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Face à face Guaino-Plenel (Médiapart)

Publié par medisma sur 28 Septembre 2011, 23:10pm

Catégories : #lintegral

 

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Préambule de Edwy Plenel (Médiapart) :

Lundi soir 26 septembre, j'ai accepté, au nom de Mediapart, un face-à-face avec Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, sur France-2, dans Mots Croisés, animé par Yves Calvi. Retour sur un rendez-vous insolite et vidéo de l'émission pour ceux qui l'ont loupée.

Cette invitation inhabituelle était évidemment une reconnaissance du travail de Mediapart, par la profession en général et par nos collègues de l'audiovisuel public en particulier. Mercredi dernier, 21 septembre, jour de l'accélération judiciaire des affaires Karachi/Takieddine avec les gardes à vue, suivies de leurs mises en examen, de Thierry Gaubert et Nicolas Bazire, j'ai reçu un appel de l'équipe de Mots Croisés en vue d'une émission de débat autour des affaires, qui s'annonçait selon un dispositif de table ronde classique.

Ayant donné mon accord de principe, j'ai été recontacté le lendemain après que Henri Guaino, sollicité à son tour par Yves Calvi et par la rédactrice-en-chef de l'émission, Brigitte Benkemoun, eut exprimé sa préférence pour un face à face plutôt que pour un débat trop déséquilibré. La proposition était loyale, sans piège aucun, et je l'ai donc acceptée, même si la capacité de cette présidence, depuis 2007, à endosser tous les rôles et à revêtir tous les costumes – policier, magistrat, banquier, général, diplomate et, maintenant, éditorialiste... –, au mépris de la séparation ou de l'équilibre des pouvoirs, ne laisse pas de surprendre.

En route donc pour cinquante minutes de face à face entre Mediapart et le « conseiller spécial du Président de la République », auteur de nombre de ses discours, de celui de Dakar à celui de Toulon (l le premier,  désastreux, et le second, inspiré), numéro trois dans l'ordre protocolaire du cabinet présidentiel à l'Elysée. Au cours d'une discussion collective préalable, lors de notre réunion quotidienne de la rédaction, le lundi matin, nous étions convenus que je devais m'en tenir à un rôle de journaliste, apportant des faits d'intérêt public et interpellant sur cette base le représentant du pouvoir.

Dès le début de l'émission, j'ai compris que Henri Guaino voulait, tout au contraire, m'entraîner sur le terrain d'un affrontement directement politique, me plaçant en opposant systématique qui fonctionnerait à l'idéologie plutôt qu'à l'enquête, au préjugé d'opinion plutôt qu'à la vérité des faits. C'est ce que dévoile l'instant où Henri Guaino commence à dérouler un conducteur de l'émission, tentant de fixer l'ordre du jour en lieu et place d'Yves Calvi. Décidant de ne pas rentrer dans ce jeu élyséen, j'ai alors choisi de monter au filet, comme l'on dit au tennis (sport que je ne connais guère, ce n'est donc qu'une image), c'est-à-dire d'attaquer en passant d'une information à l'autre, d'une interpellation à une question, d'un fait à une révélation, etc., contraignant ainsi Henri Guaino à courir d'un côté à l'autre du court télévisuel.

Ce zigzag a peut-être nui à la clarté ou à la cohérence de l'échange, mais c'était, me semble-t-il, la seule façon de casser les codes : ne pas accepter un échange d'idées totalement déconnecté de la réalité et de l'actualité qui, de surcroît, aurait brouillé les frontières entre le politique et le journaliste. En tout cas, il a réussi à énerver mon interlocuteur qui a perdu son calme, obligé de renoncer aux grandes tirades qu'il avait sans doute prévues pour défendre ce qu'il pense être la haute politique présidentielle face à la basse chronique affairiste.

A chacun d'entre vous de juger du résultat. L'un des enseignements de cet échange est la contre-attaque choisie par l'Elysée sur le terrain des affaires, de la corruption qu'elles dévoilent et de la morale publique qu'elles interpellent.

