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LES INSTITUTIONS MAROCAINES A LA VEILLE DU PROTECTORAT FRANCAIS

Publié par medisma sur 4 Janvier 2007, 16:35pm

Catégories : #lintegral

 

                                 Le gouvernement marocain en 1900

Comment le Maroc était-il gouverné en 1900, quelques années avant le protectorat français ? Telle est la question qui se pose fréquemment. Pour y répondre, il est plutôt aisé de disserter comment il n’était point gouverné :

 

 

 

 

Les institutions y étaient si dérisoires, les idées si flottantes, les hommes au pouvoir si peu consciencieux, la situation politique si instable, la misère si accablante que, loin d’aider le pays à s’en sortir, le Makhzen de l'époque menait le Maroc vers le dépérissement total.

 

 

 

 

Le Sultan régnant était Moulay Abdelaziz qui succèda à son père en 1894. Il n’avait alors que treize ans. Le chambellan Ahmed ben Moussa, dit Ba Hmad, en connivence avec Lalla Rquia, mère du jeune Sultan, turque d’origine amenée de Constantinople au harem de Moulay Hassan, avait su assurer l’avènement de Moulay Abdelaziz en dépit des intrigues à la Cour.

 

 

 

 

Au temps de Moulay Hassan, l’organisation du gouvernement chérifien, selon Eugène Aubain, était comme suit : 

« Autour du sultan se groupent les deux services du Makhzen, le service de cour et le service d’Etat ; le siège de ces services est le Dar el-makhzen, qui sert de résidence au souverain…..

 

 

 

 

Le siège du gouvernement se trouve dans une cour du palais, sur les côtés de laquelle s’ouvrent, précédée d’une colonnade, une série de chambres, qui sont les béniqas des ministres. Tout au fond, prenant jour sur un balcon, la Koubbet en-Nasr (le pavillon de la victoire) renfermant le cabinet de travail du souverain…. Cette cour unique réunit tous les départements ministériels, où aboutissent les affaires du Maroc entier….

 

 

 

 

La makhzénia comporte un véritable ministère, avec un personnel de quelque quatre-vingt secrétaires. Les principaux ministres sont : Le grand vizir qui est le véritable chef du gouvernement, l’homme d’état auquel incombe le soin redoutable de maintenir les divisions des tribus, pour assurer la suprématie du Makhzen…. La correspondance avec le Sultan passe par son intermédiaire, et, grâce à son office de négociateur avec les tribus, il est qualifié pour réunir entre ses mains toute la politique intérieure du Maroc….

 

 

 

 

La politique extérieure revient à l’ouzir el-bahr (le ministre de la mer), ainsi nommé parce qu’il s’occupe des affaires venues du dehors, c’est à dire , de par delà la mer. C’est lui qui assure les rapports du Maroc avec les puissances et correspond avec les caids sur les questions relatives aux intérêts étrangers. Comme le corps diplomatique réside à Tanger, fort loin du Makhzen, le contact s’établit par l’intermédiaire d’un naib es-Sultan, résidant en cette ville, qui devient pour la circonstance, le khalifa du ministre des affaires étrangères.

 

 

 

 

L’allef (le payeur) remplit les fonctions de ministre de la guerre. Il s’est peu à peu substitué au Sultan, pour devenir le chef réel de l’armée.

 

 

 

 

L’amin el-oumana est le chef du corps des oumana, choisis parmi les familles des négociants enrichis, à qui sont confiés dans tout le pays les fonctions d’ordre économiques …. L’amin el-oumana tient en main tout le service financier et se trouve être le ministre des Finances….Auprès de lui figurent trois hauts fonctionnaires, dont les béniqas sont, en quelque sorte, des directions relevant du départements de Finances. L’un, l’amin ed-dekhel, l’amin des rentrées, perçoit les revenus et les verse au Trésor ; le second l’amin ech-chkara, l’amin des dépenses, puise dans ce même Trésor afin de régler les dettes du Makhzen ; le dernier, l’amin el-hsab, l’amin des comptes, contrôle la comptabilité transmise au Makhzen par les oumana en fonction dans tout l’empire et fait office de cour des comptes.

 

 

 

 

L’ouzir ou le grand vizir, l’ouzir el-bahr, l’allef et l’amin el-oumana sont les quatre principaux vizirs, dont l’influence domine les conseils du gouvernement. IL existe, cependant, un autre fonctionnaire, doté d’une béniqa spéciale et qui peut être considéré comme le ministre de la justice ; c’est l’ouzir ech-chikayat, le ministre des réclamations….

