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Le Roi Soleil et le Grand Sultan ou Louis XIV et Moulay Ismael

Publié par medisma sur 27 Janvier 2012, 00:08am

Catégories : #lintegral

  Etonnant épisode dans l’histoire franco-marocaine

imagesCAUG9G7SUne étrange histoire dans les annales de la diplomatie française. Un fait absolument unique tant son authenticité a paru invraisemblable.

Moulay Ismael, Sultan du Maroc, caressa un projet de mariage et entama des négociations pour obtenir la main d’une fille de Louis XIV, la belle princesse de Conti.

Mais qui pouvait concevoir que le farouche empereur musulman voulût épouser l’une des descendantes du plus illustre des chrétiens ?

moulay-ismail.jpg--22.jpgCet étonnant épisode dans l’histoire franco-marocaine eut lieu dans les dernières années du XVIIème siècle, exactement en 1698, quand le Grand Sultan décida de l’envoi d’une mission diplomatique  auprès du Roi Soleil  chargée de conclure une alliance politique avec l’Hexagone et traiter du problème des captifs chrétiens emprisonnés à Meknès, capitale du Maroc d’alors.

Cette mission, présidée par un chef corsaire du nom de Ben Aicha, débarqua le 11 novembre 1698 à Brest.

 

f1565610Ce fut un voyage triomphal de Brest à Paris. Une fois à Paris, elle fut logée à l’hôtel des Ambassadeurs.

Le 16 février 1699 eut lieu la réception à Versailles.

Ben Aicha prononça devant le Grand Roi de France un discours où il affirma textuellement : « Moulay Ismaël, mon maître, fait consister le comble de sa gloire à acquérir l’amitié du plus grand et du plus puissant monarque de l’Europe. » Et d’ajouter « qu’il a reçu ordre de nouer une alliance indissoluble avec le Roi de France, de négocier l’échange et le rachat des captifs. »

Louis XIV lui répondit qu’ « il était bien aise de le voir, qu’il nommerait des commissions pour écouter ses propositions. »

Des cadeaux traditionnels de valeur furent ensuite offerts à Ben Aicha et ses compagnons.

Des visites de Paris leur furent organisées. Et les voilà enchantés par les merveilles de la capitale : L’architecture, les grandes eaux de Versailles et de la Seine, les manufactures de produits de luxe, les théâtres, les belles et grandioses réceptions auxquelles ils étaient conviés.....

Toutefois, l’ambassadeur marocain se dérobait chaque fois qu’il s’agissait de traité de rachat des captifs.

Finalement, la mission quitta Paris le 6 mai sans rien conclure.....

C’est en faisant à Moulay Ismaël le récit de toutes les merveilles dont il avait été témoin, Ben Aicha lui parla d’une façon séduisante de la princesse de Conti, fille légitime de Louis XIV qu’il avait rencontrée notamment dans un bal chez Monseigneur d’Orléans  au palais royal.

marie-anne-de-bourbon-princesse-conti-1666-1739.jpgLe 14 novembre 1699, au nom de son Sultan, l’Ambassadeur  écrivit une lettre à Monsieur de Pontchartrain, conseiller du Roi, pour demander pour son maître la main de la belle princesse.

« .... J’ai fait l’éloge de la princesse de Conti, fille de l’Empereur, Louis de France, le plus grand prince de la chrétienté, tellement que cela lui est demeuré gravé dans l’esprit et qu’il y pense tous les jours, avec soin et inquiétude. Sur quoi il m’a dit : .... Il faut que tu écrive au Vizir  Pontchartrain, afin qu’il demande pour moi en mariage, au Roi son maître, cette princesse, sa fille.... »

Or ce que le Grand Sultan ignorait, c’est que cette princesse a rejeté nombre de demandes en mariage après la mort de son époux, emporté par la petite variole. Demandes émanant du fils du Roi de Pologne,  du Duc de Paris, du Prince héritier de Danemark,  du Doge de Gênes....

Mlle de Conti était effectivement  une ravissante créature qui enchantait son entourage par ses fines réparties et par les « mille chosettes qui sortaient de sa jolie bouche. C’était Conti la belle, Conti fille des dieux, Conti des Amours »,  nous dit Mme de Sévigné.

Elle excellait surtout dans l’art de danser avec grâce. Boileau s’extasiait à son tour sur la souplesse de sa taille, la légèreté de sa démarche. Et la Fontaine disait d’elle :

L’herbe l’aurait portée ;

Une fleur n’aurait pas

Reçu l’empreinte de ses pas.

Elle inspirait encore la muse de Benserade :

Elle est charmante, elle est divine

Et brille de vives couleurs

Qu’on ne voit point briller ailleurs.

