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le blog lintegral

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La Révolution au regard de stefan Zweig

Publié par medisma sur 1 Février 2012, 22:30pm

Catégories : #lintegral

 

 Une révolution au goût de l’actualité et ce :

 DANS ‘MARIE-ANTOINETTE’ de STEFAN ZWEIG

Stefan Zweig, né le 28 novembre 1881 à Vienne, en Autriche-Hongrie, et mort le 22 février 1942, à Petrópolis au Brésil, est un écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien.

95200-une-sweig 1553Sa démarche romanesque est profondément marquée par les enseignements de Freud.  Il restitue dans ses biographies une dimension de vérité intime dont l’histoire, qui se fonde sur les seuls faits, ne saurait complètement rendre compte.

Pour établir l’histoire de Marie-Antoinette, Stefan Zweig a puisé à des sources de première main : la correspondance de Marie-Antoinette avec sa mère, Marie-Thérèse d’Autriche, et les archives du comte de Fersen.

Cet excellent livre nous dépeint simultanément et sous un jour nouveau, les causes qui sont à la base de la révolution , les intrigues au sein de la Cour et de la famille royale, les déchirures inter-révolutionnaires, les bouleversements dans la société française avec  l’instauration de la terreur, les exécutions du Roi et de la Reine et les guerres extérieures.

 

Le livre est publié pour la première fois en 1933, un an avant le départ de Zweig pour Londres où il prend la nationalité britannique. Au début de la guerre, il s’installe quelques temps près de New York pour finir sa vie au Brésil : Les évènements politiques en Autriche puis la guerre avaient profondément affectés Zweig qui se donne la mort en 1942.

 

 

 Extraits :

marie-antoinette couv« Marie-Antoinette  intervient sans cesse, dès qu’il s’agit de nommer un ministre, d’occuper une place ; elle fait ce qu’il y a de plus dangereux en politique, elle parle sans connaître le moins du monde le sujet, agit en dilettante, décide à la légère des questions les plus importantes, gaspille exclusivement en faveur de ses protégés le pouvoir formidable qu’elle a sur le roi.

Aux yeux du peuple, c’est la reine qui dirige les affaires, et comme les généraux, ministres et ambassadeurs nommés par elle, se révèlent incapables, que le système de cette autocratie arbitraire a prouvé son impuissance et que la France, avec une rapidité foudroyante, va au devant de la banqueroute, toute la responsabilité retombe sur Marie-Antoinette, qui n’en a nullement conscience.

Tous les éléments qui en France réclament le progrès, des réformes, la justice et l’effort créateur, murmurent, critiquent et menacent cette insouciante dissipatrice.

Ce grand mécontentement de tous ceux qui demandent un système nouveau, un régime meilleur, un partage plus raisonnable des responsabilités, manque pendant longtemps de centre de ralliement. Il finit par se cristalliser dans un palais, chez un adversaire acharné, de sang royal ; et de même que la réaction se rassemble chez Mesdames, tantes du roi, à Bellevue, la révolution, elle, se groupe au Palais-Royal, chez le duc d’Orléans. Les mécontents ont donc enfin trouvé en lui (duc d’Orléans), le chef rêvé….

Au Palais- Royal, qui représente en fait le premier club de la révolution, bien que sous l’égide d’un prince, se réunissent tous les réformateurs : libéraux, constitutionnels, voltairiens, philanthropes et francs-maçons ; à ceux-ci viennent se joindre les insatisfaits, les endettés, les aristocrates relégués à l’arrière plan, les bourgeois cultivés qui n’obtiennent pas d’emploi, les avocats sans clients, les démagogues et les journalistes, toutes ces forces effervescentes et débordantes de vie qui plus tard formeront les troupes d’assaut de la révolution…..Le signal de l’attaque n’est pas encore donné. Mais chacun connaît le but et le mot d’ordre : contre le roi et avant tout : contre la reine!

