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le blog lintegral

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La misère au sein de l’abondance

Publié par medisma sur 1 Avril 2010, 16:53pm

Catégories : #lintegral

Après un siècle de progrès technique sans précédent, les sociétés modernes sont à même de produire en quantité industrielle la plupart des biens indispensables au bien être du plus grand nombre, mais elles restent pourtant incapables de susciter la demande solvable - le revenu - qui permettrait à tous de vivre dignement. Ainsi, au milieu de l’abondance potentielle rendue possible par le génie humain, persistent, et aujourd’hui par endroit s’aggravent, la pénurie et la pauvreté. Faut-il s’en étonner ? Le système et les conceptions économiques néo-classiques qui sont aujourd’hui les nôtres, nés à une époque où la rareté était structurelle - et dans une culture marquée par l’idée de la faute originelle et de l’éviction d’Eden - se sont organisés autour de cette notion qui leur est centrale, note l’essayiste Henry C.K. Liu. Bien qu’elle prétende à l’efficacité, une économie monétaire doit produire de la rareté pour se perpétuer, afin de permettre la rentabilité des investissements et de maintenir les situations acquises, et rien ne la déstabiliserait plus que la satisfaction pourtant possible des besoins, ou la production de biens durables, non soumis à l’impératif d’obsolescence rapide. Vaste programme, sans doute. Mais devant la perspective de l’accès de milliards d’hommes à une existence décente et de l’augmentation de l’espérance de vie, qui peut croire que le gaspillage consumériste et la compétition égoïste en vue de s’assurer une rente financière apporteront les solutions ? ( CI).

Ci-dessous court extrait de l’article :

henry-liu-copie-1Une grande partie de l’économie néo-classique traite de l’amélioration de l’efficacité économique nécessaire pour accroître la production, en vue de mettre fin à une pénurie continuelle. L’objectif est toujours d’accroître l’offre par le biais de nouveaux investissements permettant d’accroître la productivité et l’efficacité.

Pourtant, pour l’économie néo-classique, cette quête de l’élimination de la rareté est semblable à une tentative d’attraper l’emblème fixé sur le capot d’une voiture en restant sur le siège du conducteur. Ce but reste inaccessible, quelle que soit la vitesse, ou le montant de l’investissement.

Aujourd’hui, en raison des progrès technologiques et des marchés déréglementés, l’économie mondiale est entrée dans une phase de surcapacité globale pour laquelle l’économie néo-classique de la rareté est devenue obsolète et la gestion de la demande globale est désormais requise.

La surcapacité matérielle est le résultat d’une sous-capacité intellectuelle.

Selon les règles de l’économie néo-classique, la surconsommation mène à la ruine financière. Mais la surcapacité conduit aussi à la ruine dans une économie de marché.

Les capacités de production représentent des investissements immobilisés qui exigent en permanence des rendements positifs. La sous-utilisation de ces capacités se traduit directement par une inefficacité - péché mortel en économie - parce que les usines tournant au ralenti sont des actifs non performants qui induisent des pertes financières. La surcapacité, ce n’est pas seulement une sous-utilisation temporaire des capacités, c’est l’incapacité systémique de les utiliser pleinement ou tout au moins de façon optimale.

Cependant, l’existence de surcapacités est une condition structurelle dans un monde gouverné par une économie de la rareté, car les capacités excédentaires sont la condition nécessaire pour prévenir l’apparition de la pénurie, autre nom de la rareté.

Dans le même temps, cette rareté est cependant nécessaire pour maintenir la valeur en terme de prix de marché. Ainsi, le modèle économique du marché des néo-classiques est constamment en proie à la malédiction de la rareté, tout en tentant de prévenir la rareté par la surcapacité qui est une maladie encore plus mortelle. Cette contradiction est le paradoxe interne de l’économie néo-classique, qui piège l’économie de marché dans une situation où elle n’est jamais en mesure de profiter de la pleine capacité de sa productivité.

L’insécurité générée par la menace de rareté conduit à accumuler une épargne, qui transformée en investissement ajoute à la surcapacité. Et cette épargne réduit la consommation actuelle, ce qui se traduit par une baisse de la demande, ajoutant encore à la surcapacité.

