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Merah : l'affaire et les failles

Publié par medisma sur 22 Mars 2012, 21:43pm

Catégories : #lintegral

 

‘’ La police savait’’, des zones  d’ombre demeurent , le Sarkoshow inédit et les questionnements !

 I- Toulouse. Une proche témoigne : "J'ai alerté la police à de nombreuses reprises"

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La nouvelle de l'identité de l'auteur présumé des tueries de Toulouse et Montauban lui a "coupé les jambes". Mohamed Merah est l'homme qui a agressé sa fille et tenté "d'embrigader" son fils adolescent, il y a deux ans. Cette femme, qui a souhaité conserver l'anonymat, veut "absolument témoigner". Selon elle, "la police savait". C'est une femme "en colère" qui s'exprime.

"Je suis sidérée. Il a fallu que tous ces gens soient tués pour que Mohamed Merah soit enfin arrêté. C'est un énorme gâchis...". Selon cette mère de famille qui réside dans l'ancien quartier où vivait l'auteur présumé des tueries de Montauban et Toulouse, "la police savait tout de la dangerosité de cet individu et de sa radicalité". "J'ai porté plainte contre Mohamed Merah deux fois et j'ai relancé à de très nombreuses reprises. En vain."

Une petite partie des faits qu'elle évoque ont été révélés dans la journée par de nombreux médias, sur la base du témoignage d'une femme, Malika. Celle-ci rapportait un incident datant de 2010 où Mohamed Merah, menaçant, était apparu dans le quartier des Izards, en treillis sombre, encagoulé, un sabre à la main et criant "Allah Aqbar". "C'est nous qu'il menaçait ce jour là, révèle notre témoin anonyme, que nous appellerons Aïcha. Et c'est aussi ce jour là qu'il a agressé mes enfants."

"Il a forcé mon fils à regarder d'insoutenables videos"
La veille, le fils d'Aïcha, alors âgé de 15 ans, est apostrophé par 
Mohamed Merah. "Il est monté dans sa voiture. Il lui a fait écouter un CD de chants, en lui faisant croire que c'était le Coran." Les chants sont en fait des appels à partir au combat. "Il a conduit mon fils à son domicile, là où il est encore retranché. Dans son appartement, il y avait un immense Coran dans son salon et plusieurs grands sabres accrochés au mur. Il en a décroché un, puis lui a imposé de regarder des vidéos d'Al Qaïda." Les scènes sont "insoutenables". Des femmes exécutées d'une balle dans la tête, et des hommes égorgés. "Mon fils m'a appelé. On a finalement pu le récupérer. Il est resté enfermé là bas de 17h à minuit...".

  "Un moudjahidin

 Aïcha porte plainte, ce qui provoque la colère de Mohamed Merah. "Il est venu devant chez nous. Il m'a menacée et frappée. Il disait que j'étais athée et que je devrais payer comme tous les Français. Il n'arrêtait pas de répéter qu'il était un moudjahidin et qu'il mourrait en martyr, qu'il effacerait de la Terretous ceux qui tuaient des Musulmans... Il disait aussi que lui et ses amis viendraient prendre mon fils et qu'il ne me resterait plus que mes yeux pour pleurer". Le surlendemain, Mohamed Merah s'en serait pris à son fils : "Pourquoi t'as tout raconté à ta mère ?". "Il l'a frappé, reprend celle-ci, et ma fille est intervenue. Il l'a rouée de coups. Il y avait beaucoup de monde, mais personne n'a bougé".

 De ces scènes de violence (elle évoque aussi un flash-ball avec lequel il aurait menacé son neveu), Aïcha a "tout gardé" : "la robe de sa fille tâchée de sang et déchirée, le dépôt de plainte, les courriers de relance, des photos et les certificats médicaux..."

Une plainte "très circonstanciée" déposée en juin 2010
L'avocat d'Aïcha, Me Mouton, confirme qu'une "plainte très circonstanciée" a bien été déposée. "Le 25 juin 2010", complète Aïcha. "J'ai relancé à de nombreuses reprises. On ne m'a jamais dit quelle suite avait été donnée", poursuite la mère de famille. L'avocat, qui "répond de la sincérité de sa cliente", confirme encore : "La maman a été entendue, mais j'ignore si une enquête a été déclenchée et si, oui, quelle suite lui a été réservée."

