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le blog lintegral

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Affaire de financement et Mensonges....Entre Infos et Intox !

Publié par medisma sur 9 Avril 2012, 21:56pm

Catégories : #lintegral

 

Quand le Procureur de la République de Paris se met au service d’un président-candidat

 

Le choix d’une procédure secrète

 

Un communiqué de Mediapart, de Fabrice Arfi, Karl Laske et Edwy Plenel

 

Nous apprenons avec stupéfaction que Monsieur Nicolas Sarkozy aurait déposé plainte contre nous en saisissant le Procureur de la République de Paris d’une plainte visant des faits de faux et usage de faux, recel et diffusion de fausses nouvelles. Cette démarche exceptionnelle vise à contourner la procédure spéciale prévue par la loi sur la presse. On le comprend mieux ainsi. Une procédure du chef de diffamation aurait exigé un débat public devant le Tribunal correctionnel ainsi que la production des preuves et des témoins, ce que, manifestement, M. Nicolas Sarkozy ne veut pas.

Il a préféré, avec le concours du Procureur de la République, placé sous son autorité, faire le choix d’une procédure secrète, à l’abri, qui vise à intimider les journalistes dans l’exercice de leur mission constitutionnelle d’information du public.

Les citoyens apprécieront la rapidité avec laquelle le ministère public aura prêté son concours pour ouvrir une enquête préliminaire sur des faits intéressant ès qualités le candidat à l’élection présidentielle en 2007 alors qu’il s’obstine depuis des mois, malgré l'ampleur de nos révélations répétées, à refuser d’enquêter sur un possible financement illicite de la campagne présidentielle de M. Nicolas Sarkozy en 2007.

Il s’agit d’un processus rigoureusement identique à celui que nous avons connu dans l’affaire Bettencourt. Au passage, une telle procédure permet de contourner la loi protégeant le secret des sources des journalistes. Ces procédés portent la marque du régime.

Nous réaffirmons avoir effectué un travail sérieux, en toute indépendance et avoir respecté nos obligations déontologiques.

Aucune procédure, ni aucune manœuvre, ne nous empêchera de contribuer au débat public par la publication d’informations au cœur du fonctionnement de notre démocratie.

Ni la communauté professionnelle des journalistes ni l’ensemble des citoyens ne peuvent accepter pareille mise en cause de la presse et de ce qu’elle révèle.

 

commentaires

 

 

01/05/2012, 09:41 par Thierry PELTIER

Amis de Médiapart, nous sommes avec vous. L'attitude de Sarkozy à votre égard est celle du vieux fauve qui, voyant sa mort venir, s'attaque une dernière fois à ses congénaires... "Le 6 mai, on s'y met" dit le Front de Gauche. Si Sarko est renversé, c'est lui qui sera traîné dans les tribunaux pour tant et tant d'abus de pouvoir...

 

01/05/2012, 12:08 par Edwy Plenel

Cher tous, contrairement à ce qui est insinué ci-dessus par un lecteur, Mediapart ne craint aucun procès et serait ravi de défendre, au grand jour, devant la justice son enquête, de présenter ses preuves, de citer ses témoins. C'est ce que prévoit le droit de la presse, sa jurisprudence comme sa procédure: une confrontation publique, à la loyale, dans le respect du contradictoire.

Là, nous sommes totalement hors les clous – ou plutôt hors la loi. La procédure choisie ne respecte pas le droit de la presse: elle est secrète, policière, diligentée dans l'urgence par un parquet aux ordres du pouvoir exécutif sur la base de la plainte d'un particulier, Nicolas Sarkozy. De plus, dans la logique de ses probables investigations policières, elle est violatoire du secret des sources. Tous les spécialistes des affaires de presse que nous avons sollicités confirment que c'est une procédure sans précédent, qui n'est pas seulement attentatoire au droit de la presse mais aux libertés fondamentales.

Nous ne pouvons donc pas la cautionner. A l'inverse, nous sommes disponibles pour un procès public équitable où nous apporterons tous les éléments de notre enquête qui dure depuis dix mois sur le secret libyen de Nicolas Sarkozy.

