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Robespierre ou l’âme de la Révolution

Publié par medisma sur 31 Juillet 2013, 13:37pm

Robespierre ou l’âme de la Révolution

 

 

Robespierre occupe dans l’histoire de la Révolution française une place dominante. Cette place, il la doit sans doute aux circonstances qui lui ont permis de parcourir tout le champ de l’agitation révolutionnaire, depuis l’ouverture des Etats-Généraux jusqu’ 9 thermidor : il la doit aussi à cette éloquence mesurée et profonde qui faisait fondre en larmes les Jacobins ; il la doit encore à son incorruptibilité et à sa vertu ; mais, par-dessus tout peut-être, il la doit à l’unité de sa vie morale.

Cette révolution, il ne la conçoit pas seulement comme un mouvement populaire sans but et sans méthode, mais comme une transformation de l’ordre politique et de l’ordre social ; il l’exprime ainsi : « Il est temps de reconnaître que la même autorité divine qui ordonne aux rois d’être justes défend aux peuples d’être esclaves...Ce serait en vain que l’ignorance ou l’adulation oserait encore appeler séditieux ce langage de la Justice et de la vérité. Non, la justice et la vérité ne sont point séditieusesn et il n’est pas possible de les traiter en crminelles... . »

Ses derniers discours à la convention sont en germe dans ses premières interventions à la tribune de l’Assemblée constituante. Ses idées n’ont point varié, précisément  parce qu’elles sont le fruit d’une doctrine préconçue, et qu’elles ne sont point à la merci des circonstances politiques ou des calculs parlementaires.

L’établissement d’un nouveau régime est le seul but qu’il convient d’atteidre, la seule chose qui importe. Tout ce qui n’est point cela, et cela seulement, s’évanouit à ses yeux. Les oscillations de la lutte politique, les secousses révolutionnaires, ne méritent qu’on les considère que dans la mesure où elles servent cet idéal définitif. Les formes même du gouvernement n’ont point d’importance. La question est plus élevée ; elle touche au sort même de l’être humain. République ? Monarchie ? Ce sont des mots inertes, qui n’ont point de signification par eux-mêmes. La dénomination du régime est une chose sans portée. Le peuple sera-t-il libre ? Tout est Là.

« De là ce principe important, que toutes les formes de sociétés, que toutes les espèces de gouvernements, sous quelque nom qu’on les désigne, sont bonnes, lesquelles peuvent conduire à ce but, et qu’elles sont essentiellement vicieuses et nulles, toutes les fois qu’elles le contrarient... . » Et plus tard, en 1792, il dire de même : « Est-ce dans les mots de république ou de monarchie que réside la solution du grand problème social ? Sont-ce les définitions inventées par les diplomates pour classer les diverses formes de gouvernement qui font le bonheur ou le malheur des nations, ou la combinaison des lois et des institutions qui en constituent la véritable nature ? Toutes les constitutions politiques sont faites pour le peuple ; toutes celles où il est compté pour rien ne sont que des attentats contre l’humanité... . » C’est sous cet aspect absolu qu’il considère la révolution. Tout ce qui accroît les droits du peuple et la liberté individuelle est un progrès, tout ce qui les restreint est un recul. Quant au régime politique, son nom importe peu ; c’est une façade indifférente. 

Parce que seul Robespierre s’était fait une conception précise de la Révolution, de ses moyens, de son but et du nouvel état social qu’elle devait fonder, il entraînait avec lui, le 9 thermidor, la République toute entière. «  Nous avons tué la République au 9 thermidor, disait plus tard Cambon, en croyant ne tuer que Robespierre.  »

Ce qui disparaissait avec Robespierre, ce n’était ni un homme, ni un parti, c’était l’âme même de la Révolution. « Il s’opéra, dés le lendemain du 9 thermidor, dit Louis Blanc, une métamorphose qui ne se vit jamais, ni à aucune époque, ni chez aucun peuple. Il y eut comme une autre France, ayant un autre cœur, un autre esprit, et parlant une autre langue. Devenue carthaginoise, de romaine qu’elle était, la politique ne fut plus qu’un commerce de mensonges. L’ère des vils compromis s’était ouverte. »

Avec la mort de Robespierre, tout l’édifice révolutionnaire s’effondre, tant l’existence de cet homme était nécessaire à l’existence même de la République.

 

Robespierre : Biographie succincte (Morin)

Né à Arras en1758, décédé à Paris le 28 juillet 1794

 

Né à Arras dans un milieu bourgeois et tôt orphelin de son père avocat, Maximilien François Marie Isidore de Robespierre obtient une bourse pour suivre des études au collège Louis-le-Grand de Paris (1770). Réduit à la pauvreté après ses études secondaires, il entre à la faculté de droit tout en travaillant au cabinet du procureur Brissot (un des ses futurs adversaires girondins). Dès cette époque, il s’enthousiasme pour les idées de Montesquieu et de Rousseau — lequel a une influence considérable sur la formation de sa pensée politique et qu’il rencontre à Ermenonville.

