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le blog lintegral

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Quand les ‘Baroin’ crient victoire !

Publié par medisma sur 11 Mars 2012, 18:56pm

Catégories : #lintegral

  Les chimères de la  restructuration de la dette grecque

caricature-des-infos-options-binaires-les-poissons-de-la-de.jpgL'échange de dette lancé par la Grèce à destination de ses créanciers privés est un montage complexe visant à effacer plus de la moitié de l'ardoise, soit 107 milliards d'euros. En voici les chiffres essentiels:

- Le montant de la dette grecque concernée par cet échange atteint 206 milliards d'euros (sur une dette publique globale de plus de 350 milliards). Sur ces 206 milliards, 86 %, soit 177 milliards, sont des obligations de droit grec, le reste étant des obligations de droit international. L'objectif de cette opération est de réduire le poids de la dette, de plus de 160 % du PIB actuellement à 120,5 % en 2020.

- Pour que l'opération permette vraiment de soulager la Grèce selon la zone euro, il fallait que la participation des créanciers privés soit importante. L'objectif visé était d'au moins 90 % pour permettre un allègement suffisant de la dette : il fallait donc que les créanciers privés, représentant 90 % du total de la dette concernée (206 milliards), acceptent cet échange. La participation volontaire a atteint 83,5 %, selon les chiffres publiés vendredi par le ministère grec des Finances. Sur la partie des titres de droit grec, la participation atteint 85,8 %, mais seulement 69 % pour les obligations de droit étranger. C'est au-delà du seuil minimum fixé par la Grèce pour procéder à l'échange, soit 75 %, mais inférieur aux 90 % désirés.

- Le ministère grec des Finances a donc fait part vendredi de son intention d'activer les clauses d'action collective récemment imposées (CAC) dans les contrats régissant les obligations de droit grec éligibles à l'échange. Ces clauses permettent d'imposer à l'ensemble des créanciers une modification qui n'aurait été acceptée que par une partie d'entre eux. Concrètement, ce mécanisme fera passer la participation, volontaire ou contrainte, à 95,7 % des 206 milliards. Elle pourra même encore augmenter, le gouvernement grec ayant décidé de prolonger jusqu'au 23 mars la possibilité pour les détenteurs d'obligations régies par le droit international de se présenter finalement à l'échange de dette, clos jeudi soir à 21 heures.

- Au total, banques, assureurs, fonds d'investissement et fonds de pension vont perdre jusqu'à 107 des 206 milliards d'euros de dette grecque qu'ils détenaient. En échange d'une obligation d'un montant initial de 100, la Grèce propose de donner aux créanciers des titres d'une valeur de 46,5 en renonçant au reste. Concrètement, ils vont recevoir des titres dont la valeur sera inférieure de 53,5 %. Il s'agira d'obligations émises par le Fonds européen de stabilité financière (FESF) pour 15 % de la valeur initiale et de nouvelles obligations grecques pour 31,5 %. Les 53,5 % restants seront perdus.

C'est le « soulagement »  vendredi. La Grèce et les Européens ont réussi à faire accepter aux investisseurs privés de participer au sauvetage d'Athènes. 83,5 % des banques et autres fonds détenteurs de dette grecque ont accepté "volontairement" de subir une perte de plus de 75 % de la valeur de leurs obligations pour éviter le cataclysme qu'aurait sans doute déclenché une faillite pure et simple du pays. C'est la plus grosse restructuration de dette de l'histoire.

Les conditions imposées par les Européens sont donc maintenant remplies pour qu'ils acceptent de débourser une partie du deuxième plan d'aide de 130 milliards d'euros (nième sauvetage) promis aux Grecs dès octobre 2011. Et dans les faits, 35,5 milliards d'euros ont été débloqués vendredi, ce qui permettra à Athènes d'honorer les 14,5 milliards d'euros de dette qui arrivent à échéance le 20 mars.

Au final, la restructuration devrait être mise en oeuvre lundi, et au plus tard le 23 mars pour les créanciers détenteurs de titres régis par le droit international. Mais même si la Grèce parvient à réduire sa dette de quelque 100 milliards d'euros (sur un total de plus de 350 milliards), cela pourrait bien se révéler insuffisant.

La réduction de la dette d'ici à 2020 dépend notamment de la mise en place d'un programme de 35 milliards d'euros de privatisations (soit 14,5 % du PIB) sur les deux prochaines années, souligne le Center for Economic and Policy Research (CEPR), un centre de recherche américain basé à Washington. Or, en septembre 2011, Athènes n'avait procédé à des privatisations qu'à hauteur d'un peu plus du dixième de cette somme (390 millions d'euros)... Malgré toute la bonne volonté du monde, il est difficile de vendre les entreprises publiques alors que leur valeur s'est effondrée "de plus de 50 % depuis le début du second trimestre" 2011, comme le note le FMI. Le risque est que leur valeur ne remonte pas dans les délais impartis. Or, si la Grèce n'arrivait pas à privatiser ne serait-ce qu'un tiers de ce qui est prévu dans les deux ans, le gouvernement serait alors obligé d'économiser 5 % de PIB supplémentaire, selon les calculs du CEPR. Autant dire que, dans cette hypothèse, les Grecs devraient encore accentuer drastiquement l'austérité.

