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SULTAN ADOLESCENT ET INTRIGUES DE L'ENTOURAGE

Publié par medisma sur 12 Septembre 2006, 18:44pm

Catégories : #lintegral

 

                                             AU MAROC EN 1894

                                  L’avènement d’un Sultan adolescent :

             Bouleversement politique et intrigues de la cour  

 

 

 

 

 

 

Avec Moulay Abdelaziz, jeune Sultan encore adolescent, le style du régime marocain connut un total bouleversement :

Selon Eugène Aubin, "Le Sultan Moulay Hassan, père du jeune souverain, avait le sentiment de l'autorité ; il s'intéressait aux affaires, prétendait les diriger lui-même et contrôler l'activité de ses vizirs ; chacun d'eux devait rester à sa place, sans pouvoir empiéter sur le domaine du voisin ; le grand vizir était le premier ministre effectif et il était rare que la place n'en fût pas occupée par celui dont la voix était prépondérante dans les conseils de l'Etat. Moulay Hassan avait des amis, mais point de favoris ; il se contentait de la société de ses hajibs, qui sont les confidents naturels des Sultans, et, si les liens d'affection, qui l'unissaient à Si Ali Mesfioui, son vizir des réclamations, étaient notoires, la science et l'intégrité du personnage étaient telles que les censeurs les plus sévères ne trouvaient rien à redire contre une aussi légitime influence. ....
Sous ce régime le Makhzen était fort ; car le Sultan concentrait réellement entre ses mains toutes les forces de l'état ....

L'avènement aux affaires de Moulay Abdelaziz a bouleversé ces vielles habitudes de gouvernement autoritaire et patriarcal. La légèreté du jeune souverain ou la pénétration des idées européennes ont fait découvrir bon nombre de nouveautés, et l'on vit poindre brusquement, certains germes de gouvernement constitutionnel. Le nouveau régime enfanta un projet de réformes fiscales qui d'un seul coup, proposait l'abolition de tous les privilèges, négligeant le fondement historique du Makhzen, dont l'existence même est liée au maintien de groupes privilégiés. Sous l'empire de ces influences novatrices, la conception d'une responsabilité collective, d'une sorte de conseil des ministres, se fit jour au sein du gouvernement marocain. Désormais,les vizirs se réunirent dans la beniqa du grand vizir, pour y tenir une réunion, qui se nomme le Mejlis ; chacun d'eux y apporte les affaires importantes de son département et les soumet à la décision de tous. Enfin, les fonctionnaires se virent attribuer des appointements fixes et se lièrent en échange, par les serments les plus solennels, garants de leur future intégrité.

Par malheur, le jeune souverain, qui inaugurait ainsi, au Makhzen, le règne de la vertu, n'avait lui-même aucun goût pour les affaires. Timide et nonchalant, il ne fait plus à la koubbet en-Nasr que de courtes apparitions et la makhzénia tout entière s'est docilement conformée aux allures du Maître....

Avec Moulay Abdelaziz, s'est formé un gouvernement très faible, makhzen de politiciens, intrigant les uns contre les autres, adoptant des attitudes diverses, et cherchant à faire prévaloir auprès de l'inexpérience souveraine une ligne de conduite déterminée.... »

Ces intrigues teintées de pernicieuses ambitions ont trouvé toute leur fertilité dés le début de règne du Sultan. En effet, à la mort de Moulay Hassan, la première décision du chambellan Ba Hmad, en accord avec le jeune souverain, est de se débarrasser des frères Jamaï qui détenaient au temps du défunt Sultan le véritable pouvoir dans l'Etat. Il les fait arrêter et emprisonner à Tétouan. Leurs biens furent confisqués et leurs familles dispersées.

