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le blog lintegral

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Le Maroc de 1900

Publié par medisma sur 22 Mars 2009, 22:53pm

Catégories : #lintegral

Ce pays, mitoyen de l’Europe, connu jadis pour sa passion d’indépendance, sa bravoure, sa soif d’ouverture, sa grandeur et son orgueil, est en ce début du siècle totalement muré et ruiné, sourd aux événements mondiaux, fermé aux échanges économiques, attentif uniquement aux bruits de la Cour Chérifienne et aux rebellions sans fin des tribus.

Ce Maroc de 1900,  n’a ni route, ni pont, ni barrage, ni électricité, ni hôpital, ni voiture, ni chemin de fer, ni service postal, ni banque, ni usine, ni exploitation minière, ni tribunal digne de ce nom, ni presse, ni télégraphe.... L’illettrisme y bat son plein et se trouve à son extrême apogée. Les maladies et épidémies ravagent, par pans entiers, la population miséreuse du pays. Seule  la religion pénètre dans la vie des marocains : la loi religieuse et la loi civile se confondent, et il n’y a d’autre code que celui des pratiques séculaires.

Si le pouvoir appartient exclusivement au Sultan, l’influence sociale appartient aux confréries religieuses fondées par quelques saints marabouts. Et nombre de tribus organisées sous forme de  « zônes indépendantes » anarchiques défendent jalousement leur indépendance que les mehallas du Sultan peinent à leur enlever. Toute la politique des Sultans consiste à transformer ces « états » de Bled Siba en tribus de Bled Makhzen. Néanmoins, la difficulté est particulièrement ardue : n’ayant ni finances régulières, ni armée organisée, le Makhzen ne dispose que de faibles moyens pour soumettre les tribus rebelles. Les Sultans passent leur vie à guerroyer : Moulay Smail, connu en France pour avoir demandé à Louis XIV son alliance et la main de sa fille légitime, la princesse de Conti, fut un guerrier terrible et un tyran farouche. Moulay Hassan passa sa vie à cheval, parcourant le pays, toujours en lutte contre l’indomptable particularisme des tribus berbères. Il mourut d’ailleurs en rase campagne en 1894, et son cadavre, décomposé mais maquillé, attaché sur un cheval et faisant encore figure de Sultan, fut transporté à cadence rapide à Rabat. Son épouse favorite Lalla Rquia et son Chambellan Ba Hmad eurent le temps de faire reconnaître comme sultan Moulay Abdelaziz, à peine âgé de treize ans, au détriment du fils aîné Moulay Mhammed.

      Le gouvernement du Maroc, c’est le Sultan d’abord et son entourage intime ensuite. Les ministres appelés vizirs ne sont que les dociles et humbles serviteurs du Maître.

Cette forme de pouvoir constitue ce que l’on appelle le Makhzen. Et ce Makhzen a des habitudes singulières. Ainsi, chaque année au printemps, le Sultan convoque les contingents des tribus soumises et forme une armée appelée mehalla dont sa garde noire (garde sultanienne composée exclusivement de soldats esclavesnoirs) constitue le noyau et se met en campagne pour châtier quelques tribus rebelles : il n’a d’ailleurs que l’embarras du choix. Il traîne avec lui quelques canons dont il ne se sert jamais mais qui jouent le rôle d’épouvantail. Souvent le combat est évité grâce à l’intermédiation de personnages religieux. Après négociation et acceptation des doléances par le Sultan, la tribu rebelle envoie une députation accompagnée d’un bœuf auprès du Sultan. On coupe les jarrets du bœuf, ce qui est une façon de demander l’aman (le pardon) et on règle la rançon réclamée par le représentant du Makhzen.

Il arrive parfois que la tribu rebelle résiste. L’armée du Sultan s’installe alors sur son territoire. Les hommes de la tribu sont ensuite traqués, capturés, faits prisonniers et envoyés au Sultan la chaîne au cou, en longues files que suivent les lamentations des femmes. Les villages sont détruits, les arbres coupés, le bétail enlevé. Quand il ne subsiste plus rien, le Sultan et son armée quittent les lieux pour recommencer la même opération dans une autre tribu rebelle.

Toutefois, si le combat est engagé, les troupes du Makhzen, victorieuses ou non, envoient au Sultan, comme témoignage de leur succès, des têtes coupées : celles-ci, après avoir été dûment salées, sont expédiées aux villes soumises, pour être suspendues à des crocs au-dessus des portes : ainsi se manifestent la victoire et la puissance du Maître.

Et si les rebelles ont eu le dessus, ce qui n’est pas rare, qu’importe : il faut des têtes, on prend celles des soldats tués. A ce prix, le Sultan ne saurait manquer d’être toujours victorieux.

Quant aux tribus soumises, elles sont administrées par des caids délégués par le Sultan. La charge principale de cette autorité locale est de lever des impôts régulièrement. Cela consiste, bien entendu, à exiger des contribuables le plus d’argent possible. Tous les procédés sont bons pour les faire payer.  Aussi, le paysan ou le marchand n’avouent-ils jamais leur fortune et crient toujours misère ; le plus riche porte souvent une djellaba rapiécée.

Et vient ensuite le tour du Caid. Très inquiet chaque fois qu’il se rend auprès du Makhzen pour présenter l’offrande de sa tribu, la hédia. Il commence par faire des cadeaux ou « graisser la pâte » au grand vizir et au chambellan pour qu’ils intercèdent favorablement à son sujet auprès du Sultan.

Il est finalement reçu par le Maître et dépose à ses pieds une somme d’argent importante, tout en se plaignant du malheur des temps et de la difficulté de faire rentrer des impôts.

Puis le jour de la cérémonie arrive, il offre la hédia sous forme de cadeaux, généralement en or.

Ses tribulations ne font que commencer ; il apprend bientôt que le Maître n’est pas content, que des envieux qui convoitent sa place, intriguent contre lui ; il lui faut encore donner de l’argent, quelquefois à deux ou trois reprises, heureux encore si, à la fin, il peut rentrer chez lui après avoir évité de faire connaissance avec les prisons du makhzen.

Le Maroc de 1900, affaibli à l’extrême et dans un état de délabrement  excessif, ira en s’enfonçant davantage dans une anarchie totale qui le conduira à une situation de guerre civile  et à sa mise sous tutelle française.…

 Medisma

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