Depuis qu'Aïcha a appris que l'auteur présumé des tueries de Montauban et Toulouse était Mohamed Merah, elle est "terrorisée". "Il nous a menacés de mort. Il m'a fait le signe de l'égorgement. J'essaie de protéger ma famille, mais j'ai peur." Elle reparle de Mohamed Merah. "Si vous le voyiez, vous lui offririez le café. Il semble doux comme un agneau et on lui donnerait le bon dieu sans confession... Il a un double visage. Il pouvait subitement changer de comportement. Il pouvait boire une bière et partir, deux minutes plus tard, en courant pour aller faire sa prière."

"C'est son frère le cerveau"

Sans le savoir, Aïcha confirme les déclarations que nous avions recueillies en fin de matinée auprès de "proches" du jeune homme. L'un d'eux, se faisant appeler "Ben's", avait évoqué "le changement de Mohamed, après la venue d'un groupe d'extrémistes dans le quartier". "Il avait revêtu l'habit traditionnel. Il interpellait les jeunes sur la religion. Puis il y a eu des rumeurs de séjours en Afghanistan. Moi, quand je l'ai revu, il y a quelques mois, il était sur une moto, habillé à l'occidentale. Il faisait un rodéo. Il avait une crête décolorée sur la tête et un gros tatouage, style maori, sur le crâne". C'est cette crête blonde qu'évoque spontanément Aïcha. "C'est pour cela, et pour ses opinions extrémistes qu'il s'était fait refouler des mosquées", explique Aïcha.

La mère de famille rapporte également "les rodéos en scooter et en voiture". "Il s'en vantait. Il était aussi très pressant avec les jeunes filles du quartier." Mais pour Aïcha, c'est le frère de Mohamed, Abdelkader, qui est "le cerveau". "C'est lui qui lui a bourré le crâne. C'est lui qui partait souvent à l'étranger, en Egypte." Ce soir Aïcha se dit "à bout de forces". "Pourquoi, malgré tous mes signalements, Mohamed Merah n'a-t-il pas été arrêté ? Nous l'avons encore vu la semaine dernière. Il nous narguait. J'ai tout raconté à de nombreuses reprises à la police et à la préfecture. Et aujourd'hui, on en est là. C'est incompréhensible et révoltant."

Hervé Chambonnière

 

II- Toulouse : les zones d'ombre de l'enquête

 

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L’affaire de Toulouse, dont la théâtralisation (notamment sur les chaînes télé d’information en continu) glorifie de façon plus ou moins subliminale un succès personnel de Nicolas Sarkozy et de son fidèle Claude Guéant, pose plusieurs questions de fond sur le fonctionnement de notre police et de notre justice.

L’arrivée sur place du président de la République, ce mercredi, après l’envoi du ministre de l’intérieur (rejoignant le patron de la DCPJ, celui de la DCRI, et le procureur de Paris, déjà présents), est une illustration parmi d'autres de la toute-puissance affichée d’un exécutif qui tient la justice pour quantité négligeable. De ce point de vue, les interviews de Claude Guéant depuis Toulouse, révélant au passage plusieurs éléments de l’enquête, ont contrasté singulièrement avec la conférence de presse extrêmement prudente, à Paris, mardi en fin de journée, du procureur François Molins, alors que le suspect était déjà identifié.

  Au delà de cette orchestration de l’efficacité policière du pouvoir sarkozyste,  classique depuis sa nomination place Beauvau voici dix ans, plusieurs spécialistes de la police et du renseignement s’interrogent sur un point précis : le temps qu’il a fallu pour identifier et retrouver le suspect depuis le 11 mars, date du premier assassinat de la série, celui d’un parachutiste à Toulouse.