Le comte de Provence, futur Louis XVIII, voit sans déplaisir les difficultés croissantes du régime, mais se garde de toute critique publique ; telle une taupe noire et silencieuse, il creuse ses galeries souterraines et attend que la position de son frère soit suffisamment ébranlée. Car c’est seulement lorsque louis XVI et Louis XVII auront disparu qu’il pourra devenir roi, ambition qu’il nourrit secrètement depuis l’enfance. Ce n’est qu’avec la révolution que commencent ses allées et venues suspectes, ses conférences singulières au palais du Luxembourg. Et à peine a t-il réussi à passer la frontière qu’il contribue vaillamment, par ses proclamations provocatrices à creuser la tombe de son frère, de sa belle sœur, de son neveu dans l’espoir- effectivement réalisé- de trouver dans leur cercueil la couronne rêvée. Le Comte de Provence a-t-il fait plus encore ? Son rôle fut-il, comme tant de gens l’affirment, bien plus que méphistophélique ? Son ambition de prétendant est-elle allée si loin qu’il ait lui-même fait imprimer les brochures attentant à l’honneur de sa belle-sœur ? A t-il vraiment, par un vol de document, rejeté dans un obscur destin Louis XVII, ce malheureux enfant secrètement sauvé du Temple? Son attitude, sous maints rapports, laisse le champ libre aux plus terribles suspicions. Immédiatement après son avènement au trône, Louis XVIII n’a t-il pas racheté à prix d’or, ne s’est il pas fait remettre par la force, n’a t-il point ordonné de détruire de nombreuses lettres écrites jadis par le comte de Provence ? Et le fait qu’il n’a pas oser faire enterrer l’enfant mort au temple comme étant le dauphin ne prouve t-il pas que Louis XVIII lui-même ne croyait pas à la mort de Louis XVII, mais à la substitution d’un enfant étranger ? Cet homme opiniâtre et ténébreux a su se taire et se bien cacher ; aujourd’hui les voies souterraines qui l’ont conduit au trône sont depuis longtemps comblées. Mais on sait une chose : Parmi ses adversaires mêmes les plus acharnés, Marie-Antoinette n’avait pas d’ennemi plus dangereux que cet individu insidieux et impénétrable.

En 1785, le concert des calomnies bat son plein, le thème est fourni, la cadence est donnée. La révolution n’a qu’à crier dans les rues ce qu’on a inventé et rimé dans les salons pour traîner Marie-Antoinette devant le tribunal. Les mots d’ordre de l’accusation, c’est la cour qui les a soufflés. Et le couperet qui s’abat sur la nuque de la reine a été glissé dans les rudes poignes du bourreau par de fines mains baguées d’aristocrates haineux.

 A la même époque, Louis XVI se fait ridiculiser par un homme de lettres, Beaumarchais : En 1781, la censure, judicieuse, avait flairé que la nouvelle pièce de cet auteur, Le mariage de Figaro, sentait dangereusement la poudre et que, l’ardeur capricieuse d’un public de théâtre disposé au scandale venant à s’enflammer, elle pourrait faire sauter tout l’ancien régime ; le conseil des ministres en avait donc défendu la représentation ; cette décision avait par la suite été confirmée par le roi … C’est Marie-Antoinette elle- même qui insiste auprès du roi : Comme toujours cet homme sans volonté cède aux désirs de sa femme…

La représentation du Mariage de Figaro au Théâtre français est fixée au 27 avril 1784, Beaumarchais a triomphé de Louis XVI. Le fait que le roi a voulu interdire la pièce et prédit son échec donne à la soirée, aux yeux des gentilshommes frondeurs, un caractère sensationnel. L’affluence est si grande que les barres de fer de l’entrée sont brisées et les portes enfoncées ; la vieille société accueille avec des applaudissements frénétiques cette pièce, qui, moralement, lui porte le coup de grâce, et ces applaudissements sont, elle ne s’en doute pas, le premier geste public de la révolte, le premier éclair de la révolution.

On ne reviendra pas sur la trop fameuse affaire du collier qui se conclut par la condamnation de la voleuse mais par l’acquittement " sans aucun blâme " par le Parlement du Cardinal de Rohan et de Cagliostro: A l’issue du procès dix mille personnes suivent , tel un vainqueur le cardinal dans Paris : c’est ainsi que tout un peuple –signe alarmant – fête deux hommes qui n’ont pas fait autre chose pour la France que de nuire d’une façon terrible au prestige de la reine et de la royauté....

 Ces évènements ont largement concourus à préparer la révolution mais il faut y ajouter aussi les difficultés économiques du pays et l’énorme déficit des finances – qui sera d’ailleurs attribué par le peuple aux folies dépensières de Marie-Antoinette surnommée pour la circonstance Madame déficit; L’affaire du collier n’y est pas étrangère.

imagesCAP64IIF.jpgS’ensuivent la prise de la Bastille, la fuite à l’étranger des proches de la famille royale et le déplacement forcé du couple royal aux Tuileries....

Et Louis XVI de choisir à son tour la fuite, et ce dans la nuit du  20 juin 1791. Reconnu à Varennes, il est ramené de force à Paris. Son entreprise s’est soldée par un échec cuisant.