 

01/05/2012, 09:36 par Flore Stuby

Vous n'avez décidemment rien compris : cette procédure est digne d'un régime voyou avec la Justice à sa botte . Plus que 5 jours...peut-être. Si  non, comme d'autres je serai dans la rue pour manifester.

Source : Mediapart

 

 

MEDIAPART ACCUSE FRANÇOIS FILLON D'AVOIR MENTI.

Bachir Saleh, bel et bien recherché par Interpol

Bachir Saleh est protégé par la France : François Fillon a menti

 

3562450.jpgCapture d'écran, en date du 29 avril 2012 du site d'Interpol, de portraits de Bachir Saleh, ancien proche de Kadhafi, recherché par l’organisme international

 

C'est sous un autre nom, Bashir Al-Shrkawi, que Bachir Salah apparaît sur le site internet d'Interpol, photos à l'appui, authentifiées par l'AFP comme étant celles de Bachir Saleh. Interpol explique que le nom de Bashir Al-Shrkawi a été fourni par la Libye qui le recherche. "Ce n'est pas Interpol qui choisit les noms des fugitifs", a déclaré une porte-parole, précisant que la notice rouge complète, qui est confidentielle, mentionne peut-être également un autre nom.

Le ministère des Affaires étrangères précise par ailleurs ce lundi que Saleh n'a plus de passeport nigérien selon le Niger.  François Fillon avait assuré plus tôt qu'il disposait d'un "passeport diplomatique du Niger" et "[qu']à ce titre", il était "protégé par l'immunité diplomatique". En mars, un haut responsable militaire nigérien, le colonel Djibou Tahirou, avait assuré que son pays avait délivré à Saleh un passeport "sur le conseil et la pression d'un pays européen" qu'il n'a pas nommé, puis l'avait annulé.

 

 

Pourtant, François Fillon avait affirmé auparavant n'avoir «aucune trace d'un mandat international» visant ce proche de Kadhafi, actuellement en France.

La Honte !

 

L’ex-dignitaire libyen proche du colonel Kadhafi Bachir Saleh, actuellement en France, fait bien l’objet d’un mandat d’arrêt signalé par Interpol à la demande de Tripoli, a indiqué lundi un de ses avocats, Me Marcel Ceccaldi.

Interrogé par RTL lundi matin, le Premier ministre, François Fillon, avait affirmé qu’il n’y avait «aucune trace d’un mandat international» visant Bachir Saleh, ajoutant : «J’imagine que le gouvernement français serait au courant.»

Interpol a bel et bien publié une notice rouge, [consultable sur Internet à l’adresse (http://www.interpol.int/Wanted-Persons/%28wanted_id%29/2012-292624)] , concernant un certain Bashir Al-Shrkawi, de nationalité libyenne, qui est recherché pour fraude par Tripoli.

Joint par téléphone par Libération, Me Ceccaldi a confirmé que M. Shrkawi était bien Bachir Saleh, et s’est insurgé contre la notice rouge diffusée sur son client par Interpol.

Ancien président d’un fonds d’investissement libyen en Afrique, Bachir Saleh a été accusé par Mediapart d’avoir été le destinataire d’une note portant sur un soutien libyen à la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

Les notices rouges sont l’un des moyens par lesquels Interpol informe ses pays membres qu’une demande d’arrestation et d’extradition a été délivrée par une autorité judiciaire à l’encontre d’une personne   [source: Libération]

A signaler en outre qu’il y a quelques semaines,  le canard enchainé avait révélé que Bachir Saleh était actuellement protégé par le pouvoir en place. Un permis de séjour au titre du regroupement familial a d'ailleurs été délivré par Claude Guéant à ce personnage qui, quand il était au pouvoir en Libye sous Kadhafi, était en charge d'un fonds souverain libyen de plus de 40 milliards de dollars.

Ségolène Royal, qui affronta le président sortant en 2007, veut savoir "si l'élection de 2007 s'est déroulée dans des conditions légales". Sinon, a-t-elle affirmé, "le Conseil constitutionnel aurait inversé les résultats. Vous imaginez les conséquences? Ca voudrait dire que pendant cinq ans, Nicolas Sarkozy a exercé son mandat de façon illégitime". 