Résumé en trois temps :

1. Ce ne sont que des amalgames, des insinuations ou des mensonges, alors que Nicolas Sarkozy n'est aucunement concerné (même si ses amis ou collaborateurs les plus anciens ou les plus proches, eux, le sont – lire notre article: La sale vérité du sarkozysme et là une mise au point de Fabrice Arfi sur les mensonges de l'Elysée);

2. Vous faites le jeu du « tous pourris » et le lit de l'extrême droite, comme la presse des années 1930 (les « méthodes fascistes » inventées par l'Elysée à propos de Mediapart dans l'affaire Bettencourt ne sont pas loin – lire notre article sur la campagne dont la presse en général et Mediapart en particulier ont été la cible);

3. C'est le retour de l'affaire Clearstream, ce complot destiné à abattre Nicolas Sarkozy avant 2007 (et dont la justice a, depuis, jugé qu'il fut plutôt exploité par ce dernier pour abattre son rival à droite, Dominique de Villepin – lire notre article après l'arrêt de la Cour d'appel: La leçon de Cleartsream).

Il n'est pas certain que cet argumentaire, d'une grande pauvreté et d'une faible originalité, suffise à convaincre des troupes désorientées. Conforme au césarisme exacerbé de cette présidence, qui réduit le bien commun au salut d'un seul, le propos d'Henri Guaino m'a paru illustrer la nécrose du présidentialisme sarkozyste, dont l'obsession de puissance cache une immense fragilité et une peur infinie de l'avenir (lire l'article de François Bonnet: Sarkozy peut-il encore être candidat?).

Ainsi donc, à écouter son conseiller spécial, Nicolas Sarkozy, bien que responsable de rien – et surtout pas des vilains, copains et coquins qui l'entourent –, pourrait être le sauveur de tout. Au vu du résultat des sénatoriales, il serait étonnant que cette méthode Coué ait un quelconque impact sur les électeurs, y compris ceux traditionnellement de droite, alors que cette famille politique occupe l'Elysée depuis bientôt dix-sept ans, sans discontinuité depuis 1995, de Chirac à Sarkozy.

En préparant l'émission, j'avais retrouvé et relu un livre d'Henri Guaino, à l'époque où il jouait les francs-tireurs de la droite, au lendemain de la victoire législative de la gauche qui, en 1997, avait conduit Lionel Jospin à Matignon. Le futur acolyte de Nicolas Sarkozy qui, aujourd'hui, acquiesce à tout au point de ne même rien trouver à redire à l'affaire Tapie, tirait alors tous azimuts sur « nos élites (qui) ont décidément un problème avec le peuple ». Relisant cette littérature de circonstance – Henri Guaino venait d'être débarqué sans ménagement du Commissariat au plan –, j'y ai déniché un passage succulent qu'hélas, je n'ai pas eu l'occasion de lui rappeler.

 

Henri Guaino y dénonçait en effet une réalité qui est celle-là même qu'il côtoie, cautionne et accompagne désormais depuis l'Elysée : « Tout un système de cooptation, de collusions, de connivences, de complicités autour d'une classe dirigeante unique qui s'autocontrôle, s'autoévalue et s'autosanctionne ». Un système, concluait-il, qui conduit forcément au « dérapage dans l'excès de pouvoir, l'irresponsabilité et l'impunité ». Paru en 1998 chez Albin Michel, le livre d'où est extraite cette prophétie s'intitule L'étrange renoncement.

 

Un renoncement qui est aujourd'hui celui d'Henri Guaino lui-même. Et auquel nous opposons notre entêtement de journalistes attachés, selon la promesse du programme du Conseil national de la Résistance, à « la démocratie la plus large » qui suppose non seulement « la liberté de la presse», mais son «indépendance à l'égard de l'Etat et des puissances d'argent ».

 

P.S.:  « Il suffit de lire Mediapart », dit Henri Guaino à un moment de notre face à face, en un clin d'œil involontaire à notre slogan initial: Mediapart, l'info part de là… Du coup, puisque même l'Elysée le dit, nous n'avons pas boudé notre plaisir, et voici le résultat – à partager et à diffuser largement: :

 

 

 

 

La vidéo ci-dessous pour ceux qui ont  raté le face à face historique Guaino-Plenel

Mediapart face à l'Elysée: c'était à "Mots Croisés", sur France-2

 

Lundi 26 septembre, sur le plateau de l'émission «Mots Croisés» (France 2), le conseiller spécial du président de la République, Henri Guaino, dans un geste quasi sacrificiel de protection du chef de l'Etat, est allé jusqu'à lancer au directeur de Mediapart, Edwy Plenel, avec lequel il débattait : «Je vous mets au défi d'établir un lien ou d'apporter la preuve d'un lien entre M. Sarkozy et M. Takieddine».

