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le blog lintegral

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La tradition guerrière et coloniale de la France au Maghreb

Publié par medisma sur 26 Mai 2011, 19:05pm

Catégories : #lintegral

Rappel historique : Bombardement d'Alger (1682) et guerre contre le Maroc (1844)

D’après une relation du ‘ Petit Journal illustré’ du 25 Août 1907 :

Bombardement_d_alger_par_les_francais_en_1682.jpg « Jadis, Alger, Tunis et les villes du littoral marocain étaient des repaires de forbans contre lesquels les nations de la chrétienté devaient, de temps à autre, entreprendre des expéditions.
Que de fois ne furent-elles pas attaquées par les flottes espagnoles ou françaises !
Charles-Quint avait dirigé contre elles une formidable expédition en 1541. 100 gros vaisseaux, 70 galères et 100 vaisseaux d' un rang inférieur, montés par 27,000 hommes de troupes, furent envoyés contre Alger. L'armée fut débarquée à quatre lieues de la ville. Aussitôt des nuées de cavaliers arabes l'assaillirent. En quelques jours, elle était complètement détruite. En même temps, une affreuse tempête dispersait la flotte sur toute la côte. L'amiral Doria, qui commandait l' escadre impériale, en était réduit à regagner Carthagène avec les débris de ses vaisseaux, et l' audace des pirates barbaresques augmentait en raison de l' échec de cette malheureuse entreprise.
Ce ne fut que cent vingt ans plus tard que les forbans reçurent enfin un châtiment exemplaire.
Louis XIV avait résolu de s'emparer, sur la côte d'Afrique, d'un point important, comme Alger ou Tunis, et de le fortifier afin d' offrir un lieu de refuge à tous les Européens poursuivis par les pirates barbaresques. Il avait envoyé, en 1663, une escadre de six vaisseaux avec 6,000 hommes de troupes. Cette petite armée, débarquée sur un point de la côte où se trouvait déjà une factorerie française créée par Colbert, se mit à construire un fort et des ouvrages de défense. Mais les troupes algériennes arrivèrent alors au nombre de plus de 30,000 hommes, surprirent les soldats français et les massacrèrent jusqu' au dernier.
louisXIV116_carte.jpgLouis XIV, pour tirer vengeance de cette agression, envoya contre les Barbaresques le duc de Beaufort, grand amiral, à la tête de forces imposantes. Le duc leur fit, pendant plusieurs années, une guerre acharnée, attaqua leurs villes, brûla leurs vaisseaux et finit, en 1670, par leur imposer un traité tout à l' avantage de la France.
Mais ce traité ne fut pas longtemps respecté. Le dey Baba-Hassan le rompit brutalement et lâcha ses corsaires contre les navires français. Il fallut de nouveau songer à tirer vengeance de ces peuples turbulents.

Un conseil s'assembla pour étudier les moyens de triompher de l'ennemi. Le vieux Duquesne déclara qu'il n'en connaissait que trois : opérer un débarquement, pratiquer un blocus rigoureux ou boucher le port d'Alger avec des vaisseaux maçonné qu' on y coulerait. Ces trois moyens furent discutés, et on les trouva d'une exécution périlleuse. C' est alors que Colbert déclara qu' il connaissait un jeune officier béarnais, nommé Bernard Renau d' Eliçagaray, qui venait d' inventer l' art d' appliquer aux vaisseaux les mortiers à bombes dont, jusqu' alors, on ne s' était servi que sur terre. Il demanda qu' on l' entendit.
Les ministres, les vieux militaires se récrièrent, affirmèrent que cet inventeur devait être un fou, attendu que les mortiers à bombes ne pouvaient rendre de services que placés su un terrain solide. Le roi, cependant, ne se laissa pas entraîner et fit mander l'officier béarnais.
Renau d'Eliçagaray se présenta devant lui, développa ses idées avec beaucoup d'enthousiasme et clarté et demanda qu' on lui permit d' expérimenter son système.
Des essais eurent lieu, en effet, au Havre et à Dunkerque. Ils furent couronnés de succès, et Louis XIV décida que le moyen d'attaque contre Alger serait le bombardement.
A propos du bombardement d’Alger, il était, me semble-t-il, assez curieux de rappeler comment fut décidé et comment s'opéra le premier bombardement d' une ville de la côte africaine.
La flotte mit à la voile et sortit du port de Toulon le 21 Juillet 1682. Elle se composait de 11 vaisseaux de guerre, de 15 galères, de 5 galiotes à bombes ou bombardes, de 2 brûlots et de plusieurs tartanes et bâtiments légers. Duquesne commandait ces forces et Renau, monté sur la galiote Fulminante, dirigeait les bombardes et les brûlots.
Les bombes causèrent dans la ville des désastres affreux. Les Algériens, surpris, épouvantés par ce nouveau genre d'attaque, s'empressèrent d' envoyer à l' amiral le père Levacher, vicaire apostolique et consul de France à Alger, pour le prier de cesser le feu.
Comme le père Levacher rapportait les conditions de Duquesne au dey Baba-Hassan et disait à celui-ci que cette expédition coûterait au roi de France plus de trente millions, le dey, dont le cynisme égalait la cupidité, lui répondit :
- Si ton sultan m' avait seulement donné la moitié de cette somme, je me serais chargé de brûler de mes mains la ville toute entière.
m502004_93de399_p.jpgL'année suivante, les hostilités recommencèrent. Renau d' Eliçagaray avait créé un corps d'artilleurs et bombardiers marins et, il avait coulé des mortiers qui lançaient des bombes à plus de dix-sept cents toises. Alger fut attaqué de nouveau les 26 et 27 Juin 1683 ; la moitié de ses maisons furent détruites et huit cents personnes périrent au milieu des décombres. Une révolution s'ensuivit. Baba-Hassan fut assassiné... Un traité fut conclu pour cent ans avec son successeur Ibrahim 1er. Mais, au bout de trois ans, les Algériens recommençaient les hostilités. Le maréchal d'Èstrées se rendit devant Alger avec une flotte et lança 11,000 bombes sur la ville.
Les habitants, définitivement convaincus de la puissance française, se soumirent alors et, le 27 Septembre 1689, fut signé un traité de paix qui ne fut rompu qu' en 1830, lors des hostilités qui aboutirent à la conquête de l'Algérie.

