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La conférence d'Algésiras en 1906 : Un événement mondial en ce début du XXème siécle

Publié par medisma sur 29 Mars 2009, 01:07am

Catégories : #lintegral

Lors d’une visite de la délégation allemande en 1905 sous la présidence du Comte de Tattenbach après celle de l’empereur allemand Guillaume II à Tanger, il a été suggéré  au Sultan du Maroc Moulay Abdelaziz la tenue d'une conférence internationale qui, en assurant son indépendance, rendrait impossible à l’avenir la suprématie de la puissance française. Sur ce, le Souverain marocain invita les puissances étrangères à une réunion internationale où seraient étudiées les réformes à introduire au Maroc.

Finalement, la préférence du lieu de réunion se porta sur Algésiras. Et le Maroc souscrit à cette décision.

Le 14 janvier 1906, les représentants des puissances se réunissaient à l’ hôtel de ville d’Algésiras. Les pays représentés étaient au nombre de 13 : Maroc, France, Allemagne, Angleterre, Italie, Autriche-Hongrie, Russie, Etats-Unis, Espagne, Portugal, Belgique, Pays-Bas et Suède.

La conférence siégea du 14 janvier au 7 avril 1906, soit exactement pendant 100 jours. Elle a constitué un événement mondial en ce début de siècle.
Au terme de cette conférence, l’ensemble des délégués ont adopté le protocole suivant : 

       I- Une Déclaration relative à l'organisation de la police;

II- Un Réglement organisant la surveillance et la répression de la contrebande des armes;

III- Un acte de concession d'une Banque d'Etat marocaine;

IV- Une Déclaration concernant un meilleur rendement des impôts et la création de nouveaux revenus;

V- Un Réglement sur les Douanes de l'Empire et la répression de la fraude et de la contrebande;

VI- Une Déclaration relative aux Services Publics et aux Travaux Publics.

L'acte comprend en outre sept chapitres et un protocole additionnel.

Le chapitre Ier traite de la question de la police. Il stipule entre autre que des officiers et sous-officiers français et espagnols seront mis à la disposition du Sultan pour lui venir en aide dans l'organisation de cette police. L'inspection  générale de la police sera confiée à un officier supérieur de l'armée suisse.

La France perd donc le droit exclusif de maintien de l'ordre au Maroc.

Le chapitre II règle la question de la contrebande des armes. Et le droit de contrôle sur l'entrée des armes est octroyé au corps diplomatique et consulaire.

Le chapitre III concerne la constitution d'une Banque d'Etat qui joindra aux opérations ordinaires d'une banque, le privilège de l'émission de la monnaie, les fonctions de trésorier payeur de l'Empire et d'agent financier du gouvernement.

Le capital sera divisé en autant de parts qu'il y aura de puissances participantes à la conférence. Toutefois, le consortium présidé par la Banque de Paris  et des Pays-Bas sera attributaire de deux parts et ce, en compensation de la cession faite par lui, à la Banque du Maroc, de certains droits acquis.

Le chapitre IV précise entre autre qu'en matière de travaux publics, d'adjudications, de cahiers de charges...., les représentants du Sultan devront se mettre d'accord avec le corps diplomatique.

Le chapitre V intéresse les douanes et la répression de la fraude.

Le chapitre VI proclame le principe de la liberté économique. Il déclare " q'aucun des services publics ne pourra être aliéné au profit d'intérêts particuliers".

En somme, le corps diplomatique a le contrôle de la police, de la Banque d'Etat, des travaux publics, du recouvrement des impôts, des douanes.... Mais l'intégrité et l'indépendance du Royaume Chérifien demeurent préservées par un engagement solennel des puissances signataires de l'Acte. L’acte d’Algégiras a donc limité les ambitions expansives françaises : L’internationalisation du cas Maroc était désormais institué. Néanmoins, l’Hexagone continuait de nourrir un fort appétit pour ce pays en dépit de son engagement solennel.

