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L’enfer dans «Le bonheur conjugal»

Publié par medisma sur 26 Août 2012, 19:53pm

Catégories : #lintegral

UN LIVRE DE LA RENTRÉE :

Tahar Ben Jelloun conspue «Le bonheur conjugal». C’est un enfer!

Dans un décor de rêve, à Casablanca, un peintre frappé d’une attaque cérébrale règle ses comptes avec sa terrible épouse.

topelement2.jpgTahar Ben Jelloun de passage à Genève.  Image: Photo Olivier Vogelsang

 

Une mouche se promène sur le nez du narrateur. L’insecte prend ses aises. Il ne risque rien. L’homme dont se verra raconté «Le bonheur conjugal» a subi un accident vasculaire cérébral. Ce peintre, pour qui tout passait par les mains, se retrouve dépendant. Il ne peut que penser. Parler correctement reste au-dessus de ses forces. Du moins pour le moment. Il devrait recouvrer une partie de ses facultés. Mais quand? Et jusqu’à quel point?

Pour son quarante-sixième livre, tous genres confondus, Tahar Ben Jelloun produit un huis totalement clos. Nous sommes en 2000, à Casablanca, avec des retours en arrière. Foulane, que l’auteur appelle souvent «le peintre», est un artiste riche et célèbre. Sa maison, ancienne, constitue presque un palais. Ses œuvres se négocient à des centaines de milliers de dollars. Il faut bien que les lectrices aient un peu de luxe à se mettre en tête. Car le reste de ce livre, destiné à un public plutôt mûr, ne fera que déballer du linge sale.

«Elle»

Soutenu par deux infirmiers qu’il baptise «les jumeaux», massé par la belle Imane, dont il tombe discrètement amoureux, le peintre a tout son temps pour ressasser ce qui constitue en réalité son enfer conjugal. Certes, au début, il a follement aimé celle qui allait devenir son épouse. Elle n’a pas prénom. C’est «elle». Sa très chic famille marocaine désapprouvait une union avec cette fille d’émigrés en France. On ne mélange pas les torchons et les serviettes. Mais «elle» semblait au départ si douce, si soumise…

Les conflits avec «elle», qu’il a généreusement trompée, ont commencé petitement. La première querelle se situe autour d’une nappe brodée. Mais l’escalade a été inexorable, surtout après sa maternité. Le gouffre s’est creusé. Il lui a reproché son inculture. Son avidité. Puis son autorité. Et maintenant c’est à «elle» qu’appartient le pouvoir. Il ne peut lui échapper que par le souvenir. A moins d’oser le divorce. C’est vrai qu’au bout de trois ans il va mieux.

La réponse d’Amina

Ce gros roman tournant autour d’une voix intérieure n’est pas écrit à la première personne du singulier. Pas d’autofiction. Pourtant, Foulane va tenir un journal intime. Mais il s’agit là d’un subterfuge. Il faut amener la dernière partie. Conscient sans doute d’avoir commis l’un des livres les plus misogynes de ces dernières années, Tahar Ben Jelloun se tend la perche. La fin du roman consiste donc en une réponse de la mégère non apprivoisée à «l’homme qui aimait trop les femmes». Après avoir déniché le journal, «elle» va vider son sac, avec tous les «je» voulus. «Je n’ai pas honte de dire ce que je fais, car je suis une femme honnête.»

Honnête peut-être. Mais sans illusion. Amina, car elle possède enfin un prénom, se dit persuadée que c’est lui qu’on croira. Il faut dire que l’auteur lui accorde nettement moins de pages. «J’ai été brève et directe.» Quand il avait donné «La vie conjugale», en 1964, le cinéaste André Cayatte avait au moins fait deux films d’une identique longueur. Tahar Ben Jelloun donne ici l’impression de se dédouaner. Il lui faut ménager son public.

Un torrent de fiel

Cela dit, ce torrent de fiel se boit avec un certain plaisir. Ecrit dans ce style simple qui a permis au Marocain de devenir l’auteur francophone le plus traduit au monde, «Le bonheur conjugal» échappe aux clichés, en dépit d’un décor tenant de la carte postale de luxe. Le portrait de Foulane se révèle réussi. L’homme n’apparaît pas toujours à son avantage. Sans doute eut-il mieux valu qu’Amina reste invisible, comme «L’Arlésienne» de Mistral. Son absence très présente faisait le poids du texte. Mais le lecteur peut toujours s’arrêter à la page 256…

Pratique

 «Le bonheur conjugal» de Tahar Ben Jelloun, aux Editions Gallimard, 366 pages. Sortie le 22 août.

(TDG - Etienne Dumont )

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