 

 

 

 

Mediapart persiste et signe

Ce jour, Nicolas Sarkozy vient de  porter plainte contre Mediapart.

Une politique de fuite en avant ?

"Mediapart attend avec sérénité un éventuel procès", répond pour sa part Edwy Plénel, directeur de la rédaction du site d'information. "Il ne suffit pas de contester l'authenticité du document révélé par Mediapart pour mettre fin aux suspicions largement documentées depuis plusieurs mois de relations financières entre l'entourage de Nicolas Sarkozy et celui du dictateur Mouammar Kadhafi", ajoute-t-il. "Nous en ferons la démonstration si le procès annoncé a bien lieu".

"C'est à la justice d'être saisie", réagit enfin François Hollande, interrogé sur Europe 1 à propos de l'affaire. "Si c'est un faux eh bien le site sera condamné, si ce n'était pas un faux, à ce moment-là il y aurait des explications à fournir". Plus incisive, Ségolène Royal veut savoir "si l'élection de 2007 s'est déroulée dans des conditions légales". Sinon, "le Conseil constitutionnel aurait inversé les résultats. Vous imaginez les conséquences ? Ça  voudrait dire que pendant cinq ans, Nicolas Sarkozy a exercé son mandat de façon illégitime".

 

Fabrice Arfi persiste et signe

Dimanche, Moussa Koussa, ex-chef des services de renseignements extérieurs de la Libye qui vit en exil au Qatar, a qualifié de "faux" la note révélée par le site français d'information. "Toutes ces histoires sont falsifiées", a ainsi déclaré Moussa Koussa, interrogé par l'AFP sur la note publiée par Mediapart et portant sa signature.

"Il est clair que tout ce qui se dit est sans fondement. La question ne mérite pas que l'on s'y arrête", a encore commenté l'ex-responsable libyen, qui s'est refusé à fournir d'autres détails.

"Cette déclaration est un non-événement absolu", réagit de son côté Fabrice Arfi, co-auteur de l'article de Médiapart. "L'inverse aurait été un événement, si Moussa Koussa avait confirmé être l'auteur du document et complice d'une possible vaste entreprise de corruption internationale mélant deux Etats (...). Il n'apporte pas le début d'un élément concret permettant de douter de l'authentification du document".

 

Il faut voir qui est Moussa Koussa : l'un des plus proches collaborateurs de la dictature Kadhafi, sur lequel pèse de très lourds soupçons de crime et qui est aujourd'hui protégé par les deux pays qui ont mené la guerre en Libye, la France et le Qatar".

 

Dimanche, Ziad Takieddine, mis en examen dans le dossier Karachi, avait réaffirmé dans une interview à "Libération.fr" avoir "peu de doute" sur l'authenticité de la note citée par Mediapart concernant un soutien de la Libye à la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007.

 

 

 

Sarkozy-Kadhafi : nos infos, leur intox

« Diversion » (Nathalie Kosciusko-Morizet), « officine » (François Fillon), « infamie » (Nicolas Sarkozy) : le sarkozysme n’aime décidément pas l’indépendance des médias et le démontre encore une fois par ses réactions à nos nouvelles révélations sur ses secrets libyens. Comme en 2010 dans l’affaire Bettencourt, le pouvoir en place préfère insulter les journalistes dont les informations le dérangent plutôt que de répondre aux questions légitimes qu’elles posent. Mediapart ne retire rien de ses révélations, aussi légitimes que fiables. Mise au point en forme de rappel des principes démocratiques.

La liberté de l’information fait partie des droits fondamentaux. Ce n’est pas un privilège des journalistes, mais un droit des citoyens : le droit de savoir tout ce qui est d’intérêt public afin de pouvoir se forger son opinion en toute liberté. Depuis la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et son article 19, ce droit fondamental inclut celui « de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations par quelque moyen d’expression que ce soit ». De plus, il suppose le pluralisme des médias, principe dont la valeur constitutionnelle est reconnue, ainsi que l’indépendance des journalistes, garantie par leur statut professionnel.