Si l’on en croit les déclarations faites par le ministre de l’intérieur Claude Guéant, tôt mercredi matin à Toulouse, le jeune suspect des tueries de ces derniers jours, Mohamed Merah, 24 ans, aurait  déjà «  à son actif une petite dizaine d'actes de délinquance, dont certains étaient marqués de violences », et « sa radicalisation » se serait «  faite au sein d'un groupe d'idéologie salafiste ».

Toujours selon Claude Guéant, ce suspect aurait dit « avoir voulu venger les enfants palestiniens et s'en prendre à l'armée française ». Enfin, et surtout, celui-ci était « dans le collimateur de la DCRI », la direction centrale du renseignement intérieur, parce qu'il « a effectué des séjours en Afghanistan et au Pakistan par le passé ». 

Sollicité mercredi par Mediapart, un haut responsable policier explique qu’il a « fallu vérifier 576 adresses IP avant de retrouver la bonne », celle de la mère du suspect. Le militaire assassiné le 11 mars à Toulouse avait en effet rendez-vous avec celui qu’il pensait être un acheteur pour sa moto, mise en vente sur internet. Selon ce même haut responsable policier, le suspect était « un solitaire, un atypique, et il n’avait pas pris les filières normales pour se rendre au Pakistan et en Afghanistan ». Il aurait, par ailleurs, projeté « d’assassiner un autre militaire ce matin » (NDLR : mercredi), avant que le RAID n’intervienne.

Une identification tardive du suspect

Lors d’une autre conférence de presse, mercredi après-midi à Toulouse, le procureur de Paris (saisi lundi 19 mars, après la tuerie dans l'école juive de Toulouse, en vertu de la législation antiterroriste) a fourni d’autres détails.

L’identification de Mohamed Merah n’a pu se faire, selon François Molins, qu’après un travail « colossal », la vérification de « pistes multiples » au début des tueries (vengeance privée, anciens militaires, néo-nazis, islamistes, anti-militaristes), et l’épluchage de « 7 millions de connexions téléphoniques », « 700 connexions internet », sans oublier « 200 auditions » et « 1000 procès verbaux ».

Selon le procureur, les policiers n’ont obtenu que samedi 17 mars les 576 adresses IP en rapport avec la petite annonce. Cela paraît un délai anormalement long à plusieurs spécialistes, selon qui les policiers peuvent obtenir ces adresses IP en quelques heures seulement.

Une fois obtenues, ces adresses IP auraient été immédiatement criblées, selon le procureur. L’une d'elles correspondait à la mère de deux garçons, qui porte un autre nom. L’un de ses deux fils, Abdelkader, « avait été impliqué mais pas poursuivi dans une affaire de filière de djihadistes en Irak », et l’autre Mohamed, « un délinquant de droit commun », connu pour des « faits de violence et des troubles du comportement », et qui présenterait un « profil d’auto-radicalisation salafiste atypique ».

Mohamed Berah se serait rendu deux fois en Afghanistan « par ses propres moyens, sans passer par des facilitateurs », en 2010 et en 2011. Il aurait été arrêté lors d’un contrôle routier et remis à l’armée américaine puis renvoyé en France lors de son premier séjour. Il ne serait « rattaché à aucune organisation », a précisé le procureur.

Ce n’est que lundi après-midi que cette adresse IP aurait été identifiée, le suspect et sa famille étant alors mis sur écoutes lundi soir. Selon François Molins, les deux frères n‘étaient alors pas localisés. Et ce n’est que mardi après-midi que Mohamed Berah aurait été formellement identifié, après un renseignement obtenu auprès d’un concessionnaire Yamaha auquel lui ou son frère aurait demandé comment retirer le « tracker », un dispositif antivol de géolocalisation, de son scooter, engin qu’il aurait volé quelques jours plus tôt, puis repeint.

« Mohamed Berah n’a été localisé que mardi après-midi, et son frère en fin d’après-midi », selon le procureur. « La décision de les interpeller, ainsi que leur mère et que la sœur de son frère, a été prise mardi à 23 h 30 ».