Pure et blanche comme l’hermine,

Elle efface toutes les fleurs,

Jusqu’ au lys de son origine.

Au cours des fêtes auxquelles Ben Aicha avait assistées à Paris, il était, à l’instar des poètes,  particulièrement charmé par la grâce et la beauté de cette princesse, fille légitimée de Louis XIV et de Mlle de La Vallière et jouissant à la Cour des prérogatives des filles de France sous le nom de Mlle de Blois. Le Roi avait pour elle une prédilection particulière.

Cette séduction qui émanait de cette beauté fit germer dans la pensée de Ben Aicha l’idée la plus saugrenue qu’ait jamais conçu un ambassadeur et un courtisan. Pourquoi son maître ne demanderait-il pas à Louis XIV la main de sa fille, cette princesse accomplie qui ferait une Sultane incomparable ? Il s’en ouvrit à Ismaël qui acquiesça sur le champ au projet.

Le Comte de Pontchartrain ne crut pas répondre à la requête du Grand Sultan. Il fait dire à Ben Aicha, par l’intermédiaire de son correspondant en France, Mr Jourdan, qu’il n’avait osé montrer des lettres aussi peu conformes aux mœurs des deux nations. Et « quand l’Empereur du Maroc serait assez touché des vérités du Christianisme pour l’embrasser, il serait alors en état beaucoup plus apparent de se faire écouter. » Et c’est ainsi que le Grand Sultan fut éconduit.

Ces faits curieux auraient dû rester sous le secret d’Etat car Louis XIV était intéressé à ce qu’ils ne deviennent pas un sujet de plaisanteries trop bruyantes. Il en transpira néanmoins assez pour permettre aux courtisans d’en parler avec force exagération teintée souvent de railleries déplaisantes, d’ironie outrageante et d’offenses malséantes.

Cette demande en mariage devint donc prétexte à ‘divertissements’ et amena les poètes- courtisans de la cour à adresser à leur déesse des madrigaux particulièrement insolents et injurieux pour Moulay et dont nous citons ci-après quelques extraits les moins outrageants :

De Jean-Baptiste Rousseau :

Votre beauté, grande Princesse

Porte les traits dont elle blesse

Jusqu’aux plus sauvages lieux.

L’Afrique avec vous capitule.

Et les conquêtes de vos yeux

Vont plus loin que celles d’Hercule.

De Périgny :

Pourquoi refusez-vous l’hommage glorieux

D’un roi qui vous attend et qui vous sait si belle ?

Puisque l’hymen au Maroc vous appelle.

Partez ; c’est peut-être en ces lieux

Qu’il vous reste un amant fidèle.

Du Duc de Nevers :

Fille du héros de la France,

En qui tant de trésors les cieux ont rassemblés.

Astre qui seul étinceliez

Sur tant d’astres choisis que renferme Bysance,

Et qui portez votre influence

Aux climats les plus reculés.

De vos attraits vainqueurs la force souveraine

A fait cent prodiges divers ;

Vous traînez les héros captifs dans votre chaîne ;

Un prince glorieux de vivre dans vos fers

Compte de vous donner pour reine

Aux plus sauvages cœurs qui soient dans l’univers.

Montrez-lui, beauté sans égale.

De notre paradis l’idée originale ;

Faites-lui concevoir les plaisirs immortels

Dont le .... saint nous a donné l’attente,

Et vous verrez aux pieds de vos autels

                                                      D’esclaves égorgés l’hécatombe fumante.

De Senecé :

Que me demandez-vous, superbe Tingitane ?

Osez-vous y penser ?

La fille de Louis jusqu’au rang de sultane

Peut-elle s’abaisser ?

Si votre ambition m’enlevait ma princesse

Mes peuples révoltés

Armeraient plus de bras que n’en arma la Grèce

Pour de moindres beautés.

Quoi donc cette beauté, qui faisait les délices

D’un empire galant.

Vivrait assujettie aux barbares caprices

 De l’eunuque insolent !

..../....

Evidemment, il était plus facile de rire de cette prétention que d’en mesurer la portée ! La Cour du Roi négligeait à ce moment d’apprécier l’intérêt que pouvait avoir son influence politique au Maroc.

Et Moulay Ismael de se détourner définitivement de Louis XIV et de la France !

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M
Décidément, nous sommes loin d'avoir percé l'histoire de notre ancienne Monarchie. Merci pour cet article de qualité.
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M
Article très intéréssant, curieux, révélateur de certains fait d'actualité et très romanesque. Tout ce que j'aime en somme. Merci
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