Aujourd'hui, la France a conquit; Alger et Tunis à la civilisation, mais le Maroc demeure, en dépit des efforts de l'Europe, comme le dernier vestige des Etats barbaresques d'autrefois. Ses ports ne sont plus, comme jadis, des repaires de forbans, mais ses villes ne sont guère plus sûres pour les Européens qu'elles ne l' étaient au temps de Louis XIV. La piraterie a disparu sur la côte, mais elle s'exerce, à présent, en plein coeur du pays et sur nos frontières algériennes. Quant aux haines de race et de religion, elles sont demeurées aussi vivaces qu'à l'époque où les vaisseaux de Duquesne allaient délivrer les chrétiens captifs aux rivages du Maure.
Du jour où la France prit la résolution. d'occuper et de garder l' Algérie, une guerre sérieuse ou une alliance étroite avec le Maroc apparurent nécessaires. L'alliance était impossible. La guerre éclata.
Déjà, en 1836, le Maroc fournissait des secours contre nous aux Arabes de l' Algérie. Plus tard, Abd-el-Kader fut ravitaillé maintes fois par les tribus marocaines de la frontière. Aux plaintes de la France, le sultan Abderrraman répondait, comme aujourd' hui Abd-el-Aziz, qu' il était impuissant vis-à-vis de certains de ses sujets.
Les hommes de ces mêmes tribus indépendantes, que le feu de nos vaisseaux vient de décimer dans la campagne autour de Casablanca, s'armèrent alors pour Abdel-Kader. Des rassemblements considérables de Marocains se formèrent sur nos frontières. Lorsque, en 1844, on se décida à envoyer une flotte devant Tanger, la guerre était inévitable. Tanger fut bombardé par la flotte du prince de Joinville ; puis les 60,000 cavaliers marocains, réunis dans la plaine de l' Isly sous les ordres de Mou-ley-Mahammed, fils du sultan, furent taillés en pièces par la petite armée de 8,000 hommes que commandait le maréchal Bugeaud. Et, grâce à ces deux faits d' armes, la conquête de l' Algérie put désormais se poursuivre sans que l' action marocaine vint en retarder l' accomplissement.
Mais la France n' en avait pas fini avec le Maroc. Toute l' opiniâtreté, toute la mauvaise foi des Barbaresques survivent, chez ce peuple fanatique et pillard. Et les événements récents démontrent que nous avons tout à redouter du voisinage de ce pays livré à l'anarchie.
Depuis tantôt soixante-trois ans, nous n'avons cessé de répéter aux Marocains que notre intention n' était point de les soumettre à notre domination. Nous avons bombardé des ports, occupé des points de la frontière, mais notre action s' est arrêtée là. Et les Marocains, peu familiarisés avec les subtilités de la diplomatie européenne, en ont conclu que nous avions peur d' eux.
P02_01002793.jpgLorsque, en 1814, le sultan Moulev-Abder-raman concentrait sur nos frontières algériennes les cavaliers des tribus accourus de tous les points de l' empire, même du fond de l' Ouest marocain, c' était, il l' avoua plus tard, dans l' intention de nous intimider.
C' est dans le même sentiment que le maghzen a laissé s' accomplir les événements qui amenèrent la répression d' aujourd' hui. Le Maroc ne croit à notre force que lorsque nous frappons. Dès que nous cessons de frapper, il conclut qu' il peut frapper à son tour.
Un homme qui a étudié à fond les peuples du Nord de l' Afrique, Léon Roches, qui fut secrétaire intime d' Abd-el-Kader, disait :
« Il existe chez les musulmans un sentiment d' amour-propre, une sorte de respect humain qui les empêche de s' avouer entre eux leur faiblesse vis-à-vis des chrétiens : leurs craintes intimes se traduisent en forfanteries, et ils croiraient se compromettre en montrant à leurs coreligionnaires des tendances pacifiques à l' égard des infidèles...».
Cet état d' esprit semble bien être celui des Marocains d' aujourd' hui. Il faut en conclure que la tâche sera rude pour les amener à notre civilisation, infiniment plus rude qu' elle ne le fut pour la Tunisie et pour l' Algérie, car, suivant un proverbe de là-bas, « le Tunisien est une femme, l' Algérien est un homme, le Marocain seul est un guerrier ».
Ernest LAUT.

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