Dés l’annonce de l’accord, une anarchie généralisée s’empara du Royaume : des attentats anti-européens et anti-français se multipliaient. A Mogador (Essaouira), le caid Anflous annonça son affranchissement de toute subordination à l’égard du Makhzen. A Casablanca, Ma el Ainine, chef religieux sahraoui proféra des menaces acerbes à l’encontre des français. Au nord du pays, le caid raissouli exigea du Sultan l’extension de son autorité à Azila. Au nord-est, Bou Hmara continua d’étendre son autorité face à l’impuissance du Makhzen.

Le 27 mai 1906, un jeune français, M. Charbonnier, employé de banque, faisant sa promenade à cheval sur la plage de Tanger, fut tué d’une balle dans la tête tirée à bout portant. Le gouvernement français dépêcha aussitôt les croiseurs Kléber et Jeanne d’Arc qui vinrent rejoindre le Galilée sur la rade de Tanger. Il exigeait parallèlement du gouvernement marocain la recherche et le châtiment des coupables, une indemnité de cent mille francs pour la famille de la victime, la concession d’un terrain pour l’érection d’un monument à la mémoire de Charbonnier, le règlement de certaines affaires pendantes et des excuses publiques par un représentant du Makhzen au ministre de la France.

Un délégué spécial du Sultan, accompagné par le gouverneur de Tanger Si Mohammed Torrés et du pacha de la ville, fut reçu par le représentant de la France M. Saint-René Taillandier. Il lui exprima les profonds regrets et les vives excuses du Sultan et lui remit la somme exigée destinée à la famille de Charbonnier.

En ce qui concerne le terrain destiné au monument commémoratif, le caid Raissouli s’opposa  catégoriquement à son octroi à la France. Face à  cet insolent refus, une importante mehalla fut constituée sous le commandement de Si Mohammed Guebbas. Et le 5 janvier 1907 à l’aube, elle passa à l’attaque, aidée par le tabor français de Tanger. En dépit de plusieurs séries d’opérations militaires, la mehalla n’arrivait pas à percer les rangs des partisans du caid. Au contraire, les effectifs de l’armée makhzenienne fondaient à vue d’œil. Et une attaque hardie des Jbalas provoqua une véritable déroute des soldats du Sultan.

Devant la gravité de la situation, le Makhzen proposa au caid MacLean de mener une négociation avec le Chérif en vue de mettre fin à sa rébellion. Sa qualité d’étranger offrirait toute garantie d’impartialité pour adopter de concert les termes d’un accord.

L’écossais accepta l’offre et rendez-vous fut pris avec Raissouli au marabout de Sidi Youssef Teldi, à une centaine de kilomètres de Tanger. Arrivé à destination, le Chérif signifia à MacLean qu’il était son prisonnier et lui fit connaître les conditions auxquelles serait soumis son élargissement. Le captif transmit aussitôt les exigences de Raissouli à la légation d’Angleterre à Tanger. Les pourparlers entre le caid, le gouvernement de Londres et le Makhzen aboutirent dans la nuit du 6 février 1907. Raissouli, accompagné de ses lieutenants et de son prisonnier se présentait au domicile du chargé d’affaires d’Angleterre M.White. Ce dernier lui remettait mille livres sterling sur les vingt mille promises, le reste étant porté à son compte à la Banque d’Etat. Il obtint en outre la patente de protégé qui le soustrayait désormais à la juridiction marocaine. Le Makhzen continua les négociations avec Raissouli qui n’avait pas renoncé à ses ambitions. Et fin février 1907, elles aboutirent à l’avantage du rebelle. Ce dernier renonça au reliquat de vingt mille livres dû pour la rançon de MacLean et reçut en contre-partie le gouvernement des Jbalas comprenant les six plus importantes tribus de la région voisine de Tanger, et adopta Azila comme capitale.


medisma

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