La fuite à Varennes ouvre un nouveau chapitre de l’histoire de la révolution ; cet événement donne naissance à un nouveau parti, le parti républicain. Jusque-là, jusqu’au 21 juin 1791, l’assemblée nationale était entièrement royaliste, parce que composée uniquement de nobles et de bourgeois ; mais déjà, en vue des élections à venir, derrière le tiers état bourgeois, un quatrième état s’avance, le prolétariat, la grande masse fougueuse, élémentaire, qui effraie autant la bourgeoisie que celle-ci effrayait le roi. Inquiète, et en proie à de tardifs regrets, la classe des possédants se rend compte des forces primordiales et démoniaques qu’elle a déchaînées ; aussi voudrait –elle établir rapidement par une Constitution les limites respectives du pouvoir royal et du pouvoir populaire. Pour gagner Louis XVI à ce projet, il est indispensable de le ménager personnellement ; les partis modérés obtiennent donc qu’on ne fasse au roi aucun reproche au sujet de sa fuite ; ils déclarent hypocritement que ce n’est pas de plein gré qu’il a quitté Paris, mais qu’il a été " enlevé ". Et lorsque les jacobins, de leur côté, réclament la destitution du roi et organisent à cet effet une manifestation au Champ de Mars, les chefs de la bourgeoisie, Bailly et Lafayette, font , pour la première fois, disperser la foule par la cavalerie et des feux de salve.... Mais la reine, étroitement surveillée par les gardes nationaux dans sa propre demeure –depuis la fuite à Varennes il lui est défendu de fermer ses portes à clefs-, ne se fait plus aucune illusion sur la valeur réelle de ces tardives mesures de sauvetage. Elle entend trop souvent sous ses fenêtres au lieu de l’ancien cri de " vive le roi ! ", celui nouveau de " vive la république ! ". Et elle sait que pour que cette république existe, il faut que le roi, elle et ses enfants périssent tout d'abord.

Marie-Antoinette s’engage alors dans un double jeu, faisant mine de négocier avec Barnave qui lui demande de convaincre les princes de rentrer en France et de pousser son frère, l’empereur d’Autriche à reconnaître la constitution, alors qu’elle ne pense qu’à temporiser jusqu’à ce que son frère ait convoqué un " congrès armé ". Mais la reine n’est pas la seule à tricher, dans cette crise décisive ; tous ceux qui participent au grand jeu de la politique trichent –et rarement l’on a vu l’immoralité de la diplomatie secrète apparaître avec plus de relief que dans les innombrables correspondances des gouvernements, princes, ministres et ambassadeurs de l’époque. Tous travaillent sournoisement contre tous et chacun uniquement pour son intérêt particulier. Louis XVI trompe l’assemblée nationale, qui, de son côté, attend seulement que l’idée républicaine ait suffisamment pénétré les masses pour détrôner le roi. Les constitutionnels affichent devant Marie-Antoinette une puissance qu’ils n’ont plus depuis longtemps, cependant que celle-ci les dupe, avec le plus grand mépris, en négociant à leur insu avec son frère Léopold. Celui-ci berne sa sœur, car il est décidé au fond, à ne pas exposer un soldat, à ne pas engager un sou pour sa cause – il est d’ailleurs en train de négocier avec la Russie et la Prusse en vue d’un second partage de la Pologne. Mais tandis que, de Berlin, le roi de Prusse discute avec lui au sujet du " congrès armé " contre la France, l’ambassadeur prussien à Paris finance les jacobins et dîne avec Pétion. De leur côté, les princes émigrés poussent à la guerre, non certes pour conserver le trône à leur frère Louis XVI, mais pour s’y asseoir le plus vite possible, et au centre de toutes ces luttes, de toutes ces ambitions, gesticule le Don Quichotte de la royauté, Gustave de Suède, que tout cela ne regarde vraiment pas, mais qui voudrait jouer au Gustave-Adolphe, sauveur de l’Europe. Le duc de Brunswick, qui doit commander l’armée de la coalition contre la France, négocie en même temps avec les girondins, qui lui offrent le trône de France. Danton, également, mène un double jeu, ainsi que Dumouriez. Les princes sont aussi peu d’accord que les révolutionnaires, le frère trompe la sœur, le roi son peuple, l’assemblée le roi, les monarques se bernent réciproquement, tous se mentent les uns aux autres, afin de gagner du temps pour leur propre cause. Chacun voudrait tirer avantage du désordre et ne fait qu’augmenter par ses menaces l’insécurité générale. Personne ne voudrait se brûler les doigts mais tout le monde joue avec le feu ; empereurs, rois, princes et révolutionnaires créent, par leurs perpétuelles négociations et leurs éternels jeux de dupe, une atmosphère de méfiance (semblable à celle qui empoisonne le monde actuel –écrivait Stefan Zweig en 1932 ! ! !) et finissent par entraîner, sans le vouloir en somme, 25 millions d’hommes dans la catastrophe d’une guerre de 25 ans.

