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La déception commune d'un économiste émérite et d'un cinéaste distingué

Publié par medisma sur 3 Décembre 2009, 20:48pm

Catégories : #lintegral

Un économiste émérite et un cinéaste distingué, Paul Krugman et Michael Moore livrent leurs opinions sur leur déception commune : Obama, prix Nobel de la paix !

  Krugman et les perspectives économiques américaines 

 

Quels sont les perspectives pour les Etats-Unis ? Paul Krugman, prix Nobel de l’économie,  juge la relance américaine et la considère insuffisante. Il faudrait s’attendre à plusieurs années de stagnation, à un chômage élevé persistant, et à une notion de prospérité « revue à la baisse ». Dans cette situation sociale difficile, avec une administration qui n’a pas su s’imposer face à Wall Street et aux banquiers, il prévoit que ce sont les républicains qui devraient bénéficier du mécontentement populaire lors des élections de mi-mandat. Obama pourrait-il se ressaisir d’ici là ? « Le temps est passé où l’on pouvait faire confiance à l’administration pour qu’elle entreprenne ce qui est nécessaire - tout porte à croire qu’elle ne le fera pas de sa propre initiative, » conclut-il, sans dissimuler sa déception.

 

Ci-après le texte de Paul Krugman du 30 novembre 2009 :

Que va-t-il se passer au plan économique et politique au cours des prochaines années ? Personne ne le sait, bien sûr. Mais j’ai mon opinion. Voilà ce que je pense être la trajectoire la plus probable des événements. Elle est assez sombre - mais pas au sens habituel.

Commençons par le court terme économique. Nous sommes maintenant au lendemain d’une crise financière gigantesque, et elles sont habituellement suivies par une période prolongée de ralentissement économique. Les choses ne seront pas différentes cette fois. Au début l’année, une politique économique plus audacieuse aurait pu provoquer un renversement de tendance, mais nous n’avons eu droit qu’à des demi-mesures. En conséquence, le chômage devrait rester proche de son niveau actuel durant un an ou plus.

Politiquement, il est difficile d’entreprendre quelque chose sur ce front. Avec ces demi-mesures économiques l’administration Obama s’est prise dans un piège : une grande partie de l’establishment politique considère désormais que l’efficacité du plan de relance a été démentie par les faits, de sorte qu’il est très difficile de reprendre cette politique et de l’amplifier jusqu’au niveau qui aurait du être atteint dès l’origine. En outre, maintenant que l’apocalypse a été contenue, les anti-déficits sont revenus à leurs fondamentaux et critiquent toute politique génératrice de dépenses.

Le résultat, cela sera un chômage élevé jusqu’aux élections de 2010, et en conséquence des pertes électorales pour les démocrates. Ces revers seront d’autant plus importants du fait qu’Obama, en adoptant une politique constamment favorable aux banquiers sans même faire un geste face à la colère populaire contre les plans de sauvetage, a abandonné cette énergie populaire à la droite, tout en démoralisant le mouvement qui l’a porté au pouvoir.

Malgré cela, les élections de mi-mandat ne donneront probablement pas aux républicains la majorité à la Chambre. Mais les pertes seront suffisamment importantes pour qu’Obama ne dispose pas d’une majorité sur laquelle compter pour adopter des mesures importantes d’ici la fin de son premier mandat. (Je suppose qu’il va être réélu, pour cause d’horribles candidats Républicains). Dans le mesure où les Républicains sont farouchement opposés à quoique ce soit qui pourrait selon moi contribuer à sortir l’économie de l’ornière, cela va se traduire par une stagnation plus longue.

Par ailleurs, la notion de prospérité sera revue à la baisse. Tous les gens bien pensants vous diront que 8 ou 9 pour cent de chômage - peut-être même 10 pour cent - sont la « nouvelle norme », et que seuls des irresponsables voudraient tenter de faire quelque chose en la matière.

