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Tunisie : Ben Ali, c'est fini !

Publié par medisma sur 14 Janvier 2011, 21:36pm

Catégories : #lintegral

Le président Ben Ali a pris la fuite. Il se serait envolé dans l'avion présidentiel tunisien. Récit des événements de la journée du 14 janvier 2011 par Martine Gozlan,  l’ envoyée spéciale de Marianne.
  ben-ali.jpg


Tout s’est déroulé à une  vitesse hallucinante. Ils étaient des milliers à le crier ce matin, avenue Habib Bourguiba, devant le ministère de l’Intérieur, applaudis même par les  fonctionnaires sortis sur le balcon : «  Ben Ali, dégage ! ». Ce soir, à 18 heures 45, l’incroyable est  devenu  réalité. Zine el Abidine Ben Ali, qui régnait depuis 23 ans sur la Tunisie, a fui le pays. C’est le premier ministre Mohamed Ghannouchi  qui a annoncé l’événement à la télévision au terme d’une nouvelle journée de sang. Il assure la transition avec l’appui de l’armée.  L’état d’urgence est instauré, le couvre-feu est entré en vigueur à 18 heures, l’armée a pris le contrôle de l’aéroport et l’espace aérien tunisien est fermé. « Cette  journée historique s’écrit  avec le sang des Tunisiens ! » martelait une manifestante de 50 ans, ce matin, dans la foule. Galvanisés par la brève certitude qu’on ne leur tirerait pas dessus, des milliers d’hommes et de femmes  étaient descendus dans la rue. 

 

Avenue Bourguiba, ce fut d’abord une atmosphère de liesse. «  Nous sommes un peuple vivant dont le cœur bat devant le monde entier ! » criait Tahar Aouidat, un plasticien venu se joindre au cortège des  artistes. Toutes les générations étaient là, la détestation du pouvoir se hurlait  sur tous les tons. Quelques heures plus tard, c’était le retour du drame qui, en réalité, n’avait jamais cessé puisque les affrontements de la veille et de la nuit avaient fait 23 morts dans tout le pays. Les forces anti-émeutes, très discrètes en tout début de matinée, réapparaissent et se positionnent sur la principale artère de la capitale vers 15 heures. Un nouveau cortège apparaît : il suit un camion dans lequel git le corps du jeune homme de 23 ans tué, hier 13 janvier, dans le quartier Lafayette. La police aurait refusé de laisser passer le cortège funèbre vers le cimetière. Les affrontements commencent, très violents. Au même moment, on apprend le saccage de villas appartenant à la famille Trabelsi au cœur de la riche banlieue de la Marsa. «  Une femme est venue crier ce matin tôt qu’ils seraient punis au nom de Dieu, des jeunes ont afflué, et très vite, le pillage a commencé ,  ils ont tout emporté, les cadres en fer forgé, les rideaux, les radiateurs, on se serait cru à Bagdad ! » raconte un témoin.  

Ailleurs, dans Tunis, à Menzah, nouveaux pillages.  Les tirs de lacrymogènes rendent très vite l’atmosphère irrespirable avenue Bourguiba. Malgré les tirs, les manifestants ne renoncent pas. Certains veulent s’en prendre à un car de police au coin de l’avenue de Paris. Des jeunes s’interposent en hurlant leur pacifisme. Mais des pierres sont jetées des terrasses. Charges. De la terrasse de l’hôtel International, on voit la manifestation revenir, se jeter, comme offerte ,  désarmée, face aux flics. Mais il y a les pacifistes et il y a les autres. La situation dans la capitale semble de seconde en seconde plus incontrôlable. On apprend que certains membres de la famille Trabelsi auraient tenté de fuir sur leur yacht, depuis Sidi Bou Saïd : ils ont été ramenés au port par la Garde nationale !

A  partir de 16 heures, la police matraque à tour de bras, un journaliste français est frappé à la tête par une grenade lacrymogène. L’avenue Bourguiba ressemble à un no man’s land. Première info officielle, qui ne tiendra que dix minutes :  Ben Ali limoge son gouvernement et promet des élections dans six mois. Mais l’histoire tourne au rythme fou des folies d’un régime qui n’a jamais compris à quel moment il fallait d’urgence lâcher du lest. Les blindés se déploient , le pays est en train de sombrer dans le chaos. Couvre-feu. L’armée a ordre de tirer sur tous ceux qui tentent de le rompre. Rassemblement de plus de trois personnes interdit. Toute la journée, les manifestants ont crié à la fois leur fierté, leur rage, mais aussi leur peur que personne ne puisse canaliser le mouvement. A l’opposition, désormais, de faire la preuve de sa vitalité face au peuple et à l’armée.

La nuit tombe. On traverse l’avenue en courant de peur des snipers. La nouvelle tombe, cette fois certaine : Ben Ali, c’est fini. 

Tunis a vécu aujourd’hui la révolution la plus rapide du monde arabe. Personne n’en connaît les lendemains. 

Vendredi 14 Janvier 2011

Martine Gozlan - Envoyée spéciale de Marianne

Source : http://www.marianne2.fr

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