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Bernard Madoff ou le cataclysme financier du siècle

Publié par medisma sur 15 Décembre 2008, 17:42pm

Catégories : #lintegral

Tout sur le scandale du siècle

 

Au départ, un schéma présumé frauduleux organisé par une personne, Bernard Madoff, lequel promettait la lune à des clients pas assez regardants et ayant l'impression de faire partie d'un groupe privilégié d'investisseurs "sophistiqués".

 Au final, plusieurs riches particuliers, des hommes d'affaires, mais également des fondations et des institutions financières ont perdu de grosses sommes d'argent - 50 milliards de dollars au total selon l'estimation du gendarme de la Bourse américain (la Securities and Exchange Commission, SEC). Bernard Madoff a été arrêté jeudi 11 décembre puis relâché contre une caution de 10 millions de dollars, gagée sur son appartement à Manhattan. Selon l'agence Bloomberg, 24 milliards de dollars de pertes ont déjà été reconnues ou rapportées par divers organes de presse de par le monde.

 Madoff était le fondateur et plus gros actionnaire de la société Bernard L. Madoff Investment Securities LLC, dont l'activité principale consistait à jouer le rôle d'intermédiaire entre vendeurs et acheteurs d'actions cotées en Bourse. L'homme avait en outre une activité de conseil en investissement qui gérait l'argent de riches clients, de gérants alternatifs et d'autres institutions, à l'origine du scandale.

 L'une des raisons du succès de Madoff tient au sentiment "privilégié" que ses clients pouvaient avoir en confiant leur argent. Pouvoir investir dans les fonds de sa société de gestion leur permettait de faire partie d'une sorte de "club", et d'avoir accès à un investisseur capable d'afficher un rendement mensuel régulier compris entre 1% et 2%, quel que soit l'état des marchés financiers.

 Des années de croissance régulière des Bourses ont attiré vers l'industrie des hedge funds des centaines de milliards de dollars d'actifs à gérer pour le compte de riches clients particuliers mais aussi pour des caisses de retraite, des sociétés de gestion, des banques et des compagnies d'assurance. Jusqu'à cette année, les hedge funds étaient réputés capables de déconnecter leur performance de l'ambiance générale des marchés financiers. L'année 2008 s'est avérée un contre-exemple majeur, et constitue même la plus grave crise dans l'histoire de cette industrie.

 Le problème est que les fonds qui affichent de telles performances sont souvent des "boîtes noires", qui, de plus, sont enregistrées dans des paradis fiscaux. La SEC, qui n'a visiblement pas réagi à plusieurs alertes, n'a en outre qu'un pouvoir de contrôle limité sur ces sociétés".

Dimanche, le "Wall Street Journal" a rapporté que l'autorité de régulation des marchés financiers américaine, la SEC, avait déjà enquêté plusieurs fois sur Bernard Madoff, mais toujours sans succès. Dès 1992, elle avait lancé une première investigation. Elle avait ensuite obtenu des informations remettant en cause les rendements extrêmement élevés proposés par Bernard Madoff à ses clients et avait repris son enquête en 2005 et en 2007, mais n'avait encore rien trouvé.

 Dans le cas de Madoff, l'obscurantisme touchait non seulement les clients, mais également les proches collaborateurs. Ses deux fils, qui ne travaillaient pas dans la filiale de gestion d'actifs de la société de Bernard Madoff, auraient appris l'ampleur de la fraude mercredi dernier, avant d'avertir les autorités et conduire à l'arrestation de leur père jeudi 11 décembre.

 L'affaire est désormais entre les mains de la justice, sous la houlette du juge Louis Stanton.

 

De gigantesques pertes

 BNP Paribas précise que sa perte s’élève à 350 millions d’Euros et reflète l'exposition de ses activités de marché ainsi que le montant de prêts accordés à certains fonds qui ont investi dans les hedge funds gérés par la société de Bernard Madoff. Natixis indique pour sa part n'avoir fait "aucun investissement pour compte propre dans les hedge funds gérés par Bernard Madoff Investment Securities". Elle estime néanmoins son exposition indirecte "maximale" à 450 millions d'euros, impact qui "dépendra à la fois du degré de recouvrement des actifs déposés au nom de Natixis et de l'issue des voies de recours notamment judiciaires dont dispose la banque dans cette affaire."

De son côté, la Société Générale annonce dans un communiqué de presse que son exposition à Bernard Madoff Investment Securities LLC est inférieure à 10 millions d'euros. Crédit Agricole évoque également "une exposition inférieure à 10 millions d'euros". Axa avance de son côté une perte nette "bien inférieure" à 100 millions d'euros. L'assureur mutualiste Groupama a lui aussi une exposition nette de "moins de dix millions d'euros".