Je m’attends donc à plusieurs années de situation terrible sur le marché du travail, avec dans le même temps une paralysie politique.

J’espère me tromper sur tout ceci. Mais j’ai le sentiment que pour avoir un espoir quelconque de sortir de ce piège, Obama et compagnie doivent prendre des risques. Ils doivent proposer de nouvelles mesures qui pourraient ne pas être votées par le parlement, et être prêts à affronter l’immobilisme des républicains si ces initiatives étaient bloquées. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, pour autant que je le sache, et la stratégie de l’administration consiste à dire que seules quelques corrections mineures de trajectoire sont nécessaires, et à attendre que les emplois commencent à renaître.

Peut-être seront-ils chanceux. Mais l’espoir n’est pas un plan.

Que pouvons-nous y faire ? Les progressistes doivent maintenir la pression. Le temps est passé où l’on pouvait faire confiance à l’administration pour qu’elle entreprenne ce qui est nécessaire - tout porte à croire qu’elle ne le fera pas de sa propre initiative. Mais peut-être, peut-être seulement, est-il possible que le Président soit amené à percevoir le danger qu’il coure en voulant la jouer la sécurité.



La forte déception de Michael Moore : Cessez cette guerre Monsieur le Président !

 

« Nous, le peuple, nous vous aimons toujours. Nous, les citoyens, nous conservons toujours une

lueur d’espoir. Mais nous, peuple et citoyens, nous en avons assez. Nous ne pouvons plus accepter de vous voir faire encore et encore des concessions, alors que nous vous avions élu à la fonction suprême avec une large majorité de millions de voix, et ce  pour des objectifs bien précis….Qu’aurait fait Martin Luther King ? ... Il n’aurait pas envoyé encore plus de pauvres s’en aller tuer d’autres pauvres qui ne les menacent pas. Ni dépensé des milliards et des milliers de milliards pour faire la guerre, alors que les enfants d’Amérique dorment sur les trottoirs et font la queue pour obtenir du pain. » Michael Moore, qui avait espéré, comme tant d’américains, qu’Obama sache sortir de l’engrenage des conflits, laisse éclater sa profonde déception et lance un dernier appel désespéré pour tenter de convaincre le Président de ne pas choisir la voie de l’escalade dans la guerre d’Afghanistan.

Ci-après la lettre ouverte du cinéaste au Président Obama du 30 novembre 2009 :

Cher Président Obama,

Voulez-vous vraiment être un nouveau « président de guerre » ? Si vous vous rendez demain soir à West Point pour annoncer une escalade, au lieu d’un retrait des troupes en Afghanistan, vous serez un nouveau président de guerre. Purement et simplement. Et du même coup, vous ferez la pire chose que vous puissiez faire - détruire les espoirs et les rêves que tant de millions de gens ont placés en vous. En un seul discours demain soir, vous pourriez transformer en cyniques désabusés la multitude de jeunes qui ont formé la cheville ouvrière de votre campagne. Vous allez leur apprendre que ce qu’ils ont toujours entendu dire est vrai - que tous les politiques sont pareils. Je ne peux tout simplement pas croire que vous êtes sur le point de faire ce qu’ils disent que vous êtes sur le point de faire. S’il vous plaît, dites qu’il n’en est rien.

Votre travail ne consiste pas à faire ce que les généraux vous disent de faire. Notre gouvernement est dirigé par les civils. C’est nous qui disons quoi faire à l’état-major des armées, et non l’inverse. Le général Washington y avait insisté. Et c’est ce que le président Truman a fait savoir au général MacArthur, lorsqu’il a voulu envahir la Chine. « Vous êtes viré ! », lui a dit Truman, et puis c’est tout. Et vous auriez du virer le général Mc Chrystal lorsqu’il a tenté de vous forcer la main en disant à la presse ce que vous devriez faire. Permettez-moi d’être franc : Nous aimons nos gamins qui sont dans les forces armées, mais nous avons une certaine haine pour ces généraux, depuis Westmoreland au Vietnam jusqu’à Colin Powell, oui même lui, qui a menti à l’ONU avec ses faux graphiques d’armes de destruction massive (depuis, il s’est amendé).