Les gouvernants des pays démocratiques sont supposés respecter ces principes dont, dans l’idéal, ils devraient être les premiers gardiens et les fidèles serviteurs. S’ils les bafouent, ce ne sont pas les journalistes qu’ils humilient mais la démocratie elle-même qu’ils méprisent. Ce simple rappel suffit à souligner l’absence de culture démocratique dont témoignent les réactions du pouvoir exécutif à nos nouvelles informations sur les secrets libyens de cette présidence finissante. Car accepter la liberté de la presse, c’est répondre aux questions des journalistes, et non pas insulter, discréditer et calomnier les journaux qui les posent.

Est-il besoin de rappeler à MM. Fillon et Sarkozy que Mediapart n’est pas une « officine » mais un journal, reconnu par la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP) ? Qu’il est animé par des journalistes professionnels, bénéficiant de la carte d’identité attribuée par la profession (CCIJP) ? Que son activité, son bilan et son actionnariat sont publics, détaillés, une fois l’an, par la publication détaillée de ses comptes (par exemple ici) ? Que des journalistes en sont les principaux actionnaires, l’ayant financé sur leurs économies avec la seule aide de citoyens attachés à la liberté de la presse, et que son équipe de salariés en défend farouchement l’indépendance ? Que les abonnements de ses lecteurs sont sa seule recette et la garantie de sa liberté, Mediapart n’ayant aucun autre revenu, ni publicité ni subvention ?

S’il fallait une énième illustration de l’urgence d’une refondation démocratique de notre vie publique, elle est amplement fournie par ce nouvel épisode des relations tumultueuses de Mediapart, journal indépendant et participatif, avec une présidence de la République qui n’imagine le journalisme que dépendant et enrégimenté. Ce qu’elle ne supporte pas, ce ne sont pas seulement nos informations mais le fait de n’avoir aucune prise pour les entraver ou les étouffer, aucun relais complice, aucun moyen de pression. D’où ces campagnes délirantes, diffamatoires et calomnieuses, qui font semblant d’oublier ce que nous sommes alors même qu’ils sauront sans aucun doute s’en souvenir, demain, si d’aventure ils sont dans l’opposition : un journal libre, rigoureux et professionnel, totalement indépendant des pouvoirs, quels qu’ils soient, au service du seul public et de son légitime droit de savoir.

  Le puzzle des documents Takieddine

Mediapart a mis en ligne et en accès libre depuis plusieurs semaines dix questions à Nicolas Sarkozy. Dix questions que nous avons évidemment transmises à son directeur de la communication, Franck Louvrier, et à ce jour toujours sans réponses. Dix questions que nous lui aurions posées en direct s’il avait accepté notre invitation à venir débattre en direct de son bilan avec notre rédaction, tout comme nous avons posé des « questions qui fâchent » à nos autres invités (Bayrou, Joly, Mélenchon et Hollande, c'est à voir ou revoir ici). Dix questions qui illustrent le travail d’enquête de Mediapart : des faits précis, recoupés et sourcés, sur lesquels nous voulions interpeller le président de la République sortant.

Parmi ces dix questions, plusieurs concernent les investigations au long cours qui, de l’affaire Karachi aux documents Takieddine, nous ont conduits aux lourds secrets libyens de cette présidence. La dernière et dixième en résume l’enjeu de façon extrêmement simple et claire : « Selon des documents et témoignages réunis par Mediapart, des sommes importantes – jusqu’à 50 millions d’euros – auraient été versées en 2007 à votre entourage par le régime de Mouammar Kadhafi, ce que l’ancien dirigeant de la Libye, son fils Saïf Al-Islam et Abdallah Senoussi, l’ancien chef des services secrets libyens, avaient affirmé publiquement. Seriez-vous favorable à l’ouverture d’enquêtes judiciaires sur ces soupçons ? »

Issu du cœur du régime déchu du colonel Kadhafi, de ses services de renseignement et du premier cercle du dictateur, le document libyen que nous avons récemment révélé est une pièce capitale dans un vaste puzzle que, pour Mediapart, Fabrice Arfi et Karl Laske se sont efforcés de reconstituer depuis l’été 2011. Les journalistes ont appris des historiens qu’un document ne vaut jamais seul : il n’est intelligible, vérifiable et exploitable, qu’à condition d’en connaître le contexte, les témoins et les acteurs. Or c’est ce que nous avons fait avec entêtement, prudence et méticulosité depuis dix mois, depuis ce jour de juillet 2011 où nous avons découvert et analysé plusieurs milliers d’autres documents, issus des archives personnelles de Ziad Takieddine.