Selon le procureur Molins, lors des discussions avec les policiers du Raid, Mohamed Berah aurait expliqué avoir « été formé par Al-Quaida dans la zone pakistano-afghane », tout en précisant ne pas avoir « l’âme d’un martyr ou d’un suicidaire ». Il aurait revendiqué les trois tueries de Toulouse et de Montauban, en les justifiant à la fois par la situation en Palestine, les opérations extérieures de l’armée française, et les discussions en France sur la dissimulation du visage par le voile, toujours selon François Molins.

Le procureur de Paris a précisé que Mohamed Berah « envisageait d’autres assassinats » : un militaire ce mercredi matin, et deux policiers les jours suivants. Il n’aurait exprimé « aucun regret », et se serait « vanté d’avoir mis la France à genoux », toujours selon le magistrat.

Une voiture de location remplie d’armes, un scooter Yamaha et une caméra ont été retrouvés, mais d’autres véhicules de location sont encore recherchés, ainsi que les différents points de chute du suspect, qui « n’habitait pas toujours au même endroit », a ajouté le procureur de Paris.

Que fait la DCRI ?

Un spécialiste des questions de police et de renseignement, sollicité par Mediapart, s’interroge. « Alors que la DCRI bénéficie de tous les moyens budgétaires et humains, à la différence de la police nationale, et que l’on nous vante depuis des années son travail de prévention, il faut bien constater que quelque chose semble ne pas avoir fonctionné. Si tous les Français qui se sont rendus en Afghanistan et au Pakistan figurent dans les fichiers de la DCRI, et que les islamistes les plus radicaux sont surveillés, alors il faut qu’on nous explique comment ils le sont. Sont-ils sur écoutes ? Leurs faits et gestes sont-ils suivis ? Ceux de leur entourage aussi ?», demande ce spécialiste

«Dans le cas qui nous intéresse, le suspect n’avait pas l’air suivi de près, malgré son profil. La DCRI ne serait-elle qu’un vaste fichier ?  En se rendant à Toulouse, son directeur (NDLR: Bernard Squarcini) semble en tout cas compter sur cette affaire pour se re-légitimer, après sa mise en examen dans l’affaire des fadettes de journalistes », remarque cet expert, qui souhaite rester anonyme.

 Depuis les attentats de 1986, qui ont donné naissance à la législation antiterroriste actuelle, renforcée en 2005, les policiers (et magistrats) français se targuent d’une efficacité qui serait reconnue et louée par leurs homologues étrangers. Ils assurent notamment que les arrestations préventives effectuées grâce à la notion pénale de participation à une entreprise terroriste ont évité de nombreux attentats. Ces méthodes font cependant fi de la présomption d’innocence, comme l’a montré le fiasco de l’affaire Chalabi, imputable à l’ex-juge Bruguière

Le renseignement antiterroriste a encore été renforcé après les attentats sanglants de 1995, la mort de Kaled Kelkal ayant montré de façon dramatique que de jeunes moudjahidines autoproclamés pouvaient surgir, ici ou là, dans des quartiers populaires.

Les services de renseignements français (RG et DST, puis DCRI après leur fusion en 1998) travaillent sur les différentes formes que peut revêtir l’islamisme radical. Un travail de terrain, se voulant préventif, et qui est effectué quotidiennement auprès des mosquées, des mouvements religieux, des associations, des foyers de travailleurs, ou des petits délinquants.

Les attentats de 2001 ont eu pour conséquence de renforcer ce travail de renseignement et de surveillance, avec une donnée importante : ce que les policiers appellent « la nébuleuse Al-Qaida » n’a pas de hiérarchie formelle ou de structures identifiables. Chacun est libre de se reconnaître dans son combat, et d’en revendiquer l’appartenance. La question palestinienne ou la guerre d'Irak, notamment, peuvent déclencher des processus d’identification. Un passage en prison peut également être un facteur d’endoctrinement, comme ce fut le cas pour Kelkal. Quant aux guerres de Bosnie, de Tchétchénie ou d’Afghanistan, elles ont permis à quelques-uns de ces jeunes « djihadistes », parfois convertis de fraîche date à l’islam, d’acquérir une formation militaire, et parfois de combattre.