 Quelques semaines après l’acceptation (forcée) de la constitution par Louis XVI (le 14 septembre 1791), la direction de l’assemblée nationale est passée aux mains des Girondins, dont les sympathies vont ouvertement à la république. L’arc en ciel sacré de la réconciliation disparaît rapidement derrière les nouveaux nuages qui s’amassent. La lutte recommence. Si la situation a empiré si vite ce n’est pas à la révolution que le roi et le reine doivent l’attribuer, mais en premier lieu , à leur propre famille. Le comte de Provence et le comte d’Artois ont établi leur quartier général à Coblence, et de là ils mènent contre les Tuileries une guerre ouverte. Le fait que le roi, dans sa détresse, ait accepté la constitution leur est une excellente occasion d’accuser Louis XVI et Marie-Antoinette de lâcheté – par l’intermédiaire de journalistes à leur solde- et de se faire passer, eux qui sont à l’abri, pour les seuls vrais et dignes défenseurs de l’idée monarchique : Que ce soit au dépens de la vie de leur frère, peu leur chaut. C’est en vain que Louis XVI supplie ses frères de revenir pour écarter la méfiance justifiée du peuple.

Mais que veut, que désire Marie-Antoinette ? La révolution française qui, comme presque tout mouvement politique, suppose chez l’adversaire des projets profonds et mystérieux, croit que la reine et le " comité   autrichien " préparent aux Tuileries une immense croisade contre le peuple français, ce que d’ailleurs bien des historiens ont répété. En réalité Marie-Antoinette, diplomate par désespoir, n’a jamais eu d’idée nette, de plan réel….Tantôt elle déclare que la seule voie possible pour elle est de gagner la confiance du peuple, et, dans un même souffle, dans la même lettre elle écrit : " Il n’y a plus de moyen de conciliation ".Tantôt elle ne veut pas la guerre et écrit " une attaque du dehors nous coûterait la vie ", et quelques jours plus tard " Il n’y a que la force armée qui puisse tout réparer, et, sans aucun secours étranger, nous ne ferons rien ".

.....Remède vieux comme le monde : Quand les états et les gouvernements ne peuvent plus se rendre maîtres des crises intérieures, ils cherchent une diversion à l’extérieur ; conformément à cette loi éternelle, les porte-paroles de la révolution réclament depuis des mois, pour échapper à la guerre civile presque inévitable, la guerre avec l’Autriche. Le 20 avril 1792, après une longue résistance, et, dit-on, les larmes aux yeux, Louis XVI se voit contraint de déclarer la guerre au " roi de Hongrie "…Les armées se mettent en marche .

De son côté, Marie-Antoinette souhaite le triomphe des princes alliés et la défaite des armées françaises. Elle va même jusqu’à transmettre ce qu’elle sait du plan de campagne des armées françaises à l’ambassadeur autrichien, 4 jours avant la déclaration de guerre. C’est là sans doute une trahison ouverte qui serait condamnée unanimement de nos jours, mais il ne faut pas oublier que l’idée de nation et de patrie n’existait pas encore au 18ème siècle ; La révolution française commence seulement à lui donner corps ; pour Marie-Antoinette, le pays appartient au roi et le droit est là où est le roi : Qui se bat pour le roi et la royauté lutte infailliblement pour la bonne cause. Celui qui se dresse contre la royauté est un rebelle, un révolté, même s’il défend son propre pays.

LouisXVI-etsafamille.jpgLa révolution commence à comprendre qu’elle ne peut battre l’ennemi extérieur qu’en se débarrassant également de l’ennemi intérieur. Pour qu’elle puisse gagner cette grande partie devant le monde il faut que l’influence que subit le roi chez lui (celle de Marie-Antoinette) soit annihilée. Tous les vrais révolutionnaires, à présent, poussent énergiquement à la lutte. De nouveau les journaux sont à l’avant garde et réclament la destitution du roi. Pour réveiller la vieille haine, on distribue dans les rues de nouvelles éditions du fameux pamphlet : La vie scandaleuse de Marie-Antoinette. A l’assemblée nationale on présente des motions dans l'espoir d’amener le roi à user de son droit de veto ; On insiste sur la nécessité d’expulser les prêtres non assermentés, car on sait que le roi , en tant que catholique pratiquant, ne pourra jamais y consentir, bref on cherche à provoquer une rupture officielle. Louis XVI, en effet, se rebiffe pour la première fois et oppose son veto…… Pour donner une bonne leçon au roi, et plus encore à l’indomptable et orgueilleuse Autrichienne, les jacobins, troupe d’assaut de la révolution, choisissent un jour symbolique, le 20 juin (c’est ce jour, il y a 3 ans, que les représentants du peuple se sont réunis pour la première fois dans la salle du jeu de paume…c’est le 20 juin également, il y a un an, que le roi, déguisé en laquais, s’est glissé nuitamment hors de son palais par l’escalier de service pour échapper à la dictature du peuple). En ce jour anniversaire, il lui sera rappelé à jamais qu’il n’est rien , et que le peuple est tout.. On prépare méthodiquement l’assaut des tuileries…On connaît la suite. Les portes des Tuileries enfoncées, le roi et la reine humiliés…