Intermédiaire de l’ombre, inconnu du public jusqu’à la révélation de son rôle constant dans les circuits financiers du sarkozysme depuis 1994-1995 et la campagne d’Edouard Balladur, ce Franco-Libanais est aujourd’hui au centre des investigations judiciaires des juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire. La masse de documents révélés par Mediapart durant l’été 2011 est désormais entre leurs mains et leur exploitation par les enquêteurs, notamment sur les circuits financiers occultes utilisés à l’étranger, a conduit à l’ouverture d’un supplétif par le parquet de Paris, autorisant les deux juges d’instruction à enquêter sur des faits de blanchiment d’argent sur une longue période et jusqu’à nos jours.

Outre l’homme-clé qu’est l’intermédiaire Ziad Takieddine, plusieurs proches, voire intimes, de Nicolas Sarkozy ont été mis en examen dans cette instruction depuis nos révélations : Nicolas Bazire, Thierry Gaubert et Renaud Donnedieu de Vabres. Des comptes off shore, des sociétés écrans, des investissements occultes, des fortunes dissimulées au fisc, des versements et sorties en argent liquide, etc., ont été mis au jour. Et c’est dans ce paysage déjà bien fourni que le volet libyen trouve sa place naturelle. Car les documents Takieddine font explicitement état de négociations secrètes avec la dictature libyenne dont des financements secrets étaient l’enjeu, dès les premiers contacts noués entre 2003 et 2005.

Et jusqu’à leur découverte personne ne savait que, dès le début des années 2000, M. Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, et ses plus proches collaborateurs, MM. Guéant et Hortefeux, s’étaient approchés, de façon systématique et empressée, de l’entourage de Mouammar Kadhafi. Une relation intéressée dont le dévoilement éclairait d’un tout autre jour la réception fastueuse du dictateur libyen à Paris fin 2007, reconnaissance internationale inespérée pour Kadhafi, ainsi que le soudain zèle guerrier du chef de l’Etat français, en 2011, quand le surgissement des révolutions démocratiques arabes ouvrait la voie à des révélations aussi compromettantes qu’incontrôlées.

  Un faisceau concordant de soupçons

Préparatoire à la première visite officielle de Nicolas Sarkozy à Tripoli, l’une des notes de Ziad Takieddine à Claude Guéant, datée du 6 septembre 2005, précise que certains pourparlers franco-libyens devraient « revêtir un caractère secret ». Car ce secret, ajoutait-elle, apportait cet « autre avantage : plus d’aise pour évoquer l’autre sujet important, de la manière la plus directe… ». D’autres notes révélées par Mediapart permettent de comprendre la nature de ce « sujet important », qualifié, guillemets d’euphémisme compris, ici de « sujet “sensible” », là de « volet “commercial” », ou là encore d’ « “assurance” de résultat » : l’argent.

Dès 2003, M. Takieddine évoque ainsi un montage financier en énumérant « les décisions suivantes du patron », c’est-à-dire celles qu’il recommande à Nicolas Sarkozy qu’il appelle « le patron » ou« P » et dont il se présente comme l’exécutant. Parmi ces décisions, la création d’une « nouvelle structure complètement dépendante de son ministère » qui, ajoute-t-il, « sera capable de couvrir le sujet “sensible” par le biais de ses honoraires ». Ce sujet sensible, qui n’est autre que le versement de commissions, est évoqué dans d’autres notes destinées à l’entourage direct de Nicolas Sarkozy, en l’occurrence Brice Hortefeux et Claude Guéant, et dont l’enjeu est déjà libyen.

