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Affaire Takieddine : la police piste des voyages de Sarkozy et Copé

Publié par medisma sur 26 Septembre 2011, 20:59pm

Catégories : #lintegral

 lon-sait-relations-ziad-takieddine-nicolas-sa-L-luZUJ2Nicolas Sarkozy pourrait être rapidement rattrapé par la mise en cause de son ancien collaborateur et ami, Thierry Gaubert, mis en examen, le 20 septembre, par le juge Van Ruymbeke dans l'affaire Takieddine. L'entourage du président de la République le sait. Et cette crainte figure noir sur blanc dans les écoutes judiciaires de Brice Hortefeux et de Thierry Gaubert et de sa fille.

 Les enquêteurs ont été mis, ces derniers jours, sur la piste d'un luxueux voyage de Nicolas Sarkozy à Venise, payé dans les années 1990 sur les fonds de Thierry Gaubert. Ces fonds sont désormais suspects.

  Après les révélations d'Hélène Gaubert Karageorgevitch, princesse de Yougoslavie, sur les transports de fonds en espèces opérés par son mari et le marchand d'armes Ziad Takieddine, M. Gaubert a reconnu, le 20 septembre, la gestion de plusieurs comptes non déclarés à l'étranger. Et notamment un compte ouvert à la banque Pictet de Genève, dans une période où il travaillait encore sous l'autorité de Nicolas Sarkozy.

 Même s'il a certifié aux policiers « n'avoir jamais reçu un centime de M. Takieddine en lien avec ses fonctions d'intermédiaire dans les contrats d'armement », M. Gaubert a admis avoir reçu des fonds du marchand d'armes sur un compte à la HSBC et sur un autre aux Bahamas. Il a d'ailleurs été mis en examen pour « recel d'abus de biens sociaux » et il est soupçonné, avec M. Takieddine, d'avoir contribué au financement occulte de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995.

 Ces opérations financières sont désormais susceptibles d'atteindre le chef de l'Etat. En particulier si les comptes de Thierry Gaubert, comme ceux de M. Takieddine, ont financé des déplacements ou des frais de bouche de M. Sarkozy ou d'autres dirigeants de l'UMP. La prise en charge du voyage de Nicolas Sarkozy à Venise incluait des billets d'avion en classe "affaires" et des nuitées d'hôtel dans une suite de l'un des plus beaux palaces de Venise, le Cipriani, dont les prix oscillent aujourd'hui entre 2.400 à 8.000 euros la nuit.

  Questionné par Mediapart sur ce voyage, M. Gaubert a déclaré ne plus s'en souvenir. « Je n'en sais rien, je ne crois pas », a-t-il déclaré. Contacté ce matin, l'Elysée n'a pas donné suite à nos questions.

 Dans un communiqué diffusé jeudi, l'Elysée s'était permis d'écrire que « le nom du chef de l'Etat » n'apparaissait « dans aucun des éléments du dossier » et n'avait été cité « par aucun témoin ou acteur de ce dossier »

M. Sarkozy a même nié son rôle de ministre du budget sur les marchés d'armement au cœur de l'enquête, comme il a oublié l'aval qu'il avait donné à la création, au Luxembourg, d'une société écran destinataire de l'argent noir des ventes d'armes du gouvernement Balladur.

  «Ziad était flatté de côtoyer des personnalités politiques»

 Mais l'Elysée n'a pas démenti que le chef de l'Etat connaissait personnellement M. Ziad Takieddine. Documents à l'appui, Mediapart a déjà montré la place occupée par le marchand d'armes auprès des proches du chef de l'Etat, de 2002 à 2009, au ministère de l'intérieur puis à la présidence de la République. Et dès 2002, auprès de Claude Guéant et de Brice Hortefeux pour la conclusion de marchés de sécurité en Arabie Saoudite.

  Dans sa récente enquête sur les intermédiaires (La République des mallettes, Fayard), Pierre Péan a révélé l'une des rencontres de Nicolas Sarkozy avec M. Takieddine, en 2005. Alors ministre de l'Intérieur, M. Sarkozy aurait proposé au marchand d'armes de lire un rapport sur son accident grave, à l'île Moustique, un an plus tôt. Selon Takieddine, le ministre lui offre alors de découvrir « comment et par qui a été organisé (son) meurtre ». Claude Guéant a récemment reconnu, dans les colonnes du quotidien Libération, ses contacts avec le marchand d'armes, en déclarant toutefois « qu'il apparaît aujourd'hui qu'il a fait des choses que la loi et la morale réprouvent ».