De retour à Arras, Robespierre devient avocat au conseil d’Artois et juge auprès du tribunal épiscopal (1781). En 1783, il se fait connaître à l’occasion d’une fameuse plaidoirie en faveur des paratonnerres et contre la science persécutée. Il défend également les pauvres, se faisant détester par certains édiles du Nord qui voient en lui un « libelle infâme ». Mais il se trouve toujours aussi démuni ; on dit d’ailleurs qu’il doit emprunter à des amis pour rejoindre Paris, après s’être fait élire député du tiers état pour les états généraux de mai 1789.

Ses débuts n'attirèrent, dit-on, que l'attention de Mirabeau, qui aurait porté sur lui ce jugement :

 « Il ira loin, il croit tout ce qu'il dit ».

Son activité oratoire et son influence allèrent sans cesse en progressant.

« Les pauvres qui, dit-il, ne payent pas certaines contributions sont-ils des esclaves? Sont-ils sans intérêt dans la chose publique? Tous ont contribué à l'élection des membres de l'Assemblée : ils vous ont donné des droits à exercer pour eux; vous en ont-ils donné contre eux? Sont-ils citoyens, oui ou non? » (27 avril 1791).

Desmoulins le surnomma « notre Aristide », et Marat, qui ne voyait que traîtres et vendus, le proclama « l'Incorruptible ». L'austérité de sa vie égalait d'ailleurs celle de ses principes, et ses détracteurs, sur ce point, ont été réduits à faire honneur de ses vertus privées à la pauvreté de son sang et à la faiblesse de sa santé.

A ses yeux, la « tactique » parlementaire n'est que la pire forme de l'intrigue. Son meilleur argument est : qu'il appartient aux auteurs de la Constitution de propager partout en France : 

« l'esprit public, l'amour de la paix, de l'ordre, des lois, de la liberté ».

Le 30 mai, Robespierre se prononça pour l'abolition de la peine de mort.

Le 15 juin 1791, il fut nommé accusateur public près le tribunal criminel de Paris. Après la fuite de Varennes, il demanda des couronnes civiques pour les citoyens qui avaient arrêté le roi, opina pour que Louis XVI fut interrogé dans les mêmes formes que les simples citoyens (25 juin). Sans se prononcer, même aux Jacobins : pour la République, il n'admet pas qu'un roi coupable soit inviolable (14 juillet). 

On connaît son apostrophe du 1er septembre à Duport :

 « Je ne présume pas qu'il existe dans cette Assemblée un homme assez lâche pour transiger avec la Cour, etc. »

Le jour de la clôture de l'Assemblée, Robespierre fut porté en triomphe par le peuple.

Robespierre ne tarda pas à soutenir, au club, qu'il fallait d'abord en finir avec les ennemis intérieurs avant de partir pour la frontière.

En avril 1792, Robespierre se démit de ses fonctions d'accusateur public, qu'il avait d'ailleurs fort négligées. Ses discours, bien plus que ses actes et son exemple, poussent de plus en plus les masses dans la voie des insurrections. Au dix-août, il est membre de la commune insurrectionnelle où dominent surtout Danton et les Cordeliers. Il refusa la présidence du tribunal extraordinaire du 17 août, dont la création n'empêcha pas les massacres de Septembre. Le 5 septembre, il fut élu député du département de Paris à la Convention nationale, le 1er sur 24.

« La minorité, s'écrie-t-il, a partout un droit éternel, celui de proclamer la vérité ou ce qu'elle regarde comme tel. La vertu fut toujours en minorité sur la terre. »

Les applaudissements des tribunes furent si éclatants et si prolongés, que le président, pour y mettre un terme, dut se couvrir. Dans sa réponse, Vergniaud renouvela contre le tribun populaire l'accusation de dictature. La « Montagne » l'emporta, et aux divers votes qui eurent lieu, Robespierre se prononça constamment pour la décision la plus rigoureuse et la plus rapide.

C'est en vainqueur que Robespierre entra dans le comité de Salut public renouvelé (27 juillet) : il ne s'y occupa spécialement ni d'administration, ni de finances, ni d'approvisionnements, ni d'armée : il se réserva une haute et vague direction politique qu'il exerça pendant un an; de concert avec ses deux intimes, Couthon et Saint-Just : c'est ce qu'on nomma plus tard le « triumvirat ».

L’impartialité affectée dans le système de la Terreur est bien le fait de Robespierre, qui en avait posé le principe. Mais Il s'obstina dans son rôle de professeur de morale et de religion, et d'inquisiteur national.