Le lien, plutôt les liens, les preuves, les voici :

Les documents qui prouvent le «lien» entre Sarkozy et Takieddine

 

Mis en examen pour « complicité et recel d'abus de biens sociaux » par le juge Renaud Van Ruymbeke dans l'affaire des ventes d'armes françaises au Pakistan et à l'Arabie saoudite, l'homme d'affaires Ziad Takieddine est devenu pour l'Elysée - et tout particulièrement pour Nicolas Sarkozy - une sorte de version politique et  judiciaire du sparadrap du capitaine Haddock. Trop collant, impossible de s'en défaire.

Mediapart relève le « défi » et publie les preuves (notes de Ziad Takieddine, rapport de police, document de la DCN...) qui démontrent ce « lien » que l'Elysée voudrait oublier et, surtout, faire oublier, tant l'enquête du juge Van Ruymbeke sur le marchand d'armes Ziad Takieddine devient dangereuse pour la présidence de la République.

Tous les documents que nous publions, dont certains ont été découverts par l'ex-femme de Ziad Takieddine dans leur maison de Londres, sont aujourd'hui entre les mains des policiers et de la justice.

Un encombrant rapport de la police luxembourgeoise

Fil d'Ariane de la part d'ombre du sarkozysme depuis quinze ans (voir notre série-enquête "Les Documents Takieddine"), Ziad Takieddine est soupçonné d'avoir été la cheville ouvrière d'un vaste système de détournement d'argent sur les ventes d'armes du gouvernement Balladur, dont Nicolas Sarkozy fut, entre 1993 et 1995, le ministre du budget.

 L'intermédiaire Takieddine est notamment mis en examen pour avoir été le destinataire de 28 millions d'euros de commissions occultes versées par la Direction des constructions navales (DCN), constructeur de sous-marins vendus en toute hâte par le gouvernement Balladur en septembre 1994, huit mois avant le premier tour d'une élection présidentielle dont l'un des deux candidats de la droite était... Edouard Balladur.

Ce faramineux montant de commissions, consenties par l'Etat français à une date (juillet 1994) où les négociations avec le Pakistan étaient déjà closes, a transité par une société écran de la DCN, Heine, implantée au Luxembourg. L'argent a ensuite été ventilé via une autre société offshore, Mercor, dont l'un des ayant droit est Ziad Takieddine. Une partie des sommes pourrait avoir in fine atterri dans les caisses de l'Association de financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, l'Aficeb. En toute illégalité. 

  Un rapport de la police luxembourgeoise daté du 19 janvier 2010, que Mediapart a révélé l'an dernier et que nous publions pour la première fois en intégralité (ci-dessous), présente Nicolas Sarkozy comme étant celui qui, avec Nicolas Bazire, alors directeur de cabinet d'Edouard Balladur, a validé la création de la société offshore Heine, boîte noire des secrets inavouables de Ziad Takieddine.

  Nicolas Bazire, témoin du mariage de Nicolas Sarkozy avec Carla Bruni en 2008 a été mis en examen, la semaine dernière, pour «complicité d'abus de biens sociaux».

  La chronologie qui dérange

En dépit des dénégations de l'Elysée, le lien est donc fait. Les deux commissaires de police luxembourgeois, signataires du rapport, écrivent notamment : « Un document (...) fait état de l'historique et du fonctionnement des sociétés Heine et Eurolux (société jumelle de Heine, NDLR). Selon ce document, les accords sur la création des sociétés semblaient venir directement de M. le Premier ministre Balladur et de M. le ministre des Finances Nicolas Sarkozy. »

Ils ajoutent : « En 1995, des références font croire à une forme de rétrocommission pour payer des campagnes politiques en France. Nous soulignons qu'Edouard Balladur était candidat à l'élection présidentielle en 1995 face à Jacques Chirac et était soutenu par une partie du RPR dont M. Nicolas Sarkozy et Charles Pasqua. »

  Puis ils concluent : « Une partie des fonds qui sont passés par le Luxembourg reviennent en France pour le financement de campagnes politiques françaises ».

  Sarkozy, « Monsieur T. » et la « campagne BAL »...

Parmi les documents sur lesquels s'appuient les enquêteurs du Grand Duché se trouve une note chronologique (ci-dessous), découverte en 2007 par des policiers français au siège de la DCN lors d'une perquisition. La même note, qui sera retrouvée deux ans plus tard au siège de Heine par la police luxembourgeoise, fait partie d'une liasse documents issus des archives de Heine.