L'ampleur du scandale financier touche de nombreuses institutions financières. La banque japonaise Nomura a fait ainsi état d'une perte de 302 millions de dollars.

Espagne et Italie aussi

En Europe, l'espagnol Santander, deuxième banque d'Europe en terme de capitalisation boursière, a admis une perte de 2,33 milliards d'euros pour les clients de son fonds spéculatif "Optimal Strategic". Sa compatriote BBVA, deuxième banque d'Espagne, pourrait perdre jusqu'à 300 millions d'euros.

L'italienne Unicredit annonce pour sa part une perte de 75 millions d'euros, et Banco Popolare avance une exposition "maximale" à 68 millions d'euros. Les deux premières banques allemandes, Deutsche bank et Commerzbank, refusent de leur côté de commenter leur éventuelle exposition. "Nous partons du principe que nous ne sommes pas touchés", a déclaré pour sa part un porte-parole de Postbank.

Un milliard pour HSBC

Royal Bank of Scotland (RBS) pourrait perdre jusqu'à 400 millions de livres sterling, soit environ 460 millions d'euros. Selon le Financial Times, la banque HSBC aurait perdu 1 milliard de dollars dans cette histoire. Son exposition porterait sur des prêts accordés à des clients de la banque ayant directement investi environ 500 millions de dollars dans les fonds gérés par la société de Bernard Madoff. Touché également, le fonds d'investissement britannique Man Group qui annonce avoir investi 360 millions de dollars dans deux fonds gérés par Madoff: cette somme pourrait être intégralement perdue. La banque Lloyds TSB et l'assureur Royal & Sun Alliance ont déclaré ne pas être exposés à l'affaire.

En Suisse, les pertes pour la place financière pourraient s'élever à 5 milliards de francs suisses (3,2 milliards d'euros) selon le journal Le Temps. Les banques elles-même avancent leurs pertes: 650 millions d'euros notamment pour Union Bancaire Privée, qui investit dans les hedge funds. La société EIM Group, spécialisée dans les hedge funds, serait elle touchée à hauteur de 230 millions de dollars, selon la presse. UBS et Crédit Suisse ne seraient pas concernés.

En Scandinavie, la banque la plus importante par sa capitalisation boursière, Nordea Bank, déclare une exposition de 48 millions d'euros.

Des célébrités touchées

Mais il n'y a pas que les banques qui sont affectées par le scandale. Selon le Wall street Journal, la fondation du prix Nobel de la paix Elie Wiesel, ainsi que celle du réalisateur Steven Spielberg auraient perdu de grosses sommes d'argent, qui n'ont pour l'heure pas été chiffrées.

L'homme d'affaires Robert Zuckerman, propriétaire de la société immobilière Boston Properties et des quoditiens New York Daily News et U.S. News & World Report, aurait également placé une partie de sa fortune auprès de Bernard Madoff. D'autres riches hommes d'affaires et investisseurs particuliers font partie de la liste des victimes de Madoff.

 Qui est vraiment Bernard Madoff et en quoi consiste le principe de la fraude ?

 Célèbre gestionnaire de fonds de Wall Street, ancien président du conseil d'administration du Nasdaq, légende de la réussite à l'américaine... et aujourd'hui escroc à 50 milliards de dollars. Le scandale «Bernard Madoff» frappe de riches américains et étrangers , certes, mais aussi des banques emblématiques, du Japon à la France, en passant par l'Espagne et l'Italie.

 Bernard Madoff, accusé de la plus grande fraude dans l'histoire de Wall Street, était un beau parleur qui a su s'attacher pendant des dizaines d'années la confiance des plus riches investisseurs de la planète. Le courtier américain, âgé de 70 ans, a été arrêté jeudi et accusé d'avoir monté une gigantesque fraude pyramidale de 50 milliards de dollars. Le site de sa société reste étrangement serein, louant les qualités de Madoff...

 «Les clients savent que Bernard Madoff a un intérêt tout personnel à maintenir des principes de retour sur investissements, jamais entachés, d'échanges équitables et de haute éthique, qui ont toujours été la marque de la société», proclame le site, non sans une certaine ironie rétrospective...

 C'est avec ce type d'arguments que «Bernie», comme le surnomment ses amis, est devenu une légende de la réussite à l'américaine, celle d'un maître-nageur des plages de Long Island qui s'est hissé à la tête du marché boursier Nasdaq et est devenu une personnalité en vue appréciée des milieux riches et influents.

 Bernard Madoff ne créait pas de richesse : seulement une illusion de richesse...

