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MAROC : VERITE HISTORIQUE A PROPOS DE L’ANNIVERSAIRE DU 18 NOVEMBRE

Publié par medisma sur 17 Novembre 2008, 22:56pm

Catégories : #lintegral

Michel Kamm, journaliste célèbre et témoin oculaire de nombre d'évènements qui se sont déroulés au Maroc lors de la période coloniale, relate dans les colonnes du quotidien le Courrier du Maroc du 27 février 1961, le lendemain du décès de Mohammed V, les cérémonies de son intronisation :


" Morne journée à Fès, ce
18 novembre 1927: giboulées, averses, temps gris, peu d'éclaircie.
Nous étions quelques-uns dans la matinée, à couvert de l'ondée, sous les arcades de la vaste cour pavée de la Makhzénia, au coeur du palais impérial, face à la haute fenêtre du pavillon donnant accès à Koubat el Anceur. C'est là que la veille, de très bonne heure, les cris apeurés et appels des femmes avaient appris à l'immense palais tôt éveillé la mort du regretté sultan Moulay Youssef, mort à peu prés seul d'une crise d'urémie et veillé par ses proches, au milieu d'une débandade du personnel ( le médecin espagnol, logé à l'hôtel Transatlantique du Batha, redoutant on ne sait quels désordres, comme il était jadis de règle, avait fui sans désemparer, sur sa petite moto, vers Tanger ! )
Du côté des béniqas vizirielles, devant la béniqa du grand vizir, plusieurs rangées de babouches représentaient pour nous, très prosaïquement, les vizirs, les oulémas, les cadis de Fès et les chorfas de la famille impériale habilités à désigner le successeur de l'empire.
Et cela durait une heure, deux heures, et la pluie ne cessait pas, et nous nous disions: Comme ils doivent discuter là-dedans ! Sans doute les partisans de Moulay Adelaziz ( le bruit courant depuis la veille que l'ancien sultan, alors encore vivant à Tanger, briguait pour son retour au trône ) ont-ils suscité sa candidature .
En réalité, on a su ensuite qu'il n'y avait eu aucune espèce de discussion, le grand vizir Hadj Mohamed el Mokri avait dit tout simplement, de sa voix tranquille de patriarche indiscuté: 'le candidat du Makhzen est Sidi Mohammed, troisième fils du défunt.' Et chacun, sans mot dire, s'était incliné. Ainsi, tout ce temps passé par nous devant une porte close et des rangées de babouches silencieuses et mouillées, avait été nécessité par la rédaction laborieuse suivant un style et des canons très anciens, de la 'beya' ou lettre d'investiture monarchique qui, lue le lendemain dans la grande mosquée des villes impériales, authentifie l'avènement du souverain.
Vers midi enfin, nous avions vu sortir en courant un premier personnage, le khalifa du pacha el Baghdadi, qui s'était élancé vers le capitaine Wallerand, chef de la musique du 3ème Etranger et lui donnait l'ordre de jouer l'hymne marocain.La musique s'avançait alors sous la pluie et jouait l'hymne national suivi de la Marseillaise tandis que le flot des grands personnages sortait de la béniqa, chacun retrouvant ses babouches.
Je m'approchai alors de Si Mammeri, délégué du chef du protocole mais qui était encore peu auparavant chargé de l'instruction des fils du sultan:'Alors, lui dis-je, c'est bien Mohammadi - ainsi appelait-on familièrement le jeune homme- qui est désigné? - on ne dit plus 'Mohammadi' me répondit Si Mammeri en me confirmant la nouvelle, mais Sidi Mohammed, Sidna.
L'intronisation se fit officiellement vers 15 heures. Le pavillon du fond, à Koubat el Anceur, en fournit le décor dénudé et même sévère. Nous étions nombreux, réunis autour des autorités françaises, le général de Chambrun en tête, ainsi que les ministres et consuls des puissances étrangères et des journalistes venus du monde entier à la suite des évènements de la guerre du Rif. On nous introduisait l'un après l'autre dans le pavillon où Sa Majesté le jeune monarque était assis sur un long coussin, très pâle et engoncé dans son selham blanc et sous le capuchon, très intimidé par tout cet arroi de personnages et que sa jeunesse ( il avait alors 17 ans ) n'avait jamais préparé à ce rôle qui lui fut, à la vérité, dévolu à l'égard de ses frères plus âgés, de façon très inattendue."


La nouvelle qui lui avait été donnée de son élévation au trône avait trouvé ce jeune prince blotti dans les bras de sa maman qu'il avait passionnément aimée et tout effrayé de la charge immense, plus lourde pour cet adolescent que la gloire elle-même qui lui était conférée....
Ce
18 novembre 1927, en imposant aux autorités makhzéniennes le choix de Mohammadi plutôt que l'un de ses frères plus âgés, le résident général Lucien Steeg et ses conseillers misaient sur le plus jeune, frêle, d'allure timide et taillé sur mesure, pensant qu'il faciliterait les desseins de la France.
Mais l'histoire semble parfois se jouer des desseins politiques....
En effet, Le
20 août 1953
, refusant l'abdication immédiate que lui proposait le représentant de la France, Mohammed V et ses deux fils sont embarqués à 15h15 dans un DC 3 militaire à destination de la Corse. Dans l'île de Beauté, commence un exil qui prendra fin deux ans plus tard, après un séjour forcé dans la grande île de Madagascar.

Le
16 novembre 1955 à 11h20, apparaît dans le ciel de Rabat un DC 6 encadré de 12 avions 'Mistral' qui se posera dix minutes plus tard sur l'aire de l'aéroport de Rabat-Salé.
Et c'est le Maroc entier qui accueille son souverain de retour d'exil. ET c'est un accueil des plus délirants qui va dépasser tout ce que l'on pouvait imaginer: Une extraordinaire explosion d'enthousiasme et une immense clameur rarement égalée.
Le
18 novembre 1955, Mohammed ben Youssef célèbre dans sa capitale retrouvée, le 28ème anniversaire de son accession au trône.
Quant à l'indépendance du pays, elle ne sera acquise officiellement que le 2 mars 1956 lors de la signature de l'accord de Paris qui met fin au traité du protectorat établi sous la contrainte en 1912 et stigmatisé par une frange de la population française. Et Jean Jaurés, député socialiste et vice-président de la Chambre, de critiquer sévèrement au début du protectorat l'occupation coloniale du royaume en ces termes:
" ...A force de respecter l'intégrité du Maroc et l'indépendance du Sultan, nous avons envahi le Maroc jusqu'au coeur et nous avons mis le sultan sous tutelle....Nous n'avions pas eu pour nous-même la moindre sévérité de conscience, nous n'avons pas songé un instant que les autres avaient des titres et qu'ils pouvaient s'émouvoir comme nous-mêmes nous nous serions émus....Et quel trouble dans notre politique, quelle confusion, quel discrédit de notre diplomatie auprès de l'étranger quand l'étranger constate que c'est à des combinaisons de cet ordre qu'aboutit obscurément la politique officielle....Si un autre peuple s'était conduit ainsi envers nous....., nous aurions débordé de l'indignation la plus véhémente...."

Les marocains ne pouvaient accepter cette omnipotence attentatoire à leur indépendance. D'ailleurs, ils ne l'ont jamais acceptée....Et ils ont su briser par la force la contrainte que cette force leur avait imposée, quarante quatre années durant....


                                                                  Medisma

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