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Le Général Juin et le Sultan du Maroc : Un régime d’humiliation et de despotisme botté

Publié par medisma sur 18 Septembre 2009, 20:23pm

Catégories : #lintegral

  La visite mémorable du Sultan du Maroc à Tanger en 1947, à l’époque zone juridiquement internationale, a été l’occasion pour le souverain d’affirmer  dans un discours retentissant, l’attachement du Maroc au monde arabo-musulman, à la ligue arabe et à son autodétermination qui doit le conduire vers l’indépendance.

La France, puissance occupante, a été totalement ignorée. En aucun moment le Sultan n’a fait part des importantes réalisations de l’Hexagone qui ont transformé le visage du pays tout en le modernisant et en assurant son unité politique dans la zone d’occupation.

Eric Labonne, représentant de la France au Maroc, qui a autorisé cette visite du souverain marocain, fut immédiatement destitué de son poste de résident général. Le général Juin lui succéda le 23 mai 1947.  

Au libéralisme du second, triompha le régime de fer avec l’avènement du premier.

Et à la première entrevue officielle avec le Sultan Mohammed Ben Youssef (futur Mohammed V), Alphonse Juin se présenta chaussé de bottes et d’éperons. Les photographes montrent le nouveau résident, ainsi bâti, sortant du palais royal comme d’une victoire.

    Par-là s’affirmait que l’ère de la cravache et de la soumission l’emporterait sur le dialogue et la diplomatie.

     Juin ne pouvait tolérer aucune opposition à ses desseins. Aussi, se complait-il très tôt à humilier le Sultan par une attitude hautaine et menaçante, si bien que les relations prirent la forme d’un cynisme rampant. Quand apparaissait le général, Sidi Mohammed ne manquait de prendre une attitude empreinte de profonde tristesse : « avec souvent une barbe mangeant le visage, des lunettes noires voilant le regard, le capuchon de sa djellaba rabattu sur le front, il s’exprimait à peine, d’une voix tremblante et maussade ».

     Et il dut signer sous la menace les dahirs de co-souveraineté franco-marocaine en vue d’une modification profonde de la structure du gouvernement chérifien ; dahirs  proposés antérieurement par l’ex-résident Labonne mais que le Sultan refusait catégoriquement d’entériner.

    Et le président Auriol d’écrire le 31 octobre 1950 : «Je me rends compte que les services de la résidence, n’ont pas protégé le souverain, ni contré ses erreurs…, ils l’ont humilié au lieu de le protéger, au lieu de le guider. C’est ainsi que le Sultan a subi à chaque instant des remontrances de Juin ».  

     Désormais, le despotisme botté frappe au cœur de la famille royale.

     Les rapports entre le Sultan et la résidence, déjà tendues, prennent une autre tournure en ce 21 décembre 1950, jour de la fête du Mouloud.

     Un incident très violent qui avait lieu au palais juste avant la cérémonie officielle dénotait l’exaspération extrême du souverain devant tant d’humiliations.

     Alors que le pacha de Marrakech Hadj Thami Glaoui présentait ses vœux, il n’avait pas hésité à faire des reproches virulents au Sultan à propos de la sympathie qu’il portait aux nationalistes. Une telle attitude, selon le pacha, pouvait engendrer une grande anarchie dans le pays.

     Ulcéré, Sidi Mohammed lui intime l’ordre de quitter immédiatement les lieux.

      Le Glaoui, blessé dans son orgueil de grand chef berbère du sud, avait repris les nombreux présents qu’il portait au Sultan, ordonné à ses gens de faire demi-tour et regagné Marrakech en jurant qu’il ne reverrait plus le souverain.

       Ces deux êtres étaient d’ailleurs tout à fait dissemblables :

    De teint blanc et de taille moyenne, les yeux souvent dissimulés derrière des lunettes noires, Sidi Mohammed Ben Youssef  n’abordait les sujets qu’avec circonspection, évitant le plus souvent de donner un avis ferme. D’un caractère secret, ne laissant pas deviner ses intentions, cachant sa véritable pensée sous des paroles fleuries et aimables, avec toute l’apparence de bonne foi. Il lui arrive parfois de se montrer dur et hautin à l’égard de ses subordonnés.

    Le pacha de Marrakech lui, était d’une grande taille, maigre, de teint très bronzé, les yeux noirs pétillants de malice, il mena ses tribus de manière rude et ne reconnaissait vraiment que l’autorité du résident général. Aimé des uns, détesté des autres, il était entêté et coléreux. Lors de ses nombreux voyages à Paris, il ne cessait de courir allégrement les filles européennes. Il disposait d’énormes ressources : les terres, les ventes des produits de ses arbres fruitiers (olives, abricots, amandes…), les importantes dividendes que les sociétés minières de Bou Azzar (amiante et cobalt) et du manganèse de l’Imini lui versaient, l’exploitation des prostituées de Marrakech et de Fédala ( actuel Mohammedia ) qui lui prodigaient d’importants apports financiers.

     En août 1951, il devint évident que le général Juin, Résident Général de France au Maroc, allait quitter ses fonctions, appelé par le gouvernement français à prendre le commandement des forces terrestres de l’Otan en Europe. Et c’est finalement Augustin Guillaume, ancien officier des affaires indigènes, ancien directeur des affaires politiques à la fin du proconsulat du général Noguès, qui lui succéda, devenant ainsi le dixième représentant de l’Hexagone.

      Le nouveau Résident Général ne ressemble en rien à son énergique prédécesseur. Fils de paysans, il est nanti du sérieux mais aussi de la lourdeur de sa race. Homme austère, n’ayant aucun goût pour la vie mondaine, il se proposait un changement complet des mœurs et usages en vigueur à la résidence. Alors que Juin et son épouse ne manquaient aucune réception mondaine de Rabat, et recevaient beaucoup chez eux, Guillaume ne devait se rendre à aucun cocktail, et à la résidence, ce fut la fin des parties de bridge et de danses. Quoiqu’il ait plusieurs membres de sa famille depuis longtemps fixés au Maroc, même ceux-là ne furent que très rarement reçus par lui, car il voulait marquer une rupture radicale avec les habitudes de son prédécesseur.

     En dépit de certains écarts de langage dans ses premières déclarations publiques tels que la menace de « faire manger de la paille » à ceux qui oseraient faire obstruction à sa politique de réformes, le général Guillaume fut accueilli avec approbation, et avec une certaine joie par la majorité des élites marocaines. Il avait fait une grande partie de sa carrière dans les affaires indigènes et avait même occupé les fonctions de directeur des affaires politiques à la résidence générale. Pendant la guerre, il s’était trouvé à la tête des goumiers marocains dont il s’était fait admirer. On le connaissait honnête, loyal, très attaché au Maroc ; il parle les langues berbère et arabe ; sa foi chrétienne fervente contribuait aussi à rehausser son prestige aux yeux d’un peuple si profondément religieux. Le Sultan lui-même, dont les relations avec le général Juin se limitaient au strict protocole, accueillit le général Guillaume en ami. On pouvait donc espérer qu’entre ces deux hommes qui s’estimaient mutuellement, un dialogue fécond pourrait s’avérer possible. Hélas ! Les événements prendraient toute une autre tournure.

                                                        
                                      A suivre…
Medisma

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