Aujourd’hui, vous vous sentez coincé. Il y a 30 ans ce jeudi, les généraux soviétiques ont eu une sacré idée : « Envahissons l’Afghanistan ! » Eh bien, cela s’est avéré être le dernier clou enfoncé dans le cercueil de l’URSS.

Il y a une bonne raison pour que l’Afghanistan ne porte pas le surnom d’ « Etat Jardin » (Bien qu’on pourrait y penser en voyant que le frère du président corrompu Karzaï, que nous soutenons, fait dans le commerce de l’héroïne et cultive du pavot). Le surnom de l’Afghanistan, c’est le « cimetière des empires ». Si vous ne le croyez pas, téléphonez donc aux britanniques. Je vous aurais volontiers suggéré d’appeler Gengis Khan, mais j’ai perdu son numéro. Mais j’ai par contre celui de Gorbatchev. C’est le 41 22 789 1662.  Je suis sûr qu’il aurait des tas de choses à vous dire concernant l’erreur historique que vous vous apprêtez à commettre.

Si vous devenez un « président de guerre, » avec cette crise économique qui se poursuit, avec le sacrifice de notre jeunesse sur l’autel de l’arrogance et de la cupidité, cette grande civilisation que nous appelons l’Amérique va se précipiter à pleins gaz vers sa chute et l’abîme. Les empires ne croient jamais que leur fin est proche, jusqu’à qu’elle soit là. Les empires croient qu’en faisant encore plus de mal, ils forceront les païens à rentrer dans le rang - et pourtant cela ne fonctionne jamais. Les païens finissent en général par tailler en pièces les empires.

Réfléchissez avec soin, Président Obama. Vous êtes le premier à savoir que cela ne doit pas se dérouler ainsi. Il vous reste quelques heures pour écouter votre cœur et faire appel à votre raison. Vous savez que rien de bon ne sortira de l’envoi de nouveaux soldats à l’autre bout du monde, dans une région que ni vous, ni eux, ne comprennent, pour atteindre un objectif dont ni vous, ni eux, ne savent ce qu’il est, et ce dans un pays qui ne veut pas de nous. Vous pouvez le ressentir au plus profond de vous.

Je sais que vous savez qu’il reste moins d’une centaine de partisans d’Al Qaïda en Afghanistan ! Une centaine de milliers de soldats tenteraient d’écraser une centaine de types qui vivent dans des cavernes ? Vous êtes sérieux ? Avez-vous goûté  à la même liqueur que Bush ? Je me refuse à le croire.

Votre décision éventuelle d’étendre la guerre (tout en affirmant que vous le faites pour vous permettre de « mettre fin à la guerre »), vous sera particulièrement nocive, vous portera un discrédit certain et entachera votre image dans les annales de l’histoire, et ce dés votre première année de mandat. Si vous jetez encore un os à ronger aux républicains, la coalition des gens qui espèrent en vous et de ceux qui étaient désespérés pourrait disparaître - et le sort de cette nation sera alors aux  mains de ceux qui répandent la haine, en moins de temps qu’il n’en faut pour crier « Tea Party »* !

  A vous de choisir, Monsieur le Président. Et sachez que les entreprises qui ont financé votre campagne vont vous abandonner dès qu’il sera clair que vous n’exercerez pas de second mandat  et que le destin de la nation reviendra entre les mains des idiots habituels.  Cela pourrait se produire dès mercredi matin.