La question de l'avenir de la Grèce reste donc posée. Parviendra-t-elle à corriger le tir en restant dans la zone euro ou devra-t-elle en sortir ?

Et déjà l'association allemande de défense des petits actionnaires SdK a annoncé vendredi qu'elle étudiait la possibilité de porter plainte contre la Grèce à cause de la volonté d'Athènes d'activer les clauses de restructuration forcée de sa dette. "l’ application technique de la restructuration est totalement inacceptable pour des petits porteurs. Le projet du gouvernement grec de forcer les propriétaires d'obligations grecques à participer à ce défaut partiel via les clauses d'action collective (CAC) viole les principes fondamentaux du droit", selon le communiqué.

Daniel Bauer, directeur de SdK cité dans le texte, dénonce un "signal fatal pour tous les investisseurs", qui ferait de "l'Europe une république bananière". L'association "étudie les moyens juridiques" à sa disposition et table sur "un processus judiciaire long de plusieurs années et finissant certainement devant la Cour de justice européenne".

73031490Invité sur RTL le vendredi matin, le ministre de l’économie et des finances François Baroin a exprimé sa satisfaction : « C’est une bonne nouvelle, c’est un beau succès ». « C’est quelque chose qui nous permet à la fois de rester sur une base volontaire qui évite le défaut, donc le risque de faillite pour la Grèce, et qui nous permet d’atteindre tous les objectifs que nous nous étions fixés ».

Quelle  gageure ! Pourtant cette situation équivaut à une faillite non déclarée du pays.

En effet, la restructuration de la dette de la Grèce détenue par le secteur privé est un "événement de crédit" (surgissant lors de  l’un des 3 types de défaut: Faillite, Défaut de Paiement et Restructuration), a décidé, vendredi, l'organisme professionnel chargé de le déterminer, l'ISDA  ( International Swaps and Derivatives Association ou Association Internationale des Swaps et Dérivés)  , ce qui permettra aux investisseurs munis d'une assurance (CDS :  credit default swap) d'être remboursés. L'Association internationale des swaps et dérivés, réunie vendredi à New York, a indiqué sur son site internet avoir voté à l'unanimité en ce sens.

Au 2 mars, le total de ces CDS concernant la Grèce atteignait 3,16 milliards de dollars en net, selon l'organisme de référence américain, DTCC (Depository Trust and Clearing Corporation). Ce montant est généralement considéré comme peu susceptible de déstabiliser le système financier. "Nous ne prévoyons pas de répercussions importantes venant de l'événement de crédit grec sur les marchés financiers", a indiqué lors d'une conférence téléphonique le directeur juridique de l'ISDA, David Geen.

L'ISDA a indiqué que ce qui avait motivé sa décision vendredi avait été l'utilisation par le gouvernement grec des "clauses d'action collective" permettant de forcer des créanciers réticents à la restructuration de la dette à participer contre leur gré. Les CDS ("credit default swaps") sont des contrats permettant à un créancier d'être remboursé par un tiers si le débiteur n'honore pas sa dette.

L'ISDA s'est donc félicitée  de la fiabilité juridique des CDS. "Le message que cela envoie est que les contrats sont des contrats et que nous suivons les termes des contrats", a expliqué David Geen.

La prochaine étape est une journée d'enchères, programmée le 19 mars, pour déterminer combien recevront les détenteurs de CDS. "Ce sera un chiffre moindre" que 3,16 milliards de dollars. "Nous ne savons pas exactement combien", a expliqué le directeur juridique de l'ISDA.

Selon Marc Touati, directeur de la recherche économique et financière d'Assya Compagnie financière, "il faut être clair : tout comme les précédents, le dernier accord de sauvetage de la Grèce (dont fait partie la restructuration, NDLR) ne constitue qu'une fuite en avant, histoire de gagner encore quelques mois. Et pour cause : derrière leur satisfecit et leurs sourires de façade, les dirigeants de l'Union économique et monétaire continuent d'oublier l'essentiel : la restauration de la croissance." L'avenir de la Grèce est tellement incertain que le FMI ne s'est pas encore formellement engagé à participer au nouveau plan d'aide. L'institution de Washington doit se réunir le 15 mars pour en décider.

Sources : AFP / Le Point / Le Monde

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