Et début août, le fameux manifeste dit de Brunswick mais rédigé par Fersen qui annonce une vengeance exemplaire au cas où les Tuileries seraient prises d’assaut est une bombe qui fait exploser la colère des parisiens : Même ceux qui jusqu’ici ont été de loyaux défenseurs du roi deviennent subitement républicains, en apprenant combien leur souverain est cher aux ennemis de la France, et en s’apercevant qu’une victoire des troupes étrangères anéantirait toutes les conquêtes de la révolution : C’est cette absurde menace sortie des mains de Fersen qui précipite la chute du roi et sa déchéance le 10 août, puis son emprisonnement au Temple le 13 août.

A la question : oui ou non la révolution a-t-elle, au Temple, humilié et maltraité consciemment le roi vaincu, Stefan Zweig apporte l’analyse suivante :

L’idée de révolution est très large et comporte toute une gamme de nuances, allant du plus haut idéalisme à la véritable brutalité, de la grandeur à la cruauté, du spiritualisme le plus subtil à la violence la plus grossière ; elle change et se transforme, parce qu’elle tient toujours sa couleur des hommes et des circonstances. Dans la révolution française, comme dans toute autre, deux types se dessinent nettement : les révolutionnaires que guide l’idéalisme, et ceux qui sont conduits par le ressentiment ; les uns, mieux partagés que la masse, veulent l’élever jusqu’à eux, lui faire atteindre leur niveau, leur culture, leurs formes de vie, augmenter sa liberté. Les autres, qui furent eux mêmes longtemps malheureux, cherchent à se venger sur ceux qui furent plus heureux qu'eux et veulent imposer leur puissance aux maîtres d’hier. Un état d’esprit identique se rencontre aujourd’hui, parce qu’il est fondé sur la dualité de la nature humaine. Dans la révolution française, l’idéalisme eut d’abord le dessus : L’assemblée nationale, composée de nobles de bourgeois et de notables du pays, voulut aider le peuple, libérer les masses, mais la masse libérée et déchaînée se tourna bientôt contre ses libérateurs ; Dans la seconde phase, les éléments extrémistes, les révolutionnaires par rancune, prennent le dessus et pour ceux-ci le pouvoir est une chose trop nouvelle pour qu’ils puissent résister au plaisir d’en jouir pleinement. Des personnages à l’intelligence étroite, sortis enfin d’une situation pénible, s’emparent du gouvernail, et leur ambition est de rabaisser la révolution à leur propre mesure, à leur propre médiocrité.

Hébert, à qui est confiée la garde de la famille royale, est justement un des représentants les plus typiques et les plus antipathiques de ces révolutionnaires par rancune.

Dès le 19 août, La Fayette quitte l’armée, dégoûté de l’extrémisme d’une révolution qu’il a lui-même provoquée et préfère se rendre aux autrichiens.

Mais les évènements ne peuvent pas s’arrêter là : La droite craint les modérés, les modérés craignent la gauche, la gauche craint : son aile gauche, les girondins, ceux-ci craignent les Maratistes ; les chefs redoutent le peuple, les généraux les soldats, la convention la commune, la commune les sections. Et c’est cette peur contagieuse qu’ont les groupes les uns des autres qui les lance dans une course si effrénée ; c’est la crainte de passer pour modérés, crainte éprouvée par tous, qui seule a donné à la révolution française cet élan torrentiel qui l’a poussée si loin au delà de son véritable but….. La révolution crut d’abord avoir rempli sa tâche en ignorant le roi, puis en le destituant. Mais destitué et découronné, ce pauvre homme inoffensif demeure un symbole….Les chefs, donc, se croient obligés de consommer par la mort physique la mort politique de Louis XVI, afin de s’assurer contre tout retour de la royauté. L’édifice de la république ne peut durer, aux yeux d’un républicain extrémiste, que s’il est cimenté avec du sang royal…les modérés ne tardent pas à se rallier à cet avis et le procès de Louis Capet est fixé au mois de Décembre.

Passons sur le procès, puis la condamnation… Un silence confus suit la chute impitoyable du couperet. La convention, en guillotinant Louis XVI, ne voulait qu’établir une ligne sanglante de démarcation entre la royauté et la république. Pas un seul des députés, dont la plupart n’ont poussé cet homme faible et débonnaire sous la guillotine qu’avec d’intimes regrets, ne songe pour le moment à mettre Marie-Antoinette en accusation.