Le 8 juin 1794, Robespierre lut à la séance du comité de Salut public  un discours ou, d'une part, il faisait appel à la conciliation, à la modération, et, d'autre part, justifiait l'action du tribunal révolutionnaire, non sans prononcer de terribles menaces. Il ne convainquit et ne rassura personne, car sa conclusion était :

« Punir les traîtres, renouveler les bureaux du comité de Sûreté générale, épurer ce comité, le subordonner au comité de Salut public, épurer le comité de Salut public lui-même, constituer l'unité du gouvernement sous l'autorité suprême de la Convention nationale, qui est le centre et le juge, et écraser ainsi toutes les factions du poids de l'autorité nationale, pour élever sur leurs ruines l'empire de la justice et de la liberté ».

L'Assemblée renvoya le discours à l'examen des comités, c.-à-d. aux membres

qui l'accusaient de tyran et de dictateur. Le soir, il se rendit aux jacobins, y réédita son discours, puis aurait ajouté ces mots :

« Ce que vous venez d'entendre est mon testament de mort. Je l'ai vu aujourd'hui : la ligue des méchants est tellement forte que je ne puis espérer lui échapper. Je vous laisse ma mémoire : vous la défendrez ».

Le débat devait se rouvrir le lendemain par la lecture d'un rapport modéré de Saint-Just qui se bornait à demander, le désaveu des manoeuvres de Collot et de Billaud sous forme d'un décret exigeant que tout acte du comité fut revêtu de six signatures. Pendant la nuit, les coalisés resserrèrent leur alliance avec la Plaine, et il fut convenu qu'on empêcherait Saint-Just de lire son rapport, et Robespierre de prendre ou de garder la parole. Le programme fut suivi de point en point. Les cris, les injures et la sonnette du président Thuriot couvrirent la voix de Robespierre, qui ne put se défendre que par des exclamations entrecoupées : 

« Président d'assassins! La République, elle est perdue, les brigands triomphent ! » 

Au mot : « Le sang de Danton t'étouffe », il répartit avec justesse et sang-froid :

 « C'est vous qui l'avez lâchement abandonné!»

L'Assemblée décréta l'arrestation, mais les « triumvirs » avaient quitté la séance. Pendant qu'Hanriot et les forces de la Commune attendaient vainement leur chef, Robespierre se présentait à la prison du Luxembourg, où l'on se refusait à l'incarcérer. Il se fit alors conduire à la police, quai des Orfèvres. Coffinhal  l'en enleva presque de vive force pour le conduire à l'Hôtel de Ville où siégeaient ses partisans. Tous furent mis hors la loi. La plupart des sections, même dans les quartiers populaires du centre, étaient indifférentes ou pour l'Assemblée. C'est seulement lorsque approchèrent les forces armées, que Robespierre consentit à mettre son nom au bas d'un appel aux armes, adressé à la section des Piques. Il n'eut que le temps d'en tracer les deux premières lettres : un coup de pistolet tiré par le gendarme Merda, lui fracassa la mâchoire : iI fut horriblement blessé. On le pansa pour le traîner au comité de Salut public, où les « thermidoriens » vinrent à l'envi bafouer « Sa Majesté ». Il fut guillotiné le lendemain, sans jugement, place de la Révolution.

Les souvenirs de la veuve du conventionnel Lebas ont permis à son principal historien, Ernest Hamel, de caractériser l'homme privé, qui ne ressemble en rien au monstre de la légende. Dès 1848, Louis Blanc avait fait de l'homme public le héros et le martyr de la Révolution, le précurseur du socialisme. Les fureurs et les calomnies des thermidoriens qui firent une fête publique de l'anniversaire des 9 et 10 thermidor, le réveil subit de l'opinion royaliste et les excès sanglants et hypocrites qui furent présentés par leurs auteurs comme de justes représailles, ne suffisent pas à innocenter la mémoire de Robespierre. Mais il ne faut ni l'abstraire de son milieu, ni oublier la honteuse période qui suivit immédiatement sa mort. Le jugement de Napoléon, que l'on a surnommé «-Robespierre à cheval », mérite d'être cité : 

« Robespierre, dit le Mémorial, était incorruptible et incapable de voter ou de causer la mort de quelqu'un par inimitié personnelle ou par désir de s'enrichir. C'était un enthousiaste, mais il croyait agir selon la justice, et il ne laissa pas un sou à sa mort. Il avait plus de pitié et de conception qu'on ne pensait, et après avoir renversé les factions effrénées qu'il avait eu à combattre, son intention était de revenir à l'ordre et à la modération. On lui imputa tous les crimes commis par Hébert, Collot d'Herbois et autres. C'étaient des hommes plus affreux et plus sanguinaires que lui, qui le firent périr ; ils ont tout rejeté sur lui ». 

Robespierre ou l’âme de la Révolution
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