Ces dernières années, quelques cellules autonomes se revendiquant plus ou moins d'Al-Qaida sont apparues en France, comme le « gang de Roubaix » en 1996 ou le « groupe des Buttes-Chaumont », de façon épisodique.

 

III- Sarkozy, de la com' à l'enquête

 

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Marine Le Pen était la première, mercredi matin, pour commenter. L'auteur présumé des assassinats de Montauban et Toulouse avait été identifié. Quelque 200 policiers et agents du RAID l'avaient cerné à 3h10 du matin, dans son appartement, dans un quartier résidentiel de Toulouse.

La France était soulagée, mais le Sarko-show pouvait reprendre. Nicolas Sarkozy avait pourtant prouvé, et depuis longtemps, son inefficacité contre l'insécurité. 

 

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 Nicolas Sarkozy nous refaisait le coup de Human Bomb. Le grand cirque médiatique en plein drame. 

Au fil d'une matinée éprouvante mais immobile, le spectacle se partageait entre l'Elysée et les abords de la rue toulousaine où le forcené était retranché, entre un Nicolas Sarkozy qui jouait au président calme et rassembleur, et un Claude Guéant qui jouait au Jack Bauer sextagénaire. Le premier « avait été réveillé » par le second dès le déclenchement des opérations. Lundi, Sarkozy avait promis: « Tous les moyens seront mis en œuvre pour arrêter ce criminel » . Mercredi, Guéant l'avait fait. « 
Guéant a bien travaillé » a commentév Sarkozy lors du Conseil des Ministres. C'était leur moment à tous les deux.

Dans l'après-midi, le journaliste Arnaud Leparmentier du Monde confirmait que la récupération était l'oeuvre depuis lundi: 
à l'Elysée, « certains conseillers ont gambergé dès lundi sur l'avantage qu'il y aurait à ce que le tueur soit de la mouvance islamiste .» Et Renaud Revel, pour l'Express, ajoutait: « cette journée du 21 mars restera, sur le plan de la communication de Nicolas Sarkozy, une date clé, tant l’Elysée et l’entourage du candidat ont orchestré, avec minutie, chacune de ses apparitions médiatiques, ne laissant à ses opposants, devenus inaudibles, qu’un très faible espace ». 

Journalistes abreuvés
Toute la matinée, Claude Guéant abreuva les journalistes, nombreux et impatients, d'informations au compte-goutte. Quand ce n'était pas lui, les conseillers de la présidence prenaient le relais. Ils avaient de la chance, le forcené se confiait facilement. Mais au lieu de garder ces informations pour la suite de l'enquête, Guéant et l'entourage de Nicolas Sarkozy ne cessèrent, toute la journée durant, de les communiquer à la presse. D'abord il s'agissait de transformer quelques journalistes politiques reconvertis en chroniqueurs judiciaires.Ensuite, il fallait inonder les rédactions de nouvelles sur le sujet du jour. Et le résultat fut à la hauteur, immonde et sans recul. Jugez plutôt.

« Nous pouvons l'appeler coupable présumé, monsieur le procureur ?» demanda Guéant en direct devant de nombreux journalistes, mercredi vers 9h. Le procureur acquiesçait. Le «coupable présumé », donc, avait 24 puis 23 ans, était Français, d'origine algérienne. Il se réclamait salafiste et affilié à Al Qaïda. Pire, il était coupable de plusieurs délits et même emprisonné en France à plusieurs reprises. 
Il avait même posté des videos de ses crimes sur Internet. Pour le story-telling sarkozyen, le coupable était presque trop parfait: un Français d'origine étrangère, ancien délinquant de droit commun devenu islamiste radical.

Sur les chaînes d'information, on l'appela donc « tueur présumé», « coupable présumé », «forcené » ou « suspect » pour le reste de la journée. Il s'appelait Mohamed. 
Même son nom de famille fut lâché aux médias un peu avant 10h.