 

 

 

 

Bien que la fonction de hajib, chef des services intérieurs du palais, soit une charge de cour plutôt qu’une charge d’Etat, le chambellan n’en dispose pas moins, lui aussi, d’une béniqa, dans laquelle il procède à l’ordonnancement des dépenses de la cour. Il devient à ce titre ministre de la Maison impériale, et, comme sa fonction le met en contact permanent avec le Sultan, il se charge souvent d’intervenir officieusement auprès du souverain et de lui faire parvenir des requêtes.

 

 

 

 

Le caid el-méchouar, chef des services extérieurs du palais, ne posséde pas de béniqa propre ; il est néanmoins considéré comme l’un des grands fonctionnaires du Makhzen. Dans les solennités, il remplit l’office de maître des cérémonies. C’est lui qui remet en mains propres la correspondance adressée au souverain et introduit auprès de lui les caids, ayant obtenu la faveur d’une audience. C’est encore lui qui se charge de les arrêter, quand ils ont encouru la disgrâce chérifienne.

 

 

 

 

Chacune des neuf beniquas, qui s’ouvrent sur la cour intérieure du dar el Makhzen, représente un département ministériel ; ce sont de grandes pièces complètement nues, avec des nattes et des tapis étendus sur le sol….

 

 

 

 

Naguère, la Makhzénia était soumise à des règles très strictes. Moulay Hassan avait le sentiment de l’autorité ; il s’intéressait aux affaires, prétendait les diriger lui-même et contrôler l’activité de ses vizirs ; chacun d’eux devait rester à sa place, sans pouvoir empiéter sur le domaine du voisin ; le grand vizir était le premier ministre effectif et il était rare que la place n’en fût pas occupée par celui dont la voix était prépondérante dans les conseils de l’Etat. Moulay Hassan avait des amis, mais point de favoris ; il se contentait de la société de ses hajibs, qui sont les confidents naturels des Sultans, et, si les liens d’affection, qui l’unissaient à Si Ali Mesfioui, son vizir des réclamations, étaient notoires, la science et l’intégrité du personnage étaient telles que les censeurs les plus sévères ne trouvaient rien à redire contre une aussi légitime influence. ….

 

 

 

 

Sous ce régime le Makhzen était fort ; car le Sultan concentrait réellement entre ses mains toutes les forces de l’état ….

 

 

 

 

L’avènement aux affaires de Moulay Abdelaziz a bouleversé ces vielles habitudes de gouvernement autoritaire et patriarcal. Depuis trois ans (depuis 1900), la légèreté du jeune souverain ou la pénétration des idées européennes ont fait ouvrir bon nombre de qaidas nouvelles, et l’on vit poindre brusquement, certains germes de gouvernement constitutionnel. Le nouveau régime enfanta un projet de réformes fiscales qui d’un seul coup, proposait l’abolition de tous les privilèges, négligeant le fondement historique du Makhzen, dont l’existence même est liée au maintien de groupes privilégiés. Sous l’empire de ces influences novatrices, la conception d’une responsabilité collective, d’une sorte de conseil des ministres, se fit jour au sein du gouvernement marocain. Désormais, à la fin de la makhzénia, les vizirs se réunirent dans la beniqa du grand vizir, pour y tenir une réunion, qui se nomme le Mejlis ; chacun d’eux y apporte les affaires importantes de son département et les soumet à la décision de tous. Enfin, les fonctionnaires se virent attribuer des appointements fixes et se lièrent en échange, par les serments les plus solennels, garants de leur future intégrité.

 

 

 

 

Par malheur, le jeune souverain, qui inaugurait ainsi, au Makhzen, le règne de la vertu, n’avait lui-même aucun goût pour les affaires. Timide et nonchalant, il ne fait plus à la koubbet en-Nasr que de courtes apparitions et la makhzénia tout entière s’est docilement conformée aux allures du Maître….

 

 

 

 

Avec Moulay Abdelaziz, s’est formé finalement un gouvernement très faible, makhzen de politiciens, intrigant les uns contre les autres, adoptant des attitudes diverses, et cherchant à faire prévaloir auprès de l’inexpérience souveraine une ligne de conduite déterminée…. »

 

 

 

 

 

 

 

 

                     Medisma

 

 

 

 

 

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