 Tentative d’évasion :

Les lâches de l’ancienne société, les égoïstes de la noblesse, ont tous émigré lors du transfert du roi à Paris. Seuls les vrais fidèles sont restés, et ceux qui n’ont pas fui on peut s’y fier, car le séjour à Paris est un danger mortel pour tout ancien serviteur du roi ……

Le baron de Batz, Don Quichotte de la fidélité royale, se jette dans la lutte, avec un héroïsme insensé, pour tenter de sauver le roi. Cette tête chaude se tient durant toute la révolution à la place la plus dangereuse ; Sous les noms les plus divers, il se cache dans Paris pour lutter tout seul contre le nouveau régime. Il sacrifie sa fortune dans d’innombrables entreprises, dont la plus folle jusqu’ici a été de s’élancer soudain, au moment où on conduisait Louis XVI à l’échafaud au milieu de 80000 hommes armés, de brandir son épée et de s’écrier " A nous ! mes amis, ceux qui veulent sauver le roi ! " Mais personne ne l’a suivi. Personne, dans toute la France, n’a eu l’extravagante témérité de tenter en plein jour d’arracher un homme à toute une ville, à toute une armée. Et c’est ainsi que le baron de Batz disparut de nouveau dans la foule…C’est ainsi qu’il prépare un plan d’une audace plus fantastique encore en vue de sauver Marie-Antoinette, mais aussi Louis XVII, le futur roi de France….

Ce maître conspirateur qu’est le baron de Batz, ce froid calculateur, cet adroit corrupteur est également un individu d’un courage extraordinaire. Cet homme que poursuivent désespérément dans tout le pays des centaines d’agents et d’espions – entre comme simple soldat dans la garde du Temple sous le nom de Forguet, afin d’explorer lui même le terrain…. Après de minutieux préparatifs (S. Zweig laisse entendre que Batz avait acheté plusieurs gardes du Temple), et avoir fait introduire dans la prison du Temple plusieurs royalistes déguisés, il décide de passer à l’action. Le soir vient, la nuit tombe, tout est prêt jusque dans les plus petits détails…Malheureusement le cordonnier Simon, membre de la commune accourt tout ému au temple afin de voir si Marie–Antoinette n’a pas été enlevée. Il y a quelques heures un gendarme lui a remis un billet disant qu’une trahison se projetait pour cette nuit et il en a prévenu le conseil général de la commune…. C’est cette intervention qui fait échouer le projet du baron de Batz.

Après cette tentative d’évasion, la commune prend la résolution d’être désormais, plus sévère et de rendre impossible à cette femme audacieuse des tentatives de ce genre. Entre autres décisions, la commune se décide à la frapper là où elle est le plus sensible, dans son sentiment maternel. Cette fois le coup porte droit au cœur. Le 1er juillet, peu de jours après la découverte du complot, le comité de salut public décrète, au nom de la commune, que le jeune louis Capet sera séparé de sa mère, mis dans l’impossibilité de communiquer avec elle, et logé dans la pièce la plus sûre du Temple. Le conseil général de la commune se réserve le droit de lui choisir un précepteur et se prononce, sans doute en reconnaissance de sa vigilance, pour le cordonnier Simon, le plus fidèle et le plus éprouvé des sans culottes, sur lequel ni l’argent ni la sensiblerie ne sauraient avoir prise….

Choisir le cordonnier Simon comme précepteur du dauphin, c’est, en fait, avouer qu’on ne veut faire de lui ni un homme éduqué ni même un homme instruit, mais un individu qui sera tenu de vivre dans la classe la plus basse et la plus ignorante de la société. Il faut qu'il oublie complètement ses origines et qu'il permette ainsi aux autres de l’oublier plus facilement….

Le petit garçon s’est rapidement, beaucoup trop rapidement, adapté à son nouvel entourage, il a oublié dans sa joyeuse insouciance son origine, son sang et son nom. Il chante à pleine gorge, sans en connaître le sens, la " carmagnole " et le " ça ira ", que Simon et ses compagnons lui ont appris, il porte le bonnet rouge des sans-culottes et cela l’amuse…..Quel avenir attend le pauvre petit ? Hébert, entre les mains misérables de qui la convention l’a livré sans pitié, n’a t-il pas écrit dans son journal infâme, le Père Duchêne, ces paroles menaçantes :

" Pauvre nation :… ce petit marmotin te sera bientôt funeste tôt ou tard : plus il est drôle, et plus il est redoutable. Que ce petit serpent et sa sœur soient jetés dans une île déserte : il faut qu’on s’en défasse à tel prix que ce soit. Au surplus, qu’est-ce qu’un enfant, quand il s’agit du salut de la république. "

2 août 1793, Marie-Antoinette est mise en accusation et transférée à la prison de la Conciergerie .Elle sait qu’une accusation du tribunal révolutionnaire équivaut à une condamnation et que la conciergerie pour elle est la maison des morts : L’inscription d’un nom sur le registre des entrées peut être considéré comme un acte de décès.