Tel est le faisceau concordant de soupçons sur un financement totalement illicite, par un Etat étranger, qui plus est une dictature, de l’aventure politique de Nicolas Sarkozy dans lequel se sont inscrites nos investigations. Intermédiaires, témoins, protagonistes, etc. : depuis des mois, nous les cherchons, les rencontrons, les questionnons, que ce soit sur le versant français ou du côté libyen. Avec des moyens qui ne sont évidemment pas ceux des Etats, de leur justice ou de leur police, nous avons cherché à savoir quelle était la réalité financière de cette lune de miel entre Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi.

C’est ainsi que nous avons d’abord appris que, fin 2006, deux acteurs français de cette histoire avaient eu vent, voire été témoins, d’un accord entre les premiers cercles de collaborateurs de Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi sur un financement en vue de la campagne présidentielle de 2007. L’un est un ancien cadre de l’UMP versé dans la sécurité privée, l’autre un chirurgien ami de l’actuel secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, qui avait recommandé ses services à Ziad Takieddine dont il était très proche. Titrées sur Mediapart « Kadhafi aurait financé Sarkozy », ces premières révélations n’ont donné lieu à aucune réponse sérieuse, à part un « grotesque » présidentiel sur TF1 en direct, ni démenti crédible ou poursuite en diffamation.

Et c’est en poursuivant nos recherches que nous avons fini par obtenir un document issu des services secrets de la dictature libyenne qui confirme cet accord financier pour « un montant d’une valeur de 50 millions d’euros ». L’apparence du document, le style de sa rédaction, son formalisme bureaucratique, sa précision chronologique : outre la crédibilité des sources libyennes qui le détenaient, tout concourt à attester de son authenticité. Mais, surtout, la révélation de ce document par Mediapart s’est accompagnée d’un témoignage aussi inédit qu’inattendu : celui de Ziad Takieddine.

  Proche de Kadhafi, protégé de Sarkozy

Ziad Takieddine n’est aucunement un ami de Mediapart, dont il n’a guère goûté les révélations qui ont contribué à le mettre dans l’embarras devant la justice française et devant l’administration fiscale, puisque nous avons aussi révélé qu’il ne payait pas d’impôts malgré son immense fortune. Il n’avait pas mâché ses mots quand, refusant de répondre à nos questions en août 2011, il nous avait lancé : « Je suis un homme propre et vous êtes sale. Vous êtes une des saletés les plus performantes dans la saleté ». Enfin, nous avons été amenés à porter plainte contre des menaces de mort visant Fabrice Arfi, proférées par un personnage évoluant dans les milieux du renseignement et dans les cercles du pouvoir sarkozyste, Pierre Sellier, à qui il est arrivé de travailler pour Ziad Takieddine (lire ici notre article).

Or, malgré ce contexte conflictuel, il n’a pas récusé le document libyen qu’il a découvert quand nous le lui avons montré, dans l’après-midi du vendredi 27 avril au cabinet parisien de ses avocats. Bien que ce document le mentionne, et donc le compromet en cas d’investigations judiciaires, il en a confirmé l’authenticité et a attesté de la crédibilité de son contenu, tout en prenant la précaution d’affirmer qu’il n’était pas présent à la réunion évoquée où aurait été validé l’accord de financement franco-libyen. Mieux, outre ses propres déclarations, l’une de ses avocates, Me Samia Maktouf, nous a fait formellement savoir, par courriel, que son client « pense que ce document est crédible, vu la date et les personnes qui apparaissent dans ce document outre lui-même ».

Depuis la publication de notre article, l’avocat d’un autre protagoniste de cette affaire d’Etat s’est exprimé, Me Pierre Haïk, dont on a ainsi appris à la fois qu’il assurait la défense de Bachir Saleh et que son client résidait bien en France, comme l’avait affirmé Le Canard enchaîné. Car Bachir Saleh, destinataire du document libyen en tant que responsable du fonds d’investissement souverain du régime kadhafiste et surtout l’un des plus proches collaborateurs du dictateur, dont il dirigeait le cabinet, est très recherché, notamment par Interpol selon l’hebdomadaire satirique. Or il n’en bénéficierait pas moins d’un titre de séjour, ainsi que sa famille, et d’une protection policière, accordés par le ministre de l’intérieur, Claude Guéant, peu connu d’ordinaire pour sa mansuétude à l’égard des délinquants étrangers…