 Les largesses diverses dont ont pu profiter des responsables de la majorité dans l'affaire Takieddine se retrouvent au cœur des investigations policières. Outre le nom de M. Sarkozy, ceux de Jean-François Copé, l'actuel secrétaire général de l'UMP, et de l'ancien ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, sont apparus dans la procédure.

 Or, MM. Copé et Hortefeux ont justement rencontré le marchand d'armes par l'intermédiaire de Thierry Gaubert, comme l'ont établi les témoignages recueillis ces dernières semaines. L'ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy l'a lui-même reconnu lors de sa garde à vue : Ziad Takieddine « était flatté de côtoyer des personnalités politiques et médiatiques que je lui avais présentées, notamment MM. Hortefeux et Copé entre 2002 et 2004 », a expliqué Thierry Gaubert.

  Les policiers ont découvert l'étendue de la "générosité" de M. Takieddine, mis en examen pour « complicité et recel d'abus de biens sociaux » par le juge Van Ruymbeke, à l'égard du patron de l'UMP, aujourd'hui chargé de mettre le parti présidentiel « en ordre de  bataille » pour l'élection présidentielle de 2012.

 Le 30 août, l'ex-femme du marchand d'armes, Nicola Johnson-Takieddine — dont le divorce a finalement été prononcé en appel 15 jours plus tard — a été questionnée sur les « voyages » et les « vacances à des hommes politiques payées » par son  mari.

 Nicola Johnson a d'abord répondu : « Concernant Hortefeux, nous ne sommes jamais partis en vacances avec lui, mais il est venu chez nous à Paris, mais aussi à Antibes et également sur le bateau La Diva ». De nombreux clichés publiés cet été par Mediapart peuvent d'ailleurs en attester.

  « Ziad avait pris en charge les frais de transport de la famille Copé »

 L'ex-femme du marchand d'armes a ensuite déroulé la longue liste des largesses octroyées au secrétaire général de l'UMP : « Pour Jean-François Copé, c'est un peu différent, car Ziad fréquentait plus Jean-François et son épouse. Nous sommes allés ensemble à Londres pour fêter un de mes anniversaires, il y a huit ans. Je pense que Ziad avait payé le voyage, l'hôtel et les frais de bouche à Jean-François, son épouse et les deux enfants. Ils sont venus au Liban, où ils ont été logés chez nous à Beyrouth ».

  « J'ai découvert, par rapport aux documents trouvés à la maison, que Ziad avait pris en charge les frais de transport de la famille Copé en 2003, il me semble. La famille Copé est venue plusieurs fois à Antibes. Ils sont venus avec nous à Venise, il y a environ 6 ou 7 ans, je pense que Ziad a également payé les frais de voyage de la famille Copé à Venise. A cette époque-là, Copé était ministre ou porte-parole du gouvernement », a précisé Mme Johnson.

 Les enquêteurs sont en possession d'un extrait de la comptabilité de M. Takieddine qui prouve la prise en charge d'une partie de ces déplacements. D'autres noms de responsables politiques ont été cités par le témoin, qui a confirmé aux policiers que c'est « la connaissance de Thierry Gaubert (qui) a permis à Ziad de rencontrer des hommes proches du pouvoir ».

 Parmi ceux-ci se trouvent également François Léotard, ministre de la défense du gouvernement Balladur, et son conseiller spécial de l'époque, Renaud Donnedieu de Vabres, futur ministre de la culture entre 2004 et 2007.

  « J'ai cru comprendre que Renaud était très impliqué dans les contrats d'armement, en particulier sur Sawari 2 », a expliqué Nicola Johnson. Le contrat Sawari 2, qui est au centre de l'enquête du juge Van Ruymbeke, concerne la vente, fin 1994, de frégates à l'Arabie saoudite par le gouvernement Balladur.