Cette note, présentée sous une forme chronologique, expose les différentes grandes étapes de l'existence de Heine, dont le dirigeant, Jean-Marie Boivin, n'hésitera d'ailleurs pas à faire "chanter" l'Elysée de Sarkozy, en 2007, estimant n'avoir pas été assez indemnisé pour ses «services rendus».

 Le document, incontestablement, fait lui aussi le lien entre Nicolas Sarkozy et Ziad Takieddine. Il suffit, pour ce faire, de le décortiquer.

 Pour la fin de l'année 1994, il est écrit que « Nicolas Bazire, directeur de cabinet du premier ministre Balladur, est d'accord » pour la création de Heine.

 Ligne suivante, on peut lire : « Nicolas Sarkozy donne également son accord depuis le ministère des finances - Bercy ».

 Pour l'année 1995, il est ensuite fait mention de la « très grosse opération » et d'un certain « Monsieur T. ».Comprendre : le versement des commissions occultes du contrat des sous-marins pakistanais en faveur de... Ziad Takieddine.

 Cinq lignes plus bas, il est question de « payer campagne BAL ». Soit Balladur. Sur le plateau de «Mots Croisés»Henri Guaino a tenté de déminer la portée de ce document en contestant, d'une part, son authenticité et, d'autre part, en affirmant que « cela n'a rien à voir ». Avec quoi ? M. Guaino ne l'a pas dit.

 Quand Takieddine appelle Sarkozy « le patron »

  Les liens entre Nicolas Sarkozy et Ziad Takieddine n'appartiennent pas qu'à la période Balladur. Sitôt revenu au gouvernement en 2002, au poste de ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy ouvre à nouveau les portes de son cabinet au marchand d'armes.

L'équipe Sarkozy, au centre de laquelle s'activent Claude Guéant et Brice Hortefeux, utilise M. Takieddine pour mener à bien un contrat d'armement de protection des frontières de l'Arabie saoudite - nom de code : Miksa - d'un montant de 7 milliards d'euros. Comme Mediapart l'a déjà raconté documents à l'appui, Ziad Takieddine se voit promettre 350 millions d'euros de commissions occultes, qui devaient être versés, sous l'autorité de Nicolas Sarkozy, par une société contrôlée par le ministère de l'intérieur.

Entre l'automne 2003 et l'hiver 2004, Ziad Takieddine se démènera pour concilier les intérêts saoudiens et français et, accessoirement, les siens. Les preuves du lien avec Nicolas Sarkozy sont alors légion.

Une note de travail du 29 octobre 2003 (ci-dessous) en dit long sur les rapports Sarkozy/Takieddine. Dans ce document siglé « confidentiel et personnel », qui se présente comme un compte-rendu de visite en Arabie saoudite, M. Takieddine parle, à plusieurs reprises,  de Nicolas Sarkozy comme du... « patron ». Jacques Chirac, alors président de la République, est présenté comme « le numéro 1 ». Le marchand d'armes s'alarme des dissensions au sein de la droite, entre sarkozystes et chiraquiens.

 « Il y a eu beaucoup d'interrogations sur les relations du "patron" avec le numéro 1, et son système. Mes interlocuteurs ne souhaitent en aucune façon intervenir dans cette "bagarre" franco-française, et solliciteront des garanties personnelles de la part du "patron" lui-même», note Takieddine. Qui parle aussi d'un mystérieux « sujet sensible », de ses « honoraires » et d'une « banque d'affaires du P. ».

 La « visite du ministre »

Une note du 3 novembre 2003 (ci-dessous) évoque la préparation d'une « visite du ministre » en Arabie saoudite. Autre preuve d'un lien Sarkozy/Takieddine. 

 Ziad Takieddine insiste dans ce précieux document sur la nécessité d'une « visite préparatoire », qu'il présente comme« inhabituelle ». «Elle doit revêtir un caractère secret. Ni le Cabinet, ni le Conseiller diplomatique ne doivent être au courant, pour cause évidente de fuites...», observe l'homme d'affaires.