Claude Guéant était partout, et même présent, apprit-on, lors du visionnage des bandes de video-surveillance de l'école juive. On nous confia tous les détails. Le suspect avait été débusqué grâce à l'adresse IP de l'ordinateur de son frère, également interpellé ce matin. Pour son premier meurtre, il avait donné rendez-vous à sa future victime en prétextant vouloir vendre un scooter. 

Vers 10h45, Claude Guéant livra une conférence de presse depuis Toulouse. Il confirma les propos du suspect aux membres du RAID, sur son parcours, ses motivations, et ses intentions. Il ajouta que Mohamed avait « d'autres objectifs pour aujourd'hui ».

La manipulation 
Vers 11h, ce fut au tour de Nicolas Sarkozy de parler, pour la cinquième fois en 24 heures aux Français qu'il avait rencontré en urgence les représentants des communautés juives et musulmanes. Il voulait éviter tout amalgame. Il avait raison. « Nous ne devons céder ni à l'amalgame, ni à la vengeance.» 

A quel amalgame pensait-il ? Que ne l'a-t-il fait depuis 5 ans ! Depuis 2009 et son sinistre débat sur l'identité nationale, tous les amalgames avaient été permis, encouragés, propagés par les ténors de Sarkofrance: rappelez-vous Claude Guéant et ses amalgames en tous genres. Du halal aux Français qui ne se sentent plus chez eux, des civilisations différentes à la déchéance de nationalité. Tout est passé, tout est venu dans la bouche du ministre de l'intérieur.

Vers 14h30, une rumeur, rapidement démentie, affole les médias et la Toile. Mohammed aurait été arrêté. 
A 14h34, Nicolas Sarkozy arrivait sur les lieux où était retranché le suspect, expliqua l'AFP. Quel président serait suffisamment irresponsable pour se faire filmer à portée de tir de fusil d'un terroriste ? Mais Guéant dément l'arrestation auprès d'Arnaud Leparmentier. Le procureur prévient que Mohamed s'était encore confié. Il aurait projeté trois autres meurtres à Toulouse, un soldat et deux policiers. Nous l'avions échappé bel. 

Le feuilleton continue.

Copé saborde Sarko
Plus tard, à Montauban, Nicolas Sarkozy prononça l'homélie funèbre des 3 soldats français tués, tandis qu'Alain Juppé s'exprimait aux funérailles des 3 enfants et de l'enseignant franco-israélien rapatriés dans la nuit. 
A Montauban, dans la caserne du 17ème régiment de Parachutistes, le Monarque a serré la main des 5 autres candidats présents sur les lieux. C'était curieux. Il eu le ton nécessairement grave: « Ces soldats étaient nos soldats. Ces enfants étaient nos enfants. Cet homme voulait mettre la République à genoux. La République n’a pas faibli. La France rassemblée a donné ces derniers jours une magnifique image d’unité. Cet homme n’est pas parvenu à fracturer notre unité. » 

Sarkozy, malheureusement, ne maîtrisait pas ses troupes. On pouvait se demander si Jean-François Copé, à l'oeuvre contre François Hollande dès mercredi, oeuvrait contre son prétendu candidat. Quand d'autres candidats témoignèrent de leur solidarité avec les proches des victimes, la réaction de quelques UMPistes, sur Twitter puis sur les grands médias, dérapa à nouveau rapidement dans l'outrance.

Il y eut Valérie Rosso-Debord, la jeune députée et déléguée de l'UMP. Elle ne supporta pas entendre François Hollande s'exprimer sur la tragédie. Son communiqué de presse, mercredi, en pleine cérémonie en hommage aux 3 soldats tués à Montauban, fut 
indigne et indigna: « Alors que la communauté nationale est endeuillée et que chacun mesure la nécessité de l'union nationale face à ces événements, deux candidats, François Hollande et Marine Le Pen, tentent d'instrumentaliser à leur petit profit politicien ce drame ».

Il y eut aussi Sébastien Huygues, un autre proche de Jean-François Copé, qui compléta la salve, en accusant Hollande de profiter «de ces occasions pour retomber dans la politique politicienne et l'instrumentalisation des événements en cours, en fustigeant le traitement de la délinquance, la non-exécution des peines ou la récidive». 