Walter Harris, familier de la cour, a décrit avec forces détails ce douloureux événement :
« Il y avait deux grands partis au palais, le parti de Ba Hmad, le puissant hajib, l'autre celui du grand vizir et du ministre de la guerre. Ces deux hauts fonctionnaires appartenaient à l'aristocratique et grande famille des Ouled Jamaï et se nommaient respectivement El Hadj Maâti et Si Mohamed Sghir.
Or, Ba Hmad était le fils d'un esclave nègre et par conséquent ne pouvait s'appuyer sur aucune tribu ou famille influente.
Ses rivaux au contraire étaient des aristocrates de Fés, de haute naissance, et soutenus par la population influente des villes.
Ils appartenaient à ce qu'on appelle au Maroc une famille Makhzen, ce qui signifie que les membres de cette famille ont tenu dans le passé de hautes fonctions gouvernementales et, de ce fait, ont des prétentions à les obtenir toujours.
Il était évident q'une jalousie devait exister entre les deux factions. La position de Hajib donnait à Ba Hmad la faculté d'approcher constamment le souverain qui, en raison de son extrême jeunesse, était peu en contact avec les vizirs.
Sans doute, pouvait-il également compter sur l'appui de la mère du Sultan. Il avait été le constant et fidèle serviteur de son mari, et avait exécuté sa volonté en faisant proclamer son fils.
Son propre sort dépendait du statut quo et sans aucun doute la mère de Moulay Abelaziz et Ba Hmad poursuivaient le même but.
Aussitôt que le gouvernement fut suffisamment organisé pour que Moulay Abdelaziz pût voyager, la cour quitta Rabat pour Fés, la vraie capitale du pays.
Nul Sultan ne pouvait être assuré du trône tant qu'il n'avait pas reçu l'agrément des religieux et aristocratiques Fassis et installé sa résidence dans leur ville.
Fés est en effet le centre religieux et universitaire et aussi celui de l'intrigue, et l'influence de sa population est très grande.
Il était donc indispensable que le jeune Sultan se rendît à Fés aussitôt que possible. Son voyage à travers les tribus de Méknès fut un véritable succès.
Il fut bien reçu partout et à son arrivée dans la vieille cité que bâtit Moulay Ismail du temps de Louis IV, la population lui fit une ovation. Meknès est seulement à trente-deux milles de Fés et ne restait plus que cette étape à accomplir.
Ba Hmad jugea tout à fait clairement la situation. Il pensa qu'une fois à Fés son influence ne pouvait que décroître. Alors que ses rivaux pouvait compter non seulement sur la population de la ville, mais encore sur les parents du Sultan habitant la capitale, lui n'était qu'un parvenu pour les Fassis, et ceux-ci n'auraient pas de repos qu'ils n'eussent amené sa chute, et seraient sans pitié pour lui s'il tombait. C'était pour Ba Hmad le moment des décisions énergiques.
Rien ne pouvait faire prévoir l'orage. Les frères Jamaï attendaient sans doute leur arrivée à Fés pour entreprendre des intrigues plus actives et Ba Hmad lui-même était courtois envers les influents ministres.
Quelques jours après l'arrivée à Méknès, l'habituel conseil du matin fut tenu. El Hadj Maâti, le grand vizir, entouré de sa suite en djellabas blanches, entra dans la cour du palais au milieu des courbettes des serviteurs et salué par les troupes. Il fut aussitôt mandé en présence du Sultan.
Moulay abdelaziz était seul avec Ba Hmad quand El Hadj Maâti entra, s'inclina et attendit que le Sultan lui donnât la parole. D'un ton plutôt froid Moulay Abdelaziz lui posa une question. La réponse de hadj Maâti ne fut pas trouvée satisfaisante et Ba Hmad se mit à débiter une kyrielle de reproches contre le grand vizir, l'accusant de déloyauté, d'avarice, d'exactions et de crimes politiques.
Brusquement, il supplia le Sultan de le faire arrêter ; Moulay Abdelaziz inclina la tête en signe d'assentiment.
Quelques instants après, un homme lamentable, pleurant sous les moqueries et les rires, était traîné sur la place du palais au milieu de la foule qui, quelques instants auparavant, s'inclinait devant lui jusqu'u sol. Ses habits étaient déchirés, car les soldats étaient grossiers, et son turban était tout de travers. Quand il passa la poterne, traîné par les soldats, la sentinelle lui enleva sa blanche et splendide rezza et, la plaçant sur sa tête, posa sa crasseuse chéchia sur la tête du grand vizir. Un éclat de rire salua le geste.
Le frère du ministre, Si Mohamed Sghir, n'avait pas encore quitté la maison. Il fut arrêté sur son propre seuil ; il n'essaya pas de résister et se laissa conduire en prison.
La suite de cette aventure est peut-être la plus noire page du règne d'Abdelaziz.
Les ex-ministres furent envoyés en prison à Tétouan et mis aux fers, enchaînés dans un danjon. Dix ans plus tard, et combien long dut apparaître ce temps à El Hadj Maâti, il mourut. Le gouverneur de Tétouan n'osait pas enterrer le corps, parce qu'il avait peur d'être accusé d'avoir laissé évader le prisonnier. Il écrivait à la cour pour obtenir des instructions. C'était l'été et le donjon était chaud. La réponse ne pouvait venir avant onze jours et pendant tout ce temps Si Mohamed Sghir resta enchaîné auprès de son frère mort.
Il n'en mourut pas et en 1908, après quatorze ans de captivité, on relâcha un homme brisé, sans espoir, ruiné ; tout ce qu'il avait possédé avait été confisqué. Ses femmes et ses enfants étaient morts de misère et de chagrin. Il sortait de prison presque aveugle et estropié par les fers qu'il avait portés....
Il s'installa à Tanger où je le vis presque chaque jour. Il était réduit à la plus extrême pauvreté, mais tous ses amis l'aidèrent et d'ailleurs il demandait si peu !
Une vieille femme esclave de la famille, qui avait survécu dans quelque retraite, était venue le retrouver et passait son temps à masser ses poignets et ses chevilles meurtries. Enfin il mourut.
Deux jours avant sa mort, je le vis pour la dernière fois. Il était évident qu'il ne lui restait plus qu'un souffle de vie.
Je restai longtemps prés de lui et quand je me levai pour partir, il me dit :'Ecoutez-moi ; quand on aura lavé mon corps, veillez à ce qu'on remette sur mes membres mes fers et mes chaînes. Je désire me présenter devant Dieu dans l'état où je vécus quatorze années afin de pouvoir lui demander la justice que mon Sultan m'a refusée et afin d'obtenir que la miséricorde m'ouvre les portes du paradis'.
Il était impossible de replacer les fers et les entraves. Mais je crois que l'on cousit un maillon de sa chaîne sur son linceul. Et avec le plus cruel cynisme on lui fit des funérailles militaires suivies par tous les hauts fonctionnaires de l'endroit, car, après tout, n'avait-il pas été ministre de ' Sa majesté' ? »

Aussitôt les frères Jamaï arrêtés, Ba Hmad devint grand vizir à la place de Hadj Maâti et nomma ses deux frères, l'un comme ministre de la guerre, l'autre comme chambellan......


Medisma

 

 

 

 

 

 

 

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