Il poursuit: « Pour cette raison, il sera préférable que B. (vraisemblablement Brice Hortefeux, NDLR) se déplace seul, et que le déplacement s'effectue "sans fanfare": avion de Ligne de Genève ou Zurich. Dans l'intérêt d'une signature sans "interférences", il est indispensable que tout le monde soit pris par surprise par cette signature. L'autre avantage : plus d'aise pour évoquer l'autre sujet important, de la manière la plus directe... ».

L' « autre sujet important » recouvre-t-il des tractations financières occultes ? Il n'est pas interdit de le penser vu le type de soupçons judiciaires qui pèse aujourd'hui sur Ziad Takieddine.

Takieddine corrige la « lettre du ministre »

Dix jours plus tard, le 13 novembre 2003, le marchand d'armes commet une nouvelle note (ci-dessous). Il s'agit ni plus ni moins, cette fois ci, que d'apporter une « correction de la lettre du ministre Sarkozy ». « Il indispensable que cette lettre indique très clairement l'accord du gouvernement français (du ministre) pour donner à l'accord industriel un caractère de contrat d'Etat à Etat », enjoint notamment Ziad Takieddine. 

 « A transmettre à Monsieur Nicolas Sarkozy »

Le 25 janvier 2004, Ziad Takieddine se fait dans une nouvelle note (ci-dessous) le petit rapporteur des messages à « transmettre à Monsieur Nicolas Sarkozy » de la part du ministre de l'intérieur saoudien, le prince Nayef Ben Abdel Aziz.

Le dignitaire saoudien flatte Nicolas Sarkozy - « le prince mesure parfaitement le rôle que vous jouerez dans l'avenir de ce pays » - et propose que « ZT » (Ziad Takieddine) soit l'entremetteur des deux pays pour la signature du contrat Miksa.

Mais malgré l'avancement du dossier - les contrats de commissions sont prêts -, l'opération n'ira pas à son terme. Le président Jacques Chirac empêchera début 2004 la signature du marché, suspectant, derrière le contrat Miksa, une opération de financement politique dans la perspective de l'élection présidentielle de 2007.

Guéant, pour Sarkozy, écrit à Takieddine

A peine "chassée" des terres saoudiennes par le clan Chirac, Nicolas Sarkozy et ses plus proches collaborateurs se tournent vers un nouvel eldorado commercial et pas n'importe lequel : la Libye du dictateur Kadhafi.

De septembre à décembre 2005, Ziad Takieddine devient l'organisateur en chef, pour la France, des visites à Tripoli de Claude Guéant, Nicolas Sarkozy et de Brice Hortefeux, alors ministre délégué... aux collectivités territoriales.

Les échanges entre MM. Guéant, alors directeur de cabinet du ministre Sarkozy, et Takieddine sont tout ce qu'il y a de plus formels, comme l'atteste ce document officiel à ent-tête du ministère de l'intérieur, transmis par le secrétariat particulier (SP) de M. Guéant :

La « visite du ministre » et « l'objectif commercial »

Le 6 septembre 2005, Ziad Takieddine envoie une première note « confidentielle » (ci-dessous) à Claude Guéant dont l'objet est la « visite du ministre le 6 octobre 2005 ». Comme il l'avait fait avec l'Arabie saoudite, Ziad Takieddine explique que la visite de M. Sarkozy devra être précédée d'une « visite préparatoire du directeur de cabinet » qui « revêt une extrême importance ».

L'objectif de cette visite préparatoire est, d'après le marchand d'armes, la « formulation du message et thème de la grande visite ». Ziad Takieddine poursuit, laissant peu de place au doute quant à la nature réelle de la démarche: « Le "contenu", ainsi formulé, prendra en compte les sensibilités du pays, créant ainsi un "partenariat" qui permettra la réalisation de l'objectif commercial. » A savoir, les contrats. Et leurs lots de commissions.

Sarkozy, Takieddine et le système d'espionnage vendu à Kadhafi

Le rapprochement de Nicolas Sarkozy avec le dictateur Kadhafi, avant que celui-ci ne devienne l'homme à abattre de la France, a permis à Ziad Takieddine de faire de juteuses affaires en Libye.

Ainsi, en 2007, quand Nicolas Sarkozy est encore ministre de l'intérieur, le marchand d'armes devient l'intermédiaire d'un important marché de livraison de matériel de guerre électronique vendu par la société i2e (filiale du groupe Bull) à la Libye. Sur une première étape du contrat, destinée à crypter les communications du régime et à contrer la surveillance des services secrets occidentaux, 4,5 millions d'euros de commissions ont été versées à M. Takieddine. D'autres suivront...