Bref, homme clé du régime de Kadhafi, M. Saleh est aujourd’hui protégé par le pouvoir de Sarkozy. Nous nous attendions donc à son démenti. Diffusée par son avocat et quelque peu tardive, puisque nous l’avions évidemment sollicitée avant la publication de notre enquête, sa réaction ne va pas jusqu’à affirmer que notre document serait un faux. Bachir Saleh s’en tient à un démenti du contenu, associé à des réserves : « Bachir Saleh émet au préalable les plus expresses réserves sur l’authenticité de la note publiée par Mediapart et opportunément présentée comme constituant la preuve d’un financement de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy. En toute hypothèse, il affirme n’avoir jamais été le destinataire d’un tel document et dément catégoriquement avoir participé à une réunion le 6 octobre 2006 au cours de laquelle un accord aurait été conclu en vue de déterminer les modalités d’un soutien financier à la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy. Ces allégations, à visée politicienne, sont dénuées de tout fondement. »

Les journalistes ne sont pas des juges, mais des « chiens de garde » de la démocratie, ainsi que les définit la Cour européenne des droits de l’homme : ils signalent, alertent, lancent des alarmes, mettent sur la table des faits dont la démocratie, ses institutions et ses responsables peuvent se saisir. Notre enquête réunit des indices graves et concordants d’un financement libyen de Nicolas Sarkozy, sous le règne du colonel Kadhafi : des documents, des témoignages, des dates, des voyages, des rencontres, etc. Dans une démocratie normale, il reviendrait automatiquement et rapidement à des juges indépendants de faire la lumière sur ces faits, avec des moyens que nous n’avons pas, ni techniquement ni légalement. Le lourd soupçon d’un financement par un Etat étranger d’un chef d’Etat, pour des montants incommensurables correspondant aux dépenses autorisées pour deux campagnes présidentielles, ne peut être balayé par de simples démentis. Encore moins par des calomnies.

  « C'est celui qui dit qui y est »

Déjà, à l’été 2010, une campagne d’une extrême violence avait été lancée depuis l’Elysée contre Mediapart, orchestrée par Claude Guéant alors secrétaire général de la présidence : tandis que tout était fait, avec l’aide d’un procureur aux ordres, celui de Nanterre, pour étouffer judiciairement nos révélations sur l’affaire Bettencourt, l’entourage présidentiel dénonçait dans les médias nos supposées « méthodes fascistes ». Alors secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, devenu depuis ministre du travail, menait l’assaut, ce qui lui a valu une plainte en diffamation de Mediapart (lire ici et là). Selon les habituelles lenteurs de notre justice, le procès n’aura lieu que début 2013. Entre-temps, les juges bordelais qui, finalement, instruisent l’affaire Bettencourt ont largement établi la pertinence de nos informations.

« Officine » avait déjà été l’un des éléments de vocabulaire repris en boucle par les aveugles soutiens de la présidence. Cette fois, c’est le premier ministre François Fillon, que l’on a connu plus mesuré, qui s’y colle. Non sans imprudence. Bien qu’Eva Joly ait un jour aimablement qualifié Mediapart de « médicament pour la démocratie », il est peu probable que le mot soit ici employé au sens de « laboratoire d'une pharmacie où l'on préparait les médicaments ». Sans doute s’agit-il plutôt de son deuxième sens :« endroit où se prépare quelque chose secrètement, où l’on trame quelque chose ». Or s’il y eut bien des manœuvres secrètes, surveillances et intrusions, téléphoniques notamment, il faut plutôt les chercher du côté du pouvoir et de sa direction centrale du renseignement intérieur, confondue depuis 2010 pour son espionnage des journalistes et de leurs sources (lire nos articles sur l'espionnage qui a visé Mediapart ici et ).