Mais, en réalité la convention n’est nullement pressée de faire le procès de cet otage précieux. L’incarcération provocante de Marie-Antoinette à la conciergerie n’est qu’un coup de fouet en vue d’ activer les pourparlers avec l’Autriche, qui traînent vraiment en longueur, en un mot c’est un moyen de pression politique.

Mais malheureusement la nouvelle du transfert de Marie-Antoinette à la conciergerie n’effraie pas le moins du monde sa famille. Elle n’avait compté pour la politique des Habsbourgs qu’aussi longtemps qu’elle était restée Reine de France ; une reine détrônée, une simple femme dans le malheur est complètement indifférente aux ministres, aux généraux, aux empereurs ; la diplomatie ignore la sentimentalité.

Août 1793 : Jamais la révolution française n’a été aussi menacée qu’à ce moment là. Deux de ses plus puissantes forteresses, Mayence et Valenciennes, sont tombées aux mains des ennemis, les Anglais se sont emparés du port de guerre le plus important (Toulon), la deuxième grande ville de France s’est insurgée (Lyon), les colonies sont perdues, la discorde est grande à la convention, la faim et l’abattement règnent à Paris : la république est à deux doigts de la chute. Une seule chose maintenant peut la sauver : Un acte d’audace désespéré, provocateur ; la république ne peut surmonter la peur que si elle même l’inspire. " Mettons la terreur à l’ordre du jour ! " Ce mot effroyable retentit lugubrement dans la salle de la convention le 5 septembre, et, sans tenir compte de quoi que ce soit, l’action vient confirmer la menace. Les girondins sont mis hors la loi, le duc d’Orléans et beaucoup d’autres sont cités devant le tribunal révolutionnaire. Le couperet est déjà prêt lorsque Billaud-Varenne se lève et déclare : " La convention nationale vient de donner un grand exemple de sévérité aux traîtres qui méditent la ruine de leur pays ; Mais il lui reste encore un décret important à rendre. Une femme, la honte de l’humanité et de son sexe, la veuve Capet, doit enfin expier ses forfaits sur l’échafaud. Déjà on publie partout qu’elle a été transférée au Temple, qu’elle a été jugée secrètement et que le tribunal révolutionnaire l’a blanchie ; comme si une femme qui a fait couler le sang de plusieurs milliers de français pouvait être absoute par un jury français ! Je demande que le tribunal révolutionnaire prononce cette semaine sur son sort. "

C’est alors qu’Hébert , le plus acharné et le plus obstiné des ennemis de Marie-Antoinette, remet à Fouquier-Tinville un document qui est le plus effroyable et le plus infâme de toute la révolution française. Et cette impulsion est décisive ; Le procès, du coup est engagé : Un jour Simon, ou sa femme, découvre que le fils de Marie-Antoinette s’adonne aux plaisirs solitaires. Pris sur le fait, le garçon ne peut nier. Pressé de questions par Simon, il déclare ou plutôt on lui fait dire, que ce sont sa mère et sa tante qui l’ont incité à ces vilaines habitudes. Simon, qui croit tout possible de cette " tigresse ", même les choses les plus diaboliques, poursuit son interrogatoire si loin que l’enfant en arrive à prétendre qu’au Temple, souvent, les deux femmes l’avaient pris dans leur lit et que sa mère s’était livrée sur lui à des actes incestueux. Une déposition aussi effroyable, de la part d’un enfant qui n’avait pas encore neuf ans, eût certainement rendu méfiant un homme raisonnable, à une époque normale ; Mais du fait des innombrables brochures calomnieuses publiées pendant la révolution, la certitude de l’insatiable érotisme de Marie-Antoinette est si profondément ancrée dans le sang des gens que même cette accusation insensée n’éveille chez Hébert et chez Simon aucune espèce de doute. Au contraire, la chose paraît parfaitement claire et logique à ces sans-culottes aveuglés. Marie-Antoinette, cette prostituée babylonienne, cette infâme tribade, n’avait-elle point l’habitude, à Trianon, d’épuiser tous les jours plusieurs hommes et plusieurs femmes. Il est tout naturel, en déduisent-ils donc, qu’une pareille louve, privée de partenaires, se soit jetée, pour satisfaire sa diabolique lubricité, sur son propre fils, un enfant innocent et sans défense. Pas un seul instant Hébert et ses tristes amis, obnubilés par la haine, ne mettent en doute l’accusation mensongère de l’enfant contre sa mère.