Le défi posé à l’économie de marché à une époque de surcapacité structurelle n’est plus : comment produire plus, mais comment vendre plus. Le marketing devient une activité essentielle de la gestion des entreprises.

La solution, depuis des décennies, a consisté à utiliser une obsolescence planifiée pour s’assurer une demande récurrente. Une autre solution consiste à baisser les prix pour élargir les parts de marché. La publicité stimule le désir des biens, mais seule la hausse des revenus permet d’augmenter la demande de ces biens.

Une solution plus rationnelle que l’obsolescence planifiée serait de mettre fin au gâchis qu’elle induit et de gérer la demande réelle afin de maintenir une pleine utilisation des capacités de production de produits de qualité durables. Cela implique que les consommateurs doivent recevoir un revenu suffisant pour acheter des biens et services de qualité produits par l’économie de marché.

Mais l’économie monétaire néo-classique a créé un système financier dans lequel ceux qui produisent les marchandises ne peuvent pas se permettre de les acheter, à moins que le profit ne soit considérablement réduit sinon éliminé, et ceux qui reçoivent le profit réalisé par la production de biens ne peuvent pas en consommer encore plus. Le réservoir de la productivité déborde alors que la plomberie défectueuse de l’économie néo-classique continue de bloquer la livraison des marchandises vers une population délibérément maintenue dans le manque.

De temps à autre, la demande globale requise est recréée en ayant recours à des politiques monétaires irresponsables, que ce soit par la dépréciation de la monnaie, résultant de l’inflation, ou par le crédit facile, en provoquant des bulles de dettes qui peuvent causer de graves crises économiques le jour où il faut solder les comptes.

Il est temps de passer d’une économie de la rareté à une nouvelle économie basée sur le concept de la plénitude et de guérir cette plaie des temps modernes qu’est la rareté au milieu de la surcapacité.

La taille du marché américain, aussi grand soit-il, est insuffisante pour absorber la croissance continue du nouveau potentiel productif mondial créé par les promesses de la mondialisation. Il n’est pas possible, et encore moins moral, que 4% de la population du monde consomme les fruits de l’entière capacité productive du monde. Pour que l’économie mondiale se développe à son plein potentiel, toute la population du monde doit être autorisée à participer à sa juste part de la consommation.

Pourtant, les décideurs économiques et monétaires continuent partout à considérer le plein emploi et la juste hausse des salaires comme étant la cause directe d’une inflation jugée indésirable, car représentant une menace pour la valeur de la monnaie.

Pour conserver sa valeur, l’argent est rendu rare, ce qui signifie que certains ne doivent pas en recevoir suffisamment, ce qui le rend désirable. Ainsi, la pauvreté relative est au cœur de l’économie monétaire néo-classique. Être riche exige que d’autres soient maintenus dans une pauvreté relative, ce qui signifie que certains doivent avoir moins d’argent. Si on célèbre la richesse comme un luxe prisé, alors la majorité doit être maintenue dans une pauvreté relative.

La richesse n’est pas considérée par l’économie néo-classique comme un don de Dieu à tous, mais une récompense rare qui mérite que l’on se batte pour elle. La compétition pour la richesse est la force motrice de l’économie de marché, et à son tour de la civilisation humaine dans le système capitaliste. La crainte de la pauvreté maintient la population au travail et l’existence d’une pauvreté généralisée entretient les privilèges des riches.

Pourtant, l’éthique du travail a été dissociée de la richesse depuis l’avènement du capitalisme financier. Le jeu consiste aujourd’hui à travailler le moins possible et à obtenir la plus forte rémunération. Dans n’importe quelle ville moderne, si ceux qui gagnent plus de 1 million de dollars par an cessaient tout à coup de travailler, il faudrait des semaines avant que cela se remarque, mais si tous ceux qui gagnent moins de 50000 dollars s’arrêtaient soudainement, ce serait le chaos et l’effondrement total de la vie urbaine en quelques jours. L’économie néo-classique telle que pratiquée dans une économie de marché est un système intrinsèquement antidémocratique qui rejette l’égalité économique et la liberté face à la rareté.

De fait, il existe une contradiction lorsque les États-Unis veulent promouvoir la démocratie et la liberté dans le monde entier par la propagation du capitalisme de marché.

Par  Henry C.K. Liu   /  Sources : Asia-Times/ traduction CI

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