Il faut dire que Madoff assurait à ses clients d'étonnants et consistants retours sur investissements, de l'ordre de 1 % par mois. Il avait le génie de l'argent. C'est à lui que l'on doit une révolution à la Bourse, lorsque les courtiers sont passés du téléphone à l'ordinateur, concluant des contrats en quelques secondes plutôt qu'en minutes, multipliant ainsi les mouvements et les profits.

 Son escroquerie, au bout du compte, ne créait cependant pas de richesse : seulement une illusion de richesse. Ses clients ne réalisaient pas que leurs dividendes n'étaient que la cannibalisation de l'investissement placé par un autre client.

 Tant que personne ne réclamait sa mise initiale, le secret demeurait. C'est ainsi que Bernard Madoff a dupé son monde durant des dizaines d'années. De clients individuels aux Etats-Unis - issus pour beaucoup de la communauté juive des faubourgs de Long Island et de Floride -à de grandes banques internationales.

 Madoff attirait ses victimes «avec une attitude de mystère et un sentiment que vous étiez exclusif»

Un éditorial dans le Wall Street Journal affirme que le gérant attirait ses victimes «avec une attitude de mystère et un sentiment que vous étiez exclusif». Le quotidien américain raconte qu'il comptait souvent sur un makher, terme yiddish désignant un important personnage, pour pérorer dans les cercles influents sur «son argent investi si lucrativement chez Madoff, etc.». Lorsque la personne appâtée commençait à se renseigner sur ce courtier, le makher répondait toujours : «Vous ne pouvez vous adresser à lui sans être introduit. Mais je peux peut-être faire quelque chose pour vous...»
 On a vu fréquemment Madoff jouer au golf dans les clubs les plus restreints, tels Old Oaks près de New York et le Palm Beach Country Club en Floride. On lui connaît trois maisons et un yacht aux Bahamas. Pourtant, à l'aune des golden boys de Wall Street, Bernard Madoff n'étalait guère ses dépenses et était davantage connu pour ses largesses envers des organisations caritatives juives et pro-israéliennes.

 «On le voyait comme un grand philanthrope, un pilier de la communauté (de Wall Street), le président du Nasdaq et tout cela...», confiait, abasourdi, le dirigeant d'un fonds d'investissement au New York Times. Investir chez Madoff, c'était aussi sûr que de mettre son argent dans des bonds du Trésor, assure encore cet homme d'affaires.

 Bernard Madoff se serait inspiré du système Ponzi

 Chaque discipline a ses pionniers, ses inventeurs. Dans le cas des escroqueries financières, le système mis en place depuis plus de quarante ans par Bernard Madoff, qui a éclaté jeudi 11 décembre dernier, s'inspire du dispositif pyramidal autrefois utilisé par Charles Ponzi.

 Arrivé au début du siècle aux Etats-Unis, cet immigrant italien sans le sous a une idée au début de l'année 1920. Il crée une société de collecte de fonds proposant aux déposants un retour sur investissement de 40% sous 90 jours, provenant de l'arbitrage sur le prix des coupons de réponse internationaux postaux.

 Mis en place en 1907, ces timbres universels permettaient d'affranchir une lettre depuis n'importe lequel des Etats-membres de l'Union Postale Universelle.

 Ponzi expliqua à ses clients que la différence entre le prix d'achat d'un coupon, par exemple un centime en France, et le prix de revente à l'US Postal leur permettrait un gain conséquent et rapide, fondé sur la dévaluation des monnaies européennes après la première guerre mondiale. Un argument commercial qui, complété par le bouche-à-oreille entretenu par les nombreux clients satisfaits, permit à l'escroc de collecter plusieurs millions de dollars.

 Déshabiller Pierre pour habiller Paul

 Mais derrière cette façade, la réalité était tout autre. Les clients ne savaient pas que l'argent qu'ils recevaient provenait en réalité de nouveaux souscripteurs, et non des profits générés par l'activité de Ponzi. En d'autres termes, les nouveaux souscripteurs payaient les anciens et ainsi de suite.

 Ponzi fut finalement perdu par son succès et le caractère artificiel de son activité. Devenu multimillionnaire, il attira les soupçons et une enquête révéla que l'ensemble des coupons de réponse internationaux en circulation dans le monde n'aurait pas permis à couvrir les remboursements de ses clients. Misant sur le fait qu'il réussirait à collecter plus d'argent qu'il ne devait en rembourser, il n'aurait en réalité acheté que pour 30 dollars de coupons…

 Quant à la fraude de 50 milliards de dollars, la planète finance n'avait guère besoin de ce nouveau cataclysme.  Et à n'en point douter, le scandale Bernard Madoff risque de ternir un peu plus l'image de la finance internationale, après les effets désastreux de la crise des subprimes et de la faillite de Lehman Brothers….

 

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