 « Renaud est devenu assez familier avec Ziad, a poursuivi l'ex-femme du marchand d'armes. Ils se voyaient souvent. Ils sont devenus amis. Nous nous sommes rendus en Corse, en vacances, chez Renaud. A l'époque, Ziad me disait qu'il touchait effectivement des commissions sur des contrats d'Etat à Etat. Et que c'était tout à fait légal. Par contre, je ne sais pas s'il reversait des commission à des hommes politiques. De toute façon, si c'était le cas il ne me l'aurait pas dit. Ces commissions expliquent notre train de vie qui s'est amélioré dès notre arrivée à Paris. A partir de ce moment-là, nous avons commencé à acheter des propriétés, des voitures, à prendre des avions privés ». 

   « D'après Hélène, cet argent était destiné aux hommes politiques »

 Nicola Johnson a précisé qu'en 1993-94, Ziad Takieddine lui a « tout de même confié qu'il travaillait avec toutes ces personnes (Bazire, Gaubert, Donnedieu de Vabres, Léotard, Balladur...) sur un contrat d'armement en Arabie Saoudite ». 

  L'ex-femme du marchand d'armes a surtout confirmé devant les enquêteurs les révélations d'Hélène Gaubert, qui a évoqué un ballet d'argent liquide entre la Suisse et la France pour financer le camp Balladur en 1995. Mme Gaubert a notamment expliqué que son mari et Ziad Takieddine s'étaient rendus à plusieurs reprises en 1995 dans des banques suisses pour y retirer des fortes sommes en espèces et les remettre en mains propres à Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet et de campagne d'Edouard Balladur. M. Bazire a, lui aussi, été mis en examen par le juge Van Ruymbeke. 

  « C'est son mari qui lui a révélé ces faits précis, a signalé Nicola Johnson. D'après Hélène, cet argent était destiné aux hommes politiques. Mais elle ne m'a pas dit à qui. Je sais qu'ils se sont rendus en Suisse en avion. Mais je ne sais pas si c'est en avion privé ou de ligne. Je ne peux pas vous dire si cet argent provenait des contrats d'armements. Hélène m'a dit qu'ils sont allés plusieurs fois en Suisse en 1995 ensemble. »

 Concernant les relations de son ex-mari avec Nicolas Bazire, témoin de mariage de Nicolas Sarkozy en 2008, Nicola Johnson a indiqué aux policiers : « Il a fait la connaissance de Nicolas Bazire par l'intermédiaire de Renaud Donnedieu de Vabres, en 1993-94. Je savais à cette époque que Bazire était au cabinet du Premier ministre Edouard Balladur. Il est venu dîner deux, trois fois à la maison, quand nous habitions rue Raymond Poincaré. Je l'ai rencontré aussi chez M. Gaubert, dans leur résidence à Deauville. Ses relations avec Ziad étaient plus professionnelles ».

 Puis, au cours de son audition, Nicola Johnson a lâché une information qui pourrait s'avérer extrêmement gênante pour le gouvernement si elle venait à être confirmée par l'enquête du juge.

 Propriétaire d'un patrimoine de près de 100 millions d'euros dans le monde, et résident fiscal en France, Ziad Takieddine n'a payé aucun impôt durant plus de dix ans, comme Mediapart l'avait révélé en juillet. Et l'on peut se demander si ses relations politiques ne lui ont pas permis d'échapper aux contrôles. Plusieurs vérifications avaient été engagées puis interrompues en 2005, alors que Jean-François Copé était ministre du Budget.

 Or, selon son ex-femme, M. Takieddine aurait aussi bénéficié d'une étrange clémence de l'administration fiscale l'an dernier.

 « J'ai appris que mon mari faisait l'objet d'un contrôle fiscal par la DNVSF (Direction nationale de vérification des situations fiscales, NDLR) et que celui-ci aurait été entamé en septembre 2010 et qu'il aurait été suspendu en décembre 2010 parce qu'une autorité supérieure l'avait souhaitée», a assuré l'ex-épouse du marchand d'armes. L'ex-épouse n'a toutefois pas précisé qui était cette « autorité supérieure ».

Mediapart - 26 septembre 2011 | Par Fabrice Arfi et Karl Laske

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