Nous, le peuple, nous vous aimons toujours. Nous, les citoyens, nous conservons toujours une lueur d’espoir. Mais nous, peuple et citoyens, nous en avons assez. Nous ne pouvons plus accepter de vous voir faire encore et encore des concessions, alors que nous vous avons élu à cette fonction avec une large majorité de millions de voix pour des objectifs bien précis. Quelle est donc la dimension de cette « victoire écrasante » qui vous échappe ?

Ne vous laissez pas abuser en pensant que l’envoi d’un nombre inférieur de soldats en Afghanistan fera une différence, ou vous gagnera le respect de ceux qui vous haïssent. Ils ne s’arrêteront pas avant que ce pays ne soit réduit en lambeaux et que le dernier dollar n’ait été extorqué aux pauvres et à ceux qui vont le devenir. Vous pourriez envoyer là-bas un million de soldats, et la droite hystérique ne serait toujours pas satisfaite. Vous seriez toujours victime de leur venin, répandu sans cesse par des radios et télévisions haineuses, parce que peu importe ce que vous faites, vous ne pouvez pas changer la seule chose en vous-même qui les mets hors d’eux-mêmes.

Ces gens pleins de haine ne sont pas ceux qui vous ont élu et ils ne vous rallieront jamais, même si vous nous abandonnez.

Président Obama, il est temps de rentrer à la maison. Demandez donc à vos voisins à Chicago et aux parents des jeunes hommes et femmes qui se battent et meurent, s’ils veulent voir encore plus de soldats et d milliards envoyés en Afghanistan. Pensez-vous qu’ils vous répondraient : « Non, nous n’avons pas besoin d’assurance santé, nous n’avons pas besoin d’emplois, nous n’avons pas besoin de logements. Allez-y, M. le Président, et envoyez notre richesse, nos fils et nos filles à l’étranger, nous n’avons besoin de rien. »

Qu’aurait fait Martin Luther King ? Qu’aurait fait votre grand-mère ? Ils n’auraient pas envoyé encore plus de pauvres s’en aller tuer d’autres pauvres qui ne les menacent pas. Ni dépensé des milliards et des milliers de milliards pour faire la guerre, alors que les enfants d’Amérique dorment sur les trottoirs et font la queue pour obtenir du pain.

Tous ceux qui ont voté pour vous, ont prié pour vous, et pleuré le soir de votre victoire, tous ont enduré un enfer orwellien durant ces huit années de crimes commis en notre nom : torture, prisons secrètes, suspension de la déclaration des droits, invasion de nations qui ne nous avaient pas attaqué, bombardement des quartiers où Saddam « pouvait » se trouver (sans y être jamais), massacre de cortèges de mariages en Afghanistan. Nous avons vu des centaines de milliers de civils irakiens se faire abattre et des dizaines de milliers de nos braves jeunes hommes et femmes se faire tuer, mutiler, ressentir l’angoisse. Ce fut une terreur totale dont nous ne soupçonnions qu’à peine l’existence.

Lorsque nous vous avons élu, nous ne nous attendions pas à des miracles. Nous nous ne nous attendions même pas à beaucoup de changements. Mais nous en attendions quelques-uns. Nous avons pensé que vous alliez arrêter cette folie. Arrêter le massacre. Abandonner cette idée folle que des hommes en armes pourraient réorganiser une nation qui ne fonctionne même pas en tant que nation, et ne l’a jamais fait.

Arrêtez, arrêtez, arrêtez ! Pour la vie des jeunes Américains et des civils afghans, arrêtez. Pour votre présidence, l’espérance et l’avenir de notre nation, arrêtez. Pour l’amour de Dieu, arrêtez.

Ce soir, nous avons encore espoir.

Demain, nous verrons. La balle est dans votre camp. Vous ne devez PAS le faire. Vous pouvez être un exemple de courage. Vous pouvez être le digne fils de votre mère.

Nous comptons sur vous.

* Les Républicains extrémistes organisent des réunions intitulées « Tea Party », reprenant le nom de la révolte de Boston contre les taxes anglaises sur le thé.

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