Il y eut aussi Ivan Rioufol, l'éditorialiste du Figaro, porte-parole autoproclamé de la majorité silencieuse. Lui n'hésita pas. 
Il accusa Bayrou, SOS Racisme, Corine Lepage et on-sait-qui d'être « les premiers responsables de cette tragédie qui était à redouter face à l'ampleur prise dans certaines cités par le repliement salafiste ». Le lendemain, le Figaro qui l'héberge ne disait pas autre chose dans son éditorial. 

Il y eut enfin Jean-François Copé lui-même, 
en fin de journée au Figaro.fr pour un entretien publié le lendemain. Il accusa d'abord la gauche d'indulgence coupable (« Ce drame renforce notre totale détermination à continuer à lutter par tous les moyens contre la menace terroriste, mais aussi contre toutes les formes de fondamentalisme et d'intégrisme dont, malheureusement, certains au PS et chez les Verts ont si souvent nié la dangerosité » ). On croyait rêver. Qui gouvernait depuis 10 ans ?

Les doutes sur l'enquête
Nombreux furent les commentateurs à prédire que cette séquence serait formidable pour la campagne de Sarkozy. Et pourtant... faillait-il rappeler son bilan en matière de lutte contre l'insécurité ? Sans doute. 

1. L'efficacité des services de renseignement sera inévitablement questionnée. Ils suivaient le suspect depuis qu'il s'était rendu en Afghanistan et au Pakistan. Pourtant, il fut capable de s'équiper en armes de guerre. Quand le RAID voulut intervenir à son domicile, deux policiers furent blessés. Et un véhicule chargé d'armement fut trouvé dans la rue.

Comment un ex-djihadiste espionné par les services secrets « de la 5ème économie du monde » peut-il s'équiper en armes lourdes ? 

2. Nicolas Sarkozy a tardé à « suspendre » sa campagne. Quand trois soldats furent tués, les 11 et 15 mars dernier, Nicolas Sarkozy ne s'est autorisé aucun break, tout juste un communiqué.

Pourquoi ?

3. Pourquoi donc le dispositif policier fut-il aussi important ce mercredi ? 
La question était posée par un ancien du RAID« Quand on pénètre à l'intérieur d'un appartement, il y a toujours un risque que ça merdeIl faut que ça aille très, très vite, et on part avec un handicap de départ: le suspect connaît les lieux, pas nous. (...) La meilleure solution, c’est plutôt la souricièreOn attend qu'il sorte, et on le tope dans la rue, à l'extérieur.» 


Qui a demandé cette intervention en nombre et si publique ?

4. Mercredi soir, peut-être le coup de grâce. 
Un journaliste du Canard Enchainé confie que Mohamed Merah avait été identifié dès le premier meurtre, le 11mars dernier. 


Mais le show fut énorme, grossier et dangereux.  

Sarkoshow

C'était un spectacle. Un show présidentiel inédit qui se déroulait sous nos yeux. Après le Président-protecteur, multi-ému et multi-filmé toute la journée de mardi, voici le Président-dans-l'action ce mercredi. A près de 20 ans d'intervalle,

« Ce matin, une source de la police judiciaire (PJ) m'a assuré que la PJ avait saisi les adresses IP des quelque 600 personnes s'étant connectées sur leboncoin.fr sur l'annonce du premier militaire abattu le 11 mars. Le nom du suspect (Mohamed Merah) y figurait. Or, il était inscrit sur le ficher du Stic (système de traitement des infractions constatées) entre 16 et 18 fois pour des faits mineurs. Ce qui est énorme. A cela s'ajoute le fait qu'il était également inscrit sur Cristina (Centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et des intérêts nationaux), le fichier de la DCRI.»

Lundi après-midi, Nicolas Sarkozy savait-il que Mohamed Merah était identifié ?


Ami sarkozyste, je résume: le terroriste s'appelle Mohamed, Copé a peur que Sarko gagne. Sarko est agacé que Hollande reste zen. Le DCRI savait tout.

Ami sarkozyste, reste avec nous.

Le spectacle ne fait que commencer. 

 

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