Trois interrogatoires ont alors lieu : celui du garçon qui n’a que 8 ans, de sa sœur de 15 ans et sa tante madame Elisabeth ; ces interrogatoires ont été signés du maire de Paris, Pache, du syndic Hébert et d’autres conseillers de la commune et du fils de Marie-Antoinette. Ce témoignage d’un enfant contre sa propre mère, parce qu’unique sans doute dans les annales de l’histoire, a toujours été une grande énigme pour les biographes de Marie-Antoinette.

Stefan Zweig l’explique comme suit : Toute l’attitude du dauphin exprime plutôt une audacieuse effronterie. Il ressort nettement aussi des deux autre procès-verbaux que l’enfant n’a aucunement agi sous une pression extérieure, mais qu’il a, au contraire, sous l’effet d’une obstination enfantine – où l’on sent même une certaine méchanceté et une espèce de ressentiment – répété de son plein gré l’effroyable accusation portée contre sa tante. Comment expliquer cela ? La chose n’est pas particulièrement difficile pour notre génération , beaucoup plus renseignée que les précédentes sur l’habitude du mensonge chez l’enfant en matière sexuelle….. On sait que, presque toujours, les enfants pris en train de commettre un acte défendu cherchent à rejeter la faute sur autrui ; Une mesure de protection instinctive (parce qu’ils sentent qu’on ne rend pas volontiers un enfant responsable) les poussent à dire qu’ils ont été incités par d’autres . Or, dans sa déposition, Madame Elisabeth déclare –et ce fait a presque toujours stupidement été passé sous silence- que son neveu s’adonnait en effet depuis longtemps à ce vice et qu’elle se rappelait très bien qu’elle-même, tout comme sa mère, l’avait souvent grondé à ce sujet. L’enfant avait donc déjà été pris sur le fait par sa mère et par sa tante, et sans doute avait-il été plus ou moins sévèrement puni….En accusant sa mère et sa tante, il se venge inconsciemment de sa punition , et, sans se douter des conséquences d’une telle déposition, il indique, comme ayant été ses instigateurs, ceux qui l’ont puni…Une fois pris dans le mensonge, l’enfant ne peut plus reculer. Il se tient à sa version par instinct d’autoprotection, depuis qu’il sait qu’elle lui évite les punitions.

En lançant sa bruyante accusation Hébert n’a pas réussi, comme il le voulait, à déshonorer Marie-Antoinette aux yeux du monde : lors du procès, cette accusation d’inceste n’est pas prise au sérieux et lorsque le président du tribunal questionne Marie-Antoinette sur ce fait elle répond :   " Si je n’ai pas répondu (à Hébert), c’est que la nature se refuse à une pareille inculpation faite à une mère. J’en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici. " Et, en effet, une effervescence profonde, une violente agitation remue le salle. Les femmes du peuple, les ouvrières, les poissardes, les tricoteuses retiennent leur souffle ; elles sentent, mystérieusement, qu’on vient de blesser leur sexe entier en lançant cette accusation contre Marie-Antoinette.

Puis, vint la condamnation et la dernière nuit à la conciergerie où elle rédige sa dernière lettre, à l’attention de madame Elisabeth, mais qui en fait est remise à Fouquier-Tinville ; elle sera égarée pendant plus de 20 ans mais lorsqu’elle revoit le jour il est trop tard ! Presque tous ceux à qui Marie-Antoinette adressait ses adieux à l’heure de la mort ont disparu : Madame Elisabeth l’a suivie sur l’échafaud, son fils est mort au Temple, à moins qu’il n’erre quelque part dans le monde, inconnu et s’ignorant lui-même.

Mais voici que tout va finir. Les bourreaux la saisissent par derrière, la jettent rapidement sur la planche et poussent sa nuque sous le couperet ; on tire la corde, la lame jette un éclair en tombant, on entend un choc sourd, et déjà Samson empoigne par les cheveux une tête sanglante qu’il brandit au dessus de la place. Brusquement la foule hurle un sauvage : " Vive la république ! "

Au delà des frontières, l’exécution de Marie-Antoinette –à laquelle on s’attendait- ne cause pas grand émoi…Le comte de Provence, que cette mort ne peut qu’aider à devenir plus tôt Louis XVIII – il n’y a plus que l’enfant du Temple à cacher ou à faire disparaître- jouant l’émotion, fait dire des messes. » 

Sources : Stefan Zweig dans ‘Marie-Antoinette’ /  hpin.perso.sfr.fr

 

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