour leur vendre ce produit d’investissement des plus fantastiques. Pour le dire simplement, les banques font preuve d’un comportement irresponsable depuis dix ans et mettent en péril le bien-être de tous. Il y a encore seulement trois ans, n’importe qui pouvait obtenir n’importe quel crédit. A mon retour de Singapour en 1999, j’étais tenu pour responsable des 862 millions de livres [1,1 milliard d’euros] de pertes qui avaient provoqué l’effondrement de la plus vieille banque d’affaires britannique, et j’étais personnellement redevable de 100 millions de livres [125 millions d’euros]. Et pourtant, en l’espace d’une semaine, je me suis vu proposer cinq cartes de crédit différentes. Ridicule ! Toutes les banques centrales vous diront que le système repose sur le principe du “crédit responsable” ; mais l’expérience a clairement montré ces dernières années que tout ça n’est que de la foutaise. Plusieurs autres banques vont couler, et nous en paierons tous le prix en dernier ressort. Des dizaines de milliers de personnes vont perdre leur emploi, ce qui augmentera les tensions sur un marché du travail déjà à bout. Mon rôle dans la faillite de la Barings m’a valu d’être traqué dans le monde entier et, finalement, d’être condamné à six ans et demi d’emprisonnement à Singapour. Qui va poursuivre les têtes brûlées responsables de cette catastrophe financière ? Manifestement personne. Qui va renflouer les entreprises et les particuliers aujourd’hui en difficulté ? Les banques ? Certainement pas, leur propre survie est à l’heure actuelle leur seule préoccupation. Quant à nous, nous n’avons qu’à nous débrouiller tout seuls.

 

Nick Leeson*, The Guardian, Londres

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents