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le blog lintegral

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Qu’est-ce qui peut sauver l’euro ?

Publié par medisma sur 9 Décembre 2011, 21:16pm

Catégories : #lintegral

 

Alors que l’on pensait que les choses ne pouvaient s’aggraver davantage, il semble pourtant que cela soit en train de se produire. Même certains des soi-disant membres « responsables » de la zone euro doivent aujourd’hui faire face à des taux d’intérêts plus élevés. Des deux côtés de l’Atlantique, les économistes ne discutent plus seulement de la question de la survie de l’euro, mais désormais de la nécessité de faire en sorte que sa disparition engendre le moins de bouleversements possibles.

1101364_3_c094_le-professeur-joseph-e-stiglitz-chercheur.jpg  Il est de plus en plus évident que les dirigeants politiques européens, malgré tous leurs efforts pour sauver l’euro, n’ont pas bien saisi la manière dont il fallait faire fonctionner la monnaie unique. Lorsque l’euro a été instauré, la conception dominante consistait à affirmer que la seule nécessité était celle d’une discipline fiscale - il s’agissait de s’assurer qu’aucun pays ne présente un déficit fiscal ou une dette publique trop importante par rapport à son PIB. Mais si l’Irlande et l’Espagne présentaient des excédents budgétaires et une dette plutôt basse avant la crise, ceux-ci se sont pourtant changés par la suite en déficits importants et en dettes élevées. C’est pourquoi désormais les leaders européens affirment que c’est sur les états membres de la zone euro présentant un déficit courant qu’il est nécessaire de garder un œil....

La prévention de mauvais déficits courants nécessiterait bien davantage d’intervention dans le secteur privé que ce qu’impliquent la doctrine néolibérale et celle du marché unique, qui prévalaient à l’époque de l’instauration de l’euro.

En Espagne, par exemple, l’argent a été injecté dans le secteur privé par des banques privées. Une telle exubérance d’irrationalité devrait-elle contraindre l’État à limiter bon gré mal gré l’investissement public ? Est-ce à dire que l’État devrait décider quels flux de capitaux - par exemple dans le domaine de l’investissement immobilier - sont mauvais, et doivent pour cette raison être taxés ou limités ? Cela me semble avoir du sens, mais ce genre de politiques constitue une abomination pour les partisans du libre marché dans l’UE.

La quête d’une réponse simple et claire nous rappelle les discussions qui ont suivi les différentes crises financières à travers le monde....

Il est intéressant de relever un fil conducteur commun à tous ces cas, ainsi qu’à la crise de 2008 : les secteurs financiers se sont mal comportés, et ne sont parvenus ni à évaluer la solvabilité, ni à jauger le risque, comme ils étaient censés le faire....

Même s’il est possible qu’au sein des pays d’Europe du Nord certains aient raison d’affirmer que l’euro pourrait fonctionner pleinement si une discipline effective était imposée aux autres (je pense personnellement qu’ils ont tort), ils se mentent à eux-mêmes sur fond de moralisation. Passe encore le fait d’accuser leurs compatriotes du sud de débauche budgétaire, ou, dans le cas de l’Espagne et de l’Irlande, d’avoir laissé dominer les libres-marchés sans prévoir l’issue d’un tel choix. En revanche, cela ne règle pas le problème actuel : les dettes immenses, qu’elles soient le fruit d’erreurs de calcul privées ou publiques, doivent être gérées dans le cadre de l’euro.

Les compressions dans le secteur public aujourd’hui ne règlent en rien les débauches budgétaires d’hier ; elles ne font que pousser les économies vers des récessions un peu plus profondes. Les dirigeants européens le savent. Ils savent qu’il y a un besoin de croissance. Mais plutôt que de s’attaquer aux problèmes du moment et de déterminer une formule pour la croissance, ils préfèrent se livrer à des homélies sur ce que le gouvernement précédant aurait dû faire. Un moyen de trouver satisfaction en sermonnant autrui, mais qui ne résoudra pas les problèmes de l’Europe - et qui ne sauvera pas l’euro....

Source : Stiglitz* - Project Syndicate

* Joseph E. Stiglitz est professeur à l’Université de Columbia, lauréat du prix Nobel d’économie, et auteur de Freefall: Free Markets and the Sinking of the Global Economy (Chute libre : la liberté des marchés et l’effondrement de l’économie globale, ndt)

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