L’autre argument de circonstance, repris par la porte-parole du candidat Sarkozy, Nathalie Kosciusko-Morizet, puis par le candidat lui-même, est de nous accuser d’avoir organisé une diversion pour le compte d’un Parti socialiste qu’aurait embarrassé la brusque incursion de Dominique Strauss-Kahn dans la campagne. L’argument est d’autant moins fondé que Mediapart n’a jamais épousé l’emballement de la plupart des médias sur DSK, son bilan au FMI ou sa candidature éventuelle. De fait, nous fûmes parmi les rares à alerter très tôt sur les risques pris, pour la France et son image, par… Nicolas Sarkozy en soutenant sa nomination à la tête de l’institution financière mondiale (lire ici l'article prémonitoire de Philippe Riès). Quant au socialiste Julien Dray, qui a contribué à une lamentable mise en scène de ce retour strauss-kahnien, il est bien placé pour savoir que Mediapart ne rechigne pas à enquêter sur des faits qui embarrassent des personnalités socialistes (lire nos articles sur la polémique qui nous a opposés ici et ).

Mediapart, nos lecteurs les plus fidèles le savent bien, n’a pas de calendrier électoral. Son agenda est uniquement journalistique : révéler tout ce qui est d’intérêt public. Nous enquêtons de longue date, nous cherchons de nouveaux faits et nous les publions quand ils sont prêts à l’être, selon les règles professionnelles de notre métier – sourcer, recouper, vérifier, contextualiser, expliquer, etc. En revanche, si diversion il y eut ces derniers jours, elle est à chercher du côté de ceux qui ont relayé le faux événement Strauss-Kahn, transformant un entretien britannique en embarras politique pour François Hollande, pourtant le seul candidat socialiste, avec Arnaud Montebourg, totalement déterminé à combattre l’éventuelle candidature de DSK à la primaire socialiste. Auraient-ils oublié que Nicolas Sarkozy s’était vanté d’avoir propulsé Strauss-Kahn à Washington au point de s’autoproclamer DRH du Parti socialiste ?

Reste le troisième mot de cette contre-attaque, langagière plutôt qu’informative, tant les faits sur lesquels reposent nos enquêtes sont superbement ignorés par le pouvoir présidentiel qu’ils ébranlent : infamie, donc. Infamie, c’est le mot employé par Nicolas Sarkozy dans un entretien télévisé, et ce n’est pas rien, si l’on en croit les dictionnaires : « flétrissure imprimée à l’honneur, à la réputation, soit par la loi, soit par l’opinion publique ; caractère déshonorant, honteux, vil, d’une chose, d’un acte ; action déshonorante, honteuse. » Mais l’infamie ne serait-ce pas plutôt d’avoir pactisé avec un dictateur, d’avoir entretenu des relations affairistes avec son entourage, d’avoir accepté des financements occultes d’un Etat étranger, d’avoir organisé une diplomatie parallèle dont l’argent était la finalité, d’avoir mené une guerre dont on ne peut plus exclure qu’elle ait eu une dimension préventive de protection d’intérêts privés, etc. ?

Et l’infamie, ne serait-ce pas d’avoir mené ces compromissions et ces corruptions en secret du peuple français alors même qu’on lui désignait l’étranger en bouc émissaire, et surtout l’étranger musulman, arabe, berbère ou maghrébin ? C’est-à-dire l’étranger qui, parmi nous, témoigne de ces peuples que les dictateurs avec lesquels ce pouvoir frayait opprimaient et dépouillaient, les privant de leur liberté et de leur richesse ? Telle est sans doute l’imposture la plus criante que met à nu notre enquête : celle d’un pouvoir compromis avec des dictatures arabes et musulmanes, alors même qu’il faisait de l’islamophobie et de la xénophobie son fonds de commerce au détriment de nos compatriotes de culture ou de foi musulmane.

« C’est celui qui dit qui y est », ont coutume de dire les enfants dans leurs jeux plus vrais que les simagrées adultes. Ce qui revient à rappeler que l’injure insulte d’abord son auteur. Diversion, officine, infamie : nous retournons volontiers à ceux qui, au mépris de la liberté de la presse, nous les ont adressés ces trois mots, et l'indignité qui les accompagne.

Edwy Plenel


 
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