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le blog lintegral

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UN ASILE DE FOUS OU LA FOLIE DE LA DERAISON

Publié par medisma sur 30 Septembre 2006, 20:17pm

Catégories : #lintegral

  

L’ASILE DE FOUS EN L’AN 1900

 En ce début de siècle, les malades mentaux qui sont confiés à une institution religieuse appelée Habous, n’échappent pas à l’avilissement extrême.

 Roland Dorgelés de l »Académie Goncourt a pu visiter l’un de ces ténébreux asiles, situé au quartier Bou Jelloud de Fès :

 ‘Etablissement religieux- Défense d’entrer’

 lit-on sur la pancarte. C’est le Moristane, la maison des fous, gérée par les Habous de Sidi Frej.

 Un asile ? Non pas.

 Une prison ?

 Pire encore. Un bagne. Une géhenne. Un lieu d’abjection et de torture dont l’existence seule déshonore un pays.

 Je n’ai fait que quelque pas dans une étroite allée conduisant au patio, et, tout de suite, l’horrible chose m’est apparue. Des cages, des cages à gros barreaux, comme pour les fauves et derrière, des êtres enchaînés qui hurlaient.

 Certes, je m’attendais à un affreux spectacle, mais je ne pouvais pas croire qu’aujourd’hui en plein Fès, je découvrirais cet enfer. Un instant, au bord du jardinet planté de géraniums, j’ai chancelé d’épouvante, abasourdi de clameurs, halluciné par ces figures grimaçantes.

 Vingt-cinq cages semblables s’ouvrent sur le patio, et des hommes vivent là des mois, des années, retenus au mur par une chaîne, n’ayant pour se coucher, qu’une natte en lambeaux. Autour d’eux, la pierre nue. Dans un coin, le trou d’aisance. C’est tout…

 A travers les barreaux, les gardiens leur passe la pitance, comme à des bêtes. L’été, privés de boisson, ils halètent ; l’hiver, sans couverture, ils grelottent. Certains succombent. Cela vaut mieux. Mille fois la mort que cette torture qui les lance écumants sur leur grille…

 Contenant mon émotion, j’ai fait le tour de la courette, pour voir tous ces damnés. Les uns m’injuriaient, crachaient, me menaçaient du poing. D’autres se taisent et pleurent dans leur coin, rivés à la muraille. Certains, devenus furieux, avaient déchiré leur costume et s’agitaient, tous nus. Un autre, plus saisissant encore, se tenait debout sur le devant de sa cellule, le visage collé contre les barreaux, encore décent dans sa djellaba sombre, le turban bien roulé, et  les yeux dans le vague, il psalmodiait sans reprendre haleine une interminable prière.

 -Depuis l’Achoura, m’apprit le gardien. Trois mois seulement, c’est un début. Bientôt il hurlera comme les autres…

 Dans une cage d’angle, un noir hirsute me héla en français.

 -Moussié ! moussié !

 Il ne connaissait que ce mot là, mais dans sa langue il me nomma précipitamment tous les gens qu’il avait connu, français et indigènes, me suppliant de m’adresser à eux pour le faire libérer.

 Est-ce réellement un aliéné ? Qui peut savoir ? …On n’enferme pas seulement ici les fous, les malfaisants, les maniaques, mais aussi des moités d’innocents qui gênaient leur famille, des exaltés qui ont déplu à un puissant rival. Il n’a pas l’aspect d’un dément ce jeune taleb qui, seul, a droit dans sa cellule à un escabeau, une table et une couchette, et qui feint de lire en se cachant honteusement le visage. Enfermé sur une lettre de cachet, le libérera-t-on un jour ?

 Là-haut, sur le balcon circulaire où se trouvent les cages des femmes, j’ai découvert une jeune berbère, presque une enfant, horriblement maigre, qui appelait d’une voix épuisée en tendant des bras suppléants.

 -Pas folle, a reconnu un porte-clefs.

 Le Pacha peut, sans contrôle, jeter à Sidi Frej n’importe quelle femme indigène. Epouse adultère, esclave chassée ou courtisane qui a déplu. On l’enfermera dans une cage comme les furieuses, l’anneau serré à la cheville, et les cris et les rires de ces vielles dépoitraillées en feront bientôt une folle comme elles : elle se roulera dans ses déjections.

 Combien de larmes, combien de râles, depuis six siècles autour de ce jardin maudit ? …

 Je me suis enfui, à bout d’horreur et poursuivi jusqu’à la porte par leurs cris déchirants. »

 Ce lieu invraisemblable existe depuis six cents ans. Fondé par le Sultan mérinide Abou Youssef, il a été restauré par son fils Abou el Hassan. Depuis le protectorat, et après des années de démarche, les médecins et fonctionnaires français que révoltait ce traitement barbare n’ont pu obtenir qu’un adoucissement dérisoire au régime des détenus : au lieu de les enchaîner par le cou, à l’aide d’un carcan de fer, on ne les enchaîne plus que par un pied. A toutes les protestations, les dignitaires des Habous ont opposé un refus brutal. Religion, tradition : cela les regarde. »

 Medisma

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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