Dans la note de présentation de son programme Cryptwall, vendu aux Libyens par Takieddine, la société i2e implique Nicolas Sarkozy. «Le ministre de l'intérieur français dispose d'une réelle connaissance corroborée par une collaboration avec la société spécialisée dans ce domaine », peut-on notamment lire dans ce document (ci-dessous).

Le fax de Claude Guéant

Omniprésent dans les relations franco-libyennes, Ziad Takieddine a aussi été, à l'été 2007, l'un des acteurs centraux de la libération des infirmières bulgares, qui se dénoua en échange de nouvelles perspectives commerciales pour la France, contrairement à ce que l'Elysée a toujours affirmé, comme Mediapart l'a déjà raconté.

Au plus fort des négociations entre le régime Kadhafi et la France, les preuves du lien Sarkozy/Takieddine ne manquent pas. Parmi-celles ci : un fax à en-tête de la présidence de la République, envoyé par son secrétaire général Claude Guéant, exécutant des diligences du chef de l'Etat. Un numéro figure sur le document (ci-dessous) : il s'agit du fax de Ziad Takieddine dans sa villa du Cap d'Antibes.

L'homme de confiance de Nicolas Sarkozy demande rien de moins au marchand d'armes que d'amender une lettre qu'il a l'intention d'envoyer, au nom de la France, aux autorités libyennes...

Quand Takieddine parle au nom de Sarkozy

Ziad Takieddine s'y connaît en dictatures. Ainsi, entre 2007 et 2009, le marchand d'armes a été l'homme-orchestre du rapprochement entre la France et la Syrie et l'introducteur du président français auprès du chef de l'Etat syrien, Bachar el-Assad.

  Le point culminant de ce travail de l'ombre aura été la visite, en juillet 2008, de Bachar el-Assad à Paris, suivie de celle, en septembre de la même année, de Nicolas Sarkozy à Damas. Ziad Takieddine a été le principal organisateur de ces déplacements, qui avaient provoqué la polémique.

Une fois encore, les preuves du lien Sarkozy/Takieddine ne font pas défaut. Dans une note du 1 er janvier 2008 (ci-dessous), qui se présente comme le compte-rendu d'un déplacement à Damas, Ziad Takieddine apparaît comme l'émissaire de la France auprès des Syriens au sujet de l'épineuse situation politique libanaise, et non l'inverse comme l'a affirmé Henri Guaino sur le plateau de «Mots Croisés».

  Ziad Takieddine parle au nom du président français: « Le Président Sarkozy souhaite qu'il n'y ait aucune ambiguïté. Il veut absolument faire élire un Président de la République au Liban. Il souhaite élire un Président consensuel choisi par les Libanais. Il souhaite aussi que ce Président de la République puisse être un homme d'envergure et un homme qui n'a pas d'animosité avec la Syrie, qui sera approuvé par les Syriens et leurs alliés. »

« Ceci est la position de la France », affirme, péremptoire, Ziad Takieddine, soudainement devenu l'ambassadeur secret de l'Elysée.

  Takieddine sait tout des échanges Sarkozy/Assad

A l'heure de la lune de miel entre la France et la Syrie, Ziad Takieddine devient la plaque tournante des relations ente les deux pays. Il rédige ainsi, le 30 mai 2008, une note « confidentielle » (ci-dessous) faisant état du contenu d'une « conversation téléphonique » entre Nicolas Sarkozy et le dictateur Bachar el-Assad. Conversation à laquelle le marchand d'armes a, de toute évidence, assisté personnellement, ou dont il a été informé du contenu.

La note du 30 mai commence ainsi: « Le Président Sarkozy, par égard pour la Syrie et le rôle qu'elle a tenu dans le dénouement de la crise libanaise, a souhaité confirmer son estime pour la Syrie et donner à sa visite à Damas un caractère exclusif et officiel, en la dissociant de sa visite éclair prévue au Liban. »

Il est alors évoqué l'organisation d'une visite du président français en Syrie à la suite d'une venue de Bachar el-Assad en France. « Le Président Sarkozy a tenu, également, à l'occasion de l'appel téléphonique au Président Assad, confirmer à ce dernier son invitation au Sommet des Pays de la Méditerranée, fixé le 13 juillet prochain à Paris, et le convier, à ses côtés, au défilé du 14-Juillet. 

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